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lundi 23 novembre 2020

Les passages musiciens : du passage Mozart au passage Gabriel Fauré : km du 22/11

Pas aussi aRomantique la stéphanoise aux 7 collines ?

On dévale le passage Mozart tout en fredonnant la 40ème symphonie, celle reprise par les Compagnons de la Chanson, fallait quand même oser le dire,

On passe de l'autre côté du Cours Fauriel, pour remonter le courant de la rue Henri Déchaud

encore plus rupine, encore plus perchée, au sens extravagant

On attaque le passage Gabriel Fauré, coupé en deux montées bien raides. Rééé-quiem ! aimé entre tous, musique diffusée lors des funérailles de ma gentille maman, CD offert agrémenté d'un ruban de mots jamais réédités

Faut dire que ça grimpe dru, on ne s'agrippe pas aux rampes métalliques rouillées, des lichens ici et là, un biberon à oiseaux, des immeubles dans des parcs, Quiétude est leur nom, des maisons pimpantes bien que centenaires, de hauts murs. Les jambes qui frétillent

Sur le plateau de la Sainte Chapelle, des garagnas font des prouesses à vélo, s'imposant des obstacles bancals, nous évitant de justesse, nous ne sommes pas dans leur carte mentale.

Au sommet, des caquetages de poules, des cabanes moussues, un monde caché : a-t-on franchit le km autorisé ?

On a le dépaysement qu'on peut et le kilomètre qu'on mérite

Mozart pour descendre 

Fauré pour monter

cerise sur le gâteau sur le plateau





jeudi 19 novembre 2020

Au crépuscule bien avancé

 Au crépuscule bien avancé

plus question de vitamine D

nous nous rejoignons à ma porte, marchons à pas comptés

à bonne distance

nous arrêtons parfois devant le détail d'une ombre

l'appareil photo embarqué

shoote du rouge,

des fenêtres découpées dans le noir fuligineux,

des feuilles froufroufrantes

 

l'une demande à l'autre

"- Tu sais ce qu'on devient, "après" ?

- Non je sais qu'il existe plusieurs hypothèses, mais aucune feuille n'est jamais revenue pour nous le dire.

- Tu trembles ?

- Non je fais ma gymnastique"

 

à la même date en 2019, on était occupés à dégager la neige des branches lourdes de feuilles pas encore tombées

on était loin de se douter... même si ça nous pendait au nez

 

On découvre des rues, des passages,

On redécouvrage des rivages

là, un immeuble démoli

ici, un arbre veuf,

une grue scintillante qu'on voit parfois depuis un autre point de vue,tourner sur son axe dans la nuit blanche.

 

on ne sait pas pourquoi on s'évade à cette heure

pourquoi on accepte ça, prendre l'air qui n'a pas la même odeur la nuit

sous la lumière des lampadaires qui polluent le ciel

on se raccroche à du positif, l'oeil toujours en émoi




mercredi 18 novembre 2020

à peine 1 km, le 18 novembre 2020

Ce matin, je fais le trajet dans le sens des départs

j'atteste dans ma poche que mon déplacement est limité

me suis réveillée avec la migraine qui va bien

celle qui résiste à tout

à la camomille de l'amie

aux compresses brûlantes

au masque glacé

j'ai enfilé mon sac à dos et marché dans l'air frais du matin

mais xi-xi ru piquait le nez

à ma hauteur s'est arrêté un homme à joli vélo

c'est un collègue

on a échangé sans masque 200 mots

on s'est séparés, lui filant vers le présentiel

moi vers le télétravail qui donne sur les crépuscules flamboyants.

 

à la pause, je fais le tour de mon jardin

10 fleurs de fraise, 3 capucines, 1 jaune et 2 rouges

toujours le plastique effiloché dans le cerisier

toujours des canettes balancées depuis la route

De l'autre côté de la haie sud, les grands enfants de ma nouvelle voisine

offrent leur visage à la vitamine D allongés dans des transats

on dirait des tuberculeux emmitouflés dans leur plaid

je fais quelques pas de plus, pour être en plein soleil moi aussi

je m'étire, je sautille, je vais voir la boîte aux lettres

de la poudre de fourmis.

jeudi 26 mars 2020

La traversée

Ce soir, j'avais une place pour un spectacle sur Sylvia Plath... que je ne verrai pas...
Alors je partage le poème par lequel je suis entrée dans l'univers de cette auteure, et que je n'ai cessé de lire depuis vingt ans:

Wuthering Heights

Les horizons m'encerclent comme des fagots
Qui penchent, disparates, et pour toujours instables.
Il suffirait d'une allumette pour qu'ils me réchauffent
Et que leurs lignes fines
Rougissent l'air
Lestant le ciel pâle d'une couleur plus sûre,
Avant que les lointains qu'elles fixent ne s'évaporent.
Mais ils ne font que se dissoudre et se dissoudre
Comme une succession de promesses, à mesure que j'avance.

