Affichage des articles dont le libellé est consigne Laura Solange. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est consigne Laura Solange. Afficher tous les articles

lundi 19 février 2024

INTERLUDE et interludes : Des nouvelles de l'atelier Février 2024

Pour ceux qui désespèrent de ne plus avoir de nos nouvelles, rassurez-vous. Nous nous activons en coulisses et redoublons d'activité afin de finaliser tous les fragments des interludes. Les contraintes plus ou moins nombreuses que nous nous sommes imposées individuellement sont scrutées à la loupe et aucun mot de trop ou de moins n'est toléré. C'est le bagne mais un brin de masochisme ne nuit pas, en tout cas nous prenons beaucoup de plaisir à terminer ce travail sur les  10 interludes qui ponctuent les Vagues De Virginia Woolf. Nous les avons tout d'abord traduits par fragments ou d'une seule traite lorsqu'ils étaient relativement courts! Nous espérons pouvoir publier le résultat avant l'été. 











jeudi 6 janvier 2022

Une porte de grange


La porte de la grange qui donne sur la cour

montre sur sa surface des traces du passé,

souvenirs de couleurs des anciennes peintures ;


les fentes des panneaux nous parlent de saisons ;

des hivers algides et des été ardents

ont révélé des fentes comme des plaies ouvertes ;


la matière est si sèche qu’elle semble rainurée 

par un peigne d’acier aux pointes acérés ;


la vieille porte bouge sous l’haleine du temps

et montre sur sa peau les stigmates de l’âge,

manifestations brunes de son vieillissement.


Comme la main qui tremble trace sur le papier,

tentatives de mots, des signes  peu lisibles,

qui pourtant de l’oubli extraient des souvenirs


comme syllabes tombées d’on ne sait quel soleil

s’envolant dans le soir : leur lueurs nous éclairent.


De la porte de grange qui donne sur la cour,

un vantail a frémi sous la poussée d’un souffle

faisant grincer un gond tordu, humide et froid,


comme un disque vieilli, parmi les craquements

d’un matériau usé nous rend des voix contraintes,

d’où sourd la poésie plus forte que l’usure.


Écrire avec ces sons les petits bruits du temps ;

écrire le silence d’un passé accompli ;


écrire ce qui se tait sous l’écorce des mots

craquelés de saisons et rechercher en vain,

dans le lambeau des songes, un peu de vérité,


De la porte de grange que nous restera-t-il,

Un peu de ce qu’elle est, un peu de ce qu’elle fut,

Dans la lumière orange d’une fin de journée


Qu’y a-t-il à sauver de ce qui fut vécu ?

Peut-être d’avoir aimé et de l’avoir été.

dimanche 12 décembre 2021

Portes d'hiver




Il y a de ces portes, sans âme, sans bordures
On ne sait si elles s'ouvrent ou se referment
Certains les nommeront sas, portillons, port
Trouée. Elles laissent passer l'avant et l'arrière
Mistral et Tramontane,  la neige et le réconfort
Il y a de ces portes sans bosquet ni extrémité
elles observent l'émotion hivernale  disgracieuse
le fondu photographique d'un paysage déshabillé

Quelle magie diabolique piètre et malheureuse?
Pitreries des arches antiques oubliées en lisière
sur la route, sans appétit sinon celui du rêve bohème
de retrouver l'odeur des beaux jours, du soleil, des bourgeons
et l'aplomb telle une rude pierre ne supportant pas le badigeon




mardi 16 novembre 2021

je ne sais pas. Klasma 3

contraintes: un carré, mettre "je ne sais pas" au début, milieu et à la fin. 

