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jeudi 1 juillet 2010

Chemin






Relire les textes de Natô, couchés dans ce tendre livret cousu main, relié japonais, m'a donné envie de revenir aux chemins, peut-être pour boucler une année, peut-être parce que la venue de l'été m'invite à m'y laisser entraîner, peut-être par tendresse ... ou par sortilège.

Me revient en mémoire cette promenade habituelle que nous faisions toutes les deux en fin d'après-midi, celle que l'on a faite cent fois, toujours le même trajet, toujours dans le même sens ; juste pour le plaisir d'apercevoir la maison de loin à la fin de la boucle, la maison massée dans le bosquet, le chemin qui surplombe. Le chemin sans imprévu, celui qui nous ramène à la clôture de ta maison. La promenade dont on ne revient jamais.
Sur ce chemin si connu de nous passait justement ta ligne de vie, il me ramène à toi, à ton destin, tout en lenteur, tout en douceur. Il me ramène à mon centre, à ma vie. Nous y étions à la fois en pays de connaissance et face à ce qui venait. Nous ne parlions de rien, trois mots de temps en temps. Nous pensions sans y penser à nos vies, au bol de tisane miellé du retour.

La même ballade pendant des années.

Aujourd'hui une autre vie, la même.
Un rayon de soleil, le même.
Le rappel d'un jour de notre vie passée et le goût d'un jour de ma vie à venir.

Sans toi, je tourne les pages de l'album photo comme nous déroulions nos pas l'un derrière l'autre.

Merci Natô

samedi 30 janvier 2010

Chemin

Chemin,
Je suis chemin, je m'appelle Charreyron, ce qui signifie en langue d'oc (petit chemin,) un charirou.
Cela m'a toujours intriguée pourquoi ce patronyme ? A Saint-Julien Chapteuil, j'ai vu un jour un petit Charreyron, il était étroit, des maisons se serraient de chaque coté, il semblait comme étouffé c'était une petite venelle je ne l'ai pas pris j'ai eu peur de ne pas savoir sur quoi il débouchait qu'allais-je trouver, un chemin en friche, un terrain vague, j'aurais aimé déboucher sur la lumière.
Enfant dans mon village il n'y avait que des chemins, chemins où les bêtes se rendaient aux pâturages ils étaient boueux et ravinés mais j'aimais ces grandes lézardes la terre était rouge brique dans mes souvenirs et elle collait à mes galoches et lorsque je marchais elle laissait de jolies traces.
Au bord des chemins il y avait des buissons, aubépine, mûriers, framboises, et fraisiers, on ne rencontrait pas de voitures, seulement des chars, on n'était pas agressé par des bruits, il y avait les tracteurs, mais comme ils n'étaient pas comme maintenant avec une cabine ils faisaient partie du chemin.
Le chemin aboutissait dans le pré il devenait mousse, pâturage, il avait été utile il avait conduit il se noyait dans l'espace, il devenait vert ou blond lorsque c'était la moisson.
Chemin que de choses contiennent ces deux syllabes. J'entends encore mon père me parler de droit chemin.
Le chemin n'est pas toujours rectiligne Que d'embûches rencontrées il en a fallu en faire des contournements.
Pourquoi faut-il que je revois là le tableau de Rembrandt : l'enfant prodigue le père attendant sur le chemin le fils, les mains sur les épaules symbolisant qu'il était bien sur le droit chemin.
Peut-être que moi aussi j'ai pris aujourd'hui le droit chemin, je suis avec vous et j'ai pu me livrer.
Lorsque j'étais enfant, et que je dessinais une maison, je faisais toujours une porte d'où s'échappait un chemin ou allait-il ce chemin, il était tortueux et se perdait au fond de la page.
L'autre jour, ma petite fille me l'a rappelé en produisant le même graphisme.
Au risque encore une fois d'abattre les masques, il ne me vient pas une phrase d'un écrivain célèbre mais ce cantique ancré au plus profond de ma mémoire :
"Sur les chemins de la vie sois ma lumière Seigneur" et là je revois la soeur Reine Marie jouant de l'harmonium essayant de nous apprendre ce chant où nous nous amusions à faire des mauvaises notes et surtout des pitreries derrière son dos.
Le chemin on l'aborde doucement on le savoure s'il nous conduit vers la maison aimée il faut le mériter tout chemin n'est pas bonà prendre attention aux cailloux. Pourquoi pas soulever une pierre et là quelle récompense une fourmilière j'aimais enfant regarder ces insectes et tous les chemins qu'ils avaient faits c'était une micro société, moi j'aimais car tous les chemins étaient reliés.
Chemin, il a fallu qu'à 20 ans je croise un cheminot, depuis 45 ans nous cheminons ensemble c'est un très long chemin, un ruban sans fin je n'ai pas envie qu'on le rembobine, et lorsqu'on rencontrera un stop, je crois que le cheminot et moi nous aurons du chagrin, même si quelquefois on s'est embourbé, si nous sommes tombés s'il y a eu des bosses et des ecchymoses puisse la vie nous donner encore beaucoup de temps avant d'arriver ensemble au terme.