Nulle vie ne s'élève au-dessus de l'herbe
Ou du cœur des moutons, et le vent
Vient se déverser comme la destinée, courbant
Chaque chose dans une seule direction.
Je sens bien qu'il s'efforce
D'aspirer ma chaleur pour l'emporter.
Si j'accorde aux racines de la bruyère
Une trop grande attention, elles finiront par m'inviter
À blanchir mes os parmi elles.

Les moutons eux savent où ils sont,
Ils paissent dans leurs nuages de laine sale,
Aussi gris que le temps.
Les fentes noires de leurs pupilles m’absorbent.
C’est comme d’être expédiée dans l’espace par la poste,
Message stupide, insignifiant.
Ils restent là dans leur costume de grand-mère,
Boucles postiches et dents jaunes
Et bêlements de marbre, durs.

Je rencontre des ornières, et de l’eau
Limpide comme les solitudes
Qui fuient entre mes doigts.
Des seuils creux tour à tour apparaissent dans l’herbe ;
Linteaux et perrons se sont désassemblés.
Des gens, l’air ne se souvient que
De quelques étranges syllabes.
Il les répète en gémissant :
Pierre noire, pierre noire.

Le ciel s’appuie sur moi, moi, la seule à être debout
Parmi toutes les horizontales.
Les herbes affolées battent et se cognent.
Elles sont trop délicates
Pour vivre en telle compagnie ;
L’obscurité les terrifie.
Maintenant, dans des vallées aussi étroites
Et sombres que des poches, les lumières des maisons
Luisent comme de la petite monnaie.

 Sylvia Plath " La traversée" ( traduction de Valérie Rouzeau)

mardi 24 mars 2020

Confinement

7° jour de confinement, qu'elles sont bizarres ces journées, vides, silencieuses, comme si nous vivions en sursis puisque nous ne savons pas si nous serons encore vivants quand tout cela prendra fin. Trop de questions se pressent au portillon. Manquons-nous de réponses, ou bien est-ce notre soif de réponses le véritable problème ?
Miracle des premiers jours, le soleil, le silence, aucun bruit dans la rue, finie la rumeur de la ville au loin, le ciel tout bleu au petit déjeuner, même les stries qui rayaient notre ciel ont disparu, plus d'avion, seulement les fleurs partout dans le jardin, les chants des oiseaux, la campagne à la ville.


Peu à peu, les petites voix et cris des enfants commencent à manquer, on se met même à remarquer (regretter ?) les ados descendant bruyamment la rue, l'environnement semble bizarre, la chatte ne se comporte plus tout à fait pareil, aux aguets, étonnée ...


Alors comment est-ce que je vis ces jours sans but, sans objectif, sans tâches, sans devoirs, mes jours hors du temps et des exigences que je crois m'être imposés par la société, les autres, ? Les cinés, les théâtres, les réunions ... ? Alors que c'est bien moi qui me les impose, pour le meubler ce temps justement dont j'ai peur qu'il se vide de tout et me retrouver face à … à quoi d'ailleurs ? À moi-même ? Au non-sens de l'existence ? Ne serait-ce pas plutôt à ma propre incapacité à vivre sans sens, sans direction, sans but, à juste vivre et me laisser porter, juste ETRE sans « m'occuper » ou occuper mon temps et remplir ma vie et ses heures.


En fait, c'est bien ce qui se passe. Je me dis : « là, ce seront bientôt les nouvelles de 18h alors t'as le temps d'aller écrire ton journal », je regarde plus souvent le réveil ... sans internet, ni téléphone depuis 4 jours, tout cela est encore plus flagrant que les jours précédents. Apprendre à juste ETRE, comme une fleur, comme un oiseau, comme ma chatte, ne rien attendre ni espérer, juste être là à chaque instant. Pas si simple !


Le confinement me contraint à faire l'expérience de la « nudité », du « vide » et je résiste à me désencombrer, à laisser se rompre les digues, à vivre un autre rapport au temps, au monde, plus libre, à laisser le remplissage, si naturel au quotidien, se disloquer. Un tel événement me montre soudainement que je suis incarcérée dans le jeu de mes habitudes et de mes pensées, mais si je parviens à l'entendre, cette soudaineté m'invite à me dépouiller de mon ancienne peau, à me simplifier. Elle me contraint à voir et débusquer mes faux-semblants et les multiples compromis que je fais avec moi-mêmes. Alors il faut oser la vie nue, plus de fuites possibles.