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mardi 1 février 2011

Last but not least : patte à trac

Du pigeon ne reste qu’une patte
Vaisselle des petits jours
Myosotis d’Arcopal
De l’immaculée tâche de neige, que quelques conceptions
………………………………………………………….De traces
envoyées du ciel et qui s’arrêtent ………………………………
………………………au milieu de nulle part.................................
Des détails,
des morceaux,
des lambeaux,
Des univers marins qui ont perdu leur eau
Des univers célestes qui ont perdu leur bas

ooooooo
 
La lune a fait son plein, une fois deux fois trois fois
La guerre qui ne fait pas la difficile a ravagé quelques portions de paysage
Une blessée, une absente, quelques égratignées,
Le joli manège pourtant continue de tourner
Sous la brise tour à tour tourmentée et légère les mots s’alignent
Comme des petits paquets  ||||||||||||||IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII||||||||||||||

Dont chacun guette à son écran, l’apparition

^-^-^-^-^-^ Et pourtant ^-^-^-^-^-^-
Quel calme lumineux ce soir, quelle accalmie, quelle douceur, quel silence ronronnant 

Chacun dans sa lumière, dans ses couvertures, dans ses peluches, à l’ombre du cerf blanc
Protection des matières,
Concentration extrême
Seul le chat Totoro explore tous les continents de nos sacs et me donne son regard pour m’y noyer

Le fantôme de la photographe, à intervalles réguliers
Nous a délivré ses clichés singuliers
Ses natures empaillées, ses espaces en suspens
Ses glaçures roses
De la glace, beaucoup de glace, comme du sucre sur un gâteau anglais

Et nous tous nageant, barbotant, marmonnant dans ses pièces intranquilles, glacées,
Glacées à l’air des musées des solitudes
Nous débattant dans ces images comme la photographe se débattra dans nos mots
Mais toujours essayant –toujours- de remonter à l’air libre
Des images ou des mots lequel aura le dernier ?

lundi 31 janvier 2011

Photo 11 et 12

Au menu : poule bouillie
Nous étions trois, trois enfants pour trois morceaux de choix. Qui obtiendrait la tête et les pattes ? ces mets les plus rares et les plus savoureux ?
Nous notions pour la prochaine poule, qui avait obtenu quoi, pour que notre mère ne commette aucune injustice.
Ce que je préférais était les pattes, et bien sûr je ne pouvais en avoir qu'une seule. Je sens encore couler dans ma bouche le bouillon aux yeux gras, le contact sur ma langue de la peau aux écailles croquantes. Point n'était besoin de se servir de couteau ni de fourchette, cela se dégustait à la main. Je pouvais faire s'ouvrir et se fermer la patte, étirer la palme pour en examiner le centre, me piquer les lèvres avec les ergots pour en éprouver le tranchant. Je différais le plaisir de la dégustation.
J'aimais particulièrement arracher la peau squameuse avec les dents pour atteindre l'os, le racler et faire apparaître les tendons blancs, durs et élastiques qui permettaient aux articulations de plier. J'observais longuement comment tout cela s'emboîtait pour enfin les croquer d'un coup de dents, sucer le jus puis arracher les ergots qui alors sortaient tout seuls de la chair très cuite. Ces longs ongles recourbés eux ne cuisaient jamais, alors je pouvais les conserver longtemps comme amulettes dans de petites boîtes.
J'ai lu récemment que dans tout mariage chinois, doivent être servis des pattes de poulet, considérées comme un plat de choix et un garant de bonheur. Je n'ai jamais été particulièrement attirée par la Chine mais je reconnais là de véritables gourmets et une marque de grand goût.

Sont-ce là des poules dans le ciel, toutes alignées sur une ligne horizontale ? Auquel cas, quel nombre de pattes ! Plus besoin de se battre, on pourrait en avoir une dizaine chacun … Quel festin !
Faire un gigantesque bouillon rien qu'avec des pattes. Les décortiquer, les trier, s'en lécher les babines.
Soit il se prépare un grand mariage et elles se rendent toutes au rendez-vous, flattées d'être reçues pour un festin princier, soit ce sont tout simplement de minuscules caractères chinois inscrits sur un parchemin de soie et dont le peintre n'a pas omis de dessiner avec son fin pinceau, l'inévitable branche à l'encre de chine. Certainement des voeux de longue vie, bonheur et prospérité - s'il faut bien accepter de lier les deux photos -