Texte issu de la rencontre avec des automates s'allumant et parlant, lors du festival des Pléiades, arts numériques, novembre 2021, Saint-Etienne.

jeudi 11 novembre 2021

a capella

a capella on pourrait dire – parce que dans la

chapelle – le corps à l’intérieur – & l’esprit

dans cet au-delà – l’au-delà des murs – ce qui

surgit et happe – ce qui submerge par la porte

béante – les voix du vent enchevêtrées dans le

feuillage – la houle qui se trémousse – hésite

tergiverse s’entortille – étincelles rouges et

jaunes – échardes vives dans l’œil – puissance

de vie de rêve – longue ondulation de lumière

mouvante – à la fois sombre et vive – dorée et

terne – chaîne et trame – et au sol le linceul

de feuilles mortes – aux voix sèches cassantes

partition ultime de tons au seuil de l’hiver

 

mardi 26 octobre 2021

à contre-jour


 

 

codicille : les contraintes de forme que je me suis données

- commencer par une préposition

- ne pas utiliser d’autres signes de ponctuation que le tiret et ne pas mettre de majuscule afin de n’avoir pas de lettres qui dépassent

- nécessité de donner un cadre fixe : cent mots est un fragment qui me convient depuis longtemps et où je me sens à l’aise

- le titre ou ce qui pourrait en tenir lieu en dernier

- tentative de présentation en carré 

- rien de définitif non plus; c'est une tentative

 

lundi 6 septembre 2021

Maison ma belle maison

 Entre un instant et un autre, malgré les brumes extérieures et le brouillard mental qui parfois se diffracte dans les sphères du cerveau, ne pas oublier de laisser son regard errer ici ou là, puis s'appesantir dans les entours.

Car c'est bien la meilleure façon de se laisser imprégner d'un lieu : le voir avec ses yeux de myope, le laisser vous pénétrer, vous impressionner comme une plaque photographique, le sentir, voire le goûter, le lécher. C'est bien dans cet état d'esprit de laisser-faire qu'elle se laissa conduire tout au long de cette c^te que la voiture gravissait lentement  comme si l'Agent voulait qu'ils l'adoptent, que les arbres les regardent, que les fleurs les saluent et leur fasse ces petits clins d'oeil qu'ils ne pourraient désormais plus oublier. Cette approche lui plaisait, elle avait enfin l'impression qu'on n'essayait plus de lui fourguer un bien qui ne lui correspondait pas.

La poignée du portail lui réchauffait la paume de la main, le soleil y avait dardé ses rayons toute la matinée, le grincement du vantail qui s'ouvrait grand pour elle, comme déroulant devant elle un tapis rouge, coquelicots, pivoines, roses trémières en face, le grincement était tel un bonjour prononcé d'une voix douloureuse, oui, vraiment, cette approche lui plaisait, elle continuait à lâcher prise et à se laisser impressionner, devant tous ces révélateurs de lumière et de vie pleine, les escaliers moussus, la tonnelle couverte de lianes, l'odeur délicate et entêtante tout à la fois, celle du muguet et du chèvrefeuille, puis l'odeur de la blanquette de veau qui mijotait sur le fourneau était venue se balader dans les sphères du cerveau, celles du souvenir, elle se retrouvait rue Richelandière, de l'autre côté chez sa grand-mère. Rue Jeanne d'Arc aussi, on savait mitonner le tendron de veau, apparemment, c'était bon signe ! le soleil léchait les lattes  du parquet ciré, et elle devinait, à travers ses yeux de myope, le reflet de la lumière diffractée par un probable miroir, qui portait fier, on ne savait où.

Ce miroir la fascinait. Chaque fois qu'elle passait devant, elle s'y regardait longuement. Elle savait qu'il la rendait belle. Et elle est savait qu'elle le rendait beau, lustrant, astiquant sans cesse les dorures légères qui l'entouraient, le protégeaient des agressions, venues d'un monde qu'il ne connaissait pas. Elle lui parlait, savait le rendre vivant. S'il avait pu lui parler, il lui aurait dit que derrière son tain étaient cachées des lettres, des lettres de sa mère, de sa grand-mère. Elle ne le savait pas ou  du moins pas encore. Jusque là il avait pu garder son secret.

Elle ne le savait pas encore ce secret, elle ne le découvrirait sans doute jamais, mais elle restait fascinée par ce miroir, pourtant ordinaire et qu'elle rendait beau, sans vraiment savoir pourquoi, comme si à force de frotter son tain, l'épaisseur du secret non su aller fondre et glisser entre ses doigts. Alors elle découvrirait ces lettres des femmes de sa famille maternelle, elle saurait leurs propres secrets.

