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dimanche 16 mai 2010

LETTRE A MES ANS (en 7 mots, 7 expressions)

"O combien de dizaines,
O combien d'unités!"
Mes ans! Je vous apostrophe depuis tant de temps avec la déférence due à la valeur ajoutée des chiffres et des lettres et sans que je n'admette le moindre commentaire de quiconque quant à votre avancement plus rapide que mon salaire qui stagne, lui, sur une grille indiciaire plutôt bancale.
Oserais-je vous avouer que vous pesez sur mes épaules quand le temps est à la pluie! Et aujourd'hui, le temps est à la pluie! "encore plus qu'hier, peut-être moins que demain!", une sensation forte d'humidité paralysante.
"Il pleut, il mouille; c'est l'ivresse à la grenouille" et pourquoi qu'à la grenouille d'abord?
Je revendique le droit de vous saouler à tout et à n'importe quoi, pour une fois, une fois encore. Vous dissoudre dans les bulles alertes d'un champagne frappé à souhait; vous noyer dans une baignoire d'Opium du regretté Y.S.L et divaguer dans les volutes des notes parfumées et poivrées; vous asperger de Retsine et attendre, attendre qu'un insecte vivant à qui j'aurais croqué les ailes vienne lutiner ma peau gorgée de sucre et de soleil!
Je vous écris, mes ans, de cette humeur lourde qui laisse un goût de fiel au coin de chaque mot quand le brouillard plombe la ville et que je vous adresse dans le désarroi d'un regard posé comme le crêpe d'un voile noir sur mes bras recroquevillés.
Que vous ai-je donc fait pour que vous pressiez mon corps comme dans un étau moi qui l'ai souvent laissé se brûler à des soleils autres que ceux des ciels d'été?
Que vous ai-je donc fait pour que vous flétrissiez mes mains et pour que les mots glissent de mes doigts sans s'aligner, se cognent, s'enhevêtrent dans le désenchantement consenti d'une plume malhabile?
Peut-être voulez -vous vous venger, mes, ans? Laisser vaincre la lassitude? Laisser vaincre la solitude que j'ai presque apprivoisée ou qui m'a presque apprivoisée, qui m'a ouvert des champs nouveaux? Ainsi je continue la petite phrase interrompue, abandonnée...
Je n'ai pas envie de vous laisser gagner mes ans même si vous en êtes la cause; je veux bien vous continuer pour aujourd'hui, demain, peut-être d'autres après.

mercredi 14 avril 2010

LETTRE A UN POETE, UN AMI.

19H45: ce 3 mars. Il fait nuit, une nuit de ces fins d'hiver où la température hier douce encore, a renoué avec le froid et la pluie. Les trottoirs mouillés et gluants ruissellent, l'asphalte brille d'une incandescence funeste, le ciel pleure la tristesse des hommes.
Je t'écris poète pour ajouter mes mots à l'arc-en-ciel de tes rimes et j'avance. J'articule avec peine mes doigts gauches et gourds, j'avance vers ce temps inconnu qui s'effiloche usant l'encre des jours, usant la fluidité du verbe. Et si je devais un jour ne plus pouvoir écrire? Est-ce que je pourrais au moins dire? Est-ce que je pourrais tenir dans ma bouche un pinceau? J'accuserais les heures grises de traits épais; de rage, quelquefois, je les violenterais de noir.Les moments doux, je les effleurerais d'une plume si fine à l'encre sympathique, qu'invisibles à l'oeil nu je serais obligée de les recommencer encore et encore, de m'attacher à eux comme un carton d'invitation pendu au fil d'un ballon de baudruche.
Poète, prends ma main, applique-la en creux contre ton oreille comme une conque d'or et écoute battre dans sa coquille le flux et le reflux de la parole, tous mes éclats de rire et mes éclats de larmes, toutes mes espérances teintées de l'éphémère beauté des cerisiers en fleurs, toutes mes angoisses balâfrées de rouge et de noir.
Poète, dans ton souffle, accompagne ma vie voilée de clair-obscur.