Photos 11 et 12

encore couverts de nuit
ruisselant de la source
les oiseaux balbutient
des mots porteurs de jours
ils désertent l'azur
tiennent en lisière
les nuées infécondes
pénètrent la fenêtre
et dissertent à mi souffle

la main aux étoiles écrit

quand le vol se fracasse
l'essentiel se brise
la main  de nuit trébuche
sur un songe sans langue
la main nue écharnée
ne délivre plus rien
la main de chardon sec
s'achemine tranchante
 vers son puits de mutisme

dimanche 30 janvier 2011

point de chute




.

point

points

................................


point ...................................... ,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, virgule

;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;



deux petits points


:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::


en pointillés

en suspension

décrire des lignes


.

..

...


1 point

2 points

3 petits pois

sans point

aucun


préférer



trempe pas tes doigts dans ton assiette

ma poulette

point d’exclamation

!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

tu aurais pu couper tes ongles

dit-elle

sans contre-point


queue de comète

trainée d’oiseaux

en partance

à la queue leu leu

vers où

?????????????????????????

point d’interrogation



loin

trait ________________________________________________________loin

vers un lieu

où il n’y aurait point de chute





samedi 29 janvier 2011

Photos 11 et 12 Valérie Orgeret Jannine de Dallas

Myosotis : fleurettes  du bord des chemins qui poussent sur un sol humide, "je ne vous oublie pas" et non pas seulement parce qu'en anglais on vous dénomme "forget me not",.
Je vous cueillais enfant et vous laissais à plat dans une assiette où je mettais un  peu d'eau ,au bout de quelques heures  vous vous redressiez  comme  des petits soldats, et votre floraison étant au mois de mai nous ornions les autels de vos pétales délicats en l'honneur de la Vierge  le cantique ne dit-il pas : C'est le mois de Marie, c'est  le mois le plus beau".

Mais pourquoi faut-il que dans le  creux de cette assiette là il y ait ces serres de poulet ?
Pour moi c'est l'horreur, un diable aux doigts crochus qui m'enserrent, vient me chercher pour me jeter dans des ténèbres d'où je ne pourrais m'échapper, je perds ma naïveté, ces ongles  crochus me transpercent ma chair est tuméfiée j'ai mal,c'est une malédiction il faut me réveiller.
La fée Carabosse tend un fil, et se saisit de cette masse calcinée c'est noir, c'est sale. Le fil a cassé sous le poids de l'horrible chose  qui tombe en enfer ouf.
Myosotis demeurés seuls mettez vous en couronne , nous pouvons maintenant faire la fête alléluia  je reviens le monstre est parti.

jeudi 27 janvier 2011

dernière photo

Dernière photo Ce matin là, en se levant, elle avait pensé :je ne suis pas bien dans mon assiette , cette phrase banale s'était figée dans son esprit et résonnait comme une menace .Cette expression ,prise au pied de la lettre envahit ses pensées;elle voyait l'assiette en arcopal blanc de son enfance,posée sur la toile cirée de la table de la cuisine et au milieu le reflet flou de son visage de petite fille triste. Dans la salle de bains,assise sur un coin du tabouret, elle avait eu toutes les peines du monde à colorer de rouge ses ongles ;le vernis refusait d'adhérer,se rétractait en minuscules boules et s'effaçait inexorablement. Cela ne lui était jamais arrivé et elle ressentit cette angoisse qui accompagne les premières fois, les premiers symptômes,les premiers dérèglements. Au bout d'un moment, elle renonça et sortit avec l'impression d'un manque, d'une nudité honteuse qui se heurtaient à la violente effervescence de la ville. Elle sentait sur ses mains une sorte de vulnérabilité. Dans la rue, elle enfonça immédiatement les mains,poings serrés au fond des poches de son manteau. Elle croyait deviner dans chaque regard des passants qu'elle croisait , une interrogation agressive ou pire un reproche teinté de mépris. Tous les yeux semblaient se poser sur ce qu'elle s'obstinait à cacher. Elle grimpa dans le premier bus sans un regard pour sa destination, les mains toujours dissimulées au regard des gens,ne composta pas son billet et alla s'appuyer contre la vitre. Elle regardait sans vraiment le voir le paysage urbain noyé de brumes matinales, éclairé ça et là par les derniers feux des réverbères. Elle décida de ne plus jamais montrer ses mains , elle les trouvait obscènes ,elles avaient perdu leur humanité sans le vernis protecteur. Tout à coup, le bus freina ;son voisin vint heurter brutalement son épaule et pour ne pas tomber,elle dut sortir précipitamment sa main gauche de sa poche pour se tenir à la barre. C'est alors, qu'elle découvrit que sa main avait perdu toute apparence humaine;la chair semblait s'être resserrée autour des os,la peau s'était durcie en écailles et les ongles glabres recroquevillés comme les ergots d'un poulet. Elle sentit monter à ses lèvres, une violente nausée et une image lui vint alors à l'esprit:elle était en train de vivre ce que Frantz Kafka avait raconté dans la métamorphose,elle se transformait. Les voyageurs ne remarquaient rien leurs yeux vides fixés dans le vague .Un coup de frein plus brutal que les autres la fit s'agripper de toutes ses forces. Le poignet se déchira et l'étrange main tomba sur le sol. Elle la ramassa précipitamment et la mit dans sa poche,personne n'avait rien remarqué autour d'elle.

