Pour ceux qui désespèrent de ne plus avoir de nos nouvelles, rassurez-vous. Nous nous activons en coulisses et redoublons d'activité afin de finaliser tous les fragments des interludes. Les contraintes plus ou moins nombreuses que nous nous sommes imposées individuellement sont scrutées à la loupe et aucun mot de trop ou de moins n'est toléré. C'est le bagne mais un brin de masochisme ne nuit pas, en tout cas nous prenons beaucoup de plaisir à terminer ce travail sur les 10 interludes qui ponctuent les Vagues De Virginia Woolf. Nous les avons tout d'abord traduits par fragments ou d'une seule traite lorsqu'ils étaient relativement courts! Nous espérons pouvoir publier le résultat avant l'été.
lundi 19 février 2024
jeudi 6 janvier 2022
Une porte de grange
La porte de la grange qui donne sur la cour
montre sur sa surface des traces du passé,
souvenirs de couleurs des anciennes peintures ;
les fentes des panneaux nous parlent de saisons ;
des hivers algides et des été ardents
ont révélé des fentes comme des plaies ouvertes ;
la matière est si sèche qu’elle semble rainurée
par un peigne d’acier aux pointes acérés ;
la vieille porte bouge sous l’haleine du temps
et montre sur sa peau les stigmates de l’âge,
manifestations brunes de son vieillissement.
Comme la main qui tremble trace sur le papier,
tentatives de mots, des signes peu lisibles,
qui pourtant de l’oubli extraient des souvenirs
comme syllabes tombées d’on ne sait quel soleil
s’envolant dans le soir : leur lueurs nous éclairent.
De la porte de grange qui donne sur la cour,
un vantail a frémi sous la poussée d’un souffle
faisant grincer un gond tordu, humide et froid,
comme un disque vieilli, parmi les craquements
d’un matériau usé nous rend des voix contraintes,
d’où sourd la poésie plus forte que l’usure.
Écrire avec ces sons les petits bruits du temps ;
écrire le silence d’un passé accompli ;
écrire ce qui se tait sous l’écorce des mots
craquelés de saisons et rechercher en vain,
dans le lambeau des songes, un peu de vérité,
De la porte de grange que nous restera-t-il,
Un peu de ce qu’elle est, un peu de ce qu’elle fut,
Dans la lumière orange d’une fin de journée
Qu’y a-t-il à sauver de ce qui fut vécu ?
Peut-être d’avoir aimé et de l’avoir été.
dimanche 12 décembre 2021
Portes d'hiver
mardi 16 novembre 2021
je ne sais pas. Klasma 3
contraintes: un carré, mettre "je ne sais pas" au début, milieu et à la fin.
Texte issu de la rencontre avec des automates s'allumant et parlant, lors du festival des Pléiades, arts numériques, novembre 2021, Saint-Etienne.
jeudi 11 novembre 2021
a capella
a capella on pourrait dire – parce que dans la
chapelle – le corps à l’intérieur – & l’esprit
dans cet au-delà – l’au-delà des murs – ce qui
surgit et happe – ce qui submerge par la porte
béante – les voix du vent enchevêtrées dans le
feuillage – la houle qui se trémousse – hésite
tergiverse s’entortille – étincelles rouges et
jaunes – échardes vives dans l’œil – puissance
de vie de rêve – longue ondulation de lumière
mouvante – à la fois sombre et vive – dorée et
terne – chaîne et trame – et au sol le linceul
de feuilles mortes – aux voix sèches cassantes
– partition ultime de tons au seuil de l’hiver
mardi 26 octobre 2021
à contre-jour
codicille : les contraintes de forme que je me suis données
- commencer par une préposition
- ne pas utiliser d’autres signes de ponctuation que le tiret et ne pas mettre de majuscule afin de n’avoir pas de lettres qui dépassent
- nécessité de donner un cadre fixe : cent mots est un fragment qui me convient depuis longtemps et où je me sens à l’aise
- le titre ou ce qui pourrait en tenir lieu en dernier
- tentative de présentation en carré
- rien de définitif non plus; c'est une tentative
lundi 6 septembre 2021
Maison ma belle maison
Entre un instant et un autre, malgré les brumes extérieures et le brouillard mental qui parfois se diffracte dans les sphères du cerveau, ne pas oublier de laisser son regard errer ici ou là, puis s'appesantir dans les entours.
