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mardi 9 novembre 2021

Chère Solange

 


Je t'écris une carte postale pour te dire merci de ce que tu nous proposes, et que voici de beaux paysages intérieurs extérieurs.Que Venise n'est jamais loin de nous. J'ai pris cette carte postale à la galerie Une Image, rue de Balzac. Il s'y trouve en ce moment une MAGNIFIQUE exposition "mes paysages noirs" par Bernard Pharabet. Il n'y est pas question de Venise (à part là) mais du ravin de Corbœuf, et de Causse et autres matières qui veulent qu'on les agrippe, c'est vraiment magnifique, bis. Cette qualité de noirs.


à samedi.

Je suis très contente aussi parce que je sais écrire au clavier le "œ"



lundi 27 septembre 2010

Bout du Monde

"Vous qui construisez des jardins,  ne faites pas des parcs, des espaces verts ; faites des marges.
Ne faites pas des terrains de loisirs et de jeux ; faites des lieux de jouissance, faites des clôtures qui soient des commencements. Ne faites pas des objets imaginaires, faites des fictions. Ne faites pas des représentations, faites des vides, des écarts ; faites du neutre". Louis Marin

vendredi 8 janvier 2010

Nuits blanches

Dans les plis de l'espace, réparti en tranches de saumon sauvage, l'avion roule sur le tarmac, se met en position vers le paradis. Quelles sortes d'ondes laissent les gens dans ces salles à queues multiples, parmi ces semblables morts de trouille, en transit de leur vie, sous contrôles incessants,  nous sommes du bétail, toujours en retard sur l'horaire intenable, toujours soumis aux machines, aux scanners, aux tapis roulants. Morts de fatigue. Dans ces endroits abrutis d'âmes collées au sol, d'étrangers, de communautés groupusculaires angoissées, ne comprenant même pas l'alphabet. Est-ce le début ou la fin du voyage ?  Est-ce le début ou la fin de l'histoire ? Et cette idée fataliste que si on tombe, on est mort. (A moins de s'envoler directement ?)
Dans les plis du temps, sans ordinateur, sans repères. Avec des collègues, des copines, les colocataires d'un lieu qui ne se partage que par sigles. On expérimente. On fait des efforts. On sait se tenir. Ou pas. Moi je ne tiens pas longtemps. Mais j'ai le droit d'être moi à part entière, le droit de me recroqueviller dans ma tête si le besoin s'en fait sentir, d'aller au lit avant tout le monde lorsque mon corps déjà à bout demande grâce.
Dans les plis des grands espaces, nous sommes séparés. Les yeux brûlent de fatigue mais nous ne dormons pas ; les sensations affluent et se remettent en place, chronologiquement. Avant. Après. Découvrir une ville c'est remettre les paysages à leur place, avec l'impression première en regard avec les suivantes, les couches successives du petit quotidien. Liberté enivrante de l'inconnu, nettoyage complet du cerveau qui ne se raccroche à rien, ne décode rien, pas le traitre mot, et ne comprend rien aux visages fermés qui n'attendent rien de toi. Pas même ton fric de touriste. Quitter le groupe, se perdre dans les rues loin des façades vitrines, essayer du bout de pied de se mettre dans la marge. Oublier qu'à quelques milliers de kilomètres de là, on a une vie, des gens qu'on aime et disent des mots que l'on comprend -parfois- et qui attendent qu'on revienne, - peut être. L'oeil collé au cadre, détacher un détail de son environnement, isoler sa lumière, sa transparence. Etre ébahie de tout, attentive.
Un pas vers le garçon bleu ciel, transparent comme un ange. Combien a-t-il prononcé de phrases en tout ? Son regard se pose, transperce à peine, mais vous êtes fixée comme un papillon chloroformé. Il faut oser le toucher, le prendre par le bras pour se faire abriter sous son parapluie, car il plane, mais pragmatiquement. Il rit tout seul, de quoi ? De l'aubaine ? De la gratuité du geste ?
Le rythme est rapide, c'est le propre des voyages organisés. "Faire" un maximum en un minimum de temps. Poser ses pas en des lieux prestigieux, passer devant Matisse et Picasso comme s'il n'étaient que des papiers peints aux murs de notre chambre. Se perdre encore, avoir le privilège d'une ou deux salles vides avant le déferlement d'une dizaine d'autres hordes. "Tu es dégourdie, on ne se faisait pas de souci". S'échapper.
Mer de nuages. Voler entre deux, dans les vrombissements ronronnants et les déambulations incessantes des charriots pourvoyeurs de goûters et autres nourritures qui rassurent. Le temps rallonge. On va vers l'Ouest. On regagne les 2 heures perdues l'autre jour, aux environs de la Pologne. Au loin les sommets des Alpes, toujours au loin, heureusement. La journée aura été interminable, mais aussi cotonneuse que ces nuages au large du hublot. Petit à petit la réalité refait surface, certains se rendent compte combien il est fatiguant de voyager, combien la fatigue s'est incrustée dans les yeux et dans l'estomac, ressurgissant en herpès et autres poussées d'angoisse. Mes yeux me brûlent mais la réalité funeste ne m'atteint pas encore. Je suis là, au-dessus des nuages, avec cette sensation hors du temps, hors champ, montrant une facette acceptable, rigolote et décalée à ce groupe de charmants. Que de lumière depuis des jours ! J'ai besoin de nuit et de dormir longtemps d'une traite. Quelle chaleur sous ce soleil de milliers de pieds d'altitude, entre bleu et blanc, l'avion tangue doucement, comme pour écouter la mer de moutons blancs immobiles. Encore quelques tracas, tout en bas. Récupérer les valises, passer la douane, d'abord, retrouver le minibus, reprendre les voitures. Le bleu du haut s'effiloche en blanc tandis que les diverses couches de plancher se trouent de bleu et de gaz dont on ne voit pas la fin. Il y a même au fond, comme une sorte d'or, un semblant de couleurs de coucher de soleil, alors que l'on voit bien, à arpenter ainsi le ciel, qu'il ne bouge pas d'un pouce. On ne s'en lasse pas. Mais "we're approching. Geneva. 25' from Lyon". Il y a des récifs, des étendues désertiques où l'on s'attend à voir courir des ours blancs. Certaines zones ressemblent à des tableaux dans lesquels le peintre aurait perdu patience, floutant des parties en tourbillons, débrouillez-vous, mettez ce que vous pensez dessous : Des têtes de forêts blanches. Des Neva gelées. Des figements de steppes. Des boursouflures de buissons. Des plaques en suspension. On s'engouffre dans le gris. On amorce la descente.