ensemble des photos

travail terminé sur la série des photos, une histoire en continu au gré des images des mercredis soir, c'est un peu long (4 pages); alors je mets le texte sur un site gratuit "scribd" (cliquez sur le titre pour l'ouvrir, il est en pdf). Il s'appelle "eau" car il prendra place dans un quatuor "scenari ovni: terre, eau, air, feu" (éléments tournant autour de la domination symbolique et des manières d'y faire face, protection ou emprise ou réponse violente; encore un, le feu, le plus dur, à faire).

mercredi 19 janvier 2011

Photos 9 et 10 de l'une à l'autre - entre -

D'un mercredi à l'autre, d'une pleine lune à l'autre, de l'une à l'autre et de vous à moi , le cycle se déroule, la bicyclette roule, les émotions s'enroulent et je n'ai plus de voix.
Du crépuscule à l'aurore, de l'entre chienne à l'autre louve, 
que se panse-t-il pendant la nuit ? 
lèche-t-on ses blessures ? 
qui cire ses gerçures ? et jusqu'à quand ? et pour qui ? 
De nuit blanche sur la ville en aurore glacée sur les corps décatis, engourdis, enlacés, ennoblis, ennuyés, oubliés, enlaidis, adorés 
De coïncidences en danses si denses des coïts, de pansements en morsures, de doublures en fantômimes donne-moi ton coeur à sucer, j'en ferai fondre la glace 
de lune à l'autre, de lune à l'autre, de l'une à l'autre de lune à l'autre, de lune à l'autre ... ... 
on dirait de la poésie, on dirait de la photopathollogopornographie, mais dieu nous en préserve car ça n'existe pas 
tout ça c'est dans ta tête, ou dans la phase au-dessus des toits, ou dans la phrase au-dessus de toi, les photos ne montrent surtout pas ça les photos du dedans vers le dehors, du haut vers le bas, des confins de l'Est aux frontières de l'Ouest 
et l'imperturbable qui va son chemin, exposant 
ses cratères inaccessibles, 
ses oreilles d'ombres, 
sa lumière, 
aux lycanthropes errants, 
donnant toute son attraction aux adorateurs de l'insomnie, 
aux abhorrateurs d'ail aux grandes dents, 
aux grandes marées de printemps  
endormissement, ravissement, frémissement
Que fait la photographe entre les deux ?
Entre le dehors et le dedans ?
Entre temps ?
Entre  ?

mardi 18 janvier 2011

Illusions d'optique, photos 9-10

Quelle étrange vue, coucher de soleil, lever de lune ? Illusion d’optique. C'était l'appel d'un possible sous les aurores boréales d’un lointain pays, bonno inconnu

Etrangère en ces cieux. Pas de place dans ces galaxies apparemment si proches. Fenêtres fragilisantes comme d'avoir voulu péter plus haut que les étoiles.

Revenir dans le monde apparu, un jour... trop ci, pas assez cela... Trop de fenêtres décidément. Pourtant aucune clarté. Tout ce remue-ménage pour une condition céleste imaginaire? recouvre l'humilité Lune, tu es en toc, un astre mort, un bout de terre décroché.

