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vendredi 22 juin 2012

Itinéraire détourné : Paris ainsi



Je ne suis pas dans mon corps, inversion polaire. Promenade près de la Seine, chaleur. Une jeune femme s’arrête subitement, ramasse quelque chose parterre, l’essaye à ses doigts, interpelle des passants, deux touristes étrangers, leur tend la bague - je suppose que c'est une bague -, gênés, ils l’essayent à leur tour, je crois qu’elle leur dit de la garder, que c’est pour eux, ils sourient toujours empêtrés dans la gêne, ils s’éloignent à gauche, elle s’éloigne à droite, s’arrête subitement, se retourne, revient sur ses pas, les interpelle, il cherche quelque chose dans sa poche de bermuda, il en sort un euro, ils sourient gênés, ils s’éloignent plus loin sur la gauche, elle se tourne vers moi, ses bras s’écartent et claquent les côtés de son corps : c’est ainsi.
Ainsi un groupe de cent gamins surgit de nulle part, ils encerclent passants, arbres, bancs comme une marée de fourmis appelée à déguerpir au plus vite. Des jeunes filles se donnent la main, elles passent, bras tendus, au-dessus de ce qui doit être ma tête, se retournent vers quelque chose qui doit être moi, cette chose se tourne vers elles, cela rit gentiment, puis ces bras - piqués au jeu - passent au-dessus d’une dame assise sur le banc, cela rit encore, la dame et ce qui doit être moi se regardent et cela sourit.
Dé-pixelarisée. La montagne est trop loin, là c’est le nord, un nord trop présent. Dans la montagne chaque parcelle de pensée est incarnée, totalement incorporée. Si le voyage continuait vers Roubaix, je crois que  "je" se désintégrerait totalement. Est-ce un sort des maîtres du désordre, de leurs outils chamaniques sous vitrine? Est-ce un choc de lecture avec ces écorchés vifs ?
Ainsi la place de la Bastille et les Family parodiant des séquences de cinéma, d’émission pour enfants, Tex Avery en pop, en hipe, en break et hop. L’eau d’Evian noie ce qui reste - encore un peu - de fiable en moi dans cette rue d’un nom de salade. Dans la chambre d’hôtel le livre se termine, trempé au pinceau de Shutter island. La soirée devient bruyante quand tout est silence en ce corps-pensées qui continue à se disloquer. Visage défait. En bas, sous la fenêtre, sept enfants et une mère, exilés, assis sur une natte, une poussette remplie de leurs effets personnels, 2-4 ans, 8-10 ans, une gamine de 16 ans, deux adolescents qui pourraient être mes fils. 23h. Ils demeurent. Ce qui doit être moi se disloque et descend dans la rue, un billet de vingt euros passe de main à main, pas de chambre pour eux dans cet hôtel, pas de samu social ce jour d’été ; des cellules craquent, aspergent les murs de la chambre. 23h30. Des hommes viennent chercher la famille, ils s’éloignent vers un squat ? des caravanes ?

Ainsi la nuit fait tomber la pluie. Le matin l’emplacement de la famille est noyé sous l’eau. Quelques cellules s’alourdissent dans l'estomac avec le pain et le croissant, mais pas suffisamment : quelque chose en moi n’a pas le réflexe de l’appareil photo.
Ainsi, vingt chevaux au pas, dans la rue du nom de salade, et autant de cavaliers avec dans le dos «gendarmerie». Un power point. Un café au lait. Un TGV. Une panne. "Je" remonte comme le saumon. 

dimanche 29 avril 2012

"recomposition"

texte recomposé à partir des "exercices" de l'année et suite aux séances de lecture-travail:


