Il s’appelle Chilek, il est né le 28 décembre 1933 à Saint-Etienne, il a des parents juifs polonais qui sont marchands forains; il a quatre ans quand sa grand-mère vient vivre avec eux; il a une sœur qui a trois ans de moins que lui; il apprend le yiddish avec sa grand-mère; il passe un an dans un pensionnat catholique; il a 9 ans quand ses parents, le confie à une famille de Marlhes, en 1942. Il participe à la vie de la famille, il s’appelle maintenant Charles; il se sent accueilli comme un fils, par cette femme qui est veuve et fait marcher la ferme avec son fils aîné de 18 ans; il a le même âge que le second fils. Il apprendra plus tard que son père est mort à Auschwitz en 1944. Il va régulièrement à Marlhes. Il dit que cette femme, fervente catholique, lui a transmis ses valeurs; il en parle encore avec émotion aujourd’hui. Il passe son C.A.P. d’électricien. Il a 17 ans lorsqu’il commence à militer au PCF en 1951. Il travaille à la C.F.V.E. à Saint-Etienne. Il est actif syndicalement dans l’entreprise. Il est licencié pendant qu’il effectue un stage politique. Il fait des petits boulots. Il se marie en 1953. Il est remarqué par l’encadrement du parti, il monte dans la hiérarchie locale. Il part au service militaire. Il évite l’Algérie en raison de sa situation de famille. Il revient du service militaire en 1956, il est embauché chez Schneider comme électricien P1. Il y reste 6 ans. Il quitte Schneider en 62, il est nommé directeur-adjoint de l’école du parti. Il devient secrétaire de Waldeck Rochet en 1965, il le considère comme son maître. Il devient le secrétaire de Georges Marchais en 1972. Il revient régulièrement à Marlhes dans cette famille qui l’a accueilli. Il est élu conseiller général de Villejuif en 1973. Il est député du Val de Marne de 1978 à 1981. Il devient Ministre d’Etat, ministre des transports du gouvernement Pierre Mauroy 2, il est le quatrième personnage du gouvernement dans l’ordre protocolaire. Il parle de son attachement à cette famille de Marlhes, dans une interview. Il fait voter la Loi d’Orientation des Transports Intérieurs (LOTI) en 1982, qui régit toujours l’organisation des transports à l’heure actuelle. Il quitte le gouvernement en 1984. Il est député du Rhône de 1986 à 1988. Il fait parti des refondateurs du PC. Il est battu aux législatives de 1993 à Saint-Etienne. Il quitte le PCF. en 1998. Il adhère au PS la même année. Il soutient Ségolène Royal en 2008. Il quitte le Parti Socialiste en 2017. Il vient toujours à Marlhes, voir son ami, le deuxième fils, il se souvient des paroles de cette chanson yiddish que chantait sa mère quand il avait cinq ou six ans.
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mercredi 24 janvier 2018
mardi 23 janvier 2018
ELLE, Philomène #2
Elle parle peu, ce qu'elle veut dire, elle le fait, plutôt. Elle croit aux fées, elle va dans les bois où l'on dit qu'il y a des sabbats de sorcières. Elle passe pour une sorcière. Elle bricole des mixtures. Elle utilise les plantes qu'elle a tant regardées à l'époque des moutons et des heures de solitude au grand air. Elle ne parle pas non plus lorsqu'elle emmène ma mère, encore enfant, chez des inconnus pour qu'elle y gagne trois sous. Elle se sauve et laisse la petite fille abandonnée sans mots. Elle ne parle pas non plus à ma sœur qui vient aider son fils, notre oncle, à garder les vaches et les moutons. Elle fabrique une petite épouvante pour cette fillette de 8 ou 10 ans qui traverse seule à la nuit tombée les grands espaces plein de fées et de sorcières ombrageuses, tandis que cette elle-là marche, accrochée à la queue d'une vache qui connaît le chemin de l'étable. Elle porte une coiffe de dentelles et un habit noir, lustré. Elle ne me raconte pas d'histoires. Elle me regarde de ses yeux morts et enfoncés, elle me tient la main en silence. Elle n'a plus qu'une dent au milieu de la gencive supérieure. Elle ressemble à une sorcière avec un sautoir en or. Elle habite chez nous. Elle me laisse des traces. Elle fait battre mon cœur lorsque j'écris. Elle sent peut-être un peu le vieux. Elle porte en elle tous ces morts, tous ces morts. Elle ne met plus au monde les bébés. Elle laisse les femmes partir dans les maternités. Tandis qu'elle habite chez nous, le mois de mars 1965 m'apporte une petite sœur dans un burnous. Au bout d'un moment, Elle repart à l'Hôpital Emile Roux du Puy en Velay, sa dernière demeure. Elle, c'est pour mourir qu'elle choisit le printemps. Le 5 mars 1966, le même jour que sa mère. Elle a 74 ans. Ou bien elle ne choisit pas. Elle est fidèle aux dates et aux mémoires. Elle ne veut pas me quitter. Elle me laisse les images qui font peur, là, dans le couloir de ma mémoire.