Revenir en ambulance d'urgentistes affolés : mondes de la grimpe, des oiseaux, de la danse, de l'enfance, des enfants, du vieillard, des vingt ans, des cailloux, des chouchous sur la plage, des genoux égratignés, des orgueilleux orteils froissés par l'eau de mer, des courbatures électriques, de la peur du vide dans le grand Canyon, du mille mètres à la nage, des bars, des rêves des îles, de la Réunion, des Volcans, des Nuages allités avec leur paisible montagne, de l'Espagne et de Banyos, des frères et soeurs révolutionnaires du Maghreb, du sabre et de l'épée, des amis de l'écriture, de Naples, des chants de bébé. Au jardin, ouvrier, ouvrières ! nous veillerons sur le bon grain, et planterons des choux pour vérifier que les garçons n'y poussent plus.

Ami-es où êtes-vous ?

Quand ils décrochent, les rochers, c’est pour de vrai. Si la cheville se tort dans le chausson de danse, ça fait mal pour de vrai. Si la fourche du vélo casse, tant pis, c'est pour ton bien, ça t'apprend à chuter, ça te prend par le bout de la fragilité. Pas de refuge, pas de beaux livres, pas de consolants poèmes, pas de chansons, pas de larmes, pas de rires, pas de lune, pas de miel. S’ils décrochent les rochers, ils t'emportent, à moins que tu aie sauté avant. Tête en avant.

En tête tu voulais grimper? pauvre astre ! mais le soleil va bien plus haut que toi, et te dissimule, il porte sur toi une ombre pâle, et souligne tes cernes, tu le savais depuis toujours, pourquoi encore essayer le clair de lune ? Vas soigner tes bleus et tes genoux rougis par de menus cailloux.

samedi 15 janvier 2011

photos 9 et 10

dans la nuit des mots égarés
veille l'éclat suspendu
du cyclope
fumées d'ombres
nuages de cécité
majuscules fenêtres
où s'étendent les insomnies
et les chants de silence
ciel d'absolution où
peu à peu les corps disparaissent
                                                                        complies


les ailes liturgiques du levant
dévoilent les socles d'ombres
le rouge et le bleu frissonnent
prêts à brûler les doigts
les lèvres se parent d'ocre
et lèchent les murs lépreux
sous l'ogive du souffle
lentement monte la lumière
dans une nuit sans bornes
peu à peu les corps renaissent
                                                                     laudes

vendredi 14 janvier 2011

Désorienté

Quand le soleil se lève à l'orient du jour, je rêve à ces pays où notre imaginaire se fonde. Pays d'où nous viennent le blé, la vigne et l'olivier et ultime générosité, cet alphabet qui nous sert à mettre à distance, l'expression de nos émotions et de nos sensations; la distance nécessaire à la compréhension de notre monde intérieur.

L'esprit façonné par la geste évangélique et biblique, et la mythologie hellénique, mon décor intérieur mélangeait allègrement les paysages et les saisons d'ici, avec ceux, que j'imaginais, de pays où devait couler le lait et le miel, sous un ciel toujours beau, la pluie sert d'arrosage pour les jardins.

En vieillissant on se rend compte que ce n'est pas tout à fait comme ça que les choses se passent. Mais, quand même, rendu sur place je suis saisi d'une émotion étrange, comme si se réalisaient quelques rêves d'enfant.

La fin du jour, avec le calme du soir, quand la lune descend vers l'horizon à l'occident du monde où je suis, mes pensées vont et volent vers ceux qui me manquent et qui sont loin là-bas de l'autre côté de l'océan où mon imaginaire situe les mondes nouveaux, du nord au sud de cette barrière continent qui interdit un jour le passage sur la route des Indes.

Comment vivrais-je cela si la ronde des planètes s'inversait, si l'aube passait de l'Est à l'Ouest et si au matin le soleil se levait du cœur de l'océan.