jeudi 26 novembre 2009

chemin (2)

chemin, chemine,
cheminer à côté de mon grand-père,
promenage, marcher côte à côte,
ma main dans la sienne ou pas, à petits pas,
nos chemins, de petites routes frangées en vert sur les côtés,
(à vélo aujourd'hui, je les regarde encore ces bas-côtés,
à la recherche des mottes de gazon rebelles qui mordent le goudron,
contente si les herbes reprennent le dessus sur l'asphalte gris, contente)
lorsque nous cheminions mon grand-père et moi,
silencieusement parfois, ou en compagnie des mots,
de mes questions comme : "qu'est-ce qui se passera quand tu sera mort pépé ?",
en cheminant, nous recherchions des branches, de beaux morceaux de bois, à la bonne taille...
ce seront nos bâtons de promenade, chacun le sien, des cannes idéales ;
et le soir venu, nous les cachions dans les hautes herbes qui bordaient notre chemin,
certains de les retrouver le lendemain.

dimanche 25 octobre 2009

Mon chemin



Il était rose et bleu le matin, orange sur le coup des midis et virait au violet vers le soir. Il dégringolait la campagne, traversait la forêt et sentait bon la mousse et la résine qui pleurait le long des troncs racornis des vieux arbres. Il serpentait comme un chien fou, sans respect pour le plan cadastral mais existant juste sous les pas des gamins qui l'empruntaient pour aller à l'école ou sous les semelles lourdes des paysans pour aller à la ville.
Mes petits pieds d'alors avaient juste leur place dans la rigole tapissée de poussière et d'épines et j'aimais les laisser traîner, abîmer mes souliers pour laisser une trace de mon passage et chaque matin je me voyais Petit Poucet le soir à la recherche des indices déjà disparus. Quelques fois, au milieu du sentier, des rochers poussaient à fleur de terre et les grandes couleuvres venaient s'y réchauffer et faire peur à mes dix ans à peine. Elles ont habité mes cauchemars pendant longtemps et aujourd'hui encore je tressaille en pensant à leur long corps lustré me barrant le chemin, à leur langue fourchue et insolente qu'elles dardaient sans aucune pudeur.
Je l'ai aimé comme un père ce chemin! Et lui, je le revois, les dimanches matins, grimpant difficilement la côte raide mais s'extasiant pourtant sur ses quatre gamins qui couraient dans tous les sens, s'amusaient à attraper les papillons, riaient d'un hanneton qui s'enfuyait à tire d'élytres. Savait-il seulement qu'il allait mourir bientôt, qu'il ne les verrait pas grandir ses petits, qu'un grand vide se creuserait là où ses semelles se posaient ?
Ce sentier, il a guidé mes pas à toutes les saisons. Je revois mes pieds de petite fille, sautillant dans des sandales en plastique. De fines particules de terre venaient se coller sur ma peau d'enfant et avec mes doigts, j'aimais y dessiner des paysages improbables. Accroupie, je traçais sur le sol des ronds, des carrés, des grands, des petits; d'une main, je creusais à vif dans les empreintes laissées par mes sandales tandis que de l'autre, on me tirait pour aller à l'école.
C'est en hiver qu'il me faisait peur. La neige était si haute que je devais mettre mes pieds dans les pieds des plus grands. Leurs pas étaient très longs, les miens étaient petits, les chutes étaient fréquentes. Mais la neige complice s'amusait alors à me chatouiller. Ses grains blancs et soyeux me titillaient le visage pour me faire oublier les rafales cinglantes qui me fouettaient le corps, les jours de grands vents. La nuit tombait vite et, quand je l'empruntais le soir, j' avais une peur bleue de l'ombre des grands arbres qui se tordaient complaisamment. Je les entendais rire des mauvais tours qu'ils me jouaient.
Douces terreurs de l'enfance qui se nourrissent du jour et de la nuit, des saisons et des heures.
ItaliqueEt c'est après avoir dévalé la pente, que tous les printemps, il m'offrait ses grandes aubépines. Petite, j'étais fascinée par leur couleur immaculée aux nuances de moire. Mon cartable à la main, j'avançais, protégée par leurs épines, autant d'épées prêtes à massacrer le quidam qui aurait voulu m'agresser. J'attendais avec impatience le jour où je serais ensevelie sous leurs pétales blancs qui tombaient à la moindre chiquenaude. Tombe légère, temporaire et fragile qui rassurait déjà ma peur du grand après. Adolescente, je m'enivrais de leur senteur, tranparente, sensuelle et que je voulais éternelle.
Quand je pense à elles, une mélancolie soyeuse m'envahit. J'entends un refrain qui me murmure que des pétales tournent, tournent et m'entrainent; je suis le derviche tourneur des aubépines. Plus je tourne et plus je grandis, plus je grandis et plus j'avance sur le sentier.
Après le sentier, c'était la voie de chemin de fer. Fini de gambader, finis les jeux. Elle était là, rectiligne et remplie de rectitude. Je l'ai suivie le temps de l'école puis ses traverses se sont mises en travers de mes chemins que j'ai toujours essayé d'avoir buissonniers.