EN REPONSE A. G. (de Sophie-Linette)

"Cela fait un moment que je veux vous écrire..." dites-vous .
Lorsque j'attends un courrier de vous je ne calcule plus le temps qui entre dans sa démesure la plus cuisante. "J'attends", je viens d'écrire"j'attends", alors que votre lettre m'apprend qu'il me va falloir écrire"j'attendais"! L'imparfait, le temps de notre rencontre? Non! Même si imparfaites étaient nos retrouvailles trop brèves, trop espacées puisque vous ne m'autorisiez pas à pénétrer dans votre oeuvre. Mai en attente sur le bord de votre écriture combien j'ai aimé ces moments fragiles qui nous laissaient exangues dans l'urgence du moment. Nous n'étions plus qu'un seul corps à deux respirations, qu'une seule peau frémissante, qu'une seule voix qui murmurait"je vous aime"comme vous m'aviez appris ce vouvoiement qui je croyais scellerait notre histoire.
Dans les moments de DISTRACTION que je me fabriquais à vous attendre avec pour seul viatique l'espoir que vous me reviendriez, je me répétais"longtemps, toujours", et puis je balayais aussitôt l'inocuité de leur mensonge. Vous m'aviez appris à apprivoiser"maintenant, demain"
Malgré le DARD de la douleur qui me crève le ventre, à l'instant je sais que vous m'avez rendue plus forte. Depuis que je vous ai connu, je sais que je peux cohabiter avec moi-même, peut-être même vivre.
Il me faudra longtemps pour gommer la douceur de vos yeux qui se posaient sur mes paupières à demi-closes, pour murer votre voix, étouffer votre odeur sous l'épaisseur des oripeaux que je vais devoir revêtir. J'ai froid de votre absence annoncée mais chaud du respect que je vous ai inspiré. Vous êtes un de ces rares amants qui osez dire votre inconstance et comme je ne veux pas la partager je dois en accepter et l'augure et l'issue douloureux.
Merci pour ne pas me prêter à la mascarade, pour ne pas me faire DEFILER dans les couloirs de vos autres conquêtes. J'ai voulu être la seule et même si j'ai perdu, je vous en aime ainsi.
Il m'est trop tôt pour que je vous souhaite d'être heureux mais je n'ai pas de place pour un quelconque désamour qui remplacerait le"vous" par le"tu".
Sophie-Linette.

jeudi 8 avril 2010

cadavre S exquis

G,

arrivée de votre lettre tout à l’heure, et me voici célibataire, (du genre actif ou passif je ne le sais pas encore, comme j’entre dans cet état qui m’est si peu familier ...) ; libérée d’un lien qu’hier encore j’imaginais indestructible, tandis que se diffusait de vous à moi ce sentiment «d’intranquillité» dont vous parlez ; notre histoire, plus encore que ma carrière d’artiste, me semblait essentielle autant qu’elle m’inquiétait ;
une évolution de notre relation, vous côtoyer avec les «autres» ou «une autre», je ne le souhaite pas ; l’instant est au désir du silence-absence, me re-créer, reconstituer le vide de vous autour de moi ; nécessité donc, d’ignorer où vous êtes et ce que vous faites ;
de mariage entre nous, il n’en était pas question tant j’essaie d’esquiver ces liens en formes de cordes ou d’anneaux, témoins publics de nos attachements ; alors, comment conjuguer sentiment amoureux et liberté ? comment corriger ces errances qui me dispersent à tous vents sans me sentir prisonnière dans la cage dorée de l’amour voluptueux ? ces derniers temps, peut-être, quelque chose au fond de moi rêvait une forme d’engagement ;
cela n’aurait rien changé à l’affaire car vous êtes homme à préférer toujours l’ailleurs, l’inconnu, le nouveau, «l’autre», cette sève jeune et fraiche, dans laquelle vous puisez inlassablement votre énergie créatrice ;
votre anatomie me manque déjà, mais je sais pouvoir rencontrer encore un corps qui m’inspire autant ;
qui me manquera le plus ...? est-ce votre corps ? est-ce vous ? ou l’idée que je me faisais de nous ? en attendant, je vais m’employer à «prendre soin de moi» pour me distraire de vous, oublier vos mains sur ma peau, vos lèvres, votre...
dès l’origine il y eu entre nous l’évidence de l’amour, du corps contre corps ;
«c’est fini !» me dites-vous et je vous réponds que je suis d’accord pour le mot FIN, pour que l’histoire se termine sans histoire.