jeudi 13 janvier 2011

chute à l'ouest



recto

une nuit

ou un soir

à l’est

NOIR

la lune repose

sur le tapis volant

des nuages


NOIR

le bel ange

tombe


c’est l’aube

à l’ouest

couché de l’une

nuit sans sommeil

verso

l’image vire au rose

les fumerolles

se montrent

et montent


l’ange

NOIR

chute

dégringole

se dégrade

se déprend

s’ennivre

se délie


irrésistible

attrait du NOIR

au puits sans fond

comme pour l’oiseau

chute lente

presque douce

il tombe à petit feu


chutttttttttt


ne pas le déranger

ne pas le consoler

ne pas l’attraper

en suspend

il chute


bel ange

posé sur mon coeur





Photos 9 et 10 valérie Orgeret

Pleine lune d'un soir,
Tu as fait couler des larmes,
Ricocher des rires.
Une myriade de petites lumières viennent mourir à l'horizon comme des lucioles.
Quelques fenêtres sont encore éclairées :
Des insomniaques des fêtards ?
Qu'importe
Ta clarté blafarde  éclaire le ciel .
Les ombres sont douteuses
Et toi lune influente.
Quel est le veilleur qui n'attend pas l'aurore ?
Le soleil avait ce rendez vous avec toi , Lune ,
Mais toi tu n'es pas encore couché,
Alors que lui  laisses traîner négligemment son déshabillé rosé
Ce rendez vous manqué va-t-il durer ?
La cheminée fume tout est inversé est ce une journée qui commence ?
Où une nuit qui meurt ?

dimanche 19 décembre 2010

Photos 7 et 8

Haie de poissons
Friture palissade
Sur front de céramique sable
Cette diablesse aime les animaux morts

Alignés comme des Caran d’Ache
Tous argentés
Leur œil ne lui dit rien qui vaille
Qu’en faire ?
Dans quelle histoire les fourrer ?

Seront-ils friturés ce soir dans l’appartement vide ?
Dans la solitude de la ville hivernée ?
Sera-t-elle seule ?
Son amant viendra-t-il ?
Ou sera-t-il avec l’autre ?
Il reste de son dernier passage
Cette fleur véritablement artificielle
Guindée comme le sexe d’une poule de luxe
Cherchant la lumière fantôme de cette ville fantoche,
Toute hérissée de tours ce que ses collines ont de creux

Elle risque à peu de frais la fraîcheur maritime,
L’odeur du large et de l’oubli
L’odeur de l’ordre et de l’alignement
L’odeur du rien qui dépasse, du lisse, du temps présent sans passé

De toute façon qu’il vienne ou pas que lui importe
Elle vient de se rendre compte qu’elle déteste sa voix de téléphone
Et que depuis quelques temps, elle est sensible aux voix comme elle l’est aux odeurs
Et que la sienne lui soulève le cœur

Elle voit passer l’heure
Et jette la palissade de poissons dans le vide-ordures
Elle épargne la fleur, qui périra seule dans peu de temps
Retenant ses effluves, comme on se retire, à reculons
Sur la pointe des pieds
Tire les rideaux jusqu’au printemps.

chute libre




anchois ou sardines

j’ai le choix

contre les autres serrés

(rayures)

l’orchidée nénuphar

en lotus

veille sur-veille

planquée derrière ses carreaux

(observation)


ai-je le choix ?

de ne pas choir ?


les anchois

(j’ai décidé que c’en était)

me scrutent


(entre parenthèses)


des yeux des yeux des yeux ..

au nombre de 19

déployés en éventail

mon chat y goûterait-il ?

arrêtes !

et toujours cette neige derrière la baie

blancheur de fleur

l’antenne parabolique scrute le paysage

comme je contemplerais des anchois


(sans voix)


en ligne sur un cylindre jaune

troués de leur regard cerné d’argent

quelqu’un a écrit : ‘la ville est un trou’

vide de la ville

mise en abîme

(colonne vertébrale de poisson)

dans les portes-écran

transparence

projection du grand vide



pour chute libre







samedi 18 décembre 2010

Photos 7 et 8

Ils étaient là bien rangés, la mine bien affutée prête à remplir son office. Ils avaient tous la même couleur, c'était juste le détail incongru dans cette boîte de crayons de couleurs, mais peut être avaient -ils des nuances dans les gris allant jusqu'au noir profond. Ils étaient dans l'attente de servir enfin à quelque chose: ils l'avaient vue dans le miroir se mirant et s'admirant, redressant un pli, en froissant un autre, à la recherche d'une lumière égarée qui saurait lui donner ce reflet de nacre vers lequel elle tendait tous ses efforts. Ils attendaient le signal, donné par je ne sais quel maître du jeu, et imaginaient en patientant, les traits qu'ils poseraient.

