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mardi 14 février 2017

A quelle heure l'homme sera-t-il un poème?


à l'heure de l'intime
en cet instant dérisoire
tremblement du miroir
et moire de mots
on voit et 
on ne voit rien
on entend presque rien
énigme voilée
odeur de désir
le je délié

à l'écart


mercredi 8 février 2017

A QUELLE HEURE L'HOMME SERA-T-IL UN POEME?

Peut-être minuit,
l'heure où les songes murmurent
où les cauchemars dictent
leurs diagnostics
à des hordes de farfadets
qui vrillent les oreilles
de leurs refrains saltimbanques
L'heure où les poussières tombent
des chevrons électriques
sur les tempes endolories
 proférant des menaces
de nuits blanches
Où la mémoire asthénique
lutte contre les quiproquos
de l'âge
C'est l'heure  montante
où la lune écarte
insidieusement
le rideau des paupières serviles
pour soumettre le corps
 à ses plaies
Peut-être minuit
l'heure où se récitent les hommes
dans leur bulle amniotique
Ils bâillent
étouffant leurs mots
qui meurent sur leurs lèvres
flétries
A quelle heure l'homme sera-t-il un poème?

vendredi 3 février 2017

A quelle heure l'homme sera t-il un poème ?



Est-ce vraiment une question d'heure ? Faire de sa vie un poème ne serait-ce pas plutôt une question d'écoute, d'affût ?
Ecoute du vent, celui qui souffle au dehors et rugit au dedans. Affût de la moindre pousse verte qui va se déployer comme la crosse de la fougère au jardin ou pousser en grinçant les portes de l'imaginaire. On peut être un poème sans avoir jamais écrit un seul mot de poésie. Je connais plusieurs personnes dont le rire fuse comme une source, dont le sourire illumine notre journée quand nous les croisons et qui n'ont pas écrit un seul vers. Leur vie est telle qu'elle est un instant de grâce et de légèreté dans tout ce qu'ils disent, dans tout ce qu'ils font.
Si un poème est une bulle légère qui éclate sous les yeux d'un enfant émerveillé, s'il est ce qui redonne à mon pas grâce et jeunesse et à mon coeur encore un peu l'envie de vivre, alors point n'est besoin de mots avec ou sans pattes, avec ou sans toute leur cohorte de sens.

Ces personnes bénies qui ont cette grâce et cette légèreté jamais ne médisent, ne se plaignent ou ne blessent. On dirait qu'elles ont oublié de dire « je », vous écoutent pleinement, l'oeil plein d'étincelles et d'émerveillement devant ce qu'elles croisent, et le pardon tout près quand elles rencontrent le malheur ou le laid.

jeudi 2 février 2017

A quelle heure l'homme sera-t-il un poème ?

L'heure est déjà passée, l'heure n'est plus à jouer des mots, l'heure est au chaos. Tant de mots à notre disposition et si peu de sens en commun. Tant de mots qui ne veulent dire que des tiroirs grouillants de vers. Il serait urgent que l'heure sonne, que l'heure de l'homme-poème s'apocalypse un bon coup. Le poème ne se relève qu'à grand peine, et il chancelle. 
Je compte jusqu'à 10 - 3...4...
Le boxeur sue son poème de sang à grands gargouillis qui lui sortent par le nez et par la bouche.
Depuis moi je ne vois qu'un grand corps malade, agonisant.
L'homme poème mange ses enfants. Il recrache à flux tendus les petits os des phalanges et ronge les autres.
Toutes les alarmes hurlent en même temps. L'heure de l'homme poème arrive à grand renfort de feu. Il se tient encore droit 5...6...7... mais il n'y croit plus. Il tombe.
Je compte jusqu'à 10. Je me tiens au-dessus de lui, assénant le compte, sachant que s'il ne se relève pas à temps, je sombrerai aussi, englouti par tous les mots qui n'ont servi à rien, tous les chiffres qui ne comptent plus que pour du sable.
L'homme devient poème et s'en est fini de lui, de nous, des heures où l'on mangeait des cerises, où l'on caressait des textures douces. L'heure de l'homme devenu poème est un glas, une aube ultime, un dernier souffle. 9...10... KO.

CONSIGNE DU 1ER FEVRIER 2017

Lire le texte et répondre à la question de la dernière phrase

samedi 15 décembre 2012

Dialogue de sourds

Pièce courte entre :
Une femme immense campée sur ses jambes. Fière. Les seins nus dardés. Les bras tenant son ventre rebondi.
Un petit homme corpulent aux minuscules membres tronqués. Large d'épaules. Tête carrée coiffée d'un chapeau plat. Ventre de Bouddha

-" D'où je suis, je ne vois que ton ventre, baisse-toi un peu vers moi que je te vois mieux... D'où viens-tu ? De quel pays ? Tous les humains sont-ils aussi grands chez toi ? Sous ta longue robe, je vois bien que tu attends l'enfant, tes mains l'entourent en un berceau. C'est pour cela que tu es tellement fière, hautaine ? Tu n'es pas la première, tu sais".

- " Hé petit homme, je veux bien t'écouter mais abstiens-toi de condescendance. Je viens de loin, mon pays s'appelle le Mali, j'ai fui, les hommes s'y battent. D'où je viens les hommes sont tous noirs, très grands et très beaux. Les femmes encore plus, comme tu peux t'en rendre compte. Oui, j'attends le troisième enfant, nous avons toutes de nombreux enfants que nous portons longtemps, dans notre ventre puis dans notre dos. L'enfant est toute notre vie de femme. L'enfant et les travaux, c'est notre vie. Et toi, qui es-tu ? Qu'as-tu fait de tes membres ? Tu n'es pas un guerrier, tu n'en as pas l'allure mais tu en as les décorations ; ton oreille droite est énorme, la gauche minuscule, pour quelles raisons ? Et ce petit chapeau noir qui te fait de l'ombre sur le nez, est-ce la coutume nationale ? Tes épaules sont puissantes, je suppose que tu es un personnage important ?"

- " Tais-toi, tu es trop bavarde ... et approche toi un peu ..."

- " Hé Oh ! Petit homme, on ne me commande pas, ni toi ni qui que ce soit. T'es pas obligé de répondre. Je peux me poser des questions à voix haute si j'en ai envie."

- " Je sens qu'il va être difficile de s'entendre avec toi. Susceptible. Agressive. Je suis d'un peuple doux, je viens du Pérou, mes ancêtres sont des indiens, des hommes paisibles qui vivaient dans les grandes plaines, respectueux de la nature, près de notre terre-mère. Notre peau est cuivrée, notre âme aussi..."

-" Et ce gros ventre ? D'où te vient-il puisque tu dis vivre près de la nature ? As-tu avalé un caillou ? Ou ton chapeau ? Ou alors, chez vous sont-ce les hommes qui portent les enfants ? Et par où sortent-ils, hein ? De nombril, tu n'en as pas. Par ta grande oreille ?"

-" Ca va, ça va, femme d'Afrique. Ne t'énerve pas. Nous ne portons pas les enfants. Je te laisse ce rôle. Je suis un personnage important, tu l'as bien compris. D'habitude, les gens s'inclinent devant moi. J'ai beaucoup de pouvoir."

-" Excusez-moi, mais la rencontre n'aura pas lieu. Je continue ma route. Vous êtes trop orgueilleux. La savane m'appelle. Au revoir, petit homme."