S.

avec :
les mots que je donne à ma voisine ange-gabrielle,
ceux que je reçois de mon voisin grandpierre,
les 3 mots en C de mars de béatrice.

mercredi 7 avril 2010

Des mots, des ménages

Madame,

Madame me dit (c'est aujourd'hui jour de ménage chez Madame) que l'atelier , ce soir, c'est chez vous. Alors, prévenez bien votre femme de ménage qu'elle s'attende à devoir faire double ménage.
On ne trouve, quand il n'y a pas eu "atelier" que les petits moutons  habituels sous les meubles et dans les coins, les miettes oubliées d'un repas-plateau pris sur le sofa, pas plus.
Mais quand il y a eu atelier, cela peut être l'horreur : des mots, des phrases, il en traîne partout ( j'en ai trouvé dans le grille-pain l'autre jeudi, c'est vous dire)
Et puis des mots, ça irait encore mais parfois ce sont de gros mots qui tiendraient seuls dans un panier tant ils sont gros ; je ne parle pas des fotes d'ortograffe, ça fleurit mieux que les plantes de Madame (que Monsieur oublie d'ailleurs d'arroser une semaine sur deux). Et puis, savez-vous que j'ai même trouvé sur la table du salon une boîte à chaussures, ouverte, remplie de phrases. Quand j'ai vu de quoi il s'agissait, j'ai failli appeler la police : c'était marqué dessus "cadavres exquis !" et c'était plein de lettres anonymes ! Et des choses choquantes vous savez comme : la nique au Petit Robert, ou affolantes comme "j'ai réécrit ma moitié" ou " ma moitié reconstituée en pierre de taille".
Bref, ça salit, et ça sent la folie quand l'atelier est passé.
Je tenais à vous prévenir, ça fait du bien de l'avoir fait.
Une bonne française, femme de ménage (acceptant les chèques emploi-service).
Publié par un(e) usurpatrice d'identité



jeudi 1 avril 2010

Lettre de réponse à G

G

Je vous remercie de cette franchise envers moi et je la reçois comme dernier gage de ce qui fut entre nous et restera unique. Mon seul regret : vous avez été mon seul amant qui m'ait vouvoyée du début à la fin. J'en rêvais, j'en avais toujours rêvé, sans vous l'avoir jamais confié. Je n'imagine pas plus grand bonheur et plus grande intimité que ce vouvoiement dans l'amour. Je le reçois comme une offrande. J'ai choisi la règle et je préfère la certitude de cette rupture à l'appréhension que j'en avais depuis le début de notre relation. D'ignorer où vous êtes et ce que vous faîtes me sera moins douloureux que de ne plus vous entendre murmurer "Je vous aime" dans le creux de mon cou. Ce vouvoiement m'a été infiniment sensuel. Quelque chose au fond de moi rêvait à une forme d'engagement que ce "vous' consacrait. Il donnait à notre amour à la fois de la profondeur, une immense douceur et je le ressentais comme un respect incommensurable de ce que j'étais et de ce qu'était cet amour. Inlassablement votre énergie créatrice a nourri mon oeuvre et ma vie de toute nouvelle manière, je sais que vous comprendrez sans plus de développement. Un corps qui m'inspire autant, certes vous n'étiez pas le premier, mais une interpellation qui résonne aussi fort en moi et suscite aussi profondément mon inconscient, ça jamais. Ma peau, vos lèvres, votre ventre vibraient, s'impatientaient lorsque vous murmuriez ce "vous" à mon oreille. Du corps contre corps me restera cet infini dont nous nous sommes enveloppés, cette oeuvre à deux que nous avons écrite.
J'aime l'idée de ce livre que vous me dédiez et qui sort le jour où vous m'annoncez notre rupture.



Cadavres exquis

Bip a concocté une consigne aux petits oignons! Je tente d'expliquer:
 La plasticienne Sophie Calle  a reçu une lettre de rupture, ou plus précisément un mail (signée G et reproduit ci-dessous). Le jour où elle a reçu ce mail, son auteur a publié un livre. Le livre lui était dédié et G a quitté Sophie Calle le jour de sa sortie. Sophie Calle a proposé à plusieurs personnes de répondre à ce mail !

Nous devions donc nous emparer de cette proposition et écrire à notre tour une réponse à G. Mais tout cela était trop facile !!!  Nous avions donc une contrainte supplémentaire: nous allions travailler sous la forme du cadavre exquis, c'est à dire que chacun écrit un petit bout de sa lettre sur une feuille qu'il fait ensuite passer à son voisin de gauche qui va la continuer ( mais sans voir ce qui est écrit sauf les deux ou trois derniers mots...). Le tout en gardant en tête sa propre lettre pour maintenir une cohérence personnelle....  Vous suivez toujours?
Comme nous étions 8 hier soir, nous avons donc écrit une lettre en huit morceaux !
A la fin , deux lectures étaient possibles: le cadavre exquis composé par les 8 participants et la lettre de chacun....
Une fois que l'on a eu compris ce qui était attendu de nous, cela a été sur des roulettes!!!

