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vendredi 9 septembre 2016


Aujourd'hui, des papiers pliés dans le vent.
Hier, avant hier, des pages découpées en carré dans un livre sauvé de l'oubli, de la disparition  ; dans ses pages des mots de poésie, "le mot et la chose", Francis Ponge. Le carré de papier se transforme, il est plié en montagne, en vallée, par des lignes traversé, il devient pyramide ; quatre pétales se dressent autour du sommet d'un casque de samouraï, le mont-fuji apparait ; et puis le lotus, symbole de la pure beauté née des marécages avec sa fleur qui s'élève au dessus des eaux troubles pour regarder la lumière...
Aujourd'hui, 238 fleurs de papier sur l'herbe verte poussées, cueillies, accrochées aux branches du saule pleureur bruissant ; chaleur estivale ; souvenir des mystérieux arbres à vœux croisés au Japon ; dans la lumière estivale de ce beau lundi d'août, des lotus blancs par le vent balancés, chahutés, portent dans leurs plis un message caché et quelques mots dévoilés, en suspension ; de la poésie se diffuse...

© photo JFB

lundi 11 avril 2016

invitation



C’est le titre du livre d'Emmanuelle Pagano, Ligne et fils, qui a inspiré aux quatre complices le thème de cette exposition. À la lumière de ces deux mots aux sens pluriels, ils explorent ensemble les correspondances entre leurs pratiques de la photographie, de la céramique, du papier plié ou de la création textile.  En croisant les fils de leurs imaginaires, ils ouvrent des voies poétiques et ludiques pour entrer en dialogue.

Laurent S. : Je sème des lignes de galets, pour ne pas me perdre ; c'est une cordée ; de 50 bestioles ; la dernière a en ligne de mire les 49 autres, et la première mène la danse.
Catherine D.R. : Un à un les points, je tire l’aiguille. Un chemin se dessine, deux sentiers, trois routes, autant de pistes où m’égarer. Un tour après l’autre, je déroule le fil. Sur la toile les lignes s’élancent et se combinent, traçant les contours d’un plateau de jeu.
Nathalie C. : Temps suspendu, un battement de manche, «Le kimono bruissant» déplie ses ailes, des oiseaux bleus se croisent, des poissons volants tournoient, je tends des lignes, déroule un ruban, je trace «Les infinis», un crépitement, «L’arbre s’évapore» doucement, dans une pluie de fils, mille grues se balancent, «L’archipel» dessine ses contours, au soleil levant, temps mouvant.
Jean-François B. : Revisiter mes images avec une nouvelle paire de lunettes. Commencer par rechercher ces aplats de paysages que j'ai toujours affectionnés, ceux que mon œil aime caresser du regard. Puis, ayant tiré ce premier fil, saisir les jeux de lignes et de mots qui se sont bientôt présentés à moi...


lundi 4 avril 2016




Il neige
devant la fenêtre elle chute
il regarde en haut elle en bas
un blanc
dans la cour
la petite statue fondante
le tapis clair luisant
quelques silhouettes glissent
les hommes ont les pieds froids
elle, mal aux pieds
debout au balcon jardin
regarde les pas se dessiner
énigmatiques motifs
voit le jour tomber l’air geler
au fond de la cour
fondu au noir
il neige
comme tomber
dans le puits




mardi 22 décembre 2015


après la mer
après la vague, un peu lasse
y aller en trainant les pieds
si tu ne sais pas où tu vas, souviens toi d’où tu viens
dans la cour de l’école
désertée pour l’été, se rassembler
avec des inconnus faire une ronde
quand dans un village les gens marchent sur la tête, marche sur la tête
entendre un air qui entraîne
rythme chants d’ici cadence
se prendre par les bras 
dessus dessous
s’attraper aux petits doigts
regarder les souliers d'autres
s’emmêler les pinceaux
si tu vois un serpent à bicyclette c’est qu’il sait pédaler sans les pieds
point par point essayer
à tout petits pas
être connectée aux pieds 
planter déplanter planter les choux 
comme égarée dans un manège
prise dans la farandole
les jambes font toutes seules
la roue tourne
les mains se serrent les bras se soulèvent
laisser aller
les regards croisés
le soleil grandit rétrécit s’ouvre parfois
le sentir s’élargir à force d’y passer
flux et reflux 
des marées
déferlantes vagues
l’amitié est une trace dans le sable, si tu cesses de la refaire elle disparaît
j’entre dans la danse




