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samedi 23 septembre 2023

La musique du monde

J'ai  sept, huit ans peut-être. Cesont les "grandes vacances". Je les passe entièrement chez ma grand-mère, dans une ferme isolée. Deux mois pour une petite fille c'est l'éternité, cette éternité-là m'est disponible du matin au soir, la chaleur, les prés qui attendent la fauche, le bassin qui coule, les feuilles des arbres qui bruissent, les nuages qui filent ... Et la petite fille dans ce silence qui observe, enregistre, vit tout intensément.

A chaque nuit des étoiles, je me remémore une expérience très forte vécue pendant ces vacances-là. J'aimais particulièrement m'allonger le matin dans les hautes herbes du pré devant la maison, sentir leurs odeurs, les graminées me chatouiller les joues. Ma rêverie se perdait dans les nuages qui se formaient, se déformaient et là ... j’entendais la « musique du monde » comme je l’appelais, une espèce de bruissement sonore incessant et apaisant ; cette musique était encore + forte, allongée sous le ciel étoilé, là c’était les étoiles dont j’entendais le scintillement et c’était la même musique « planante » zzzz. Parfois, je sentais réellement tourner la terre.




"parfois, on peut aussi la voir"

Pendant une lecture ce matin, j'ai été saisie et figée par le passage suivant :

« Quelqu'un a décrit le son du silence comme un murmure cosmique, un fond sonore scintillant, quasi électrique. Bien qu’il soit présent tout le temps, en général nous ne le remarquons pas, sauf quand l’esprit est ouvert et détendu … le son du silence est comme un flot continu, une rivière infinie … Dans cet état, l’esprit est un peu comme un radar. La conscience est très vaste, en expansion ; elle inclut, elle est ouverte et réceptive … comme si c’était le chant des anges, un son cosmique primordial … Il est partout et pas seulement dans les oreilles ... »*

Le chapitre s'intitule "Le son du silence" pour moi, ce son reste et restera la musique du monde 


* Extrait de "La conscience intuitive" de Ajahn Sumedho


jeudi 7 octobre 2021

Lettre aux hirondelles

Lettre de la 13° année 

"Mes chéries,

J'éprouve à nouveau le besoin de vous écrire, vous qui êtes venues si tôt cette année.

Le fait est que mon magasin de ciel est rempli d'hirondelles, ce qui m'a conduit à me mettre à écrire cette lettre de bienvenue, car leur retour avec le beau temps mérite toujours ces félicitation de la dernière fois.

"Je ne vous écrirai plus" se dit-on en vous envoyant la dernière lettre, mais soudain vous revoilà avec toute la surprise des premières vacances.

Vous posez vos nids dans les entonnoirs de l'air et vous vous faites marqueterie dans le bleu comme des incrustations aussi byzantines que surréalistes.

Ceux qui prétendaient nous enfermer dans leur arrogance voient que subitement nous nous amusons à vous regarder, trouvant chez vous le signe qui sauve et exorcise.

Sourcils du matin et du soir vous voudriez rester tranquilles sur le ciel, peintes et immortelles ; mais on voit bien que vous ne pouvez pas car vous avez beau résister d'un vol freinant et statique, aussitôt vous prend le frémissement de l'oscillation.

Ce qu'on ne saura jamais c'est si vous êtes les mêmes ou si vous êtes différentes. Chateaubriand racontait avoir vu les mêmes hirondelles à Rome, au Caire, en Belgique. Les romantiques croyaient porter dans leur coeur leur propre hirondelle, tel un destin ailé, comme la comète familière qui, quand ils ouvraient leurs valises matelassées, s'envolaient par la fenêtre de leur hôtel, protégeant et ponctuant leur destinée.

Déchaînez encore votre joie et ne cessez de nous offrir ce si joli spectacle de celles qui courent comme pour se jeter dans le bras de quelqu'un. 

Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006) 

Cette dernière lettre correspond approximativement à mon déménagement. La 1° était postée de la Drôme où, dans le ciel de ma fenêtre, les hirondelles égayaient mon coeur et mes regards ; cette dernière, avec leur départ et le mien de la Loire où, d'où je résidais, je n'en pouvais apercevoir que très rarement. Les jours moroses d'hiver, quand je ne verrai que la grisaille, c'est leur retour que j'attendrai avec impatience. 

vendredi 17 septembre 2021

Lettres aux hirodelles

Lettre de la 11° année

 "Chères hirondelles de la veuve,

Vous seules pouvez faire vivre à une veuve les fiançailles de son veuvage avec celui qui l'a rendue veuve, autre manière d'être une fiancée aux charmes secrets.