Voici le mail de rupture qui a occasionné notre travail :



lundi 29 mars 2010

lettre à une feuille de papier,

Que serais-je sans toi,
Feuille de papier, où je peux gribouiller,
Pour écrire ce que je suis,
Pour écrire ce que j'étais,
Pour le futur, je ne saurais,
Je n'ai pas envie, à toi de trouver,
Et puis je n'aurais pas le temps,J'ai peur de mal anticiper.
Je veux rester présente
Mais il va falloir veiller,
Je laisse une lampe toujours allumée
Il faut qu'on puisse me trouver,
Avant qu'un grand sommeil,
Me fasse m'endormir
Pour peut-être un jour
Dans l'audelà me réveiller,
Et retrouver des mots
Qu'ici je n'ai pas su écrire
Et qu'enfin sur toi
Je pourrais coucher,
Laisse moi de la place,
Il y a tellement des phrases,
Que  je n'ai pas su trouver.

Jeannine

dimanche 28 mars 2010

Cher vous,

Cher vous,

          J'ai cru que je ne pourrais plus vous écrire,
          Mais je retrouve ma plume quel bonheur Pierrot me l'avait égaré.
          Morphé m'attendra je vais continer, puisque je sais maintenant comment tremper mon porte plume dans l'encrier.
          La nuit sera douce, puisque demain  je pourrais continuer.
          Bonne nuit cher vous  me voilà apaisée.

Jeannine

vendredi 26 mars 2010

lettres entretissées

Cher R,

J’ai parcouru ta longue lettre avec une pincée frémissante aux commissures des lèvres et la gravité de ton discours ne m’a pas empêché de penser que tu dois souffrir et le devras toujours.

Pardonne moi, je ne me moque pas des difficultés que tu évoques. La terre peut maintenant trembler, je ne te sauverai pas de tes égarements, de tes errances, de tes humeurs chagrines.

Que te dire? Rien n’a changé.

Nous nous sommes liés quand un monde chancelait. Rien n’a changé. Ou plutôt si, les choses sont bougrement plus complexes qu’autrefois. Plus subtiles. Non, pas plus subtiles, plus embrouillées. Est-il possible qu’on ait toujours de son époque une vision pessimiste, pour peu qu’on se retire de loin en loin dans sa marge? A lire tes lettres c’est ce que je me suis demandé.

Mais qu’avons nous perdu? L’essentiel peut-être.

Etre seul, un peu chancelant au bord du flot tumultueux et accepter la béance de sa solitude intérieure. D’ailleurs, il n’est pas indifférent qu’un garçon tel que toi, qui fut l’inquiétude même, non, il n’est pas tout à fait négligeable qu’un bonhomme dans ton genre vive ici, sur cette lande où la mort cogne sans faire d’histoire.

 Mais tu le sais, je garderai toujours en moi ces rêveries toutes bêtes des récits de notre enfance qui ne nous suscitent encore que parce qu’elles se sont insinuées dans le silence des jours.

Je te quitte à présent. Je t’envoie toute mon affection et puisse ma paix, ou ce qu’il en reste, arriver jusqu’à toi.

(lettre écrite avec le concours de  morceaux d’autres lettres réalisées à l’atelier, et d’emprunts à des lettres de Lionel Bourg, René Pons, Lou Salomé…)

mercredi 24 mars 2010

LETTRE A TOI QUI ME CONNAIS SI BIEN.

"En restant chez moi, je reprends chaque jour les mêmes chemins qui me conduisent irrémédiablement aux mêmes lieux, me font croiser les mêmes gens. Tout ce tissu de dépendances, d'accoutumance me carapaçonne, m'asphyxie. Je n'ai plus accès à mes émotions.

Voilà pourquoi il est si important d'être solitaire et attentif quand on est triste.

Une seule chose est nécessaire accepter la béance de sa solitude intérieure, aller en soi-même, n'accepter de ne voir de jours durant personne peut-être pour écrire, sûrement pour penser, se souvenir, inventer, réinventer toujours.

D'ailleurs sans toi, mon imagination, ma vie aurait été triste! Je voudrais juste te remercier d'avoir glissé des rires dans les tiroirs de mon enfance.