vendredi 19 janvier 2018
Cartographie 6
Il a de longues
moustaches blanches cirées aux pointes et retroussées en l'air. Il
chevauche sa mobylette bleue. Il est le seul à posséder une
mobylette. Il est maigre et sec. Il ressemble à Don Quichotte. Il
doit abattre des moulins quand on ne le voit pas. Il est abonné au
« Reader Digest ». « Il est original » disent
les paysans. Il a une femme alcoolique. Il descend chaque jour le
chemin qui passe devant la ferme. Il se tient très droit sur sa
mobylette. Il n'est jamais à pied. Il s'arrête pour embrasser la
petit fille avec ses moustaches qui piquent. Il ne la voit que l'été
puisque c'est ici qu'elle passe ses vacances. Il a à coeur de lui
enseigner tout ce qu'il apprend dans ses lectures. Il lui montre les
spermatozoïdes dans son Reader Digest. Il lui explique en détail la
fécondation de l'ovule quand elle a dix ans. Il ne l'emmène jamais
sur sa mobylette. Il est vif, intelligent. Il vit de quoi ? Il fuit
sa bicoque délabrée. Il fuit sa femme ivre et ses deux filles
alcooliques qui hurlent. Il n'a pas l'air malheureux. Il se réfugie
dans la lecture. Il ne lit pas de roman. Il s'éduque. Il est le type
même de l'autodidacte. Il explique très bien et montre les images à
l'appui. Il est de santé fragile. Il n'est donc pas parti dans les
tranchées comme tous les autres. Il est le tuteur de la mère
mineure et sans parents de la petite fille. Il a aidé la grand-mère
de la fillette pendant la guerre de 14-18. Il était là quand la
maison a brûlé. Il a reconstruit en pisé en l'absence du
grand-père. Il paraît qu'il a été son amant. « Il est le
père de ton père » disent les voisins bien intentionnés à
la petite fille. « Il a toujours un mouchoir blanc et propre
dans sa poche comme ton père, c'est bien la preuve »
disent-ils encore. Il s'occupe beaucoup d'elle. Il l'aime, elle le
sent. Il est son parrain, c'est comme ça qu'elle l'appelle
« Parrain » quand il arrive. Il est une bouffée d'air
frais même si ses bouts de moustaches sont noircies de tabac. Il
croit en l'intelligence. Il apporte des bouffées d'air frais. Il
transporte le monde extérieur dans sa besace. Il parle de politique
ce que personne ne fait à la campagne. Il lie les choses les unes
aux autres. Il élargit le monde et lui donne un sens. Il pense que
l'on doit acquérir le maximum de connaissances. Il pense que c'est
le seul moyen de s'en sortir. Il est passé chaque jour, pendant
l'été aussi loin qu'elle s'en souvienne. Il porte une besace en
bandoulière. Quand il arrive il pose pied à terre. Il cale la
mobylette. Il prend la fillette sur ses genoux. Il lui raconte des
histoires de « grande ». Il ne la considère pas comme un
bébé. Il n'est pas venu tous les étés. Il a été hospitalisé,
elle ne sait pas pourquoi. Il était entouré par le secret. Il a dû
mourir il y a longtemps, elle a oublié ou on ne le lui a pas dit. Il
a payé sa première mobylette quand elle partie à l'université à
Lyon. Il a donné l'argent à la grand-mère qui l'a donné au père
qui le lui a dit. Il a dit que la petite devait poursuivre ses
études. Il a toujours été sans âge. Il lui manque quand elle
pense à lui. Il a été son premier maître. Il était libre et
filait comme le vent. Il est le premier modèle de père, ce n'est
qu'aujourd'hui qu'elle le sait. Il est l'un de ces inconnus qui
circulent dans ses veines. Il l'a profondément marquée.
lundi 15 janvier 2018
Gaspard
(Référence : Henri Isselin, La Meije, éditions Arthaud,1977. Les emprunts à l'auteur sont indiqués en italiques).
