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mardi 9 octobre 2018
Cartographie # 15 " J'aimerais palpiter aux saisons."
qui m'invitent, invitent mon vague à l'âme, elle ou bien une autre, peut-être quelqu'un d'autre, quelqu'un ou bien quelqu'une invite, m'invite, m'évite, évite de m'inviter, m'invite à m'inventer, invente une invitation vague, lame de fond qui berce, pleure, déchire l'invitation flétrie, flétrissure de mon âme, morsure; morsure du froid, du temps, du temps qui passe, dépèce, délite, découd les fils, les lignes du livre où l'invitation gît, gisant, grisant mon âme à la dérive, ivresse d'une âme en perdition, palpitation, palpation inédite d'un corps, d'un cœur, péril d'un souffle muet, mutisme, pliage, finitude.
Cartographie # 15 "Le nom sonne à l'oreille en silence"
Le nom sonne, résonne, soupçonne les nons qui foisonnent; soupçonne l'interdit; moissonne les soupçons. Le nom à l'oreille, les nons en silence, les nons à l'oreille, le nom en silence; le silence de l'oreille dans la nuit des noms qui moissonne les pas feutrés des surnoms, des sous-noms, des sous-entendus dans les non-dits qu'émulsionne le silence de la nuit. Le nom chuchote à l'oreille, les bémols, les dièses, la musique du silence; un silence mineur, un silence majeur; la gamme s'ouvre, s'enfle, s'épanouit; le silence s'élance; l'oreille s'élargit, le silence s'y love, creuse son lit de l'indicible, s'endort dans la nuit étoilée de son nom murmuré.
lundi 1 octobre 2018
Il a de longues moustaches cirées aux pointes
Il
a de longues moustaches blanches cirées aux pointes. Les longues
blanches pointes cirent et tirent les pistaches. Taches de cire
blanche coulent sur les pointes de la nappe. Les taches nappent de
longues traces blanches ses moustaches tirées. Les longues pointes
piquent et tirent la nappe qui choit sur le tapis tissé de poils de
moustache. Des poils de moustache que j'ai tirés, j'ai brodé ton
nom sur le mouchoir blanc. Blanc le lin, marqué de taches de mousse,
longues traînées dégoûtantes et cirées comme des chaussures
usées. J'arrache les pointes de ses moustaches qui me piquent quand
je l'embrasse. Me reste de longs poils dans les paumes, poils blancs,
longs lichens gluants. Il faut arracher pour embrasser, embrasser
pour arracher. Il faut, il faut, il faux, faux-semblant, faussaire et
fausse note en plein milieu de la figure. Alors fixer les pointes
avec deux clous, deux clous au mur. Le visage figé, la figure ne
peut plus bouger, couper, couper la moustache qui ne tient plus rien,
le bonhomme chute. La longue silhouette maigre s'affale, marionnette
désarticulée. Reste la moustache au mur, deux arcs blancs poilus,
velus. Une accolade comme deux bras tendus. Accolée au mur se
glisser de droite, de gauche, se laisser caresser le cou, gigoter,
picoter. Pousser de petits cris, crisser comme un grillon ou une
cigale. Enfin, lassée, se les enrouler autour du cou et tomber à
genou. Long, longtemps. Blanc.
samedi 29 septembre 2018
&
Enveloppé d’ombre & de
lumière… Dire
d’abord l’ouate de l’enveloppe,
sa douceur, sa chaleur. Comme
la lune cernée
de brumes... dire un cocon,
une peau, une écorce de soie… Être
baigné, imbibé, envahi, recouvert… Enveloppé
d’ombre & de lumière…
Après, l’ombre et la lumière
surgissent. La lumière est
plus forte , c’est l’esperluette qui le signifie*. C’est
& qui se tient au centre de la phrase, qui attire le regard et
questionne. C’est & qui
équilibre la phrase, tend le
fil qu’elle entremêle entre deux mots, un enlacement d’infini.
Mais l’ombre est première. L’ombre
qui sous-tend toute l’écriture, l’épaule, la solidifie. L’ombre
serait matrice,
ce sur quoi s’appuient les mots qui font sens ou qui dérivent, qui
n’en finissent pas de creuser, qui
ne sont là que pour emporter sans savoir où.
Enveloppé d’ombre &
de lumière... Comment
dire la lumière... Un
chuchotement, un murmure dans l’immobile où rien ne commence ni ne
finit. Une étoffe de rien avec
un presque de bleu, et voir ne
sert à rien. Enveloppé
d’ombre & de lumière…
On sent l’aile de l’ombre et l’air de la lumière, une danse de
mésanges dans le silence du jour. Rien
d’autre et ce commencement où les pensées perdues se retrouvent.