Tu te souviens des mille et une rêveries qui nous tourmentaient jadis, toi et moi, d'aller sac au dos, ou sur un coup de tête partir, séance tenante et lâchant tout alors.

Qu'y avait-il cependant? Qu'y avait-il en nous que les années n'ont pu éteindre? Quel désir, quelle attente craintive macéraient au coeur de l'envie toujours plus âpre à rompre les amarres, disparaître après un ultime coup d'éclat ou sur un mot encore

Mais voilà que l'heure avance et avec elle l'absence de familiarité, le tutoiement se fond dans la pelure rêche de la feuille de papier.

Qu'avons-nous perdu? Qui sommes-nous grimaçant, taisant la gueule de chien battu qui se rase ou se maquille au fond d'une glace en train de perdre? l'essentiel peut-être.

D'où vient que seuls m'attirent les livres qui parlent de mort ou de souffrance? Ou encore d'errances vers le rien?D'où vient que seuls les hommes et les femmes de la marge m'intéressent? A quel moment de ma vie me sont venues cette sensation d'être à côté de mes semblables et mon attirance pour tous ceux que je sentais souffrir d'une blessure inguérissable?

J'ai un ami qui prétend là, que toujours à minuit il se fait une fente minuscule entre le jour qui fuit et celui qui commence et qu'une personne très adroite qui parviendrait à s'y glisser sortirait du temps et se trouverait dans un royaume indépendant de tous les changements que nous subissons; à cet endroit sont amassées toutes les choses que nous avons perdues.

Je me le dis avec force, il faut que je me glisse dans cette feuille que je commence à apercevoir. Même si je m'écorche les doigts et que ma peau est brûlée, même si le sang coule, je dois continuer d'avancer, je suis sur la bonne voie.

Monotone sonne l'horloge, doux sont le vin d' origan et les tuiles aux lentilles. Penser, penser encore!

Penser ce n'est pas unifier, rendre familière l'apparence sous le visage d'un grand principe. Penser c'est réapprendre à voir, diriger sa conscience, faire de chaque image un lieu privilégié.

Ma lettre, je te quitte à présent, je sais que je te relirai à un moment très décalé de la réalité et que tu ne voudras peut-être plus rien dire.

Pour le fond, le silence, le rythme lent de l'exil intérieur volontaire restera gravé en moi pour toujours, pour autant que je m'y reconnaîtrai.

A toi, du plus profond de moi.

Linette.

lundi 22 mars 2010

ma moitié de Rilke reconstituée en pierres de tailles

La volupté de la chair est une intelligence visionnaire au même titre que le regard pur, que la jouissance que procure la saveur d’une cerise mûre sur notre langue, elle est une extension de  notre âme sur la peur abandonnée, une connaissance de soi et de l’autre nous-même, dans sa plénitude et sa science intuitive de l’amour. Ce n’est pas l’amour qui naît de cette expérience, mais en ceci je ne parle pas de ceux qui en mésusent, proprement la galvanisent, l’utilisent comme un excitant, une distraction dans le morne ennui de leur existence non une concentration de leur créativité.
Lorsque les hommes ont du manger aussi, car il ne peut y avoir vide d’un côté, pléthore de l'autre, ils ont trouvé dans ces nourritures terrestres des besoins simples, et ainsi ont été troublés tous les besoins par lesquels la vie se renouvelle. Mais ils ont dû les clarifier et les vivre clairement et calmer en eux l'homme de solitude. Il est donc essentiel que l’être vivant consente à toute beauté, chez les animaux comme chez les plantes, on trouvera une forme durable et nue de l'amour, celle qui fait les plantes s'accoupler, se multiplier, se tourner vers l’autre avec docilité, non pour servir la loi du peuplement, de la reproduction, une loi qui dépasse plaisir et souffrance, une loi sans volonté ou résistance. Fasse que cette volupté soit pleine jusque dans ses moindres méandres et soit chantée par l’humain avec plus d'humilité, comme un mystère: qu'il le considère gravement! Au lieu de le prendre de haut, à la légère, qu’il comprenne combien il est lourd! qu'il ait le courage du bonheur, la passion créatrice de la chair ou de l'esprit, la fécondité de l’amour. Car l'esprit procède de l’œuvre de chair, il est l’incarnation dans l’œuvre. L'homme, me semble-t-il, est aussi créateur par son corps qu’il l’est au moral; engendrer est pour lui une manière d’être, une source profonde qui lui permet de se mettre au monde et c’est réellement "enfanter" que de créer cette volupté que procure l’amour.