mercredi 16 décembre 2009

Tiers lieu

Un jeud soir je fus à la cinémathèque de Saint-Etienne pour voir un film d'Alain Dumas, de 1996, intitulé Tiers Lieu. Ce film racontait l'un de ses innombrables retours au Pérou, sur un mode de journal de bord d'un voyage improvisé. Tiers lieu, car en faisant son film, il recréait un troisième espace, ni ici, ni là-bas, puiqu'il n'a jamais su choisir, puisque les images de Haute Loire succèdent à celles de l'Altiplano, et que les paysages se confondent au bénéfice des retrouvailles avec soi-même, et voilà que je m'y retrouvais aussi. Embarquée par ce demi frère  qui ne m'a jamais emmenée là-bas, comme projeté parfois. Lui et ses acolytes dérivent, de fièvre en révélations immenses, coïncidences inévitables lorsqu'on cotoîe cet Alain-là. Parmi les spectateurs, pourtant prévenus, certains étaient parfois déçus de ne pas reconnaître dans ce film les clichés habituels, la musique à flûtes, (OUF !) les grands sites, même Cuzco était ennuyeux, Arequipa hautaine et Nazca filmée au raz du sol, faisant de ses dessins seulement compréhensibles vus du ciel, de larges sillons de terre sèche survolés par l'incessant brouhaha vrombissant des petits avions à touristes. Mais à la fin il y eut Macchu Picchu et sa pierre. Celle qui fait prisonnière le soleil à son lever et signait la fin de la quête. Après la fin de la lumière, quelques mots-clés encore, Culpérou, et le nom de la pierre piégeuse, et celui d'une jeune fille, fraîchement adoptée. Maintenant je n'ai plus forcément besoin d'y retourner.