Elle était là, au phénix de sa beauté, respirant l'air qui entrait dans la pièce et fixant son regard sur les lointains dont elle ne connaîtrait que les lumières qui glissent et attisent les couleurs. Elle les savait prêts sur la table à dégainer leurs dards et attaquer leur mission de destruction, c'était une question de minutes. Les soldats de plomb avaient sans aucun doute reçu l'ordre de détruire la beauté qu 'elle semblait représenter. Elle ne s'y opposerait pas, ils étaient trop nombreux, elle profitait juste de ses derniers instants pour se contempler dans le miroir.

Le signal fut donné: les crayons gris s'emparèrent des ombres et ne dévoilèrent que l'envers du mirage. Peut être un affleurement du réel. Les soldats de plomb l'encerclèrent, l'enlacèrent, débordant d'ivresse face à ce qu'elle cherchait à cacher tout en le dévoilant par un pli de pétale. Au delà de la fenêtre ,que l'on tenait fermée, on pouvait lire la page blanche de l'écriture des songes.

vendredi 17 décembre 2010

photos 7 t 8 Valérie Orgeret Jeannine de Dallas

Le deuxième Régiment d'infanterie basé à Orange est en place,
Il est commandé par le lieutenant : oeil d'argent.
Les rangs sont serrés, tous les soldats sont en garde à vous.

La ville semble pétrifiée, endormie, pas d'âme qui vive.
Il a neigé, les bruits sont encore plus étouffés.
Personne dans la rue, les balcons sont vides.
Ce n'est pourtant pas encore l'heure du couvre feu.

Mais quelle est donc cette fleur ?
Une orchidée.
L'ennemi se rend , il n'y a pas eu de sang.
La seule tache rouge, c'est le coeur de la fleur.

On entend "oeil d'argent" ordonner :
"Rompez les rangs"

l'hymne national est entonné.
C'est l'huile qui grésille dans la poêle
Les soldats peuvent aller se faire dorer
La guerre est finie

Publié par Jeannine De Dallas

jeudi 9 décembre 2010

Poulpe et poupée à la manière de.... JC Lalumière

écrit à partir de deux photos, l'une présentant un poulpe dans une bassine, l'autre une poupée ancienne brune en porcelaine délicate.

Sujet : chute de poulpe

Cher Monsieur, je viens par ce mail vous prévenir qu’un poulpe est tombé du plafond de mon appartement, cette nuit, et habite maintenant la bassine rose que tante Anna m’avait donnée et que ceci est bien embarrassant. J’aimerais donc savoir si l’assurance marche et comment, et si vous pouvez m’envoyer une personne d’entretien pour enlever la bête de mon machin. Bien à vous. Madame Z.

Re : chute de poulpe

Chère Madame, l’assurance pour laquelle vous cotisez comprend les dégâts des eaux mais pas les dégâts de poulpes. Je suis donc au regret de vous dire qu’il n’est pas en mon pouvoir de faire intervenir un professionnel. Veuillez agréer, Chère Madame, mes respectueuses salutations. R. Y, pour l’assurance M...F.

Re. Ref : chute de poulpe

Je suis vraiment scandalisée par votre réponse, depuis des années que je cotise chez M....F, je vais changer d’assurance ! je pense que si j’étais une jolie poupée aux yeux brillants et au teint de rose vous auriez trouver une solution, car assureur ou pas, les hommes comme vous, sont tous les mêmes. Pas cordialement. Madame Z.

Re. Re ; Réf : chute de poulpe

Chère Madame, votre dernier mail n’est guère compréhensible. Vous m’aviez parlé de chute de poulpe mais pas de poupée. Si vous avez un problème de poupée, j’ai le plaisir de vous dire qu’un complément « assurance corporelle de la vie quotidienne et de désagrément pour rupture de poupée » vous coûtera 135 euros par an et couvrira les accidents de poupées, mais ne pourra en aucune manière être rétroactif. Dites-moi ce que vous décidez. Cordialement. Renée Y., pour l’assurance M...F.

Re.Re.Re. Réf. : chute de poulpe

Non seulement je suis scandalisée par le non remboursement des dégâts suite à ma chute, mais en plus je vois qu’il y a usurpation d’identité sexuelle puisque, monsieur, vous vous nommée Renée. Je suis donc doublement irritée par votre assurance et je vous annonce dès maintenant mon interruption de contrat. Pas cordialement. Madame Z.