Il sera un des plus grands alpinistes, cumulant les "premières" dans le massif de l'Oisans. Il a 42 ans, assis sur le muret à l'entrée du village, il attend le jeune alpiniste Emmanuel Boileau Castelnau. Il est le fils de Pierre Hughes, berger de la vallée du Var, qui tous les ans remontait le Vénéon avec les troupeaux transhumants venus de Provence. il a des yeux perçants, un regard déterminé. Il a grandi à Saint-Christophe en Oisans. Il chasse, cherche ses chèvres dans le massif, travaille aux champs. Il guide des touristes dans des courses en montagne. Il se fait connaître pour la sûreté de ses pas et sa sérénité. Il va conduire Boileau de Castelnau dans la Première de la Meije, le sommet de 3983 mètres que l'on croyait invincible, tant d'alpinistes l'ayant tenté sans y parvenir. Il part avec son "client" le 3 août 1877, longe la longue et sauvage vallée de la Selle s'arrête au Châtelleret où son fils a monté les vivres pour le bivouac. Il quitte le lieu dès l'aube le ciel pâlit légèrement et bientôt, les premières lueurs du jour illuminent le sommet du Grand Pic de la Meije, puis le Doigt de Dieu et l'arrête aux quatre dents. Il conduit ses compagnons jusqu'au glacier des Etançons, regarde la montagne. Il s'oppose aux propositions de Boileau de Castelnau, il a raison. Il arrive au Promontoire, continue délesté des provisions. Il cherche dans la muraille, trouve un passage, s'élève de quelques mètres, ici même où les autres montagnards ont rebroussé chemin. Il est hissé, se hisse seul, franchit le passage le plus délicat, regarde le baromètre : 3485 mètres. Il renonce, là, pour cette fois.
Il repart avec ses compagnons le 16 août. Il attaque la paroi, retrouve une de ses cordes abandonnées précédemment qui va faciliter le passage. Il attache son fils et son "client". Il va se heurter à des obstacles plus sérieux que ce premier ressaut qu'il refusait quelques jours plus tôt d'aborder, mais en franchissant celui-ci, il semble qu'il ait brisé le cercle enchanté qui protégeait la Meije.
Il va ouvrir la voie avec une hardiesse et une intuition en tous points remarquables.
Il passe, puis ses compagnons le suivent.
Il taille des marches dans la glace. Il progresse, le sommet apparaît. Il se bat malgré la résistance acharnée de la Meije qui se refuse toujours. Il ne peut plus avancer, ni faire demi-tour, appelle au secours, il est pâle comme ses compagnons, tremble tandis que le temps devient mauvais. Il ne veut pas échouer si près du but. Il découvre une issue sur la face Nord, la plus rébarbative, la plus inhospitalière. Il débouche enfin sur la surface horizontale, là où il n'y a plus rien que le ciel et la course des nuages.
Il s'écrie : "Ce ne sont pas des guides étrangers qui arriveront les premiers !".
Il doit redescendre la cordée, or, le retour est difficile, le temps se déchaîne, la Meije se venge. Il constate un curieux phénomène : la neige se congèle sur les vêtements, se transformant en glace, elle paralyse les hommes. Il sait qu'il leur faut attendre la fin de la nuit, espérer un redoux, ne pas fermer les yeux, ne pas bouger, de toute manière aucun mouvement n'est possible, tous trois sont à genoux, entrelacés dans la tempête.
Il regarde sa montre, il est 4h du matin, personne ne peut se mouvoir. il attend encore deux heures et, pour se réchauffer, les hommes se frappent mutuellement afin de ramener la circulation sanguine dans leurs corps. Il fait face à de nouvelles difficultés, rochers impraticables, finalement vient la délivrance. Il lance alors un "gros bonjour" à la Pyramide de M. Duhamel, puis le reste de la descente se fait sans encombre malgré la pluie torrentielle.