La légende de la géographie (1)

"Je nomme et l'obscur s'illumine. Les mots créent le territoire, le badigeonnent, le fixent, l'immobilisent, le fourrent dans une géographie. Il arrive qu'ils soient dépassés par les événements et que l'obscur demeure car toute terre, au fond, est innommable. Le plus vaillant des écrivains voyageurs, Nicolas Bouvier, enrage quand il rencontre un paysage si beau qu'il n'arrive pas à lui mettre des mots dessus. Un paysage qui déborde tout vocabulaire. Bouvier essaie et il essaie encore. Il rate. Une couleur, un pli de paysage le narguent. Le mots ne ramènent aucun gibier. Nicolas Bouvier est énervé. Il rage. Parfois, j'ai l'impression qu'au fond de sa colère, il y a comme de la jubilation : il a la conviction d'avoir atteint le bout des choses, non pas le bout de la route ou la dernière station de chemin de fer, [...]Ce que Bouvier a trouvé, c'est le vrai bout des choses, le point où règne la Terre, solitaire, dédaigneuse, intouchée, une Terre qui demeure inviolée. Une Terre qui précède et qui achève toute géographie. Une Terre au large de toute géographie, non par ce qu'il est difficile d'y atteindre mais parce que le langage défaille à son approche. Une Terre qu'aucun dictionnaire, et par conséquent aucune mappemonde ne peut désigner. Le Graal du géographe, de l'écrivain."

Paysage fer (2)

"Ailleurs, cette découpe sur une colline de dix arbres dans l'hiver, comme peints à l'encre de Chine et se détachant du ciel uniformément gris dans ce qu'on se souvient, et maintenant, à l'instant même, si on lève le regard à travers la fenêtre du train c'est soudain des échancrures violentes dans les nuages et des accumulations presque noires sur l'horizon qu'ici on domine, sur seulement l'étendue moutonnée de champs immensément labourés et personne.
Ne pas relire, accumuler seulement ces notations d'instants, puisque le même train, de jeudi à jeudi, en permettra la répétition, que ne changeront, mais lentement, que le cycle perceptible des saisons et la lumière.
[...] Décider cette fois en amont du voyage ce qu'il y aura à regarder et s'y tenir. Avoir préparé sur la carte Michelin 241 vendue 30F gare de l'Est les marques au stylo de ce qui s'ordonne sur le mince et serpentant liseré noir de la ligne de chemin de fer, et savoir gérer l'attente, la posture, savoir comment l'image va se mettre en place et ce qu'il faudra alors y saisir, même si ici on en rend compte dans un ordre qui n'est pas celui des marques sur la carte, mais celui de la reprise des notes sur le bloc jaune à papier quadrillé qui a servi, sur les genoux, aux mots repères, voire à quelques croquis de disposition de masses. S'être d'ailleurs répété plusieurs fois dans la semaine, non pas à voix haute mais quand seul on pense au texte qui s'élabore, alors même qu'on n'y travaille pas, puisqu'on n'est pas dans le train : ce qui compte,  c'est la disposition de masses. Ou bien : ce qui impressionne, dans l'encadrement de la vitre du compartiment, c'est la disposition de masses."

Paysage fer (1)

"C'est à notre sol silencieux et naïvement immobile que nous rendons ses ruptures, son instabilité, ses failles ; et c'est lui à nouveau qui s'inquiète sous nos pas."
Michel Foucault

mardi 1 décembre 2009

Altiplanant

En ex-elle, entre moi et moi, entre lui et lui et lui, avec des bouts d'avant et des restes de futur incertain, des portions de paysages qui font écho, à tel bout de Vietnam où je ne suis jamais allée, à tel mardi de décembre, Altiplano, éternité de ces atmosphères pelées, rares en air, mais pures en rareté, seule au monde mais intégrée comme un grain de terre, ici chaque instant était ainsi, chaque geste avait un sens, on se regardait vivre, non, intensité magistrale.
Il n'y a pas une minute à perdre.La réalité n'a rien à voir, rien à branler. Elle branle toute seule, et des atomes, je ne fais pas ce que je veux.