Re. Re. Re. Re. Réf. : chute de poulpe

Chère Madame, pour rompre le contrat vous devez nous adresser une lettre recommandée trois mois avant la première échéance du contrat suivant le dernier mois de l’année en cours et ceci à condition d’avoir cotisé au moins pendant 24 ans à compter du premier jour du premier mois de la nouvelle année précédent le premier contrat à la M...F. Cordialement. Renée Y., pour l’assurance M...F.

Re. Re. Re. Re. Re. Réf : chute de poulpe

Vous m’énervez, si j’étais une poupée brune je dirais même que vous me casser les pieds ! Je suis adhérente de curé en fille depuis au moins... (attendez je réfléchis) dix lustres. Pendant ce temps mon poulpe pue et ma bassine rose est devenue toute verte à l’intérieur, que même ma voisine qui m’a apporté mon courrier m’a dit que ça sentait bizarre. Je vais aller me plaindre à la police et vous serez bien content ou contente puisque vous faites partie de ces gens opérés apparemment. Pas cordialement. Madame Z.

Re. Re. Re. Re. Re. Re...... Réf. : chute de poulpe

Chère Madame, je ne comprends pas votre allusion à une opération. Je vous rappelle que votre cotisation comprend le Pacte assurance-opérations-diverses-sauf-de-poulpe et qu’un complément peut être versé à votre Mutuelle en cas d’hospitalisation de plus de 32 jours à partir du 3ème jour que ne prend plus en charge la Sécurité sociale et avant le 40ème jour du complément de votre Mutuelle pour « grave maladie ». Je vous prierai donc de me renvoyer par courrier recommandé l’ordonnance de votre médecin, la facture de votre hôpital et le devis pour enlèvement de poulpe que vous pourrez demander à l’une des entreprises avec lesquelles nous travaillons et dont la liste est jointe en pdf contracté à ce mail, puisqu’en cas d’opération l’enlèvement de poulpe devient possible. Cordialement. Renée Y., pour l’assurance M...F.

Fin : Madame Z a fini par faire une grave dépression tandis que le poulpe prenait ses aises chez elle et demandait en mariage l’une des poupées disposées dans la vitrine du meuble de salon. Renée Y. se pose désormais des questions existentielles et sexuelles, et culpabilise de ne pas avoir agi plus vite pour l’enlèvement du poulpe.

mardi 7 décembre 2010

Vision de loin, vision de près ... suite

Raté. L'ombre m'a aspiré et me voilà dans la boule de verre du dessous, le pendant exact de la précédente mais à l'envers. J'ai quitté la belle neige immaculée et fais face à ce qui se cache au-dessous : encore des images se répondant deux à deux. Toutes ces images se télescopent, mon esprit ne parvient à établir aucun lien entre ce sol qui brille, cette table cirée comme un miroir, ce mur blanc, ce plat de porcelaine qui éblouit, toute cette chair visqueuse et blanche, l'horizontalité du sol, la verticalité du mur, une nausée me remonte de l'estomac, enfermée là-dedans avec mes entraves, seule dans mon effort inutile, avec deux regards fixes d'outre-tombe ou bien est-ce moi qui suis passée outre-tombe ?


Là, l'oeil, l'oeil vitreux d'un poulpe sur une table et toutes ces longues pattes, pattes galbées et vivantes de la table de bois ciré, tentacules mortes et molles du poulpe, oeil qui me chavire.


Ici, les grands, gros yeux noirs d'une poupée au regard fixe, fulgurant, transperçant comme celui dont on m'a souvent fait le reproche et ses bijoux, sa chevelure. Tout s'emmêle : la table, le poulpe, la poupée, leurs regards, je sombre dans une totale confusion mentale.


Et puis je la reconnais cette chevelure noire, épaisse, c'est la chevelure de Gabrielle la morte, celle sur la photo, celle où elle s'appuie à un guéridon, celle qui était dans le cadre en bois, c'est la fille de ma grand-mère paternelle, elle me regarde comme sur la vraie photo du cadre, celle où elle avait quatorze ans, prise avant qu'elle ne meure de sa maladie bleue, ma grand-mère disait qu'elle me ressemblait tellement qu'elle me prenait pour elle, c'est pour ça que j'ai deux prénoms et que le second c'est Gabrielle. Faut que je lui parle à elle, je sens qu'on a des choses à se dire toutes les deux mais comment faire parce que je dois absolument tenir ces deux regards ensemble dans mon champ de vision, ne les quitter des yeux ni l'un ni l'autre, si je fais face à la poupée, alors le poulpe me regarde dans le dos avec ses yeux morts et moi, je suis obligée de me retourner pour le surveiller comme lorsque j'étais petite et que je devais vite allumer la lumière pour voir ce qu'il y avait au fond du lit ou dessous, ou alors que je ne devais pas me mettre à la fenêtre rideaux ouverts et lumière allumée à l'intérieur, parce que sinon j'étais une cible trop facile si quelqu'un voulait viser de loin et me tirer dessus.