Conseillères de la veuve qui veut revivre son amour, il suffit que vous lui ameniez le souvenir du temps où il vivait, et je soupçonne que vous savez aussi bien tournoyer, comme si vous révisiez la partition de cette année-là, comme ceux qui cherchent à retrouver une valse ancienne au milieu de leurs papiers.

La veuve est votre soeur, elle est seule aujourd'hui à vivre les vols de la pensée, et vous reviendrez avec son vivant souvenir chaque fois que vous reviendrez.

Quelqu'un va vous attendre sur le quai du printemps, comme si vous apportiez la couronne première que vous avez posée sur le le bonheur de l'amour une soirée au balcon.

Vous aussi vous vous en souvenez, car vous transmettez tous les souvenirs de votre vie.

Donc, prenez soin de la petite veuve, venez la voir et, si vous pouvez imiter à nouveau ce tourbillon qui a scellé son destin, peut-être dans son deuil sourira t-elle pour la première fois.

Affectueusement vôtre.

Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)  

samedi 4 septembre 2021

Lettres aux hirondelles

 Lettre de la 8° année :

Mes chères hirondelles,

" ... Il n'y a personne à qui écrire ; les lettres se perdent, n'arrivent pas ou n'ont pas de réponse et, cependant, le style épistolaire et sa voix qui console et donne de l'espoir ne doivent pas s'ankyloser et vous êtes là pour ça ! 


... Dans les plus vieux nids des palais, que n'utilisaient plus les nouvelles hirondelles, il y avait comme dans un petit bénitier un peu de temps passé resté au fond.

J'ai aussi connu vos nids, sinon les plus importants, du moins les plus heureux, accrochés aux poutres des granges, en vous voyant entrer et sortir, nerveuses et folles, comme des coups de ciseaux dans la lumière, par les hautes lucarnes du grenier accueillant et secret.

Quand vous piquez de l'auvent comme si vous vous suicidiez, vous ressemblez à des papiers découpés en forme d'hirondelle lancés du haut, mais aussitôt vous vous ranimez comme de vivants alleluias.

Votre jeu irrépressible me semblait être comme une vengeance de l'interdiction de jouer au ballon qui régnait entre les murs des nonnes. A nous, on pouvait nous interdire de jouer au ballon, mais, à vous, il n'y avait personne qui puisse vous interdire ce charivari plein de sifflements au-dessus des murs du jardin !

... En tenue de soirée, vous avez ce vol immobile qui soudain clignote d'un tremblement de joie de vivre en vol.

Là où vous me plaisez le plus, c'est quand vous foncez dans l'air, épaules en avant, ailes repliées, en faisant des S doux et zigzagants. Ce qui est presque, presque un geste angélique.

... Seuls vous effraient les jours glacés et une sensation qui nous est familière vous saisit, car il y a un frisson de froid dans notre coeur - qui est comme un frissonnement de l'hirondelle intérieure. Aussi, après le jour brusquement automnal au milieu de l'été, vous ne jouez plus pendant trois jours. "

Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)

Je ne sais comment la 9° a paru avant la 8°, ce sont les joies et les mystères de l'informatique ... 

jeudi 2 septembre 2021

Lettres aux hirondelles

Lettre de la 9° année

Chères hirondelles,

"Ceux dont vous êtes les principales institutrices ce sont les adolescents, ou mieux, l'adolescence de la vie.

Chaque année ce qui importe ce n'est pas qu'il y ait une nouvelle génération d'enfants ou de jeunes, mais une nouvelle génération d'adolescents, puisque c'est ce qui redonne à la vie toute sa vivacité, tout son trouble, tous ses errements et ses illusions. 

Ils ne comprennent pas qu'ils doivent vous voir arriver et vous voir repartir maintes fois avant de réaliser ce qu'ils espèrent mais, vous, vous lissez cette inquiétude de leurs cheveux désespérés.

... Vous savez qu'il vous va bien ce parallèle avec l'adolescence qui veut faire un tour en barque sans avoir ni barque ni lac et qui veut faire de l'aéromodélisme en faisant tourner dans sa bouche une petite gomme arrachée au dernier paquet de fournitures qu'elle a achetées...

... Chères hirondelles, vous voyez que je vous suis dans vos leçons et que je sais secrètement que vous introduisez les jeunes à la vie et que vous leur passez le fil à l'aiguille pour qu'ils ne se blessent pas et évitent l'hémophilie de l'adolescence.

Je vous embrasse avec gratitude et affection"

Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006) 

vendredi 13 août 2021

Lettres aux hirondelles

 Lettre de la 6° année 

"Mes chères hirondelles

... Ce qu'il y a de bien dans votre jeu c'est que, comme il doit vous maintenir en l'air et qu'en l'air on ne peut pas s'arrêter, c'est un jeu continuel, une hilarité sans trêve. Comme vous devez être fatiguée le soir.

