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mercredi 24 janvier 2018
dimanche 31 décembre 2017
remake
L'éternité se fige, se cristallise, se repose, en somme. Le vertige de la pierre immobile souvenir des magmas, monte à l'assaut des nuages et le tourbillon liquide fait revivre la lenteur assoupie des tourbières. Le mouvement s'est retiré de la matière y imprimant sa force, mettant à nu les profondeurs et les secrets de la Terre ; après le feu, c'est l'air et l'eau qui à leur tour écrivent l'ombre du paysage.
(texte écrit pour une expo photo de Luc Pagès)
Cartographie #5 collection de pierres #5 : La musique des pierres
Tout d'un coup 30 ans sont passés. D'autres sont nés, qui par hasard ou par affinité lointaine vous retracent, et vous envoient un message en forme de lithophone comme la rune enfin déchiffrée. On saute entre les générations. Ce jeune homme-ci n'a même pas 30 ans. Une chanson en patois, une comptine absconse comme elles le sont souvent, jouant sur les sons plus que sur les sens, réveille vos petits doigts qui contaient la comptine debout devant les genoux de votre maman, comme une gravure. Là, c'était Steve Waring qui chantait en patois, avec son accent américain, mé youne mé dos mé tres,... tole bardole dzin dzin fournaou, s'accompagnant sur les lauzes du Lac Bleu. Les cousines de ces pierres, réveillées en ces jours de fin décembre, à écouter l'Empire des Sons, un après midi entier, avec un jeune homme surgi de nulle part,venu spécialement pour ça, pour venir écouter la musique. Pas de nostalgie mais beaucoup de fierté, deux heures passent, puis cinq. "Quand nos pères étaient des poissons", l'eau a coulé sous les ponts, nous avons perdu nos nageoires, mais pas notre capacité à glisser entre les pierres et à les faire sonner. Laussonne, 43150,puis la Sardaigne avec le sculpteur qui dans son jardin de pierres, découpe à la meule d'énormes masses pour les faire frissonner.
Il est bientôt l'heure. Le jeune homme à la barbe rousse remplit ses sacs. Il emporte sur son dos des milliers de notes de musiques, celles des pierres et celles des synthés, celles des instruments vieillards et celles des batteries et celles des mots de mes chansons. A minuit, enfin rentré chez lui, il envoie un message, il dit "le dos, OK". Portées par la musique, les pierres ne pèsent rien.
Pour entrer dans ma carte, elles n'ont voyagé que de quelques kilomètres. Et leur musique en écho aux antipodes.
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vendredi 22 décembre 2017
cartographie # 5 collection de pierres #2
Je ne ramène plus de Pierre à la maison pas plus que d'Agathe ou de Ruby. Les dernières étaient des Pierre F, "eff" comme effacer. Les pierres restent où elles sont, et je les laisse à leur destin. Je ne fais pas non plus comme Gilles Clément à aller les remettre là où elles ont été cueillies, bien que ce soit tentant. Dans l'étagère il y a 1 bouteille de sable, d'ocre de Roussillon, qui copine près des auteurs commençant par P et ceux commençant par R, pas loin d'Elisée Reclus, Mais bien loin de ma carte, hors-champ. Pourtant ce n'est pas parce que nous sommes cantonnés à notre périmètre IGN que le reste du monde n'existe plus, que les pierres du volcan ne jaillissent pas hors du cadre, que les carrières n'épuisent pas les montagnes afin que des routes nous y amènent et fassent de jolies courbes sur les cartes : l'humain n'a de cesse que de déterrer ici pour ré-enterrer là ; mais ça ira comme ça pour les leçons de morale. Car, que ferais-je si dans ma petite Loire ou dans le ruisseau Mussic je découvrais en pataugeant des corindons et des saphirs comme on en trouve un peu plus loin, dans le Riou Pezzouliou, comme on en trouva jadis pour parer le cou de la belle Agnès Sorel ? Les pierres de ma carte font le paysage en noir et blanc. Le granite noir qui se laisse voir sur les murs rechaulées des maisons décrépies parfois, les pierres recouvertes de lichen jaune sur la ruine qui longe le cimetière. Les pierres tombales en- marbre-qui-vient-d'où ? sur lesquelles sont écrits en or le nom des habitants du dessous, le gravier blanc des tombes, sur lesquelles on dépose quelques fleurs en céramique si magnifiquement rouges. De la collection de pierres, je passe aussitôt à la collection de cochons, parce qu'en patois des hauts plateaux, le cochon jeune se dit caïou, et que ça se mélange bien dans ma bâtée, où je filtre la poudre d'or dans le sable, la poudre aux yeux dans les mensonges et les mystères qu'on met une génération ou 2 à découvrir.
Puis je passe à la collection d'arbres, un noyer au-dessus de la maison du Chier à qui il fallait rendre visite à l'automne pour récolter les noix, mais que l'on trouvait déplumé tandis que les habitants permanents se régalaient derrière leur fenêtre. De cet arbre unique et solitaire, je ne puis faire qu'une piètre collection, alors je remonte dans mon arbre généalogique, plein de pierres et de Rocher Roche et duquel je guette, la dernière pierre. Je vous tiens au courant.
lundi 18 décembre 2017
cartographie #5 Etre pierre et surtout, ne plus l'être
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