* en italiques des proverbes béninois, burkinabés, ivoirien et gabonais dépliés avec nos papillotes 



samedi 12 décembre 2015


au musée des rêves il y a
des étendues d’eau
des bottes d’esquimaux
la maison de l’enfance
la sœur, pure présence
le chaton gris évaporé
un plat à gâteau vide, blanc
une pelle dedans
le visage de l’ancien amour, rouge
des plaques urticantes
les feuilles mortes dans le caniveau
la maison japonaise du psy
des cordes entre deux eaux
l’échafaudage qui tremble
des escaliers à monter à descendre
du vertige à apprivoiser
la peur du chat perdu
le père au même âge que toi
un pan de cils qui tombe
le poids du premier rôle
ne pas savoir le texte
vouloir fuir la scène
recevoir une assiette vide
penser que c’est une roue
planer au dessus d’un l’escalier qui tourne
échapper au loup
savoir traverser
pouvoir voler




samedi 21 novembre 2015



pique-fleur noyé dans la coupe paysage 
hérisson de plomb au fond de l’eau
un pique-assiette il attend


au bois dormant le fuseau chute
la belle pique un fard
un hérisson passe


sur le pic du midi
rencontrer un pique-feu
rêve de cactus


devant la tige de la rose
hérissée d’épingles sans tête
le pic vert s’incline


entre piquets et piquette
un vol de pique-bœuf
pique-nique au lointain


l’aiguille de la brodeuse file
l’épine perce le doigt
il pique et elle coud 


(18-11-2015)








l’aiguille pique entre les mailles
c’est une pelote d’épingles
le papillon transpercé se retourne
c’est un hérisson tête rentrée
une goutte de sang perle sur le doigt
c’est l’écorce d’un marron rond
ça ressemble à une brûlure
quelque chose de transparent entre deux eaux


(03/04/2015)

samedi 14 novembre 2015



il y a un filet d’or sous la porte
comme dans un film de hitchcock
il a un fil à la patte
« voyons voir »
elle tire un trait de lumière
pâle blonde brillante
la majorette fait tourner sa canne clignotante
l’agent nippon lève son bâton néon
la lueur rend la nuit plus claire
« je veux voir »
il vole des vers luisants
il passe des étoiles fileuses
l’enfant frileux ferme les yeux
« n’éteins pas la lumière »
point de jour au bout du tunnel
dans le film de hitchcock il arrive
un signe ?
une insomnie ?
un interrupteur ?
« tu n’as pas peur »
à pas feutrés dans le noir
c’est une ampoule sur le fil
au bout du film
le clignotement de l’enseigne
est régulier régulier régulier
un grésillement
un rythme
des yeux pleurent
d’autres se ferment 
s’ouvrent dans le couloir 
lumière


(28/10/2015)









éteindre la lumière
courir dans le couloir
aux courant d’airs
allumer une bougie
au couloir noir
existe-t-il dehors ?
en pleine lumière
dans celle du soir
le couloir est-il long ?
rime-t-il toujours avec noir ?
au bout du tunnel
en haut du puits
au fond du couloir
la lumière