Il mange avec grand appétit en retrouvant le bivouac du Châtelleret, son "client" dormira plus de seize heures d'affilé.
Il a conquis avec son fils et Boileau Castelneau la plus mythique montagne convoitée par les alpinistes se bagarrant au nom de leur nation respective pour la conquête des sommets, comme plus tard pour l'Himalaya, puis celle de la lune.
Il aura son nom sur la montagne : le Pic Gaspard. Il sera appelé avec respect "Le père Gaspard" et entrera dans la légende en tant que Gaspard de la Meije.
Il continuera longtemps les courses en montagne. Il mourra en 1915.
Il sera un des plus grands alpinistes, cumulant les "premières" dans le massif de l'Oisans. Il a 42 ans, assis sur le muret à l'entrée du village, il attend le jeune alpiniste Emmanuel Boileau Castelnau. Il est le fils de Pierre Hughes, berger de la vallée du Var, qui tous les ans remontait le Vénéon avec les troupeaux transhumants venus de Provence. il a des yeux perçants, un regard déterminé. Il a grandi à Saint-Christophe en Oisans. Il chasse, cherche ses chèvres dans le massif, travaille aux champs. Il guide des touristes dans des courses en montagne. Il se fait connaître pour la sûreté de ses pas et sa sérénité. Il va conduire Boileau de Castelnau dans la Première de la Meije, le sommet de 3983 mètres que l'on croyait invincible, tant d'alpinistes l'ayant tenté sans y parvenir. Il part avec son "client" le 3 août 1877, longe la longue et sauvage vallée de la Selle s'arrête au Châtelleret où son fils a monté les vivres pour le bivouac. Il quitte le lieu dès l'aube le ciel pâlit légèrement et bientôt, les premières lueurs du jour illuminent le sommet du Grand Pic de la Meije, puis le Doigt de Dieu et l'arrête aux quatre dents. Il conduit ses compagnons jusqu'au glacier des Etançons, regarde la montagne. Il s'oppose aux propositions de Boileau de Castelnau, il a raison. Il arrive au Promontoire, continue délesté des provisions. Il cherche dans la muraille, trouve un passage, s'élève de quelques mètres, ici même où les autres montagnards ont rebroussé chemin. Il est hissé, se hisse seul, franchit le passage le plus délicat, regarde le baromètre : 3485 mètres. Il renonce, là, pour cette fois.
Il repart avec ses compagnons le 16 août. Il attaque la paroi, retrouve une de ses cordes abandonnées précédemment qui va faciliter le passage. Il attache son fils et son "client". Il va se heurter à des obstacles plus sérieux que ce premier ressaut qu'il refusait quelques jours plus tôt d'aborder, mais en franchissant celui-ci, il semble qu'il ait brisé le cercle enchanté qui protégeait la Meije.
Il va ouvrir la voie avec une hardiesse et une intuition en tous points remarquables.
Il passe, puis ses compagnons le suivent.
Il taille des marches dans la glace. Il progresse, le sommet apparaît. Il se bat malgré la résistance acharnée de la Meije qui se refuse toujours. Il ne peut plus avancer, ni faire demi-tour, appelle au secours, il est pâle comme ses compagnons, tremble tandis que le temps devient mauvais. Il ne veut pas échouer si près du but. Il découvre une issue sur la face Nord, la plus rébarbative, la plus inhospitalière. Il débouche enfin sur la surface horizontale, là où il n'y a plus rien que le ciel et la course des nuages.
Il s'écrie : "Ce ne sont pas des guides étrangers qui arriveront les premiers !".
Il doit redescendre la cordée, or, le retour est difficile, le temps se déchaîne, la Meije se venge. Il constate un curieux phénomène : la neige se congèle sur les vêtements, se transformant en glace, elle paralyse les hommes. Il sait qu'il leur faut attendre la fin de la nuit, espérer un redoux, ne pas fermer les yeux, ne pas bouger, de toute manière aucun mouvement n'est possible, tous trois sont à genoux, entrelacés dans la tempête.
Il regarde sa montre, il est 4h du matin, personne ne peut se mouvoir. il attend encore deux heures et, pour se réchauffer, les hommes se frappent mutuellement afin de ramener la circulation sanguine dans leurs corps. Il fait face à de nouvelles difficultés, rochers impraticables, finalement vient la délivrance. Il lance alors un "gros bonjour" à la Pyramide de M. Duhamel, puis le reste de la descente se fait sans encombre malgré la pluie torrentielle.