*Emmanuel Hocquard:" & à la place de et dans le cas particulier où je veux signifier une augmentation et non l'addition de deux choses. Ici, l'esperluette (&) n'a pas pour fonction de se substituer à et. Elle dénote une visée tautologique. C'est-à-dire qu'elle tend à marquer, entre deux termes, une relation (mais peut-on encore parler de relation ?) d'identité ou d'indifférenciation.On pourrait aussi dire une augmentation."
jeudi 27 septembre 2018
Plis
Elle plie, elle déplie, elle replie.
Le pli a sa place. Et à la place du pli un répit. Il laisse trace
et se multiplie. Elle plie, elle déplie, elle replie. Cela plie et
se déplie en elle, puis se replie. Elle déplie le passé puis le
replie. La carte est pliée, dépliée, repliée en un pli d’au-delà.
La carte fait place et les plis limitent. Elle plie, déplie, replie
les limites. Elle déplie la lumière avec ses limites. Et replie les
ombres dans les plis. Il lui plait de déplier mais a du dépit à
replier. Elle plie, déplie, replie ses phrases aussi. Elle déplie
les limites des phrases, puis les replie. Elle déplie aussi la
lumière et la replie. Elle replie ses phrases inaccomplies. Elle
déplie ce qui peut être dit. Elle replie le reste. Des mots ploient
sous les plis, se déploient puis se multiplient et emplissent la
page. Elle plie, déplie, replie le silence aussi dans les replis de
la phrase. Entre les plis cela s’écrit. Cela pépie, cela
supplie, cela emplit. Plein de surplis. Elle plie, elle déplie, elle
replie, elle redéplie. La carte, le texte. Tout se déchire.
mardi 25 septembre 2018
Ces gros pains aux ventres gonflés
Ces
gros pains aux ventres gonflés, ces gros pains gonflent dans ton
ventre, ces ventres gonflés sur leurs flans, se gonflant et
dégonflant, flans gonflés et putréfiants, pains putréfiés
dérivant, ton ventre gonflé révulsé refusant le pain, les pains
éventrés éclatés saillants, tes mains agrippant ton ventre
révulsé, l'antre de ton ventre enfle et gonfle quand tu vois les
gros pains éventrés, tes mains ne peuvent agripper les pains, les
pains tels des noyés flottant sur l'eau, la nausée du
ventre refuse les gros pains mouillés, ces gros pains surnagent dans
ta mémoire, ils gonflent enflent blancs mouillés, ils béent se
déchirent s'entrouvrent, ventre dégoûtants et répugnants, nausée.
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Chanson-on
Tombée,
le nez dans les violettes, ton nez ton nez dans les violettes, ton
violon dans le nez, les longs violons tombés, violettes dans le
violon où volez-vous ? que voulez-vous ? Violettes volètent
harcèlent ton nez, ton nez coincé dans le violon et toi tombée,
violée ? Voilée ? Voili, voilà, juste tombée, pas voilée mais
violette de plaisir, violettes du souvenir, voilettes au vent,
toilettes fidèles à tes souvenirs de violettes, reprends ton violon
et repars à zéro, voile ton nez, apprends à voler, cesse de
tomber, ramasse tes violettes, piques-en ta voilette et file dans le
vent fripon aux longs sons monotons du violon, fait
valser les moutons qui tournent tournent en rond … et patapon.
jeudi 20 septembre 2018
cartographie # 15 Bégaiement 1 Le doré de ton nom commence à passer
"Le doré de ton nom commence à passer",
le doré de ton ombre
l'ombre de ton or
ton ombre dort
ton ombre dort et toi tu passes, et repasses, chaque année à la même époque, tandis que ton nom dans l'ombre sur ta tombe commence à tomber, en poussière en désuétude, en fines particules du noble de ton nom adoré, si cher, si chéri.
ton nombre d'or, celui qui faisait de toi un humain si magnifique, aux proportions exactes du héros antique en toc, le nombre d'or de tes mains posées, l'une entre tes deux seins, l'autre puisant dans l'air l'équilibre précaire de la lumière dorée.
Le doré effacé de ton nom sur le marbre entier de l'automne, doré, indien, et toi qui n'es plus rien, qu'un souvenir qui s'efface, qui se perd davantage à chaque réplique,un nom de mon passé qui passe comme une ombre sur mon coeur aplati, tapissé, brodé au silence qui est d'or.
le doré de ton ombre
l'ombre de ton or
ton ombre dort
ton ombre dort et toi tu passes, et repasses, chaque année à la même époque, tandis que ton nom dans l'ombre sur ta tombe commence à tomber, en poussière en désuétude, en fines particules du noble de ton nom adoré, si cher, si chéri.
ton nombre d'or, celui qui faisait de toi un humain si magnifique, aux proportions exactes du héros antique en toc, le nombre d'or de tes mains posées, l'une entre tes deux seins, l'autre puisant dans l'air l'équilibre précaire de la lumière dorée.