Car
c'est bien la meilleure façon de se laisser imprégner d'un lieu : le voir avec
ses yeux de myope, le laisser vous pénétrer, vous impressionner comme une
plaque photographique, le sentir, voire le goûter, le lécher. C'est bien dans
cet état d'esprit de laisser-faire qu'elle se laissa conduire tout au long de
cette c^te que la voiture gravissait lentement
comme si l'Agent voulait qu'ils l'adoptent, que les arbres les
regardent, que les fleurs les saluent et leur fasse ces petits clins d'oeil qu'ils
ne pourraient désormais plus oublier. Cette approche lui plaisait, elle avait
enfin l'impression qu'on n'essayait plus de lui fourguer un bien qui ne lui
correspondait pas.
La
poignée du portail lui réchauffait la paume de la main, le soleil y avait dardé
ses rayons toute la matinée, le grincement du vantail qui s'ouvrait grand pour
elle, comme déroulant devant elle un tapis rouge, coquelicots, pivoines, roses
trémières en face, le grincement était tel un bonjour prononcé d'une voix
douloureuse, oui, vraiment, cette approche lui plaisait, elle continuait à
lâcher prise et à se laisser impressionner, devant tous ces révélateurs de
lumière et de vie pleine, les escaliers moussus, la tonnelle couverte de
lianes, l'odeur délicate et entêtante tout à la fois, celle du muguet et du
chèvrefeuille, puis l'odeur de la blanquette de veau qui mijotait sur le
fourneau était venue se balader dans les sphères du cerveau, celles du
souvenir, elle se retrouvait rue Richelandière, de l'autre côté chez sa grand-mère.
Rue Jeanne d'Arc aussi, on savait mitonner le tendron de veau, apparemment,
c'était bon signe ! le soleil léchait les lattes du parquet ciré, et elle devinait, à travers
ses yeux de myope, le reflet de la lumière diffractée par un probable miroir,
qui portait fier, on ne savait où.
Ce
miroir la fascinait. Chaque fois qu'elle passait devant, elle s'y regardait
longuement. Elle savait qu'il la rendait belle. Et elle est savait qu'elle le
rendait beau, lustrant, astiquant sans cesse les dorures légères qui
l'entouraient, le protégeaient des agressions, venues d'un monde qu'il ne
connaissait pas. Elle lui parlait, savait le rendre vivant. S'il avait pu lui
parler, il lui aurait dit que derrière son tain étaient cachées des lettres,
des lettres de sa mère, de sa grand-mère. Elle ne le savait pas ou du moins pas encore. Jusque là il avait pu
garder son secret.
Elle
ne le savait pas encore ce secret, elle ne le découvrirait sans doute jamais,
mais elle restait fascinée par ce miroir, pourtant ordinaire et qu'elle rendait
beau, sans vraiment savoir pourquoi, comme si à force de frotter son tain,
l'épaisseur du secret non su aller fondre et glisser entre ses doigts. Alors
elle découvrirait ces lettres des femmes de sa famille maternelle, elle saurait
leurs propres secrets.
Ce
qu'elle ignorait c'était le bouleversement intérieur que provoquerait la
lecture de ces lettres cachées, la profonde métamorphose qu'impliqueraient ces
nouvelles connaissances, ces choses non dites, non sues, qu'elle sentait battre
au fond d'elle, sans les identifier, sans les nommer, de ces choses ignorées,
mais pourtant là, déjà là, déposées inconsciemment par des générations de
femmes l'ayant précédé devant le même miroir.