Il mange avec grand appétit en retrouvant le bivouac du Châtelleret, son "client" dormira plus de seize heures d'affilé.
Il a conquis avec son fils et Boileau Castelneau la plus mythique montagne convoitée par les alpinistes se bagarrant au nom de leur nation respective pour la conquête des sommets, comme plus tard pour l'Himalaya, puis celle de la lune.
Il aura son nom sur la montagne : le Pic Gaspard. Il sera appelé avec respect "Le père Gaspard" et entrera dans la légende en tant que Gaspard de la Meije.
Il continuera longtemps les courses en montagne. Il mourra en 1915.
samedi 13 janvier 2018
cartographie #6 Elle, Philomène #1
Elle ne naît pas la nuit. Elle naît à 4 heures du soir le 8 octobre 1888. Elle est la première à rester vivante. Elle inaugure son prénom dans sa famille mais c'est courant dans son village. Elle est fille de Jean Pierre et Marie Amélie. Elle ne va pas à l'école. Elle reste accroupie sous la table à écouter les parents. Elle entend les mots et ne les comprend pas. Elle a mal à la tête. Elle garde quand même les moutons. Elle sourit aux vaches en tricotant. Elle a les yeux bleus et ne se demande pas pourquoi. Elle regarde les plantes pousser. Elle regarde les plantes tout court. Elle saura les utiliser plus tard. Elle ne va pas à l'école. Elle a un petit frère André et une petite soeur Amélie. Elle aime chanter et danser. Elle a un petit talent. Elle ne va jamais au Puy avec son père. Elle se demande ce qu'il y a derrière les collines. Elle se cache derrière le tablier de sa mère. Elle ne peut pas le faire longtemps. Elle a six ans habillée de noir. Elle n'a plus de maman, morte si jeune. Elle n'a plus de grand-père non plus, mort quelques mois auparavant. Elle se souvient des mots entendus sous la table. Elle en comprend des bribes. Elle a mal à la tête. Elle ne sait pas encore qu'on peut s'y mettre une feuille de chou et que ça soulage. Elle ne sait pas faire de miracles. Elle court dans les champs, seule. Elle pleure dans le noir. Elle a 10 ans de moins que sa belle-mère. Elles se prénomment toutes 2 Philomène. Elle s'occupe comme elle peut quand on lui en laisse le temps. Elle se cache derrière les jambes de son père. Elle habite dans le café tenu auparavant par son grand-père maternel. Elle entend des mots velus sortis de la bouche des hommes trapus. Elle est habituée à l'odeur du vin. Elle en boit parfois. Elle apprend à compter avant d'apprendre à lire. Elle ne connaît pas ses oncles. Elle sait qu'ils sont morts à la guerre. Elle sait que la guerre, ça fait partie de la vie. Elle s'agenouille le soir pour passer la serpillière. Elle s'agenouille le matin pour faire sa prière. Elle essaie d'aimer sa belle-mère qui est comme une grande soeur malade toujours couchée. Elle a deux demi-soeurs et un demi-frère mis au monde par sa belle-mère toujours couchée. Elle s'occupe d'eux. Elle vit dans un territoire étriqué. Elle ne connaît pas le mot vacances et ne le connaîtra jamais. Elle finit par être une jeune fille. Elle va au bal dans un village voisin. Elle y rencontre un jeune homme cassé qui n'est pas mort à la guerre. Elle répond aux questions des gendarmes. Elle ne sait rien du jeune homme Faure qui travaillait chez eux. Elle suit l'enterrement de son père. Elle regarde la photo sépia et les grosses pierres près de sa tête. Elle a mal à la tête. Elle épouse le jeune homme cassé gazé. Elle suit son enterrement le 9 mars 1919. Elle ne quitte plus ses habits noirs. Elle part. Le 10 janvier 1920 elle épouse Antoine, dans un autre village. Elle aurait pu tomber mieux. Elle aime toujours autant chanter en patois. Elle est célèbre pour ses bourrées avec une bouteille sur la tête et une autre dans chaque main. Elle a un port de tête sans adjectif. Elle rend son époux jaloux par sa joie. Elle met au monde une ribambelle d'enfants, tous les 2 ans, Philomène, Marie, Pierre, Théofrède, Jacques. Elle fait comme les autres elle courbe le dos elle travaille elle prie elle travaille. Elle tricote le soir à la veillée pour habiller ses enfants. Elle boit un coup et en ramasse. Elle entend des insultes qui pleuvent sur sa tête et celle de ma mère. Elle est traitée de grosse truie alors qu'elle est maigre comme un clou. Elle vouvoie son mari et ses enfants comme c'est la coutume. Elle entend la guerre qui est revenue. Elle a peur. Elle aide son mari. Elle aide les femmes à accoucher. Elle cache les étrangers du maquis. Le 7 juin 44, elle est parmi les habitants rassemblés dans le pré tandis que les allemands incendient les bâtiments. Elle est assise sur un tas de cendres. Elle et ma mère contemplent la désolation fumante. Elle pense que Rossignol, c'est pas un nom pour un incendie. Elle fait partie des sinistrés. Elle est séparée de corps et de fait d'avec son époux le 25 février 1947. Elle vit avec son fils à La Fagette. Elle élargit son territoire. Elle sort de la carte. Elle retrouve les moutons. Elle me fait mal à la tête.