(27/2/2015)

dimanche 29 mars 2015

Fiction drômoise en cadavre exquis à l'aveuglette











L'homme en bleu retourne la terre du jardin du Roubion clos par un portail rouillé qui donne sur nulle part
s'avancer aller vers la petite grille au bout des herbes folles franchir la ligne bleu turquoise à la recherche du parfum des cerisiers en fleurs ou de la malle aux trésors enterrée au fond du jardin
où la poule noire à houppette gratte les vers que la bêche a fait remonter en surface le prunus en feu brasille et colore de rose la façade de la maison d'été 
où je retrouve ma belle brouette je prendrais bien une douzaine de pelotes vert-sapin et cette grosse belle boule indigo et chargez-moi tout ça ma bonne dame 
prenez donc cette brouette et allez aider ce brave homme plutôt que de tricoter du matin au soir 
et puis nuit et matin "cocorico" je suis la plus échevelée des poulettes et le jardinier a beau faire "bêche bêche" je ne suis pas pimbêche 
ni revêche c'est pourquoi sous l'ombre de la vigne rampante mieux vaut une donzelle qu'une bouteille de gaz 
et fumées des villes oublier tout ici au coin du feu ou là sur le petit banc de bois.

samedi 28 février 2015

entre les notes la jeune fille


Elle a 7 ans toute encombrée de sa grande taille. Elle a 13 ans des yeux très bleus. Elle est timide. Calme. Un fin sourire aux lèvres elle acquiesce. De petits mouvements de tête. Le jury l’interroge sur son travail. Elle a 29 ans. Elle a 26 ans. Elle photographie les ruelles de Kyoto.

kyoto, littéralement ville capitale. ce qu’elle fut entre 794 et 1868 : "capitale de la paix et de la tranquillité". elle cueillette les images. elle s’approche. accroche fleurs, chats, maïko. maïko en japonais signifie apprenties geisha. mini-poupées mises en couleurs. fines tiges de bouquets. jeunes filles-bourgeons. boutons de roses. campanules. camélias.  elle publie ses moissons photographiques dans un blog qu’elle a appelé «somo somo». j’ignore ce que veut dire "somo somo".

L’éclosion des fleurs. Les chats nonchalants. Elle a 23 ans. Elle pleure dans le stock entre les murs de livres. En silence, des larmes coulent du bleu de ses yeux tombent dans les caisses vertes. Sa voix tinte comme une clochette soulevée par le vent. Elle a 17 ans. Elle a coupé sa frange très courte. Elle ressemble à une princesse de l’ère Edo.

2 edo. période tokugawa. une des subdivisions traditionnelles de l’histoire du japon. elle commence vers 1600. par la prise de pouvoir de tokugawa leyasu lors de la bataille de sekigahara. se termine vers 1868 avec la restauration de meiji. elle est dominée par le shoguna tokugawa. edo est sa capitale. edo est l’ancien nom de tokyo. 

De fines mèches électriques cernent ses joues poudrées. Souvent son front brille. Ses mains alignent les piles avec précision. Elles ne peuvent s’en empêcher. Elle a 22 ans. Au cours de "sumi-e"

3 sumi e avec un e comme encre. ou shiboku-ga comme peinture à l’eau et à l’encre. le sumi e date de l’époque muromachi. donc entre 1336 et 1573. l’ère muromachi est une autre subdivision traditionnelle de l’histoire du japon. dominée par des shoguns de la famille des ashikaga installés à kyoto. kyoto la ville où elle vit et photographie.

elle trace des silhouettes de fruits ou de légumes. Elle a 28 ans. Ses bras ses mains tentent de se glisser entre les "shôji" en papier de riz.

4 dans son film en noir et blanc intitulé «éléphantine». elle tente d’ouvrir un shoji. shoji du chinois barrière de bambous. le shoji est une paroi. une cloison coulissante en bambou et papier de riz. le papier de riz translucide, washi en japonais, est monté sur une trame de bois. à travers cette porte-paravent, emblématique de l’architecture traditionnelle japonaise, ses bras aimeraient se faufiler. 