Le doré effacé de ton nom sur le marbre entier de l'automne, doré, indien, et toi qui n'es plus rien, qu'un souvenir qui s'efface, qui se perd davantage à chaque réplique,un nom de mon passé qui passe comme une ombre sur mon coeur aplati, tapissé, brodé au silence qui est d'or.
Cartographie # 15 Bégaiement "c'est comme avec les trous qu'on a dans le coeur"
C'est comme avec les trous qu'on a dans le coeur
C'est comme avec les trous
Je n'ai jamais trop su avec le coeur ni avec les trous
C'est comme avec le coeur
Les trous avec du vide autour et les trous pleins de terre et les trous dans la terre avec le coeur quand ça bat plus.
C'est comme avec la terre,
C'est comme avec le vide autour de la terre, avec la terre qui bat avec le coeur troué.
C'est comme avec la terre qui a horreur du vide
C'est comme avec les vides au milieu des trous
Dans la terre du coeur
C'est comme avec la terre dans le coeur quand germe une petite graine
C'est comme une grande fleur en forme de coeur, surgie du trou, penchée au bord du vide de mon coeur.
C'est comme une fleur pleine de trous qui soigne les coups de coeur, c'est comme je n'ai jamais su faire, c'est comme avec les bouquets de fleurs qu'on jettera dans mon trou, avec mon coeur qui ne battra plus, avec le vide que je laisserai sur la terre, sur la terre qui continuera de tourner avec moi dans la terre, avec moi dans le trou qui ferai fleurir le coeur de ceux restés devant le trou lorsqu'ils repenseront à moi.
Cartographie 15 Bégaiement
Reprise du travail sur la Cartographie avec une proposition d'écriture empruntée à l'atelier d'été de François Bon sur son site Tiers-Livre.
Un texte de Gherasim Luca est donné en introduction: Désespoir
le
désespoir a quatre paires de jambes
quatre paires de jambes aériennes volcaniques absorbantes symétriques
il a cinq paires de jambes cinq paires symétriques
ou six paires de jambes aériennes volcaniques
sept paires de jambes volcaniques
le désespoir a sept et huit paires de jambes volcaniques
huit paires de jambes huit paires de chaussettes
huit fourchettes aériennes absorbées par les jambes
il a neuf fourchettes symétriques à ses neuf paires de jambes
dix paires de jambes absorbées par ses jambes
c’est-à-dire onze paires de jambes absorbantes volcaniques
le désespoir a douze paires de jambes douze paires de jambes
il a treize paires de jambes
le désespoir a quatorze paires de jambes aériennes volcaniques
quinze quinze paires de jambes
le désespoir a seize paires de jambes seize paires de jambes
le désespoir a dix-sept paires de jambes absorbées par les jambes
dix-huit paires de jambes et dix-huit paires de chaussettes
il a dix-huit paires de chaussettes dans les fourchettes de ses jambes
c’est-à-dire dix-neuf paires de jambes
le désespoir a vingt paires de jambes
le désespoir a trente paires de jambes
le désespoir n’a pas de paires de jambes
mais absolument pas de paires de jambes
absolument pas absolument pas de jambes
mais absolument pas de jambes
absolument trois jambes
quatre paires de jambes aériennes volcaniques absorbantes symétriques
il a cinq paires de jambes cinq paires symétriques
ou six paires de jambes aériennes volcaniques
sept paires de jambes volcaniques
le désespoir a sept et huit paires de jambes volcaniques
huit paires de jambes huit paires de chaussettes
huit fourchettes aériennes absorbées par les jambes
il a neuf fourchettes symétriques à ses neuf paires de jambes
dix paires de jambes absorbées par ses jambes
c’est-à-dire onze paires de jambes absorbantes volcaniques
le désespoir a douze paires de jambes douze paires de jambes
il a treize paires de jambes
le désespoir a quatorze paires de jambes aériennes volcaniques
quinze quinze paires de jambes
le désespoir a seize paires de jambes seize paires de jambes
le désespoir a dix-sept paires de jambes absorbées par les jambes
dix-huit paires de jambes et dix-huit paires de chaussettes
il a dix-huit paires de chaussettes dans les fourchettes de ses jambes
c’est-à-dire dix-neuf paires de jambes
le désespoir a vingt paires de jambes
le désespoir a trente paires de jambes
le désespoir n’a pas de paires de jambes
mais absolument pas de paires de jambes
absolument pas absolument pas de jambes
mais absolument pas de jambes
absolument trois jambes
Proposition d'écriture:
il y a forcément une phrase de
vous qui vous a surpris, dérangé, étonné — résistive par sa
syncope, sa couleur, voire sa maladresse apparente — alors partir
de cette phrase, et elle seule, et la bégayer jusqu’à
extraire son grain nu — la singularité même de ce qui émerge de
voix, hors de vous et pourtant vous (François Bon)
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