Silencieuse histoire de ville, de voies, de monts, d'impasses et de demi-tours, dans le flux et les marées de nos vies. J’ai déménagé dix fois, tu as quitté la ville pour une montagne neigeuse dans une grande maison remplie d’enfants. Il y eu parfois des clairs de lune festifs, des rencontres pudiques. Alors nous émergions l’un à l’autre comme deux élégants souvenirs. Un jour, il fallu redescendre de la montagne. Tu m’as dit que tu étais comme le petit prince semant des cailloux de diamant pour retrouver le doux renard que tu avais perdu. La ville devint pour toi un désert sablonneux, brutal et sec. Tu disais qu’elle t’enserrait comme un serre-tête et que les statues de la place se moquaient de toi. Dans leurs poses lascives, leurs silhouettes fondantes sous la pluie te rappelaient celle du renard égaré que tu cherchais, et tu avais froid. Mes pas devinrent incertains. Un soir, il y eut une brutale panne électrique. Ces rues que je croyais connaître les yeux fermés devinrent étrangères. J’étais dans une ville d’Asie bouillonnante, sans éclairage public, sans le son des ordinateurs, des percolateurs, des alarmes, des salles de cinéma, des caisses enregistreuses. Sans lumière, la rumeur des voix  et des chuchotis se fit vacarme. Je crus devenir sourde. Plus tard, les odeurs s’élevèrent. Souffres et charbons. Cétones et essences. L’asphalte dégurgitait l’acidité du gaz et des vapeurs de tabac. Un crachin d’hiver commençait à tomber lentement. Tu étais à côté de moi. C’était comme une fin de monde sans aube. J’espérais le retour du soleil qui te redonnerait l’usage de la parole, de l’agitation, de la joie. J’espérais que la ville se laisserait de nouveau dévorer, dompter. Souillée mais pullulante. J’espérais la pluie qui ferait mourir le présent. Je te parlais de la pluie-confetti sous laquelle les corps s’affinent, les maquillages suintent, les masques s’avachissent. J’espérais que les jardins fanés renoueraient avec leur luxuriance. Tu me croyais.

Tu allais mieux.
Je distinguais à nouveau les façades orangées sous le lever du soleil, rayées par l'ombre du fil électrique. Illusion d’optique du contre-champ automnal. Ton corps diaphane s’épaississait. La légèreté du vent dans les tasseaux sifflait une sonate hip-hop improvisée. Il fallait remettre les mitaines, Vulcan ne chauffait plus. Les débris du feu se mêlaient à ceux des verres dans une gare abandonnée. L’horizon était clair mais gelé. On entendait au loin le sifflet d’un train fantôme. Un dimanche, je te montrai notre ancien quartier. Il était aussi fragile que moi, que toi. Ces immeubles qui connurent l’implosion, tu ne les reconnus pas. Les lueurs grises des fenêtres brisées, les cris étouffés dans les appartements, ces vieux sur un banc avec leurs poches sous les yeux, l’espoir des rires d’enfants, le chant grinçant d’un volet. Dans ce quartier bouleversé, tu me dis palper le désir des corps éreintés. C’était beau. Je te le dis, tu ne répondis pas. Je te racontai la place qui fut le parvis des grèves, le parvis du marché du dimanche matin, le parvis des fêtes de quartier, un parvis pour les manèges lors des vogues de printemps, maintenant un parvis dépeuplé, esseulé, un parking. Devant la tour, j’évoquai le saut de l’ange gisant douze étages en contrebas, dégoulinant de sang, tu changeas de conversation, j’en fus confuse. On repartit en humant les effluves des spécialités du cru dominant les relents de la pisse des allées, de la craie, de la javelle impuissante.