Cela dure longtemps. En noir et blanc. Couche par couche elle revêt des kimonos. Elle va avoir 30 ans. 


lundi 19 janvier 2015

visages paysages


Cernes du temps, rides, caresse du vent
Lignes de fuite sur le parchemin-peau
Astres sombres, lumineuses pupilles
Ultime traces d’un sourire, d’un mot
Dessins d’étoiles autour des yeux
Imprimé d’épiderme, estampe, paysage
Univers gravé dans les plis du cuir
Spirales du cours d’eau, source d’or


                                                     "scrigno" de guiseppe penone au musée de grenoble



Longueur des traits, joues rondes 
Unique mélodie de voix, elle chante 
Clair-obscur en noir et blanc au front 
Insulaire point culminant d’un dessin qui s’élance
Langueur du geste dans les cheveux 
Eclat marin des yeux, bleu comme un ciel


dimanche 11 janvier 2015

monologue entre dehors et dedans


Tu surgis soudain d’un passé un peu lointain, mais pas trop, ça fait combien de temps ? ah nos joyeuses années militantes, les ondes, les fous rires (ici pointe de regret), un peu comme si tu avais poussé là, sur la moquette grise fraichement aspirée, où je promène mes jambes en compensées et la corolle de ma jupette, tu es là tout droit, un livre à la main, c’est quoi ce livre ? (tu me le montreras à la fin mais je n’en dirais rien ici, c’est un peu secret), je te demande si tu vas bien et tu ne dis pas «oui», ce oui vague et facile qui élude les creux, gomme les aspérités, éloigne la parole, as-tu dis non ou l’ai-je entendu ? je m’en saisis pour laisser venir des mots qui n’auront peut-être pas la banalité ni la fadeur, le ton convenu et désengagé que j’adopte d’habitude sur le lieu, (ce lieu en train de me rappeler par la voie sonore, «chers clients, chers adhérents...», qu’il ouvrira ses portes les dimanches de décembre, que je suis contre le travail dominical, que cette année je vais devoir déroger à mes principes), pendant que tu oses me dire des choses de ton désarroi, que tu as été quitté, délaissé, largué, jeté, que tu me laisses lire ton chagrin dans les yeux, le désarroi des hommes me touche, je nous rappelle qu’il y a longtemps c’est toi qui m’avais consolée, quand prise dans la tempête je m’étais confiée à ta force tranquille, solide comme un roc, le bloc aujourd’hui se fissure, me  dévoile ses failles, une fragilité inattendue, mais belle, émouvante.


mardi 9 décembre 2014

La grande jeune fille au magasin. Le vieil homme dans le champ.

Elle a 7 ans toute encombrée de sa grande taille. Elle a 13 ans des yeux très bleus. Elle est timide. Calme. Un fin sourire aux lèvres elle acquiesce. De petits mouvements de tête. Le jury l’interroge sur son travail. Elle a 29 ans. Elle a 26 ans. Elle photographie les ruelles de Kyoto. L’éclosion des fleurs. Les chats nonchalants. Elle a 23 ans. Elle pleure dans le stock entre les caisses de livres. Sa voix tinte comme une clochette soulevée par le vent. Elle a 17 ans. Sa frange coupée très courte. Elle ressemble à une princesse de l’ère Edo. De fines mèches électriques cernent ses joues poudrées. Le front brille souvent. Ses mains alignent les piles avec précision. Elles ne peuvent s’en empêcher. Elle a 22 ans. Au cours de "sumi-e" elle trace des silhouettes de fruits ou de légumes. Elle a 28 ans. Ses bras ses mains tentent de se glisser entre les "shôji" en papier de riz. Cela dure longtemps. En noir et blanc. Couche par couche elle revêt des kimonos. Elle va avoir 30 ans. 
Il a 63 ans. Sa silhouette voutée forme une virgule entre les sillons de terre.  Il porte un béret noir qui penche vers son oreille. Il a 68 ans ou 73 ans ou 85 ans... Il tient sa main d’enfant quand ils se promènent tous deux à travers champs. Des chemins creux. L’odeur près des cochons. Il a 37 ans. Ses mains calleuses poussent l’aiguille dans les pièces de cuir. Il est sellier. Dans son atelier il peint les champs les arbres les fleurs. Des odeurs de térébenthine. Il a 69 ans. Il fait son portrait en robe blanche et sourire. Il coupe les branches des «chatons». Qui ressemblent à de petites pâtes très douces des coussinets. Il a 73 ans. Sur la tablette de la clinique ils jouent à la bataille. Il l’a laisse gagner ? Ou c’est l’inverse ? Il a 71 ans. Il lui répond que quand il sera mort ils ne se verront plus. Il a loué une cabane dans la montagne au dessus du lac. Il va à la pêche avec ses copains. Il a 36 ans peut-être. Il sourit sur la photo. Elle est sur ses genoux heureuse. Il est difficile de dire son âge.

