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vendredi 3 février 2023

Interlude 3.3 p.63 Dans le sombre Tunnel d'ombre pourpre

 Dans le sombre Tunnel d'ombre pourpre

le sang palpite et les Tissus s'englanTent

un coeur baT quelque parT sTrié de peines intermiTTenTes

l'oeil jaune scruTe cet organe enchanTé

lumière au bout du Tunnel ?

pour l'heure elle esT dedans

TouT le specTre des rouge

des senTiments cramoisis

une usure raisonnable

la morT sournoise encore dans l'anTichambre

plaies bosses

méTasTases oubliées au fond d'un placard

TouT l'arsenal

les caviTés creusées à même les parois

des mammouThs de chair des pendeloques de Tendresse

les moTs

-percuTent puis sédimenTent

donT on ausculTera les cendres :

des je T'aime et des Toi non plus


Fragment 3 des Vagues. 

Ma traduction

Dans le jardin les oiseaux qui avaient chanté de façon intermittente et saccadée au creux de cet arbre de ce buisson, faisaient maintenant entendre leur choeur, strident et aigu ;  tantôt ensemble, comme conscients de la présence de leurs compagnons tantôt solitaires, à l'intention du bleu pâle du ciel . Ils s'enfuirent/ s'enfuyaient tous dans un même envol, quand le chat noir vint /venait visiter les buissons, quand le cuisinier(la cuisinière) lança/lançait des cendres sur le tas d'escarbilles et les fit /les faisait décamper. On sentait la peur dans leur chant, et l'appréhension de la douleur, et la joie à saisir dans l'instant. Ils chantaient également pleins d'élan dans l'air lumineux du printemps, en passant au-dessus de l'orme, pépiant ensemble alors qu'ils se pourchassaient, s'échappaient, se poursuivaient se donnaient des coups de bec alors qu'ils tournoyaient haut dans le ciel. Puis, lassés de se poursuivre et de voler, ils descendaient en douceur, s'inclinaient délicatement vers le sol, atterrissant et se posant sur un arbre, un mur, avec leurs yeux brillants scrutant, et leur tête se tournant d'un côté puis de l'autre ; à l'affût, en éveil ; intensément conscient d'une chose, d'un objet en particulier.

Ce pouvait être une coquille d'escargot, se dressant dans l'herbe comme une cathédrale grise, un grand bâtiment incendié avec des anneaux sombres dans l'ombre vert foncé de l'herbe. Ou peut-être voyaient-ils la splendeur des fleurs qui répandait une lumière flottante violette fluide sur les parterres traçant de sombres tunnels d'ombres pourpres mauves entre les tiges. Ou bien fixaient-ils leur regard sur les petites feuilles de pommier brillantes, qui dansaient bien que toujours attachées à la branche, éclaboussant pétillant étincelant à travers les boutons de fleurs roses ; ou bien voyaient-ils une goutte de pluie suspendue sur la haie mais ne tombant pas, contenant l'image inversée de la maison entière et des ormes imposants comme des tours ; ou regardant droit vers le soleil, leurs yeux devenaient des perles dorées.


lundi 25 février 2019

cartographie # 19 étrange "journée fuligineuse, sombre et muette"


Une journée de cendres
Une journée comme la nuit
On a tiré on a brûlé on s'est caché, on a fait silence.
Couru en tous sens pour préserver le souffle des bêtes affolées, piétiné les tendres herbes qui reprenaient seulement vie, fauchées dans leur prime jeunesse comme on l'aurait dit de ces jeunes hommes chair à canon, là-bas sur le front de l'autre guerre et de bien d'autres, "plus jamais ça !" ce serait mal nous connaître, mal nous envisager.
Les deux se sont faites ombres, devenant passe murailles, pierres aux lichens roux et verts gris, les deux se sont tenu les mains, le cou -lorsqu'il y avait un répit- de se savoir encore vivantes, ont oublié qu'elles avaient soif, que leurs visages aussi étaient fuligineux, que la terreur s'étendait à grands coups de cris et de haine.
Tout à coup, une cavalcade, elles tombent dans un trou, ensemble.
Reprennent leurs esprits, se tâtent les cotes, se pincent, vérifient que leur peau ressent toujours leurs pinçons, se mettent debout. Le bout de leurs doigts picote, presque comme une brûlure.
Leurs yeux ne percutent que du noir, que du noir,
Pas le même qu'à la surface, plus épais, sans contour.
Peu à peu s'habituent, peu à peu se distinguent l'une l'autre, peu à peu voient le ciel opaque d'où elles viennent, mettent un pied devant l'autre, bras tendus dans le tunnel.
Précautions.
Deux valent mieux qu'une.
Perçoivent des piétinement en surface, et toujours des cris et des tirs.
Ont peur, mais se sentent à l'abri, sous la terre.
Avancent dans le tunnel, hument l'humus, cognent leurs gros souliers sur des cailloux innocents, reçoivent une goutte d'eau tombée du plafond bas, chuchotent en ne reconnaissant plus le son de leurs voix, matifié par un drôle de vide calcaire qui n'absorbe rien.

-où sommes-nous ?
-dans le souterrain sous le château,
-vous en aviez connaissance ?
-oui, mais c'était il y a longtemps, j'avais oublié
-vous croyez qu'ils le connaissent, eux ?
-ils ne sont pas d'ici, ils ne connaissent rien à rien,
-comment vous le saviez ?
...
-quand j'étais jeune fille
...
-que je devais traverser les bois, quand je revenais du travail au château et que je savais que dans le bois, on pouvait avoir peur, je ne savais pas encore ...
...
-c'est long ?
-oui, un peu, ça débouche au bord du petit lac, près de l'auberge. pas très long mais ça semble
-l'auberge a été incendiée, avant-hier, il doit y en avoir là-bas
-oui sans doute. on va devoir rester dans le boyau

Mère et  fille continuent d'avancer à tâtons, comme dans un sommeil paradoxal, vers ce qui voudrait être la sortie,
Repères si maigres qui nient la réalité. Faible lueur loin très loin, faibles échos du monde d'en dessus.
Bestioles qui filent entre les jambes, ruissellement, les idées dans la tête ne servent plus, marchent depuis quand ? ventre creux, pieds blessés, fatigue comme vieilles de 100 ans, et pourtant apaisées, loin du fracas.
à la surface on est le 7 juin, ici, on ne sait pas.