jeudi 22 octobre 2009

Plage


C'est le matin, peut-être tôt. Le ciel trop bas pèse sur la mer à l'écume assagie. De vaguelettes en bulles grises elle vient lécher le sable de la plage endormie. Elle la caresse, sensuelle ; joueuse, elle la mordille. Les grains de sable roulent, s'enroulent et tourneboulent, long ruban qui s'étire, à la frontière de l'eau. Cachée dans les roseaux, je suis comme l'ampoule qui veille sur la lumière bleutée et sur le sable encore brun de la nuit. Tout bas, elle respire, la plage. Elle veut garder pour elle, les empreintes du chien qui la nuit en courant, aboyait à la lune. Elle veut garder en creux les coquillages, timides ou facétieux et s'en faire des colliers pour les jours de vacances. Elle respire tout bas, la plage. C'est l'heure où, ensorcelleuse, elle s'offre aux promeneurs. Solitaire, je m'avance et d'un long pas traînant je la blesse, voluptueusement. Il est si bon alors de sentir la fraîcheur s'insinuer entre les doigts de pied.

Je ferme les yeux et j'attends. J'écoute le silence mollement traversé par l'empreinte de l'eau. J'écoute la voix du sable qui commande au soleil de se lever enfin.

Clairière

J'écrivais à mon ami bûcheron dans ce même cahier : "Toi tu fais des clairières avec ta tronçonneuse". Drôle de métier. Ca ne lui a jamais passé. A Noël, il vend des sapins au pied crucifié ; le reste de l'année, plus raisonnable, des fleurs artificielles, comme je les hais.

Cascades

Moi, ce qui m'intéresse, c'est de passer derrière le rideau

Plages


Mes plages d'Agnès sont moins nombreuses que les siennes ; il faut dire qu'elle a 80 balais et quelques balayettes et qu'elle a commencé à les collectionner dès le ventre de sa mère, ce qui est loin d'être mon cas.
Plage de Toulon des galets pour une première rencontre, inoubliable de marins à pompons.
Plage de Crète, octobre 1978 et je continue d'écrire sur ce cahier acheté à Hania. Un petit fleuve y avait son embouchure, et pour le reste l'éternité retrouvée d'Arthur. L'éternité du vide et de l'immensité, pas le moindre bateau à l'horizon ; une encoignure de grotte pour écouter le ressac, regarder le bleu et se protéger du soleil à pic. Une plage oasis, pour la paix qu'elle procurait et la verdure dispensée par la rivière en bout de course, ruban vert au pays des pierrailles. On disait : "la Haute Loire nous manque".
Plage immense 360° de Trousse chemise ; j'écris une carte postale à Lionel après avoir lu Montagne Noire. Plage rose interdite de Budella en Sardaigne, les gens "volaient" le sable. Plages nudistes de l'Atlantique, Plages noires de monde, folie estivale de la Méditerranée.

Plages du Nord : Novembre 2006, Brighton. Presque impossible de tenir debout. Le vent souffle de partout.
Novembre 2008, La Haye.C'est la nuit, lumières de luxe qui clignotent dans le lointain. Ai pris le bus jusqu'à son terminus, accompagnée d'une vieille dame indigne très belle qui allait jouer au casino.

Prés

L'hiver, les prés sont blancs et on fait de la luge quand on a moins de 12 ans. Après, c'est trop tard, c'est ringard, même si le mot n'est venu que bien plus tard.
La luge est peinte en rose et vert,c'est mon frère, c'est une petite luge à 2 places maximum avec le museau arrondi. A l'arrivée, au bas de la pente, il faut un peu freiner avec les talons pour ne pas se planter dans la raze* qui suivant la température, entretient un filet d'eau bouillasseux, plus ou moins recouvert et plus ou moins caché. Parfois, dans le jeudi, il y a un curé avec nous. Mais on n'aime pas ce souvenir : le curé tripote.
puis on a à peine le temps de remonter la pente 4 ou 10 fois, les poumons en feu par l'effort et le froid, et c'est déjà le temps des narcisses, des coucous, des myosotis. On revient avec des brassées d'odeurs et il y a toujours quelqu'un pour vous dire que ça fait mal à la tête. On s'en fiche. Chaque année, on y retourne pareil.
puis un jour il y a des barbelés, des maisons qui poussent. A la place de la neige il y a des voitures qui laissent des traces, à la place des narcisses des dahlias en rangées jaunes et rouges et qui n'apparaissent que bien plus tard dans l'année.
Mais il faut bien que l'enfance s'arrête.