lundi 24 novembre 2014

le lieu dans la rumeur du monde


dans l’espace les écrans que l’on allume
au carma café, l’un des 21 cyber-cafés de la ville .. tout le cablage qui passait dessous est perdu
quelques silhouettes glissent
s’instruire, raconter, plutôt que se battre .. effervescence dans les cyber-cafés
le décor s’allume
la première intifada s’est déroulée avec des armes et des pierres, la seconde est née à l’ère des nouvelles technologies
des messages sonores diffusent
c’est le dernier diamant, le plus pur, d’une œuvre taillée dans la splendeur des choses
des silhouettes déambulent
vidocq sera un film aux textures très picturales
des pieds foulent la moquette grise
dans son nouveau roman, il poursuit son voyage au pays des boutiques obscures, en suivant une héroïne qui lui ressemble
des mains feuillettent
il écrit tous phares éteints, dans les avenues sombres où sa mémoire se perd
des voix questionnent, interpellent
à ouaga, tout le monde se dit artiste
les caisses vertes circulent
tour d’horizon de l’activité musicale, littéraire, théâtrale et décryptage des tendances technologiques du moment
de petites mains puisent
dans 150 pays la torture est un art officiel
l’endroit s’est rempli de voix
une très belle boutique des horreurs, servie par une imagination fertile
il y a des cris d’enfants
une fenêtre sur la vie
des bouteilles de soda pendent aux bouts de bras adolescents
ça rassure les pères qui préfèrent voir leurs filles devant un écran qu’en train de se balader à l’université
le flux quitte le lieu
femme enceinte enceinte acoustique, vous ne trouvez que ce que vous cherchez
les caisses se sont vidées les corbeilles débordent
des humains transformés en dindes de noël
un message dit qu’il faut partir
vivre est un plaisir ? non c’est difficile même si on est à l’aise
l’endroit s’apprête à fermer clore éteindre suspendre l’activité
les meilleures proses ont une fin
stop

lundi 3 novembre 2014

5 personnages dans le lieu


L’homme porte chapeau et verres épais. Les couches de ses vêtement se superposent. C’est un costume aux allures d’autrefois. C’est un pantalon court. Il procède avec méthode sans remarquer les silhouettes environnantes. Ses déplacement sont lents comme s’il rampait entre les rayonnages. Loupe à la main il explore les étagères du labyrinthe. L’instrument grossissant parcourt les pages tel un scanner. Parfois il y colle un oeil. On l’appelle la tortue. 


La femme est longue mince élancée. Une nageuse. Des cheveux cendrés coupés au carré encadrent son visage. Des sandales à talons hauts laissent deviner ses orteils aux ongles vernis. Elle sillonne l’espace d’un pas rapide et sûr. Elle aborde les silhouettes flâneuses d’une voix forte qui dit : «vous cherchez quelque chose ?». La reine des abeilles agitent ses ailes vrombissantes. A d’autres silhouettes vêtues d’un gilet noir et jaune elle se plait à signifier les «priorités» du jour.


