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lundi 13 avril 2026

Panser les images chapitre 4 : L'arbre de la Bodhi (sous lequel Bouddha a reçu l'illumination)

 En haut de la colline sur le chemin des bois aux champignons, il y avait un aber. Un roi arbre _ un hêtre* ou un chêne. On le voyait de loin donc. puis on le perdait de vue. On savait que lorsqu'on l'atteindrait on aurait fait le plus long et le plus dur. C'est à dire la côte raide et pierreuse, où on se tordait les pieds, en plein cagnard, ce chemin qui ressemblait à celui du catéchisme, ce chemin où on en bave, mais c'est le droit chemin (favorisant l'accès à l'illumination), contrairement à l'autre, la route plate et lisse, bordée d'arbres comme sur la boîte de bonbons pralinés granités de vert, et qui est le chemin du péché

On commençait donc à gravir les graviers sur ce droit chemin et quand on arrivait à l'Arbre, la vue nous récompensait de nos efforts. Les champignons, on imaginait déjà le plaisir d'en découvrir un nid, de sortir le petit couteau, de les décalotter délicatement de la mousse, de cacher leur pieds pour ne pas donner d'indications aux prochains cueilleurs (et peut-être croyait-on pour qu'ils repoussent), de sentir leur poids au bout du bras dans le sac plastique, de sentir l'odeur d'humus après l'odeur de poussière de chemin. Comme ce n'était pas encore pour tout de suite, et comme pour savourer un plaisir anticipé, on s'arrêtait sous l'arbre et on profitait de la vue  !!

à 360 degrés lorsque le regard plongeait du côté d'où l'on arrivait et du côté de l'avenir, aménageait une perspective douce sur les bois aux champignons convoités avec un avant de champs labourés, de prés encore verts

Une halte auprès de l'arbre, c'est à peine si nous échangions quelques mots, mon père et moi, nous n'avions même pas de gourde ni de goûter, nous écoutions le frémissement du vent dans les feuilles sèches ; je me rends compte que je n'ai connu cet arbre qu'à la saison des champignons, donc des feuilles sèches, qui ne disparaissent qu'au moment où les feuilles nouvelles sont prêtes à surgir. C'était un chemin d'automne, l'été nous allions à La Clare, nous tremper dans la Semène. L'hiver nous allions faire de la luge dans les prés du quartier, au printemps nous allions dans ces mêmes étendues cueillir les narcisses et les myosotis. Comme pour les champignons nous avions nos coins. (Avant que les lotissements ne détrônent le sauvage, le tout children's lands)

Après le chemin de catéchisme tout n'était que plaisir, convoitise, sens apaisés, reconnaissants ; j'aimais cet arbre, comme une étape sur le droit chemin, un petit périmètre de paradis bien mérité, après la suée et l'essoufflement. Avant de gagner la route blanche, le plat, le couvert du premier petit bois.

Puis un jour, il n'y eut qu'un trognon. L'arbre avait été victime d'un coup de foudre, mais le problème avec les arbres, c'est qu'il n'y a pas de réciproque avec le ciel ; le coup de foudre c'est la mort assurée pour l'arbre, à plus ou mois brève échéance.

Pendant quelques temps, les branches mortes ont pendouillé d'un côté, lamentables. Et je voyais venir son agonie je ne prenais plus le chemin, j'arrivais par la route blanche avec ma mobylette ou avec ma 2CV puis un jour je ne vis plus rien, l'arbre avait été complètement coupé et mon père était mort aussi, puis j'ai déménagé ne suis plus allée aux champignons, les tiques, la radiocativité, tout ça...

je pense à eux quelquefois, l'arbre et mon père, l'illumination, lorsque j'écris des livres à n'en plus finir, 

"Les traces laissées par ces expériences d'interactions minuscules mais intenses continuant leur chemin à travers le chaos quotidien, s'obstinent à créer des lignes de vie et de mouvements qui circulent et s'entrecroisent entre soi et le lien avec les autres, sans frontières. Un lien peut disparaître mais plus difficilement un affect, une mémoire sensible". 


Olga Tokarczuk : Pérégrine : titre de chapitre : L'arbre de la Bodhi

Vocabulaire photographique : Basse lumière

Citation extraite d'Un Abécédaire sensible des bibliothèques" p.231

Un roi sans divertissement (Jean Giono) : p.1 

Image : (à venir)

mardi 11 mai 2010

Lichen


003
Les mains pleines d’étoiles, le pèlerin – que j’aurais pu être si j’avais rencontré ce Rien sur ma route – , poursuivit sa marche solitaire laissant son regard se frotter aux talus qui bordaient le chemin.
A la lisière d’une forêt ordinaire, pris d’un besoin d’embrassade soudain, il enlaça un mélèze recouvert de lichen sur lequel sa joue se posa, se griffa même, laissant apparaître, en un dessin en creux sur le visage, la silhouette même d’une plante. Il écouta, se laissa pénétrer de la vie  intime de l’arbre, comme si les horizons échappés du violon de la vie donnaient enfin toute leur résonnance, toute leur âme, là, dans l’écorce de cet arbre. Il imagina la substance interne, l’aubier, les strates qui marquent la croissance, la sève qui nourrit… Surgit alors en lui un souvenir sans fioriture, une image implacable qui lui fit soudain réaliser que la mémoire est comme un glacier parfois çà fond, et émerge alors un bout de quelque chose et tout le corps revient avec*….
…il devait avoir sept ou huit ans, il était assis au bord de la nuit, juste avant que le jour ne bascule, et la conscience d’être un individu unique, un être sans miroir, lui était alors apparue, alors même qu’il fixait la première étoile dans le ciel.
006

*Erri de Luca

dimanche 21 mars 2010

forme délirante


"Dans ce monde que nous ré-endossons chaque matin comme une vieille veste usée, totalement immunisés contre la surprise, l'arbre est la seule forme qui de temps en temps, à certains brefs moments de stupeur où les yeux se décapent de l'accoutumance, m'apparaît comme parfaitement délirante"

Julien Gracq :"Lettrines 1"

mardi 18 août 2009

Lectures sous l'arbre




il y a l'arbre
il y a la cour et la maison
il y a le soleil (enfin pas toujours, mais cette année c'est sûr il sera là...)
il y a l'air qui circule entre les mots
lus, donnés, reçus, emportés, échangés, relus
il y a l'émotion
ou les rires
les rencontres
les livres qu'on s'approprie
pour les jours
sans soleil
sans air

il y a la musique
il y a les peintures
il y a beaucoup d'attentions offertes
dans les Lectures sous l'arbre