lettre à Lydie,

J'ai besoin que tu me rassures, dis moi où  plutot  écrits moi que je n'a pas révé , cette enfance que nous avons partagé je ne me la suis pas  inventé tu te souviens toi.
J'ai  besoin de savoir, maintenant que je n'ai plus ma mère,c'est curieux les derniers temps elle était devenue mon enfant et moi j'étais sa mère alors je ne sais plus tout s'embrouille se mèle. Je t'avoue que quelquefois j'ai peur de cette phrase que je lui entendais dire il y a quelques annes " elle est retombée dans l'enfance" Cete enfance la je ne la veux pas encore aide moi.
Je vais luttr , tu sais je vais même te confier que cet anniversaire important  que j'ai eu en Janvier, m'a fait demarrer, j'ai voulu braver et sais tu ce que j'ai fait, cette excroissance disgracieuse que j'avais sur la figure je lai fait enlever un peu de laser et le tour est joué, c'est ridicule et bien c'est une petite Anapurna que j'ai escaladé.
Anapurna tu te rappelles lorqu'on lisait les Conquérents de l'inutile, comme on s'emballait comme on révait.
Je veux réver encore  peut-être différement aucun prine ne viendra me chercher, il n'y a jamais eu de carosses dans les rues boueuses de notre village, mais cela a quand même été royal, les vsseaux valent bien les monarques.
Mais non, je ne suis pas nostalgique, je devrais s dire que des trésors j'en trouve encore tu veux des exemples , ma petite fille qui me demande de lui apprendre à coudre moi qui n'ai jamais su tenir une aiguille elle s'étonne de ma dextérité n'est ce pas merveilleux ?
Oui Lydi, nous sommes riches  de tout  nos souvenirs mais il faut que nous ravivions de temps en temps le feu qui couve; tisonnons la vie tant qu'il y a de la braise cele ne s'éteindra pas.
Nostalgique  tu crois que je suis Lydie, non, mais il faut que nous replacions tout cela et pour commencer je vais signer Jaja comme avant.
                                         Jaja

dimanche 21 mars 2010

ma moitié réduite de Rilke

Chère Monsieur Rilke,
J’ai bien reçu votre lettre, mais je dois avouer que je n’ai pu en lire que la moitié, et encore !
En effet, les pluies torrentielles qui se sont abattues sur notre région récemment n’ont rien épargné, pas même ma boîte aux lettres et c’est avec grande difficulté que j’ai déchiffré votre précieuse missive.
Évidemment, ce que vous écrivez est si intense que  la moitié est déjà amplement nourrissante tant est concentrée votre intelligence en de subtiles conseils dont je me nourris allègrement.
" La volupté de la chair est une merveille au même titre que le regard pur sur notre langue, elle est une donnée, une connaissance même, dans la plénitude de cette expérience, dont certains mésusent, proprement excitante, une distraction, non une concentration de l’âme. Les hommes ont du manger aussi, d'un côté, pléthore de l'autre, ont été troublés tous les bons moments par lesquels la vie se renouvelle. Il a donc fallut les clarifier et les vivre classiquement.
L'homme de solitude. Il est doué de toute beauté, chez les animaux, la forme durable et nue de l'amour est ce qui donne la force aux plantes de s'accoupler, se munir de docilité, non pour servir la loi, une loi qui dépasse plaisir et volonté ou résistance. Fasse que cette volupté soit pleine jusque dans ses moindres méandres et se proclame avec plus d'humilité: qu'il soit possible que ce plaisir soit vécu gravement ! Au lieu de le prendre à la légère, comprendre combien il est lourd! Qu'il ait les couleurs de la chair ou de l'esprit, la fécondité de la création. L'esprit procède de l'œuvre. L'homme, me semble-t-il, est amoral ; engendrer est pour lui réellement « enfanter ». “
Le reste est illisible.
Cher Monsieur Rilke, j’espère ne pas avoir trahi votre pensée, et j’attends avec impatience votre réponse et le retour du soleil, qui cette fois-ci j’en suis sûr conservera sous les meilleurs auspices notre si belle correspondance.
Avec ma respectueuse et fraternelle considération
MPB