Ce qu'elle ignorait c'était le bouleversement intérieur que provoquerait la lecture de ces lettres cachées, la profonde métamorphose qu'impliqueraient ces nouvelles connaissances, ces choses non dites, non sues, qu'elle sentait battre au fond d'elle, sans les identifier, sans les nommer, de ces choses ignorées, mais pourtant là, déjà là, déposées inconsciemment par des générations de femmes l'ayant précédé devant le même miroir.

Codicille

Non, en vérité, je n'ai pas de secret. Je suis une maison franche, chaque objet a son histoire, mais mes habitants vous les auraient volontiers contées. Le miroir et les mots qu'il cachait sont devenus cendres. Je suis une maison qui a connu ses malheurs, le feu et l'eau, mais qui a tant aimé abriter ceux et celles que j'y invitais. Je laisse partir ses occupants officiels avec un peu d'émotion car ils m'ont bien traitée et ceux qui les remplacent feront sans doute de même. Moi aussi je déménage en quelque sorte. Je pense vous avoir inspirés, tous, tête baissée sur vos pages qui ne sont guère restées blanches. Quand par hasard vous repasserez par ici, ne regrettez rien. Bien des choses doivent rester derrière le tain des miroirs, l'écriture continue, qui naît aussi des cendres, tant que vous en aurez l'en-vie !

Maison ma belle maison Samedi 4 septembre 2021





 

jeudi 29 avril 2021

Printemps 3

C’est avant le jour, quand il n’est encore qu’une vague lueur à peine colorée sur la ligne de crête (à l’est le soleil n’est encore qu’une idée de lumière), que le chant des oiseaux est le plus prégnant.

Le samedi aucun bruit d’activité humaine ne vient troubler le matin calme.


Seule, la musique se détache sur fond de rien,


de silence,


le vent même s’est tu,


chants d’oiseaux.

lundi 8 mars 2021

Viatique/ 1


 

Le sol tapissé de lichens, du chevelu long ou court, des pelotes que l’on prend délicatement entre ses doigts pour ne pas les briser, dont on évalue la légèreté telle une boule de coton. Tignasses desséchées, presque minérales, dont le vocable lui-même est source de fascination. Ce sont ces feuilles d’hiver dont parle Thoreau. Mes yeux s’accrochent sur leur carcasse ailée.

                                           *

On dirait que la nature – enfin ce qui devant moi se déploie – est encore dans une sorte d’attente, presque prête mais pas tout à fait; on n’est que le premier mars, c’est encore l’hiver même si la douceur nous a fait ôter les lainages. Mais ici, rien n’ose encore se laisser éclater. Soudain, en bordure de pré , une fleur jaune que l’on nomme coucou. Isolée Et, même si la fleur est sans regard et sans voix ( comme l’écrit Jaccottet) l’on pourrait paraphraser pour elle les mots d’Antigone : j’ai cru au printemps la première aujourd’hui.

                                       *

Une trouée dans cette forêt souvent traversée. Une large trouée qui défigure le paysage connu et aimé. La sensation de site protégé, abrité est fragilisée. En une journée un engin de coupe a transformé ce lieu, laissant penser que l’épaisseur de la forêt n’est rien d’autre qu’une illusion. Un passage: non. Une brèche, bien plus profonde, à laquelle le regard devra s’habituer.

mercredi 11 mars 2020

Bouts d’aplats

Mosaïque de verts, de bruns,
Légende de la carte, telle un sésame
Ouvrant de vastes possibles
Et des reliefs fascinants,
Camaïeu dans le courant,
Dégradés de bleus,
Et, presque tel un intrus,
Le violacé des cuisses marbrées
Sous la froidure de la rivière
Comme un écho, les lettres sur la façade
De la vieille auberge,
Pleurant en profondeur sous les fenêtres
Nul buvard pour éponger leurs larmes
La pancarte des vieux dimanches
Se balance au loquet rouillé
Dans la neige fraîchement tombée
Elle laisse sur l’immaculé des filets rosés.
Subjuguée par deux yeux jaunes,
Rayés par les traits de la giboulée de grésil.
Efforts vains de la carte
Pour convertir les taches vertes
Et les chemins bleus des rivières