Soyez bénies, vous qui nous donnez le fil pour sortir plus vite de l'hiver.

Les autres oiseaux traversent le ciel en volant, mais, vous, vous êtes de véritables amies qui nous consacrez une longue visite, comme ces enfants qui jouent dans nos jardins pendant que nous travaillons la fenêtre ouverte. 

Sur ce mouchoir de ciel-jardin vous jouez avec une balle invisible, avec une bulle de lumière rayée de bleu que vous emportez dans vos raids en une partie de football."

 Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)

mardi 25 février 2020

Figurer le monde

À l’heure où les cartes deviennent plus que jamais objets de consommation quasi quotidiens, à celle où le pouvoir accru de la cartographie paraît sans limite et où, par la puissance et la vitesse combinées des algorithmes, les artifices et les conventions qui l’ont rendue possible s’estompent de plus en plus et sont toujours plus difficiles à discerner, l’ambivalence de la cartographie doit être plus que jamais soulignée. Nous savions que la carte était une représentation, donc « un langage »  avec sa grammaire propre et, qu’à ce titre, elle pouvait dire ce qu’elle voulait et même mentir à dessein. Nous comprenons d’autant mieux aujourd’hui qu’il s’agit d’abord d’un pharmakon  : à la fois remède et poison, la carte peut en effet figurer comme défigurer le monde, nous mettre en relation comme faire écran. Or il ne tient qu’à nous de se saisir de la carte, de refuser l’artifice et de retrouver l’outil.

Alexandre Chollier et Federico Ferretti 
Dans "Ecrits cartographiques": Elisée Reclus


samedi 12 juillet 2014

Le sujet favori d'écriture

"... Je n'ai pas de sujets favoris d'écriture, je n'ai qu'un seul sujet : y voir clair, plus clair en moi même, apprendre à me connaître ou pas, apprendre ce que je fais de travers, ce que je pense de travers, ce que je pense sans réfléchir, ce que je dis sans réfléchir, ce que je dis par automatisme, ce que d'autres aussi font, pensent, disent sans réfléchir : devenir attentif et rendre attentif, rendre et devenir plus sensible, plus réceptif, plus précis, pour que moi et d'autres puissions exister de manière plus précise et plus sensible, pour que je puisse m'entendre mieux avec d'autres et avoir avec eux de meilleures relations... "

Peter Handke  "J'habite une tour d'ivoire" ed. C Bourgois

mercredi 24 mars 2010

LETTRE A TOI QUI ME CONNAIS SI BIEN.

"En restant chez moi, je reprends chaque jour les mêmes chemins qui me conduisent irrémédiablement aux mêmes lieux, me font croiser les mêmes gens. Tout ce tissu de dépendances, d'accoutumance me carapaçonne, m'asphyxie. Je n'ai plus accès à mes émotions.

Voilà pourquoi il est si important d'être solitaire et attentif quand on est triste.

Une seule chose est nécessaire accepter la béance de sa solitude intérieure, aller en soi-même, n'accepter de ne voir de jours durant personne peut-être pour écrire, sûrement pour penser, se souvenir, inventer, réinventer toujours.

D'ailleurs sans toi, mon imagination, ma vie aurait été triste! Je voudrais juste te remercier d'avoir glissé des rires dans les tiroirs de mon enfance.

Tu te souviens des mille et une rêveries qui nous tourmentaient jadis, toi et moi, d'aller sac au dos, ou sur un coup de tête partir, séance tenante et lâchant tout alors.

Qu'y avait-il cependant? Qu'y avait-il en nous que les années n'ont pu éteindre? Quel désir, quelle attente craintive macéraient au coeur de l'envie toujours plus âpre à rompre les amarres, disparaître après un ultime coup d'éclat ou sur un mot encore

Mais voilà que l'heure avance et avec elle l'absence de familiarité, le tutoiement se fond dans la pelure rêche de la feuille de papier.

Qu'avons-nous perdu? Qui sommes-nous grimaçant, taisant la gueule de chien battu qui se rase ou se maquille au fond d'une glace en train de perdre? l'essentiel peut-être.

D'où vient que seuls m'attirent les livres qui parlent de mort ou de souffrance? Ou encore d'errances vers le rien?D'où vient que seuls les hommes et les femmes de la marge m'intéressent? A quel moment de ma vie me sont venues cette sensation d'être à côté de mes semblables et mon attirance pour tous ceux que je sentais souffrir d'une blessure inguérissable?

J'ai un ami qui prétend là, que toujours à minuit il se fait une fente minuscule entre le jour qui fuit et celui qui commence et qu'une personne très adroite qui parviendrait à s'y glisser sortirait du temps et se trouverait dans un royaume indépendant de tous les changements que nous subissons; à cet endroit sont amassées toutes les choses que nous avons perdues.