L’homme s’habille en kaki de vêtements chauds en toutes saisons. De choses comme : treillis rangers... Son crâne est nu ou coiffé d’une casquette. Son nom sonne à l’anglo-saxonne. Le lieu serait sa seconde maison il vient tous les jours. Posté en faction devant le rideau de fer avant l’ouverture bras croisés il attend. Il passe ses matinées dans cet endroit il déambule il essaie d’entrer en contact. Son attitude est peu sympathique. On le dit militaire un ancien de l’armée en retraite.


Elle est grande et plantureuse à la fois indolente et décidée. Elle sourit elle est gracieusement aimable. Elle dit souvent : «bonjour, je peux vous aider ?» d’une voix jolie. Sa jeunesse éclate sa maturité étonne. Elle aime porter des queues de cheval qui comme de joyeux balanciers balayent sa nuque. Il a des talons plats souvent. Une option sur son portable une fois lui révéla le nombre de pas qu’elle faisait chaque jour. Bien plantée sur la terre -le lieu ne l’a pas encore usé- elle évoque sa campagne.


Je suis à cet endroit et ailleurs à la fois. Mon corps est là ma tête voudrait m’évader dehors. Je répète des gestes que je connais par coeur. Je prononce toujours les mêmes mots. Rester concentrée sur le mouvement les petits riens le titre d’un livre une image.. pour que le temps ne se fige pas. Le lieu est sombre le plafond bas le lieu est bruyant. Pas un souffle de vent ni un rayon de soleil. Serait-ce une sorte de prison ? La pression de l’endroit bourdonne. Traversée d’ondes nocives j’ai le vertige. 




samedi 11 octobre 2014

4 états du lieu


l’espace semble encore endormi, les écrans s’éveillent en poussant leur petit cri informatique, les corbeilles béantes attendent, une, deux, trois, quelques silhouettes déjà lasses glissent sur le sol gris, elles poussent avec lenteur des colonnes de caisses vertes montées sur roulettes

le décor s’allume, les messages sonores diffusent, des pieds silencieux foulent la moquette, des mains feuillettent, des voix questionnent interpellent, les caisses vertes tournent dans le labyrinthe, des mains puisent dedans pour en extraire des choses, ces choses s’appellent des livres 

l’endroit est rempli de voix, de mots, de questions, il y a des cris d’enfants ; d’autres fois il y a des sandwichs qui répandent leurs petites miettes sur la couverture des livres, ou des canettes de soda qui pendent au bout de bras adolescents en rêvant d’aller se poser sur une table

le lieu reprend sa respiration, le flux le quitte, pas à pas, les aller les retours, des ombres encore, lecteurs du soir, les caisses se sont vidées, les corbeilles débordent, un message dit qu’il faut partir, rejoindre la sortie, l’endroit va fermer, clore, s’arrêter, éteindre, suspendre l’activité .. STOP

dimanche 23 février 2014


tout commença le jour où
ça pisse à l'intérieur
elle lui fit comprendre
"je préfère être un peu chèvre même si.."
ses moyens de persuasion ? pas suffisamment développés
tu ne t’étonnera pas si je pouffe
si l’on me retrouve congelée
elle n’arriverait jamais
voudrait être belle
à être convaincue


tout commença le jour où
l’infini clapotait au bord de ses orteils
elle lui fit comprendre
"je ne me nourris pas d’yeux de patates"
ses moyens de persuasion ? pas 
une butte passagère en cours de réalisation
je t’aime 
suffisamment développée 
à tort et à travers
elle n’arriverait jamais à être convaincue
toute normalité est atroce


tout commença le jour où
elle n’a pas dit qu’il ne fallait pas parler
elle lui fit comprendre ses moyens de persuasion
"même avec mes chéris je ne dors pas» 
pas suffisamment
si passionnellement amoureuse qu’à tout instant 
sur le point de bondir 
développée 
comme un jaguar
la fureur de survivre 
le carrefour des transactions
elle n’arriverait jamais à être
avec sa haine du patronat
convaincue

mots de nelly kaplan
mots de la boite