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lundi 13 avril 2020

Rouge-gorge dodu, ballu, fafflu

Rouge-gorge
oiseau-tison
tu as mis le feu
aux poudres de mon esprit
***
paupetit
afringalé, effriboulé, regriché,
et puis quand souffle le grand vent
ses plumes toutes rebrouffées
paupetit
***
dodu, ballu, fafflu
m’as-tu vu ?
je fais jabot
***
pétillant pétulant
(je vous le dis) il se regourne
ce petit Artaban
droit sur ses pattes d’allumettes
bouffi de sa personne
et qui pour un rien parmi l’humus et l’humide
s’infatue
***
Tout frimassé, tout grelottant,
Il s’approche du feu de bois d’un boquillon,
Et là il fait la cendrillon
Ses ailes à fleur de flamme


Henri Pichette (1924-2000) Les ditelis du rouge-gorge (2005)

J'ai reçu ce poème cette semaine, écrit par un auteur que je ne connaissais pas du tout, j'ai eu trop envie de le partager avec vous. J'aime cette langue, je le vois ce rouge-gorge, sautiller, se regourner. 

vendredi 14 décembre 2012

Un poème dans la salle d'attente

Il est des heures qui nous ouvrent les mains
et retournent comme un texte fané
la leçon fatiguée qu'est le monde;

L'initiative ne nous appartient pas.
les choses se déprennent ou s'ouvrent
Comme s'il y avait des ondes, des courants
ou des motifs
qui parcourent le temps et l'espace,
changent les situations
corrigent les substances,
dépoussièrent des textures
et peut-être même inventent 
de nouvelles manières de l'être,
des variatiopns ou des échappements.

Et pami tant de processus curieusement ambigus
non seulement nos mains s'ouvrent
comme de fertiles manoeuvres,
mais parfois quelques chose se pose aussi sur elles,
comme pour se reposer un instant de l'abîme.

Extrait de Dixième poésie verticale
Roberto Juarroz (1925-1995), traduit de l'argentin par François Michel

Pour Linette et son chagrin

samedi 29 août 2009

lichen, encore



Quel que soit le choc, la situation initiale du poème reste la même: une brusque et violente souffrance d'un déficit de langue face à ce qui arrive, aussi bien un deuil qu'un ciel parfaitement bleu, aussi bien le goût d'une passe-crassane que la vue d'un clochard couché dans un coin en pleine nuit d'hiver. L'origine du choc est parfois même non-identifiable en mémoire ou parmi l'afflux d'images et de tensions vécues au quotidien. Mais il y a eu choc, émotion, c'est à dire brusque mutisme, la langue comme d'un coup se retirant et ne laissant dans l'espace mental qu'un mouvement de peur, d'étonnement, de désarroi."La poésie n'est qu'un certain étonnement devant le monde et les moyens de cet étonnement" (du Bouchet). On écrit pour ne pas rester muet, pour reprendre prise un peu, autant que possible, sur soi et sur ce qui est.

Antoine Emaz "lichen, encore" (Editions Rehauts)