Codicille
Non,
en vérité, je n'ai pas de secret. Je suis une maison franche, chaque objet a
son histoire, mais mes habitants vous les auraient volontiers contées. Le
miroir et les mots qu'il cachait sont devenus cendres. Je suis une maison qui a
connu ses malheurs, le feu et l'eau, mais qui a tant aimé abriter ceux et
celles que j'y invitais. Je laisse partir ses occupants officiels avec un peu
d'émotion car ils m'ont bien traitée et ceux qui les remplacent feront sans
doute de même. Moi aussi je déménage en quelque sorte. Je pense vous avoir inspirés,
tous, tête baissée sur vos pages qui ne sont guère restées blanches. Quand par
hasard vous repasserez par ici, ne regrettez rien. Bien des choses doivent
rester derrière le tain des miroirs, l'écriture continue, qui naît aussi des
cendres, tant que vous en aurez l'en-vie !
Maison ma belle maison Samedi 4 septembre 2021
jeudi 29 avril 2021
Printemps 3
C’est avant le jour, quand il n’est encore qu’une vague lueur à peine colorée sur la ligne de crête (à l’est le soleil n’est encore qu’une idée de lumière), que le chant des oiseaux est le plus prégnant.
Le samedi aucun bruit d’activité humaine ne vient troubler le matin calme.
Seule, la musique se détache sur fond de rien,
de silence,
le vent même s’est tu,
chants d’oiseaux.
lundi 8 mars 2021
Viatique/ 1
Le sol tapissé de lichens, du chevelu long ou court, des pelotes que l’on prend délicatement entre ses doigts pour ne pas les briser, dont on évalue la légèreté telle une boule de coton. Tignasses desséchées, presque minérales, dont le vocable lui-même est source de fascination. Ce sont ces feuilles d’hiver dont parle Thoreau. Mes yeux s’accrochent sur leur carcasse ailée.
*
On dirait que la nature – enfin ce qui devant moi se déploie – est encore dans une sorte d’attente, presque prête mais pas tout à fait; on n’est que le premier mars, c’est encore l’hiver même si la douceur nous a fait ôter les lainages. Mais ici, rien n’ose encore se laisser éclater. Soudain, en bordure de pré , une fleur jaune que l’on nomme coucou. Isolée Et, même si la fleur est sans regard et sans voix ( comme l’écrit Jaccottet) l’on pourrait paraphraser pour elle les mots d’Antigone : j’ai cru au printemps la première aujourd’hui.
*
Une trouée dans cette forêt souvent traversée. Une large trouée qui défigure le paysage connu et aimé. La sensation de site protégé, abrité est fragilisée. En une journée un engin de coupe a transformé ce lieu, laissant penser que l’épaisseur de la forêt n’est rien d’autre qu’une illusion. Un passage: non. Une brèche, bien plus profonde, à laquelle le regard devra s’habituer.
mercredi 11 mars 2020
lundi 13 janvier 2020
atelier 2018-2019, Cartographie 21/méditation
mercredi 4 décembre 2019
Drossanges
mardi 3 décembre 2019
Cartographie Bonus 2
lundi 2 décembre 2019
où s'égarer
dimanche 1 décembre 2019
Cartographie Bonus 1
dimanche 7 avril 2019
Rive
mercredi 3 avril 2019
rocher
jeudi 28 mars 2019
Le point d'O
jeudi 21 mars 2019
Cartographie 22/ Antoine Emaz
laissé par l’eau basse
mouillé tassé serré
sous le pas
jusqu’au fond de l’air
un long chemin de sable plat
on ne peut pas se perdre
seulement aller
ou revenir
mais loin
longtemps
avec le vent les vagues
les traces s’effacent
vite
désunis ou pas
les pas
sans but
dans le ressassement des vagues
la mécanique du corps
et puis le vent
la lumière du matin
une longue courbe d’écume
sous le soleil
tire l’œil
sol stable dans le temps
plage de mémoire
la même
des années de sable










