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lundi 6 mars 2017

La nouvelle à chute

Je lui avais bien dit que je ne savais pas raconter les histoires. Il insistait pourtant. Nous nous connaissions depuis deux heures. Quand je le rencontra, la neige s'abattait sur la montagne. Nous marchions sans voir à plus d'un mètre. Il faisait partie d'un groupe de quatre randonneurs. J'étais seul. Le refuge devait se trouver tout près de nous. Il était tôt dans l'après-midi et nous étions frigorifiés. Découragés. Soudain - j'appris plus tard qu'il était médecin - il hurla en faisant des gestes désordonnés. Le refuge était là, face à nous.
Nous nous engouffrions à l'intérieur
Entourés des ténèbres engourdissant nos corps.
Le médecin entreprit d'allumer le poêle à bois devant lequel nous nous serrions bientôt, assis par terre. Il nous fallait attendre, attendre que la journée s'écoule, demain la météo serait meilleure, peut-être.
L'ennui s'empara de nous. Un autre compagnon de naufrage proposa que nous racontions une histoire, à tour de rôle, pour faire passer le temps et la faim.
Quand ce fut à moi, je ne sus que dire. Avec entêtement. Ce qui agaça le médecin:
Je leur devais bien ça ! Sans eux, sans lui surtout, que serais-je devenu ? Une momie ?
Il commença à s'agiter, aussi dingue que lorsqu'il avait aperçu la cabane tout à l'heure. Il se leva, me menaça de toute sa masse, gauche et lourde.
Ses collègues le regardaient faire, sans le raisonner. Il semblait décompenser de l'aventure et de bien d'autres choses que j'ignorais.
Plus il s'énervait, moins je ne pouvais parler, encore moins retrouver des souvenirs ou inventer un conte. Soudain, il prit le bâton qui lui servait de tisonnier, le dressa au-dessus de mon crâne.

Alors dans un dernier souffle, les larmes tremblantes, je proposa que nous composions un texte, chacun ajouterait une phrase à celle que je prononcerais d'abord :

- le médecin remplit l'acte de décès

- puis il me ferma les yeux


- rideau


- ...

dimanche 5 mars 2017

La nouvelle à chute ,

Je lui avais bien dit que je n'appréciais pas la laine, en effet il n'en avait jamais été question. Tout cela était prévu et il me connaissait depuis toujours, de sorte que toute nouvelle explication m'avait semblé inutile. Ma mère laisser rouler ses larmes à leur gré en chuchotant : - Marcel s'il vous plait laissez lui porter sa robe en coton, je sais que nous sommes en hiver, elle aussi le sait bien. Mais c'est un jour particulier, alors quelle importance ? Marcel restait sur son choix , inflexible mais doux , me caressant délicatement les cheveux. Sa main glissait involontairement sur ma joue lorsque je tournais la tête sur la gauche pour regarder les flocons tomber et adoucir ma déception. -Non , disait -il gentiment , elle aurait froid. Je saisissais le coton de ma robe déposée avec soin près de moi et , entre le pouce et l'index, faisait glisser l'étoffe d'avant en arrière jusqu'à ce que je décide de lâcher prise sur l'aimable sourire de Marcel. Le médecin remplit l'acte de décès, puis il me ferma les yeux, rideau.