Ste Philomène faisait des guérisons[En 1961, la sainte fut rayée du calendrier par la Sacrée Congrégation des Rites. Cette instruction était une directive liturgique qui n'interdit en aucune manière la dévotion privée envers elle.] "À 9 h 30, les habitants de Saint-Jean voient passer un convoi impressionnant venant du Puy et se dirigeant vers Rossignol : 400 hommes, 24 camions avec des canons de 32 mm. La colonne s’arrête au village, puis remonte vers « Rossignol ». Tous les habitants du village sont rassemblés par les soldats dans un pré voisin sous la garde d’une sentinelle. Dans les fermes, les maquisards ont déjà quitté les lieux. En représailles, les Allemands incendient les bâtiments. Vers 14 heures, le convoi allemand retourne au Puy-en-Velay par la route de Bains. Le combat de Rossignol s’achève. Il fera huit victimes dans les rangs français.
Ste Philomène faisait des guérisons[En 1961, la sainte fut rayée du calendrier par la Sacrée Congrégation des Rites. Cette instruction était une directive liturgique qui n'interdit en aucune manière la dévotion privée envers elle.] "À 9 h 30, les habitants de Saint-Jean voient passer un convoi impressionnant venant du Puy et se dirigeant vers Rossignol : 400 hommes, 24 camions avec des canons de 32 mm. La colonne s’arrête au village, puis remonte vers « Rossignol ». Tous les habitants du village sont rassemblés par les soldats dans un pré voisin sous la garde d’une sentinelle. Dans les fermes, les maquisards ont déjà quitté les lieux. En représailles, les Allemands incendient les bâtiments. Vers 14 heures, le convoi allemand retourne au Puy-en-Velay par la route de Bains. Le combat de Rossignol s’achève. Il fera huit victimes dans les rangs français.
- Plaque commémorative (Photo indexée) (Dans l'église)
- Stèle commémorative (Photo indexée) (Hameau de Rossignol - Commune de Saint Jean Lachalm - En témoignage de reconnaissance/envers ceux qui dans l'Honneur et la Dignité sont tombés les premiers sur notre Territoire le 07 juin 1944. Puisse le souvenir de leur sacrifice rester gravé dans les mémoires et animer chacun de nous d'un esprit fraternel - - Ici sont morts pour la libération du Pays le 07 juin 1944 , FAURE Prosper Le Puy GUIGON Henri Langogne PARAT Lucien Brives VALHORGUES Pascal Le Puy du groupe LAFAYETTE. CHANUT Adolphe ELFOND Jacques ELFOND Simon LEWKOWICZ Alfred arrêtés en se rendant ici fusillés à Orcines le 13 juillet 1944. La Commune de Ouïdes aux glorieux F.F.I.morts pour la libération du pays bataille de Rossignol 07 juin 1944. Le monument a été inauguré le 10 juin 1946. L'inscription concernant ceux qui ont été fusillés à Orcines a été ajoutée le 04/06/1994)
- Monument aux Morts (Photo indexée) (Sur la place entre l'église et la mairie)
- Livre d'Or du ministère des pensions (Pas de photo) (Loi du 25 octobre 1919)
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