vendredi 23 octobre 2009

Livre d'artiste


Vernissage demain à 11h30 de l'expo Livre d'artiste"  à la galerie Une image, 14 rue Honoré de Balzac. Il y a en même temps une expo intitulée "miniatures" concernant Honoré de Balzac, c'est très joli.
Prochainement dans la même galerie, une expo intitulée " Chemins de traverse" (et non pas "Paysages")



lundi 12 octobre 2009

chemin 2



si le chemin
fore dans la tête
jusqu'à reboiser
le dehors dedans

si le chemin
force le regard
qui se détache
et s'attache à horizon

si sur le chemin
on accompagne le jour
jusqu'à scander
le temps

si le chemin
pour rien
nous traverse
comme respiration

si sur le chemin
on est paysage
et dehors et dedans
entrefroissés

si le chemin
dévoile cet avant
en nous cachant l'après
paisiblement

alors
chemin d'être

vendredi 9 octobre 2009

Chemins de vie


De TOI à moi. Toujours dans ce sens. C'est de TOI à moi que s'ébauchent les multiples chemins possibles. TOI que je rencontre.

Entre toi et moi, des fils se croisent, s'entre-croisent. Au fil des pas, au fil des heures, au fil des jours.
Peu à peu, un chemin se creuse, une trame se tend ; entre ses fils ténus, des ébauches de mots, tus, retenus.
Après beaucoup de pas, après beaucoup de temps, après beaucoup de faire ensemble, au détour d'un sentier, au tournant d'une phrase, une haute vague d'amour déferle entre deux beaux silences.
Je me retourne pour admirer la toile colorée que nous avons tissé avec nos deux passés.

"Dessine-moi un chemin"
Devant nous, là où il n'y avait rien, prend naissance un chemin de vie : dans le creux de nos mains, au creux de notre oreille, dans ce cheminement à deux, s'ébauche un avenir.
Toujours de toi à moi.

Toujours de toiS à moi, car vous êtes nombreuses : Josette Louisette Renée Martine Bernadette Myriam Marie-Pierre Solange Janine ...

Parfois, l'ouvrage s'interrompt. Le sentier se perd entre les hautes herbes, longtemps, peu de temps.
Je l'oublie.

En me retournant, je le vois qui attend, patiemment dissimulé, que toi et moi continuions notre cheminement.

un an déjà, avec Ange-Gabrielle

 près de Salvaris, inondations en cours

jeudi 8 octobre 2009

Chemin (2)

Il suffit de se retourner et de contempler l'étendue, une sorte de paysage qui ressemblerait aux Estables, rude altiplano d'une vue bâtie par les vents, et le regard libre de droits se heurte à une ferme solitaire, à un bouquet de rochers pointus, à un arbre agrippé au ciel pour ne pas mourir. Le regard qui se heurte et ricoche d'obstacle en écueil, mais n'embrasse pas tout, et cueille l'horizon comme un reposoir au point de partage des eaux et sait que tôt ou tard il y aura la mer, comme un début en soi.
Au début du chemin était ma mère, et lorsque je regarde le chemin parcouru, elle me talonne, comme si son âge la rapprochait de moi, comme mon autre petite fille. Elle m'appelle au téléphone, elle m'appelle, me disant pour la première fois "je n'avais pas bien compris, j'avais besoin d'être rassurée".
Que devient le chemin lorsqu'on devient la mère de sa propre mère ? Je suis à la croisée avec mon enfant qui lâche ma main, se hisse à ma hauteur de femme, tandis que la vieille main de ma mère se tend vers la mienne déjà tavelée, pour que je la soutienne.
Sur l'altiplano des Estables, je me tiens dans la maison solitaire, petite lumière vacillante dans la nuit, du moins j'espère. Des chemins en étoile et beaucoup de culs de sac dont certains remplis de trésors, car il faut savoir aussi rebrousser chemin pour avancer.