Manufacture
Je sentais l’amertume du cacao, elle emplissait mon odorat et tout l’espace, tissant des liens fins comme de la soie avec les bobines de l’autre manufacture, ailleurs, abandonnée. On y était entré par effraction mais pas par interdiction puisqu’aucun gardien n’en protégeait les fenêtres cassées et les machines à tisser délabrées. Débris de verre sur le sol, fils de coton et de soie noués comme la gorge. On s’était promené sans mot dans ce désert effleuré par quelques rayons de soleil ce dimanche d’hiver, dans la vallée menant au barrage. Le silence faisait résonner le bruit passé des tisseuses, leurs voix criées, résistant comme elles le pouvaient à l’assourdissement ; ces sons emmêlés bourdonnaient encore, là, dans le rayon de lumière, craquaient sous les pas écrasant les bobines délaissées. Ouvrières épuisées par le manque de sommeil, par le travail, par la peur des lendemains. Leur absence faisait écho à la clameur des ouvriers de la chocolaterie, là-bas, visitée une fois l’an grâce à ce grand-père devenu gardien des lieux après une mise en préretraite précoce. Déjà le plan de fermeture s’annonçait, et débutait par les anciens. Morceaux de chocolat amer suscitant une mimique de dégoût parmi ces enfants visiteurs et joyeux, insouciants, à qui le grand-père avait fait jurer de ne rien prendre, sinon... finies les visites annuelles ! C’était le dernier été, il ne le savait pas encore, ou faisant semblant de ne pas... Comment s’empêcher, derrière son dos, derrière ses explications scolastiques sur le fonctionnement des machines et la fabrication des tablettes, de mettre les mains dans ces bacs ? Comment ne pas goûter à cette glue peu à peu mélangée au beurre et au sucre ? Glue devenant coton fondant, eau à la bouche. Une fève à croquer, peau résistant à peine, croustille un peu, hésite, puis déverse son arrière-goût de bleuet, à moins que ce soit de lavande. Souvenirs d’enfance.
Et puis un jour la tempête finale éclate, fait voler en éclat les murs, les corps, les résistances, les espoirs. Les voix hurlent mais ce n’est plus de la plaisanterie. On ferme la manufacture, on ferme la manufacture.
La vieille chocolaterie est devenue un bâtiment municipal et son parc un jardin public. La maison du gardien ? Je ne sais pas et ne veux pas le savoir. L’usine des bobines est toujours abandonnée sans espoir, comme un cadavre laissé à l’air et au bon vouloir des rapaces.
Les soirs de vent, on croit entendre les machines-fantômes, et puis peu à peu ces bruits là aussi s’assèchent. Seuls les anciens enfants voleurs s’en souviennent encore.
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lundi 14 mars 2011
vendredi 11 mars 2011
Mots en Em
Mots des autres
Se dissoudre, voler jusqu’au sommeil
Nuits et jours
Dans les mots des autres
Se recroqueviller, se peloter
Dans la couverture
Des mots...
Clapoter du soir au matin
Chercher le mirage et trouver le vertige
Dans les mots des autres
S’oublier encore, sans rime ni pleurs
Désolée, pauvre
Et puis peu peu, pas à pas
Se rebâtir
Dans les mots des autres
« le mot se livre, se délivre, s’affole, se répand, se renverse, se rétablit »
Alors dissoudre le sens ankylosé, se défaire des souvenirs, du passé
« plus on est jeune, plus les mots sont dépourvus de sens définitif »
Faire de multiples frottis mentaux pour enlever toute trace, frotter encore pour lutter
« ... la matrice des femmes conserve l’empreinte de tous les enfants, nés ou avortés... »
Faire peau à moitié neuve, à moitié silence
« les mots que l’on trouve et assemble dans sa tête ne comptent pas tout à fait »
Pour laisser la plus large place aux mots des autres.
* Andrée Chedid, Brita Svit, Annie Ernaux, François Nourisser
Se dissoudre, voler jusqu’au sommeil
Nuits et jours
Dans les mots des autres
Se recroqueviller, se peloter
Dans la couverture
Des mots...
Clapoter du soir au matin
Chercher le mirage et trouver le vertige
Dans les mots des autres
S’oublier encore, sans rime ni pleurs
Désolée, pauvre
Et puis peu peu, pas à pas
Se rebâtir
Dans les mots des autres
« le mot se livre, se délivre, s’affole, se répand, se renverse, se rétablit »
Alors dissoudre le sens ankylosé, se défaire des souvenirs, du passé
« plus on est jeune, plus les mots sont dépourvus de sens définitif »
Faire de multiples frottis mentaux pour enlever toute trace, frotter encore pour lutter
« ... la matrice des femmes conserve l’empreinte de tous les enfants, nés ou avortés... »
Faire peau à moitié neuve, à moitié silence
« les mots que l’on trouve et assemble dans sa tête ne comptent pas tout à fait »
Pour laisser la plus large place aux mots des autres.
* Andrée Chedid, Brita Svit, Annie Ernaux, François Nourisser
jeudi 10 mars 2011
Mots en Em
Mini(h)aiku
22 septembre
premiers pas du doux automne
Les enfants sont là !
Mois d’octobre
Ne me confie pas tes fils
je ne pourrais que les aimer
Flocons et plumes
Anges de décembre
Le soleil du 17 mars
Ne fête pas mon anniversaire
Mais son triomphe sur la montagne
De l'équinoxe de septembre
à celle de mars
La mer et mon esprit
Agités.
1er, 4 mars
13, 16, 17
22, 23 mars...
que d'eau sur la planète,
on y trouverait beaucoup de poissons
et quelques béliers égarés.
L’été printera son nez
Quand l’hiver aura été
Lentement, sans s’automniser
Pourquoi, à l’ami connu trois ans avant ma soeur
Continuerais-je à fêter l’anniversaire le 29 les années bissextiles
(le 28 le reste des ans)
Alors qu’il est né le 20 ?
Tout près de son coeur (cliquer sur la photo pour voir les petits bateaux qui voguent dans l'air)
Trois petits navires suspendus
Longtemps encore, la Bonne Mère
Protègera-t-elle les marins de la Joliette ?
Bouddha de bakélite
A mon cou
Ronchonne
Etre Evelyne Délias, un soir
En jupe et en talons aiguilles
Et dire « à demain » dans un déhanché
De tour de Pise très rock and roll
Alice
Au pays des merdouilles
Sait-elle préparer le civet ?
Devenir sans mémoire, sans mot, sans pensée
Aller au loin sans but, sans réfléchir
Ne chercher qu’à séduire pour se rassurer
Pauvres chèvres !
Bords de mer
Dans ce jardin d’hiver
Gracie mille, B.
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