Comment faire, je sens bien qu'il va faire nuit et que la peur est dans mes muscles depuis la nuit des temps, comment faire pour me tenir en vie …? Et l'ordi, lui quand je tape « vie », il propose « vieillissement », ça complique tout. Je re-essaie, il recommence. Pouce ! Les deux photos suivantes, vite, vite avant d'être pleines de rides, je suis déjà la grand-mère de ma tante Gabrielle. Au secours !

lundi 6 décembre 2010

pulpeuse poupée, calme calmar

Longtemps je me suis couché de bonne heure, se disait l’encornet par devers lui.  Longtemps j’ai erré filamenteux, élégant et fluide, malgré mes disproportions monstrueuses et mes yeux téléscopes que certains qualifient de glauques alors qu’ils pensent vitreux, sans savoir que glauque est d’une belle couleur, d’un vert tirant sur le bleu, comme les yeux d’Athéna dit-on et que les miens, quand je ne suis pas mort, sont noirs. Longtemps, j’ai vécu ma vie sous-marine, en prédateur prévoyant, croquant de ci-de là de plus petits que moi, échappant tour à tour aux mâchoires des baleines, aux mailles des filets, aux baleines de parapluies dérivant au fil des courants, arrachées par des vents de tempête soufflant à terre certains soirs de décembre 1999 et ..
Longtemps, j’ai suivi mon destin de céphalopode, d’une intelligence relativement élevée parmi les invertébrés, pêchant en bancs, chassant en solitaire dans l’unique but de déposer sous le manteau d’une de mon espèce ma semence médusée et gélatineuse, allumant éteignant mes lumières pour me rendre invisible visible à mes proies, selon qu’elles étaient repas de choix ou femelles réceptacles, changeant de couleur au gré de mes colères  mais toujours  me couchant de bonne heure, sans me douter que je finirais en oeuvre d’art éphémère, anonyme dans mon plat rose, dégoulinant d’un guéridon.
Longtemps j’ai trôné sur un dessus de lit en satin bleu, puis sur un plaid crocheté main, dormant le jour, jetée à bas du lit la nuit. Fabriquée en Chine par des enfants qui n’avaient jamais vu de négresse blanche, moi non plus. Un jour je fus remisée, remplacée par l’une de ces monstres à trois têtes, poupée qui rit, poupée qui pleure, poupée qui dort, très rare. J’entendais dans ma housse la petite de la maison qui hurlait de peur en la voyant. Moi pendant ce temps, à l’abri de la poussière et des intempéries, je faisais fi du temps qui passe, passée de mode,  mise au rebut en attendant le retour en grâce. Aujourd’hui, m’y voici, réunie avec d’autres de ma classe, sur un piano de décoration, toutes, reluisantes, yeux de jais, lèvres passées au gloss, rubans et dentelles anglaises, ne ressemblant à rien, inutiles, encombrantes collections, encombrants souvenirs de dimanches où la chance avait été de la partie, cadeaux-poisons.
Longtemps j’en ai eu assez d’être couchée, les volets ouverts sur la nuit scintillante de neige, les yeux écarquillés pour regarder défiler mes cauchemars. Les bras raides, les jambes sans articulations, j’ai guetté les signaux faibles de la vie qui ralentissait derrière le double vitrage. La maison abandonnée à la poussière des souvenirs. J’ai pensé au calmar qui stagnait dans son jus rose, à sa chair glissante, à son heure de gloire qui sentait déjà le pourri.  Vaincue par le sommeil plus fort que ma veille j’ai rêvé qu’il me regardait de son doux regard liquide, qu’il m’interrogeait sur son sacrifice. Je n’ai rien pu lui répondre, j’ai remis un peu de gloss sur mes lèvres craquelées et me suis réinstallée en position de décor, sur le couvre livre de satin bleu.