On rentra à la maison. Pour la première fois tu me contas tes voyages. Tu dis souhaiter retrouver le pont de Michel-Ange, et peut-être ce vieil homme assis sur sa natte, que tu regardas,  hors du temps. Un pont sans ombre ni jardin, un pont suspendu comme ta voix qui prononce ces mots joyeux. Il enjambait les siècles et les eaux stagnantes, le cimetière arménien, le cargo toscan et les villas coloniales. Ce pont, dis-tu encore, faisait marcher la tête en bas, alors tu t’agenouillais pour surprendre le vide, bras ouverts collés à des ailes invisibles. Tu distinguais des méduses dans les tréfonds, ton estomac avait faim, tu t’en souviens. Et puis, sans émoi, sans bruit, tu perdis de vue le vieil homme. Soudainement, tu me posas la question que je redoutais, que j’attendais, que je suppliais. La question qui nous fait reculer au bord de la falaise depuis des années, qui fait fermer les yeux la nuit pour ne pas voir les ombres grises. Il y a longtemps, dans la rue, dans notre vieux quartier, il te semblait entendre un nom sur ton passage, la "Grande Beausseigne". Tu ne comprenais pas. Ce nom t’habitait pourtant, s’incrustait malgré ton refus. Je te pris dans mes bras, te serrant très fort, trop, tes petits membres luttèrent pour reprendre l’espace. Pour adoucir ma maladresse, je te soufflai l’histoire de la taupinière que nous nous racontions tant et tant, avant, bien avant. Tu te souvenais cette quête pittoresque des parents-taupes qui avant engagé un détective pour trouver un bon mari à leur fille-taupe : ces maris présumés furent tour à tour un soleil merveilleux mais il s’éclipsait au moindre nuage, un nuage suave  mais il se délitait au moindre vent, un vent fort mais il disparassait aussi vite qu’il était venu... tu riais. Et tu me criais : « le mari-taupe est le meilleur, rappelle-toi ! Il ne s’envole jamais, ne disparaît pas, ne brille que par le gris de sa fourrure ».
Des gens t’appelaient la Grande Beausseigne, ne voyant pas ta grâce comme ils n'auraient jamais pu admirer le mari-taupe, ils se moquaient parce que tu es née trop tard, parce que tu demeuras dans mon ventre retenue, suspendue la tête en bas. Mes contractions ne contractaient que les nerfs des infirmières. Peut-être que le dehors avec le soleil, le vent, le nuage n’avait pas ta confiance. Tu t’agrippais aux étoiles, attendant le bon moment qui tardait. Ton minuscule corps n’était que langueur, alors on a cru que tu avais oublié de naître. On pensa à autre chose.  Enfin, un matin, vers 6h, au rythme du fleuve drainant des détritus, tu as glissé dans le lavabo tendu par la sage-femme. Surprise, elle a failli rater son geste. Tu exaltais ta chair de faïences blanchâtre et fissurée. Tu étais étoile et tout brillait dans la chambre.

Tu ne t’appelles pas la Grande Beausseigne. Souviens-toi toujours. Tu es Astrig. Les mauvaises langues ont crié dans le quartier que tu resterais fissurée. Tu ne compris jamais ce mot. Je ne te l’expliquai jamais. Bébé, tu faisais des bulles dans la baignoire. Vers deux ans, tu jouais à tourner sur toi-même jusqu’à tomber au sol. Tu chantais à tue-tête toute la journée. Tu parlais à tous et à toutes. Mais à l’école, les maîtresses n’ont pas supporté ces mots et ces chants de sirène. Elles m’ont dit qu’il y avait une grande maison remplie d’enfants, sur une montagne neigeuse. Une route solitaire conduit les gamins perdus vers ce refuge chaleureux. Certains petits sont adoptés par de doux renards. A moins que ce ne soit l’inverse. Et puis, un jour, l’enfant et le renard sont grands, le renard repart dans la forêt et retrouve ses frères et soeurs, l’enfant redescend dans la ville et se serre dans les bras de sa maman, il pleure, et puis il chante à tue-tête, il parle à tous et toutes, il fait des ronds et des bulles, et crache s’il en a envie.

Dans mes bras, tu es venue. Tu as pleuré plusieurs heures, sans que la faim et l’épuisement ne viennent à bout des sanglots. Ton visage était lourd sur mes genoux. Tes jambes repliées sur le canapé. Tu m’as parlé de ton renard, longtemps. Tu m’as réclamé des photos de mes appartements, de notre quartier, tu voulais que je te chuchote le nom des rues et de toutes les places de notre ville. Peu à peu, au rythme de ta sage lenteur, tu as relevé la tête. Tes sons étouffés se sont organisés: ils me promettaient un pont suspendu, là où les basiliques sans christ jouent à cache-cache, où on retrouverait le vieil homme, sans espion pour nous observer, sans médiateur pour nous rassembler.  Le ciel est courbe ce soir. 

mercredi 28 mars 2012

chemin en patchwork

Que fait la boue sans le vent?