lundi 13 janvier 2020

atelier 2018-2019, Cartographie 21/méditation

Le chemin s’ouvre au-delà de la terre froide, refusant ces parcelles d’un seul tenant. Cette non localité diffracte à l’infini des bruits à rebours, discordants, désarticulés.
Le chemin devient sentier, puis sente qui effleure la masure, gravité ruinée, impuissante. Sur le crépi morcelé de l’ancien café perdu au milieu de nulle part, les lettres violettes pleurent en profondeur sous les fenêtres. Se balance au loquet rouillé un carton incongru mentionnant « fermé jusqu’à nouvel ordre ». Ordre de qui ? De quelles divisions fractionnaires ? Une perte habitée à grands frais. Renvoi à l’absence désordonnée, sidérante, la burle sibère sur la berge. Les congères appellent au loin les barres de mers et se lovent dans leur confinement poétique. Congères au grain tassé, si compact localement. Mais les franchissent inlassablement des pistes menées de biais, révélant des écroulements a minima.
Le chemin préfère l’écartèlement outre les surfaces et au-delà des carcasses, les débris de mots, au creux dans la poitrine.

La terre froide, morcelée, mais bornée par l’arbre du temps, repère rassurant, incompressible de toute éternité.

mercredi 4 décembre 2019

Drossanges

  
 Parfois on dérape sur certains mots, comme si les creux et les sinuosités des lettres donnaient un surcroit de vie à quelques lieux, ou quelques êtres revêtus d’un peu d’importance. Un mot se risque dans la rumeur de la langue, vient se frotter aux éclats d’un monde et se coagule entre les lèvres. Drossanges n’était pour moi qu’une maison qui rimait d’or avec mon prénom et le nom du village, où tous les étés je venais boire un verre de grenadine, grignoter un biscuit , m’étonner du vagabondage des poules dans la cuisine et laisser ma main caresser le dos du chien aux poils fauves qui portait le doux nom de Furlot. Des cousins germains de ma grand-mère, Firmin et Marie, vivaient là, dans cette maison isolée au bord de nulle part. On libérait les chèvres de leur enclos et on les menait dans le grand pré derrière la maison où des frênes formaient une haie qui a disparu, comme beaucoup d’autres. Mon frère et moi détachions quelques feuilles pour les offrir à ces bêtes qui les affectionnaient. On se disait que les chèvres nous aimaient. Et Furlot aussi qui se couchait à nos pieds.

Il n’y avait là rien d’autre qu’un réel, à langue égarée. Et même si les souvenirs s’éliment un peu à la marge, je n’ai pas en mémoire ce ruisseau qui se nommerait aussi Drossanges . Sa source et son embouchure me sont étrangères; apparemment c’est un affluent de l’Ance coulant sur 3,21 km. Il appartient à cette hydrographie muette mais néanmoins porteuse de nom, suintant entre des touffes d’herbe, au fond de ravins inaccessibles où s’écoule une vie dont on ne sait pas grand chose. Sur la carte IGN, il semble couler en pointillés, sans être nommé . Il pourrait naître au sud de Bois de cour, tout près d’un des chemins où mes pas me guident régulièrement… et je ne savais pas. Je fais un arrêt en image figée sur cette ligne de démarcation entre une réalité imprécise et un rêve tout neuf. Je tente de suivre son chemin sur l’écran d’ordinateur, le perd, le retrouve, le perd à nouveau, découvre alors un autre ruisseau celui de Boissières avec qui raisonnablement il doit s’accoupler avant de se fondre dans l’Ance et plus en amont dans la Loire…

  Le nom de Drossanges se doit d’être désormais partagé entre une maison qui ne rouvre plus porte et fenêtres depuis de longues années, et ce cours d’eau qui suinte encore quelque part où je n’ai pas laissé glissé ma main, ni abandonné quelque vaisseau de papier. Ce nom vibre doublement entre pierre et eau, à la lisière de mon regard, Il s’amplifie de mots naufragés sur les rives de la mémoire. Pas très loin, sur le versant opposé, je lis ravin du jugement où l’on ne peut accéder et cela vaut peut-être mieux. Est-ce l’écriture, couverte de jadis, qui agrandit la carte ou la cohabitation intime avec les mots d’une carte qui pousse des portes inconnues ?