samedi 20 mars 2010

Lettre à Isabelle

Chère Isa,

J'ai l'impression que c'est la première fois que je t'écris. Devant moi, une immensité d'espace et tout le temps, j'ai du bois pour la cheminée, des provisions dans les armoires et des idées à mettre en ordre, plein d'amis autour de moi et je te parle comme les enfants parlent dans la nuit : le visage enfoui contre l'oreiller - sentant la proximité et la présence de ceux qu'il aime - Dans ce lieu, entourée de toutes ces présences qui écrivent, je suis seule comme l'enfant est seul quand ses pensées se rangent en lui et qu'alors des certitudes lui viennent, mêlées à des choses futiles, intimes et importantes du seul fait que tous autour de lui s'affairent et que l'enfant ne comprend rien à ce tournoiement du monde. Et moi non plus je n'y comprends pas grand chose. Je veux juste te faire partager ce moment magique où toutes les plumes dessinent les arabesques des futures phrases, où le silence bruit de pensées, la table toute jonchée des lettres découpées où chacune a puisé de quoi mettre en branle sa boîte à images et à sensations. Parfois, une page se tourne, une semelle frotte le plancher mais l'essentiel du silence est habité par le glissement des plumes qui courent sur le papier, la respiration des pensées, concentrées. L'application d'écolière de Janine m'émeut, comme toujours. Et toutes ces zones d'ombres où sont amassés des trésors d'où vont remonter à la surface tous ces mots féconds que nous entendrons tout à l'heure. Du bonheur, pas un souvenir de bonheur, le bonheur, là, vibrant dans la pièce.
Tous ces mots, tu pourras les emporter avec toi, comme un livre qu'on a bien aimé, et que l'on sait avoir quelque part dans son univers, même si on ne sait plus très bien où , dans quelle région du coeur, même si on ne l'ouvre plus très souvent -jamais-
Mais, c'est terminé, le temps resserré, concentré est écoulé.
Ecoute, quelqu'un commence à lire : " Toujours à minuit, il se fait une fente minuscule entre le jour qui finit et celui qui commence, et une personne très adroite qui parviendrait à s'y glisser sortirait du temps et se trouverait dans un royaume indépendant de tous les changements que nous subissons ; à cet endroit sont amassées toutes les choses que nous avons perdues ..."

Je te le dis avec force, glisse toi dans cette faille.
Je t'embrasse tout simplement d'un amour qui n'a rien de virtuel


Avec tous les mots découpés dans le bleu du ciel



lettre à O


Cher O,



dans ta dernière lettre tu m’écris : toi ? tu choisis la solitude ? je veux dire : l'absence d'amour ? n'est-ce pas l'absence d'amour qui t'a choisie, plutôt ? si l'amour ne se présente pas à toi, tu iras le chercher, tu l'inventeras, tu le construiras de toutes pièces. peut-être que j'ai tort. je te connais très peu, en réalité. j'ai pourtant l'image d'une femme pour qui la seule chose qui compte, au fond, c'est justement l'amour. c'est ce qui te porte, ce dans quoi tu te prélasses et te débats ... tu as raison, je le sais ; je me leurre en pensant avoir eu le choix ; j’ai simplement trouvé le courage de trancher un lien, avec mes mots ; c’est donc bien la solitude qui est venue me chercher, presque à mon insu ; et j’aime que tu me le dises pour que je n’ai plus peur, parce que cela me rassure ... dans la solitude encore des nuits, il y a des pensées nouvelles qui se dénichent et courent sur les pays, dans le règne des songes ... il y a ceux qui viennent me rendre visite à l’improviste, comme s’ils avaient deviné ; je revois mon père, il a l’âge que j’ai aujourd’hui, et je lui dis que je l’aime ; une autre nuit, un amant, que je ne connais pas, et puis, un homme sans visage qui m’immobilise par derrière, et ... et si tous ces fils entrelacés ne sont pas faits pour être lu, ils n’en sont pas moins des antennes lancées en vrille pour tâter d’un monde inconnu. Ils ne cassent pas et tissent en moi et autour de moi un cocon qui m’apaise ... même si tu m’as plus souvent lu que vu de vive voix, tu me connais mieux que je ne l’imagine ; est-ce là la force des mots ? parmi les petits papiers, papiers découpés ce soir à l’atelier pour t’écrire, j’ai pioché celui-ci : les mots ne sont que la tige débile d’une racine compliquée qui enfonce profondément ses réseaux dans les strates de l’humus intime ... même si le terme «débile» me heurte, même si cette phrase est la seule avec les tiennes à n’avoir pas été produite par mes camarades de plume, je la retiens, je la garde ; elle me parle de l’écriture comme d’une nature profonde, ma nature, la vraie nature ... et c’est là que mes peines s’apaisent, que mon regard se purifie et que mes mots trouvent souvent ... leur élan pour s’élancer, parfois vers toi, dans ton bel ermitage en plein champ ; l’été dernier, j’osais te confier mes mots, mes 3 lignes journalières ; et tu m’as si bien lue, si bien comprise, que j’ai pensé un moment que tu en étais le destinataire, mais ... après tout, peu importe ce que nous comprenons, l’important est ce lien, le maintient de ce lien : que nos deux mains tiennent ce fil fragile du bout des doigts. Ce fil de soie, je le vois se dérouler, il s’écoule de la fine patte d’araignée de mon crayon, en volutes, courbes et lignes, il s’étire ... il me rappelle mes pelotes de fil, toutes ces ficelles qui dessinent mes chapeaux, «le fil qui chemine crée le volume», mes armatures de têtes qui laissent les pensées libres de s’envoler.