Que devient la rouille sans la bouillabaisse?
terre sans mer


capitaine d'eau douce

fourmis anonymes
miment le beau dimanche

Que fait la boue sans le vent?
Que fait la boue sans le vent?

lundi 23 janvier 2012

A l'angle


C'est à l'angle, à l'angle de la langue, enfin sur l'angle qui n'est pas du côté de ma rue, quand on arrive par le haut – ce qui est bien sûr contraire à toutes les habitudes - . On arrive par la rue que l'on prenait dans l'autre sens pour aller à l'école l'après-midi main dans la main du père. La rue qui longe l'hôpital de la Charité, donc qui longe le père, cerné de murs qui le cachent au regard pour le faire oublier – mais comment peut-on oublier - , et là , à l'angle, une galerie de peintures, abandonnée peut-être, avec des murs vert sombre, écaillés, où d'éphémères collages se désintègrent, se décollent, donnant à chaque passage une texture différente, une lecture à renouveler. L'envie, bien sûr, est de toucher, d'aider à l'usure du temps, d'enlever à son tour quelque morceau de peinture pour voir derrière, comme sur les platanes qu'on écorçait dans la cour de l'école et où se dessinait une cartographie de songes.  Une main posée là, comme une invitation à pénétrer au centre, même avec les  inévitables éclaboussures, le passé en palimpseste, les traces à déchiffrer, un ciel à gratter, des enchevêtrements à démêler. Et ces points rouges qui pointent ce qu'on ne veut pas voir, ce qu'on souhaiterait enfoui à tout jamais et qui ressurgit, alors qu'on voudrait choisir ce que l'on regarde, maintenant qu'on le peut.
 
Probablement, il devait y avoir un bras, une tige sous cette main pour pouvoir la relier, la tenir, non comme un étendard mais comme une fleur qui, dans un geste d'apaisement, effleurerait les peaux, leur dirait enfin à quel point il est bon d'être en vie. Et si le sens de cette main posée là, était plutôt la main d'un avertissement : STOP ! Ne t'aventure pas plus loin, regarde ailleurs et tiens si tu partais dans l'autre sens, cela pourrait être sympa...tu pataugerais un peu dans la vie, la nouveauté, tu allégerais un peu ta besace . Pourquoi toujours revenir ici, moi dedans, dans cette histoire des sédiments, avec ce poids dont on ne se déleste  jamais. Et puis la couleur verte associée pour toujours à cette rue et qui ressurgit là au premier regard. Le vert des petits placards sous la fenêtre où étaient rangés les trésors d'un enfant, enfin rangés est un mot particulier pour dire entassés ce qui était à moi et auquel personne n'avait accès. Le secret du sacré.

mercredi 18 janvier 2012

non itinéraire

Cela est clair désormais, je ne peux que rester au bord. Il est impossible, après maintes tentatives, de réaliser l'itinéraire tracé, sacré, emmagasiné, délimité, choisi pourtant, élu parmi tant d'autres possibles. C'est celui-ci et il ne peut pas être. Alors biaiser, l'attraper par surprise, en un angle d'approche inédit, une digression, une transgression même. L'emprunter quelques pas et puis s'en éloigner, très vite. Rester au bord de ses limites, et même un peu plus en retrait, et écrire par éclats de regards. Le récit ne peut plus être. Mais écrire le minuscule avec la pulsation intacte, toujours dans l'alerte, où  le regard et le réel s'affrontent et, dans cette tension, les mots donnent la respiration. Jusqu'à ce que la langue gouverne et lève un peu l'enceinte du peu.*

*Caroline Sagot-Duvauroux


jeudi 22 décembre 2011

Devinettes de papillotes

Flanquées de chaque côté de l'escalier monumental de la grande entrée de l'Hôtel de Ville, deux immenses statues : si l'on est face à la mairie, à main gauche "La Métallurgie", à droite " La Passementerie".





















Devinettes :

1) Que signifie l'expression stéphanoise bien connue "Dormir sous l'homme de bronze" ?

2) Qu'est-ce que ce cylindre de section carrée sur lequel s'appuie "La Passementerie" ?

3) Près de ce cylindre la tête d'un personnage. Qui est-ce ?

4) Où se situe la statue bien particulière qui suit ? Et que représente-t-elle ?