* merci pour le mot, Michelangelo !

vendredi 9 octobre 2009

lundi 28 septembre 2009

Sentiers et chemins


"Jamais il ne s'était senti avec lui- même dans une telle intimité ... Ce besoin de faire sauter une à une toutes les amarres, ce sentiment de délestage et de légèreté profonde qui lui faisait bondir le coeur. La pensée aussi se couchait en lui au profit d'une lumière meilleure. Marcher lui suffisait : le monde s'entr'ouvrait doucement au fil de son chemin comme un gué" J. Gracq "Un balcon en forêt"


Sentiers et chemins

Comme beaucoup d'entre nous, j'aime photographier des tracés de chemins dans de vastes panoramas ou de petites sentes en prairies ou sous-bois...Tant de constance et de plaisir répétés au fil des ans auxquels font écho tant de douces rêveries... Arrachée à l'ici, le coeur et l'esprit brusquement élargis, je suis entraînée vers d'autres chemins, chemins de rêves, souvent arpentés. Ma préférence va aux vastes perspectives sinueuses débouchant sur le ciel, ou à l'opposé, aux sentiers qui s'enfoncent, se faufilent vers le sombre et le touffu.
En cet automne miraculeux, nous marchons souvent Josette et moi. Josette a soixante quinze ans. Elle connaît chaque ferme, chaque courbe de ce pays où elle est née et qui vallonne autour du synclinal de Saoû. Lors de nos ballades, tout le chemin peut se déployer d'un seul coup d'oeil, j'avance alors dans l'enthousiasme d'atteindre ce bosquet ensoleillé, puis cette zone d'ombre fraîche là-bas le long du champ qu'un paysan herse. Je vis une sorte d'ivresse à ce jalonnement, de taches de lumière en zones obscures. dans l'instant, le chemin continue à offrir ses surprises : reflets d'argent sur les sillons de terre fraîchement retournée aperçus différemment d'en bas, ronciers couverts de mûres, aigle qui rôde au-dessus d'une muraille, premières châtaignes dans leurs bogues. Peu à peu, la vaste perspective est conquise, je peux me retourner, contempler le chemin déjà parcouru comme une perspective de ma vie -déjà écoulée- Je vois,étalé devant moi, le chemin parcouru et par un demi tour, j'appréhende ce qui va venir. Je balaie d'un seul coup d'oeil et dans l'immédiateté, un destin. Passé, présent, avenir occupent mon champ visuel et mental dans toutes leurs sinuosités, humilité et splendeur.
D'autres fois, le chemin se cache, aucune perspective. Où va t-il ? D'où vient-il ? C'est à chaque courbure de terrain, parfois seulement au pied d'un gros arbre, que je découvre le changement de direction. Je crois partir vers l'ouest, tout semble me tirer dans ce sens. Pour effectuer une boucle, il faudrait en effet bien prendre cette direction, mais le sentier s'étire et traîne autrement, il bifurque vers ces grands peupliers, me fait longer un champ de noyers. Les noix glanées dans le fossé viendront rejoindre les trois pommes ramassées plus bas, et les quelques "pinets" cueillis dans le bois, les plumes et les pierres.
Récemment, nous avons voulu rejoindre la tour de Bezaudun qui nous faisait signe depuis longtemps. Aucun chemin existant. Nous avons piqué à travers herbes hautes, aubépines, églantines, contourné les ronciers, glissé sur les pierres. Parfois, il nous semblait reconnaître une trace, trace d'ancien chemin. Nous avons persisté. Bouche bée, yeux écarquillés, le paysage au sommet surpassait nos attentes. Pendant notre contemplation du panorama, tous les chemins apparaissaient en clair ou en trouées, serpentant le flanc des montagnes, festonnant une crête. Plus on regardait, plus il en apparaissait, et nous vîmes alors le chemin que nous aurions dû emprunter pour monter, incrusté dans le paysage, non pas en trace d'ornières ou de pas, mais en une absence de végétation haute, passage seulement marqué par des arbustes bas dont on pouvait suivre les sinuosités et qui, plus tard, nous ramena confortablement jusqu'au pied de la pente. De loin, tous ces anciens chemins se discernent nettement, ils sont plus dissimulés qu'effacés, prêts à reprendre du service pour peu que ce vingt-et-unième siècle ait un jour, à nouveau, besoin d'eux. D'autres chemins nous offrent encore de bien plus grandes surprises. L'été, tôt le matin, dans une lumière de commencements, nous montons à Roche-Colombe, une des proues de la forêt de Saoû. A un détour du chemin, nous débouchons sur un immense rocher gravé de noms, de visages, portant l'inscription "Insurgés, déportés de Saoû 1851" "Gens de la campagne, contre les oppresseurs, mettons-nous en campagne". Nous avons promené notre questionnement tout un jour avant d'apprendre qu'il s'agissait de la révolte contre Napoléon III et que tous ces insurgés avaient été capturés et emprisonnés dans la tour de Crest, non loin d'ici.
Je vous invite aussi à emprunter le chemin des Caprines à Vesc, où quelques artistes ont disséminé leurs oeuvres, dont ces époustouflants "Hommes en marche"; celui de Muston, pasteur à Bourdeaux de 1836 à 1888, une plaque du patrimoine drômois le décrit : théologien, historien, naturaliste, poète, dessinateur, médecin, il soigna gratuitement ses paroissiens par l'homéopathie, la radiesthésie et les plantes, résolument républicain, il s'opposa au coup d'état de 1851, ami de V.Hugo, Michelet, G.Sand, Mistral, Rouvier et H.Fabre avec qui il correspond ; celui des protestants au col de la Chaudière où passaient les pourchassée pour se réfugier en Suisse. Les chemins nous content un pays, nous montrent notre vie, nous offrent le monde et ses richesses. Un chemin nous a dernièrement emmenées jusqu'à un lieu-dit "Le calme" : une maison incrustée dans les champs irisés, seuls, sertie dans le profil du col.
C'est là, je suis arrivée, je ne reprends pas la marche -pour le moment- et je vous rends les mots. Je n'en ai plus besoin.