mardi 3 décembre 2019

Cartographie Bonus 2

A défaut de faire de vraies randonnées, une carte entre les doigts, on va se promener grâce à Google maps sur notre carte. Zoomer sur des lieux que vous ne connaissez pas ou dont la dénomination vous est inconnue. Prendre des captures d'écran (disons 3...) de ce lieu zoomé à plus ou moins grande intensité ( carte et/ou  photo aérienne) et écrire à partir de ce nouveau nom qui va vous guider dans l'écriture...
Ce travail peur être fait plusieurs fois...avec des noms différents...

lundi 2 décembre 2019

où s'égarer

Ce serait le labyrinthe idéal où s’égarer; on pourrait presque se dire qu’on se perd dans Venise. Ce serait des tranchées sans horizon, des parcelles de vide, un diamant à 9050 facettes , un ventre empli de creux, d’impasses et de limites. Ce serait l’empreinte d’un monde que l’on croit connaître. Mais ne rien retrouver, se laisser enfermer dans ces minuscules cases, ces alvéoles d’incohérence, s’enserrer entre les mâchoires d’un passé qui n’en finit pas de murmurer à l’oreille, de distiller son flacon de nostalgie, de faire croire à des leurres de lumière. Ce serait enfin un cadre où s’épuiser.

Il faut entailler la topaze, étirer, écarter, forer entre les murailles, libérer les lentes de froid qui sommeillent au col des souvenirs. Voir alors ce qui s’écarte, sentir les voix du vent, entendre les palpitations qui se libèrent, délivrer les couleurs qui suintent, poudrer de désir les parois de silence, et, des frissons dans l’échine, tâtonner jusqu’à chercher l’espace où trouver quelque chose... l’autre peut-être. Jouer avec les cendres et les fumées, les natures mortes et les angles coupants, se lancer dans ce chatouillis de plumes d’encre. Retrouver les empreintes sur les planchers de sable et creuser d’une main d’enfant. 

Le cœur en basse continue, poursuivre l’effort, laisser l’ordinaire aboyer dans l’air du matin, écarter toujours plus avant, voir l’antre battu par les vents et les illusions d’une enfance plus lourde que des montagnes. Cela respire entre les doigts dans ce cadre immobile où l’on entendrait presque le vacarme d’un baiser et tous ces menus riens qui écorchent le papier. On sait très bien la transparence de l’aube, les interstices des jours où recueillir les traces, l’empreinte d’une mémoire, les pulsations de ces vies, les arbres tout près qui ont tant grandi et qui portent le ciel. Bleu, si bleu.

dimanche 1 décembre 2019

Cartographie Bonus 1

Comme  le dit Ange Gabrielle nous nous activons dans l'ombre pour préparer lecture et expo du travail réalisé pendant deux ans sous le vocable CARTOGRAPHIE. Mais afin de ne pas perdre la main de l'écriture, je propose d'écrire en électron libre ( c'est à dire chacun dans son chez soi douillet) à partir du cadastre de notre village ou territoire dont il est beaucoup question dans nos récits.
Poster la photo du cadastre donc ( grossi et dégrossi comme il vous plait!) et délirer dessus ( au sens deleuzien...) On trouve les représentations du cadastre en tapant le nom du village choisi et cadastre... 


Et pour le plaisir, quelques citations de Deleuze:

Délirer, c'est exactement sortir du sillon ( comme "déconner", etc).

Fuir n'est pas exactement voyager ni même bouger (...) les fuites peuvent se faire sur place, en voyage immobile.

Tracer, Inventer, Créer, c'est la trinité philosophique.

Devenir, ce n'est jamais imiter, ni faire comme, ni se conformer à un modèle, fût-il de justice ou de vérité. Il n'y a pas un terme dont on part, ni un auquel on arrive ou auquel on doit arriver.