 
Réponses dans un prochain commentaire (après les vôtres, bien sûr)


Cette "statue" me rappelle les "Raucher" en bois de mon enfance envoyés de RDA par Oma et Opa.
De petits hommes de bois creux appelés "fumeurs". A hauteur de fesses, ils se déboîtent, apparaît un petit socle sur lequel on dépose un cône d'encens, on réinstalle le corps et par la bouche, toute ronde, sortent de merveilleuses volutes de fumée parfumée. J'en suis toujours émerveillée.

mercredi 21 décembre 2011

pluie sur mon itinéraire

19h 8mn et 3secondes, des sueurs froides glissent sur les deux statues charnues de la place Jean-Jaurès
des flocons de neige dessinent leurs silhouettes fondantes
cette nuit, ils quittent leur pose lascive et s'animent l'un vers l'autre frissonnants.
Pénétrée par cette eau d'hiver, je les observe, j'ai froid sur mon itinéraire
Retour de courses de Noêl
Moment sans histoire ouvert au monde des souvenirs
d'autres corps s'ébattent avec leurs paquets
Chantons sous la pluie
Danse sous la pluie, Pina
sauts, jets, glissades
sur le rocher noir et luisant
Pluie-confetti diaphane
Giacometti, il n'y a pas de place pour toi maintenant.
(cliquer sur le titre)

lundi 19 décembre 2011

"Bellevue/La Terrasse/Bellevue", un aller-retour de plus d'une heure pour un peu plus d'un Euro

"Bellevue/La Terrasse/Bellevue", un aller-retour de plus d'une heure pour un peu plus d'un Euro. La traversée de Saint-Etienne en tram, c'est un peu notre "Grand canal en vaporetto, mais en beaucoup moins sinueux qu'à Venise. Ce sont pourtant bien des architectes-urbanistes italiens, les Dalgabio qui, dès 1792, ont tracé le fameux damier fondateur de la plus grande ville industrielle de France, ville champignon à l'américaine dont la colonne vertébrale reste toujours cette Grand'rue rectiligne.
[...]
Le promeneur du coeur de ville, descendu du tram, se trouve maintenant au centre de ce damier, au creux de la vallée d'où il peut percevoir les hauteurs avoisinantes. A tout instant et dans quelque direction qu'il regarde, il a toujours au bout de la rue étroite, parallèle au cardo ou au decumanus locaux, la vue sur un morceau de colline verdoyante qui clôt le paysage urbain et lui offre la présence permanente d'une nature proche. Ici, ce sont les crassiers qui dominent le parc/musée de la mine, en face le Crët de Roch et son célèbre cimetière. Là, la colline des Beaux-Arts, celles de Montaud ou de Beaubrun, celle de Villeboeuf avec son Jardin des Plantes, ou encore celles de la Cotonne ou de Montferré. Encadrant la fameuse Grand'rue, au sud, la colline du Guizay avec sa vierge et son antenne, et au nord, le piton résidentiel de St Priest. Saint-Etienne est dans un écrin vert. [...]

Daniel Vallat-Fabre
à suivre...
Guide d'architecture Saint-Etienne Firminy

mardi 13 décembre 2011

là, découverte


c’est l’homme qui l’a vu

le premier // au sol

là // découverte

contre terre // allongée

lumineuse

dans ce jour éteint // presque

parmi les brindilles

alanguie

mirage urbain

fluorescent

pour son herbier des villes

à elle // la femme


aimantés

l’homme et la femme se sont approchés

ensemble // penchés

doucement

pour ne pas l’effaroucher

elle plus vive

à cause de son incrédulité

ou de sa joie // peut-être


la femme l’a contemplée

un instant // court

étonnée de la trouver

là // l’a regardé

avant de s’incliner

délicatement

du bout des doigts

elle l’a cueillie

autre fleur // étrange

au bord de son chemin

en chantier





dimanche 4 décembre 2011

Un trajet entre Cotonne et Bellevue : 2° partie


  Aller : de la rue Dombasle aux tunnels de J. Allemane





Je longe le chemin de fer sur une toute petite sente herbeuse et mouillée, après un tournant sur la droite, je me trouve face à une volée d'escaliers accédant aux résidences Dombasle – vaste ensemble d'immeubles de cinq à six étages – à l'écart de La Cotonne - dressé dans un ensemble de verdure, sente à laquellle succède un bout de route goudronnée aboutissant à deux tunnels situés exactement dans un virage à angle droit et débouchant rue Jean Allemane. Un miroir routier permet aux voitures de s'engager dans les tunnels car la visibilité est nulle (Les résidences peuvent aussi se rejoindre en voiture en poursuivant la rue Dombasle après le tournant qui termine la rue Darwin et dont le coin est occupé par le Parc de la « Grande Beausseigne »).