Je me le dis avec force, il faut que je me glisse dans cette feuille que je commence à apercevoir. Même si je m'écorche les doigts et que ma peau est brûlée, même si le sang coule, je dois continuer d'avancer, je suis sur la bonne voie.

Monotone sonne l'horloge, doux sont le vin d' origan et les tuiles aux lentilles. Penser, penser encore!

Penser ce n'est pas unifier, rendre familière l'apparence sous le visage d'un grand principe. Penser c'est réapprendre à voir, diriger sa conscience, faire de chaque image un lieu privilégié.

Ma lettre, je te quitte à présent, je sais que je te relirai à un moment très décalé de la réalité et que tu ne voudras peut-être plus rien dire.

Pour le fond, le silence, le rythme lent de l'exil intérieur volontaire restera gravé en moi pour toujours, pour autant que je m'y reconnaîtrai.

A toi, du plus profond de moi.

Linette.

vendredi 12 février 2010

Lire


Par ces matins de neige, une phrase à savourer avec les tartines

"Quand on lit, on suit une route qui nous éloigne de nous-mêmes pour rentrer en nous-mêmes d'un autre côté"

Elisabetta Rasy "L'obscure ennemie" Seuil

samedi 24 octobre 2009

"Petit traité d'éducation lubrique"

Lecture musicale de Lydie Salvayre accompagnée de Bruno Chevillon à la Contrebasse.
Dimanche 8 novembre à 18 heures - L'autre Salon - Salon de l'édition et des médias indépendants -Centre Edouard Brenot - à Grigny (200 m. de la Mairie)
Renseignements : Espace Pandora 04 72 50 14 78 - espacepandora@free.fr www.espacepandora@free.fr
On peut en profiter pour dire bonjour à Sylviane C.


mardi 29 septembre 2009

Collections (1)

"Je supporte mal qu'on jette, qu'on détruise. Si bien qu'en plus de nos trésors arrachés aux décharges ou chinés aux puces, nous vivons parmi tous les objets dont je refuse de me défaire. Je déteste que l'on jette mes vêtements usagés, mes bouts de crayon, leurs entaillures, les papiers, les bouteilles vides. Quant aux chaussures, pour les mettre au panier, il faudrait me les faucher quasiment aux pieds ou pendant mon sommeil.
Parfois je peins les objets que je collectionne, j'en fais de petits tableaux. Je ne sais pas pourquoi je me suis mis à faire cela." Henri Cueco Le collectionneur de collections

samedi 12 septembre 2009

dimanche 23 août 2009

Entre La Pacaudière et Melay

Une vache récamier, qui aurait pris pour bergère ou sofa toute la pente du pré.

Gilles Ortlieb. Sous le crible (carnets)


mardi 18 août 2009

Lectures sous l'arbre




il y a l'arbre
il y a la cour et la maison
il y a le soleil (enfin pas toujours, mais cette année c'est sûr il sera là...)
il y a l'air qui circule entre les mots
lus, donnés, reçus, emportés, échangés, relus
il y a l'émotion
ou les rires
les rencontres
les livres qu'on s'approprie
pour les jours
sans soleil
sans air

il y a la musique
il y a les peintures
il y a beaucoup d'attentions offertes
dans les Lectures sous l'arbre

lundi 17 août 2009

Précipice

"J'allais m'asseoir à la table du petit déjeuner déjà mise avec soin, et m'abîmai dans la contemplation du brouillard au-dehors. Du brouillard je revenais à la table, puis repartais dans le brouillard. Sur ma table, l'argenterie luisait rêveusement de la lumière épuisée des étoiles au matin. La dentelle par-dessus était jaune, presque comme le brouillard, mais d'un jaune bien plus tranché. -Presque aussi tranchant que l'est ma femme, - pensais-je tout haut, et avec une telle vigueur, qu'une folle envie de rire m'envahit. Mais les fleurs qui somnolaient sur ma table ne l'auraient pas bien pris du tout."

Milan Füst

dimanche 16 août 2009

Journal d'un lecteur



La lecture est une conversation. Des fous se lancent dans des dialogues imaginaires dont ils entendent l'écho quelque part dans leur tête; les lecteurs se lancent dans un dialogue similaire, provoqué par les mots sur une page. Si, le plus souvent, la réaction du lecteur n'est pas consignée, il arrive aussi qu'un lecteur éprouve le besoin de prendre un crayon et de répondre dans les marges d'un texte. Ce commentaire, cette glose, cette ombre qui accompagne parfois nos livres préférés transpose le texte en un autre temps et une autre expérience; il prête de la réalité à l'illusion qu'un livre nous parle et nous incite ( nous, les lecteurs) à exister.

Alberto Manguel "Journal d'un lecteur" (Actes Sud)