Partir, s'évader, c'est tracer une ligne, des lignes, toute une cartographie. On ne découvre des mondes que par une longue fuite brisée.

dimanche 7 avril 2019

Rive

sur la rive d’eau on fixe
et nait le songe
de ce qui peut être


un peu d’infini usé par les plis de l’eau
sur l’âpre lit de pierres
le chant des ombres qui n’en finit pas d’émousser
ce qui se cherche encore
les forces qui fluent, se brisent et traversent
l’inerte en dedans
les peaux d’eau de chair et de chagrin battantes
où glissent des mots de rien
l’équilibre fragile d’un reflet où un autre versant se cueille
entre secret et vertige des signes


peaux de tambour
la main presque à toucher
les bois flottés, les herbes d’eau, les galets noirs
chair de poule
on dirait de la mémoire

mercredi 3 avril 2019

rocher

sur un pan de mur
le regard fore la carte
et cherche
ce qui importe


l’œil en ciseau
en deçà
il va où cela respire
où le réel a pris forme
et, mine de rien,
a donné souffle


un rocher de granit
sa peau, ses os
ses cheveux de lichen
sa bouche grise
le vert autour
et le ciel sans pudeur
qui a prise un peu
à la marge


devant
les mots manquent
la mémoire est en remous
avec ses coins d’ombres
mais on dit pierre
pour le précieux


dedans
sables mouvants
ça tremble encore
on attend
rien d’autre à faire


on s’approche un peu plus près
on reste au seuil
on touche le grain de sa peau
on ne franchit pas
on attend de voir

jeudi 28 mars 2019

Le point d'O



Un bassin
alimenté par une source
d'eau pure.

Jour et nuit
son chuchotis me berce.

Je ne peux l'oublier
seulement écouter
ou rêver
mais loin
longtemps.

Avec l'eau, son chant
la mémoire garde
toujours
les lieux, perdus
ou pas.

Là-bas, au point central de la cour
le point d'eau
celui qui reflète
les nuages,
le grand sapin sombre ;
celui qui chante
matin et soir,
attire l'oeil
de ses reflets
retient le coeur
une vie durant.

Il y a les bêtes
qui viennent y boire
le soir,
Le grand-père qui se lave
le matin,
Et elle qui lave
le linge.
On est seule à vieillir
seule à s'être égarée
loin
du bassin.

Le point d'O
retient tous les regards
l'enfant s'y perd
s'y mire, y voit
la lune et les étoiles
la vue troublée
d'avoir tant fixé
sa surface.

Deux poissons rouges
y tracent des courbes
est-ce vraiment important ?

Pays à jamais perdu
rappelé par tout eau
vive.
Souvenir étrange
ni gai ni triste
nostalgique
d'un lieu dont on croit
qu'il a disparu
à jamais.

La mémoire prouve
qu'il n'est tapi
nulle part,
qu'il n'est ni oublié
ni perdu
mais en lieu sûr
dans un non-lieu
que les mots ravivent
et que les méandres
de la carte ont
ressuscité.

Ici-là-bas, c'est où ?
Aujourd'hui-jadis
c'est quand ?
Au bout, dans les mots
c'est toujours là.

jeudi 21 mars 2019

Cartographie 22/ Antoine Emaz

Un extrait de Nulle part, ici, d'Antoine Emaz est proposé.

Une reproduction d'un tableau de Helicopter Tjungurrayi

"Trou d'eau à Karulyar" est livrée à nos regards. Il reste à 

écrire ensuite, à la manière du poète pour signifier un lieu 

important de notre carte.

un sol
laissé par l’eau basse
mouillé tassé serré
sous le pas

jusqu’au fond de l’air
un long chemin de sable plat

on ne peut pas se perdre
seulement aller
ou revenir
mais loin
longtemps

avec le vent les vagues

les traces s’effacent
vite

désunis ou pas
les pas

/

sans but
dans le ressassement des vagues
la mécanique du corps

et puis le vent
la lumière du matin

une longue courbe d’écume
sous le soleil
tire l’œil

sol stable dans le temps
plage de mémoire
la même

des années de sable