J'y pénètre à pied, la journée est grise, il tombe un petit crachin. Je m'attends à entendre résonner à tout moment les pas du soldat traversant le tunnel dans « Rêves » de Kurosawa, et sans aucun doute le chien qui grogne et l'attend à la sortie du tunnel est-il aux aguets lui aussi -sortie du tunnel que je n'aperçois pas à cause du coude. Ca suinte, c'est gluant, sombre et beau par l'architecture : grosses pierres, contreforts, arcs-boutants, arches, portants, construction austère et de style militaire.

Il y a là un dédale d'impasses, d'escaliers passant sur la voie ferrée et de ponts la surplombant et qui tous montent à La Cotonne ou descendent sur Jean Allemane et Centre Deux ou continuent sur Bellevue par la rue du Mont. J'affectionne ces lieux complexes, où l'on peut se perdre à deux, simplement en se promenant le nez en l'air, perdus à quelques mètres l'un de l'autre. Là où il y a complexité ça veut dire qu'il y a « plis », donc des angles, des entrées pour pénétrer, alors que la rue droite, la simplicité est lisse, nul bout où s'égarer, nul dédale (mot dont l'origine vient du nom de l'architecte mythologique qui construisit le labyrinthe, symbole du cheminement difficile)

Je pars sur la droite, abandonnant ces deux tunnels, et suis deux longs murs sans publicité, sans couleur, sans rencontrer une seule personne si ce ne sont de rares voitures. Avant de parvenir à la rue du Mont que je traverserai, je longe les ruines d'un ancien bâtiment, actuellement entouré de barrières et qui a longtemps servi bien plus utilement que cette jachère, de squatt à une famile de Roms qui ne gênait personne. D'ici, j'ai l'embarras du choix pour me rendre dans les « derrières » de la gare Bellevue : la rue de l'Egalerie m'y conduit tout droit ; la rue Proudhon me permet de rejoindre l'arrière de la gare en passant soit par celle des Verriers, celle de la Lithographie ou Buffon





mercredi 30 novembre 2011

Itinéraire en vrac


C'est de là que tout part, c'est de là que tout est parti, et moi avec. J'habite quelque part dans ces plis, peut être ma cahute est-elle quelque part vers ces grumeaux. Je ne sais pas comment nous en sommes arrivés là, mais le fait est que c'est un quartier chaud bouillant - même s'il n'est plus ce qu'il a été - et que forcément ça a un peu fondu.  Toutefois, ce plissement alpin du haut quaternaire ne cesse de m'interroger. Certes Sainté est une ville aux 7 collines, mais là, c'est carrément crevasses, gouffres, vallées et cols, crêtes et météorites. Je pars donc à la conquête de cet Everest, de tous ces Himalaya, sans bien sûr négliger les chemins de traverse si chers à la poésie contemporaine et je vous ferai un reportage grandeur nature de ce que j'aurai glané (déjà un poivron et une boîte d'allumettes). Il se peut que du Beaulieu, je glisse vers le Montplaisir, après avoir courcircuité le Montchauve et boudé la Marandinière ; on verra bien.

Un trajet entre Cotonne et Bellevue 1°Partie

Aller : De la rue J d'Arc à Dombasle



L'itinéraire que j'ai choisi commence rue J d'Arc et conduit à la gare de Bellevue « par les derrières » comme on dit à Sainté.

Excentré, côté sud de la ville, il m'apparaît maintenant évident que je n'aurais pas pu retenir un itinéraire central, avec magasins, néons, piétons faisant du lèche-vitrines ou courant à un rendez-vous.  Le mien ne pouvait être qu' en marge, zone anonyme, sauvage, larguée en périphérie, échappant à l'ordre de la ville policée, envahi de « mauvaises » herbes insolites, et surtout ne relevant pas de la promenade dominicale.