alors, pour tous nos mots échangés,

je te dis merci.

N.



(avec des mots amis découpés au hasard)

jeudi 18 mars 2010

lettre

Je viens vous remercier, un peu tardivement, je l'avoue, d'avoir acheté la maison de Tiranges où j'ai vécu un petit paradis d'enfance ,, pendant les vacances je vous promets d'en prendre soin. Je n'ai rien à faire et c'est  cela qui prends tout mon temps. Les flocons tombent depuis des jours sur cette immensité répendant sur moi, la plus belle des lumières et moi si fatiguée à mon arrivée ici, si peine de bruits , et de fureurs je reprends  peu à peu  le chemin immobile de la paix.. Je ne sais pas en écrivant quand cette lettre pourra vous parvenir, je l'écris un peu à fond perdu mais c'est parce que du fond de ma solitude blanche et encore douillette mes pensées vont aller vers vous. Vous avez ét si souvent retranchée dans la solitude vous aussi vous avez été coupée du monde vous avez ressenti ce que je ressents  vous me demandez comment je peux  rester plusieurs  mois totalement seule dans cette maison de bourg située dans un village éloignée de toute ville où seuls régnent le silence et la lumière. Je vais essayer de vous expliquer pourqoi il est si important  d"etre solitaire et attentif  lorsqu'on est triste l'instant apparemment immobile où je pense que les grandes pensées viennent du coeur. Je pense aujourd'hui fermement qu'avoir chacun son nez dans sa propre valise est la seule augure d'un bon voyage avec l'autre. Voyez vous peut- ççetre faut-il avoir atteint, comme moi le terme du voyage pour découvrir les photographies que nous avions prises , y observer les postures que nous ne souvenions pas avoir adopté compter les effets personnels qu'il ne nous semblait pas avoir emporté.Il ne faut pas s'offenser que les autres nous cachent la vérité puisque nous nous la cachns si souvent à nous meme Mais pour vous le billet est encore validé. Je peux vous proposer d'etre la gare de consignes déployer vos affaires sur les étagères  de ma chambre, les défroisser, les aérer à ma fençetre les suspendre  aux cintres de mes armoires si vous vouliez bien entrecouper votre périple effréné de quelques pauses dans ce sac de délestage y accopmplir les yeux fermés avec une grande respiration une incursion intérieure, peut
etre  pourrez vous reprendre  la course avec des valises moins lourdes.
Pour avoir moi-même
 voyagé trop chargée  ma destinaton c'est soudain annulée je n'ai plus les jambes et il me reste le regard.
Je range vos paroles avec soin.Je n'hésite  pas à venir  les visier de temps en temps.
J'ai besoin que vous me rassuriez que je n'ai pas révé que je vais lutter.
Je vous embrsse aec mon affection

mercredi 17 mars 2010

Lettres : cinquième consigne

La séance vient de s'achever où nous avons oeuvré ainsi que des fourmis: armés de ciseaux, nous avons découpé dans la chair des lettres que nous avions écrites depuis quatre séances! Découper encore et encore au coeur des textes de chacun et d'autres aussi qui s'y sont mêlés . Réécrire une nouvelle lettre avec les mots des autres en y incluant parfois nos propres mots. Nouvel exercice et travail très studieux et concentré!

mardi 16 mars 2010

j'ai réécrit ma moitié

Bon, elle ne va pas tarder à apparaître ici même.