"Un chemin ? qu'est-ce qu'un chemin et pourquoi ? Le prendre sur la droite, et disparaître avec lui ? Mais à quoi bon disparaître ? Le ciel est si vaste et si immobile, dans la chaleur. Le monde est tellement plus vaste quand on le regarde à travers la découpe d'une porte" Y. Bonnefoy "La longue chaîne de l'ancre"

mercredi 2 septembre 2009

moi aussi j'ai mes voix



Bon d'accord, ce n'est peut être pas un amplificateur haut-parleur ni même un sonotone d'un modèle un peu ancien ; il s'agit même à coup probable d'un système de chauffage, vu le tuyau responsable de l'adduction, qui tient davantage de la plomberie -qui comme chacun le sait n'a jamais transporté d'ondes- que de l'archange Gabriel. N'empêche, Solange était peut-être frîleuse, (avec un ^) et ça on n'en sait rien.
Quant aux moutons, on ne va pas chipoter sur leur taille, c'est déjà pas facile de se tenir immobile sur un si petit espace, alors à 5, je voudrais vous y voir...

dimanche 23 août 2009

Dieu, inasse,Nasse



Vacance prolongée le temps de quelques dizaines de kilomètres : aller à La Pacaudière et en revenir. S'être imaginé pendant des années, qu'il y avait -là un village exceptionnel, qu'on ne faisait que traverser et qui méritait qu'on s'y arrêtât. Et c'était vrai. Pas pour les raisons qui l'ont fait sous-titrer "le Petit Louvre", mais parce que ce jour-là la lumière dorée fait du zèle, et parce que des détails entre ce qui est encadré, mis en valeur justifient à eux seuls de s'être dérangés : un escalier et une rampe pour handicapés qui ne mènent nulle part, une minuscule drapeau peint et entouré d'un grand halo sur une immense façade, une ruelle moisie ; et enfin parce qu'on est allé au bout de la corde qui nous attachait au piquet, et que c'était vers le Nord, comme une dernière tentative d'évasion avant de reprendre demain la bricole qui nous attachera quelques saisons encore.