Je traverse le Bd R Duval, et là en face une montée assez raide. A ma droite un panneau jaune : Rue C. Darwin 1809-1882, naturaliste et biologiste. Je laisse sur ma droite la rue Marc Bloch (lui, on ne sait pas qui il est). Sur ma gauche, à portée de bras tendu, la voie ferrée Saint-Etienne-Le Puy. Je monte encore, à droite quelques immeubles bas, grisâtres puis beaucoup de végétation, encore verte pour cette fin octobre, et passe devant « ma » vieille maison délabrée entourée de son incroyable jardinet. Et là, surprise, pour la première fois, un homme en bleu de travail, accompagné de son chat roux, désherbe. Je repère l'adresse : n° 8, une maison toujours fermée, au jardin entretenu en toutes saisons, depuis toutes ces années où nous empruntons cet itinéraire pour nous rendre à pied, à la chasse aux photos des tags sans cesse renouvelés, derrière la gare de Bellevue. Je me suis toujours demandée qui jardinait puisque la maison est manifestement inhabitée et sans doute inhabitable, on y entend le passé clapoter.

Cet homme me révèle que la maison n'est qu'une façade, un décor de théâtre, tout est écroulé à l'arrière. L'ordonnancement du jardin contraste avec les vieux murs : buis taillés, allées rectilignes, harmonieuses et symétriques. Il me dit « c'est beaucoup de travail » et reprend son humble position penchée vers la terre, il ne m'en dira pas plus.



Je continue et aperçois la porte de service du n° 10, rouillée, attaquée du bas par le lierre, elle n'a sans doute plus été ouverte depuis belle lurette, je continue et passe devant le portail du n°10, grand ouvert, immense allée conduisant en une belle courbe arrondie à la porte d'une imposante demeure entourée d'un parc aux arbres gigantesques « La grande Beausseigne », c'est son nom.

La rue présente maintenant un replat. Le parc s'étale sur tout le coin de la rue qui effectue un coude sur la droite et là, trois possibilités s'offrent au promeneur : monter à droite sur le plateau et se rendre aux « Résidences Dombasle » ou à la piscine P. Poty puis sur la Place Bobby Sands à La Cotonne ou, prendre sur la gauche en empruntant des escaliers, traverser le pont métallique qui surplombe la voie ferrée, continuer les escaliers jusqu'à la rue Jean Allemane en contre-bas. Pour l'aller, mon choix se portera sur le troisième : un petit chemin de terre dans la verdure qui suit la voie ferrée et dont, d'ici, je ne perçois pas le trajet, caché par un coude orienté vers la droite. Pendant 6 à 7 secondes un TER ébranle le pont, suivi peu après de ses trois sifflements avant qu'il ne s'engage sous le tunnel.

Il est 15h30. Soleil d'automne. 11 degrés. Le froid saisit déjà mains et oreilles. Les verts dominent encore, mais ça et là apparaissent les rouges vifs des vignes vierges, les jaunes claironnants et les orangés des hêtres. Des poires vertes s'offrent comme des présents, en avance sur Noël, sur un poirier qui a déjà perdu la plupart de ses feuilles. Les jardins d'automne m'ont toujours chavirée, avec leur allure désuète ; ils ressemblent aux vieux, fragiles, déjà marqués par les premières gelées et les brouillards matinaux, à l'affût du moindre rayon de soleil pour paraître aussitôt vingt ans de moins et emmagasiner encore un peu de chaleur pour l'hiver.


jeudi 24 novembre 2011

SITE PARTICIPATIF PHOTOS ST ETIENNE

cliquer sur le titre du message ou sur le lien ci-dessous

pour celles et ceux qui souhaitent ajouter des photos à ce blog participatif, ou juste jeter un oeil.

http://www.saint-etienne-photos.com/categorie-10321002.html

mardi 22 novembre 2011

itinéraire temps



19h30

point rencontre

bleu

19h32

belle allure

charme postal

chemin toutes directions

grand choix de sex-toys

au fond de la cour

espace

19h33

nuit nuit

et jour

me rappellerais toujours

d’une aire de jeux

des combattants

19h37

contre la reine noire

le jour rouge

orange

à l’époque

19h39

lauriers

anémone

carmin

c’est pas possible

19h41

loulou

rêve ultime des voyageurs

les polissons

mal assis

ça fait mal

19h44

clous brillants

sous- doudoune noire

découverte

féminine

19h47

né de la mer

en vie








(mots trouvés, lus, entendus, enregistrés, sur mon parcours du 7 novembre)


lundi 21 novembre 2011

Première sortie Itinéraire MPB

ITINERAIRE

Lundi 25 octobre
424 pas au RETOUR
Pas pas comptés à l’aller

Climat : doux vent du sud
Feuilles qui tombent
Ça se couvre

Nombres d’arbres : environ beaucoup, mais pas une forêt quand même
Un cèdre
Un rouge
Un jaune
Un dégarni

Sur le dernier tronçon
Un sentier
Beaucoup de sacs plastique

Un poivron : l’un de ceux que la maman de H s’est fait voler dans son jardin  ?
 
Costume
Je suis habillée avec ma robe en laine à manches courtes
Grise avec petits motifs verts et blancs
            achetée à un vide grenier rue des martyrs,
Dessous une robe en coton lilas avec manches
Un collant marron à losanges
Mes chaussures multicolores, tendance bleue
Mon coupe-vent gris bouffant en bas
Une écharpe dorée
Pas de chapeau

But
Je vais à la poste
Cl m’a demandé de lui poster des DVD pour une sorte de concours à Grenoble

Sur le chemin un type avec un petit vélo à une roue muni d’un compteur
Il fait des mesures au bord d’un trou
Il y a plusieurs trous entourés de barrières
Une montagne de terre

Au retour
Petits enfants dans la cour
Centre social aéré ?




Photos :
Arbres
Homme à roulettes
Tas de terre
Poivron x
Enfants dans la cour d'une ancienne école transformée en ateliers d'arts plus ou moins plastiques
La collection de cheminées des immeubles barre bas x
L’Enise au fond, cachée derrière son rideau de peupliers qui ne peuvent pas plier x

mercredi 16 novembre 2011

Itinéraire mental



C'est un plan, extrait du Noyau Central de Saint-Etienne, sans arrondissement bien sûr, nous ne sommes qu'à Saint-Etienne. On y distingue nettement une croix formée par les deux rues essentielles de la cité et une tâche en haut à droite emplie de croix noires dans un espace blanc symbolisant le cimetière, et si l'on regarde attentivement, on aperçoit une dizaine de fois ce même symbole pour noter les églises et chapelles. Tout au nord, la ligne de chemin de fer trace la forme d'un serpent boa, ou d'un chapeau selon le regard d'enfant ou d'adulte que l'on pose sur les choses... Les sens de circulation indiqués par des flèches bleues n'ont aucun sens aujourd'hui : tout automobiliste de cette ville le sait, il faut toujours observer les panneaux avant d'emprunter une rue, sous peine de mauvaise surprise ! Quelques aplats rouges spécifient les bâtiments importants : se détache en priorité à mes yeux, le lycée Claude Fauriel ; mairie et préfecture semblent anodines.
Regardant alors avec mes yeux de myope, le plan se brouille et j'ai soudain l'impression de me trouver au cœur du théâtre de mémoire de Dubuffet, avec ses espaces cernés de noir , ses dessins de bonhommes elliptiques, cette sensation d'inachevé.

Mon itinéraire choisi est là, dans ce plein centre et, volontairement tracé sur un plan qui n'est pas d'aujourd'hui. Il m'est aisé de retrouver les rues et de rêver le trajet à parcourir, n'ayant jamais cessé d'arpenter les rues de cette ville. Ensuite il suffira de marcher sur les traces laissées, du 21 au 31 mais de deux rues éloignées par ce qu'on nomme le centre, et qui me semblaient appartenir à deux mondes. Aujourd'hui, elles sont compactées dans le même tiroir aux souvenirs.
La ligne brisée qui symbolise le trajet à réaliser, zigzague sans raison très nette, comme si l'on grimpait vers un autre espace. Croiser les trajets d'aujourd'hui et les chemins d'hier, en évitant de se cogner aux angles gris des murs. Déconstruire peut-être, pour mieux reconstruire.