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mardi 16 novembre 2010

invention de définitions





arrachis corindon donatiste formeret framée



arrachis :

fanes de plants d’arachide abandonnées sur place après arrachage en vue de protéger de la chaleur le sol criblé de trous

extraction en profondeur des racines enfouies dans le sol, de végétaux, arbres ... soit en les tirant avec la main, soit en les déterrant à l’aide d’un outil appelé «torchis»

arrachage des arbres ; plant arraché


corindon :

petite grosseur ronde ou ovale qui peut apparaitre au niveau des doigts de pieds chez les grignoteurs de cornichons


cor au pied fort douloureux dont la forme évoque l’excroissance rouge charnue sur la tête du dindon

du télougou (inde) ; pierre précieuse très dure, alumine cristallisée diversement colorée par des oxydes métalliques (exemple : aigue-marine, rubis, améthyste, topaze, saphir)


donatiste :

ordre monastique exclusivement réservé aux femmes ayant fait don de leur corps à la science

personne extrêmement croyante qui distribue tous ses biens à autrui pour se faire bien voir de dieu, pensant ainsi gagner sa place au paradis

évêque de carthage et chef de secte au 4ème siècle


formeret :

outil utilisé au 18ème pour la fabrication des boucles dites «à l’anglaise» ; on pense qu’il est l’ancêtre du babyliss

fumerolles des volcans d’indonésie dont le panache vu de loin ressemble à un furet prêt à bondir

arc dans l’axe de la voûte, recevant sa retombée


framée :

histoire ou intrigue dans laquelle les héros appartiennent à une même fratrie, lutte intestine ; se dit aussi du drame familial au théâtre

orée d’une forêt dense et touffue dans laquelle on peut perdre les enfants qui nous encombrent

long javelot dont se servaient les Francs


définitions inventées par natô et ange sur des mots inconnus piochés à l’aveugle à la petite cuillère dans un robert de 1968

mardi 9 novembre 2010

inventions de définitions







limnée obérer palimpseste péridot splénétique



limnée :


petites pierres plates doucement érodées par le courant de la rivière de bourdeaux, le roubion, jusqu’à former un mille-feuilles minéral


lisière de forêt tropicale, fig. s’utilise aussi dans des expressions telles que «se limner les ongles»


mollusque gastéropode pulmoné des eaux douces


obérer :


opiner en souriant à la définition d’un mot rare, donnée par une amie, pour lui faire plaisir ou lui donner confiance en sa culture, tout en sachant pertinemment qu’elle fait fausse route


action qui consiste à ajouter une surtaxe payable par le récepteur, à une lettre expédiée sans le montant de timbre nécessaire ; cependant dans certains villages drômois les lettres même non obérées reviennent à leur expéditrice


charger, accabler de dettes (guerre qui obère les finances d’un pays)


palimpseste :


élément d’architecture d’origine greco-romaine qui souligne, soutient ou entoure une colonne érigée


dessin que présente un texte quand on l’écrit en forme de sablier : deux ventres rebondis séparés par une taille fine


parchemin manuscrit dont on a effacé la première écriture pour pouvoir écrire un nouveau texte ; «l’immense et compliqué palimpseste de la mémoire», beaudelaire


péridot :


mal de dos qui prend naissance au périnée pour remonter en vrilles tout au long de la colonne vertébrale


plante aquatique de la famille des nénuphars dont la fleur ressemble au coquelicot, d’où le suffixe en «ot»


pierre semi-précieuse de couleur vert clair, silicate de magnésium et de fer, voir olivine


splénétique :


léger dysfonctionnement des membres inférieurs qui oblige leur propriétaire à agiter sans arrêt les pieds en formant des mouvements talons-pointes-talons-pointes ..


étymologie : vient de l’anglais «spleen», 16ème siècle ; se dit d’une personne qui n’a plus que la peau sur les os suite à un spleen ou dépression de longue durée


qui ressent et exprime le spleen (voir spleenétique)



définitions inventées par natô et ange sur des mots inconnus piochés à l’aveugle à la petite cuillère dans un robert de 1968



jeudi 12 août 2010

FESSES

Blancheur de l'albâtre
dans la transparence
des fesses,
sentinelles d'amour
offertes aux vivants.

lundi 26 juillet 2010

foin, frisson, fugue ... en juillet










foin,

frisson,

fugue,

fantasme,

fabuler,

fessée,

les mots de juin,

m’entraînent à fabuler ;

tu m’inspires,

une fable,

érotique,

une fugue sensuelle ;

si je l’écrivais,

la lirais-tu dans le foin de ta grange ?

dans le foin,

à plat ventre allongée,

sentir tes mains effleurer mon dos,

à la naissance du frisson,

juste avant l’effeuillage d’un marcel rouge,

entendre que tu m’aimes de dos,

attendre ta fessée tendre mais ferme,

«et mes fesses, tu les aimes mes fesses ?»





jeudi 22 juillet 2010

Foin



Quand les prairies denses s'effondraient sous la lame des faucheuses d'antan, que les fourches tournaient et retournaient une herbe destinée à sécher et, une fois amassée, à tenter dans un dernier effort à se dresser vers un ciel, dans un simulacre de cathédrale érigée au bord d'un pré où le bonheur n'est plus... Cette meule de foin, où se concentrent soudain ces lambeaux de souvenirs ressuscités par quatre lettres posées dans la marge d'une page, comme les points cardinaux d'une enfance à ne pas effacer, subsiste derrière les ombres disparues et les silences de l'horizon.

mardi 20 juillet 2010

Fugue




Cet instant où la parole se revêt d'aiguilles, perce les brouillards d'un jour qui n'est rien d'autre que la réplique d'un autre, se dirige vers les lointains et atteint ces lueurs bleues de tendresses cachées, vagabonde sur les crêtes, épouse les nuages et tresse ciel et terre en un sillon de vent: telle est la fugue, cette joie où s'égarer.

lundi 19 juillet 2010

Frissons




L'épaisseur d'un silence emplit l'espace du jardin assourdi de soleil; on rêve d'un rideau d'ombre, d'une lumière ambrée, qui tisserait un voile de frissons.

mercredi 14 juillet 2010

Fuguer


Fuguer :

Qui n'a jamais rêver de disparaître pour de bon ? Je ne parle pas de fuguer pour quelques jours. Seul votre entourage immédiat s'en rend compte et encore ... Je me souviens, étudiante, ne rentrant dans ma famille que le week-end, avoir fugué plusieurs fois dans la même année, sans que personne n'en aie rien su. L'auto-stop m'emmenait loin en une journée et j'ai plusieurs fois passé une journée aux Sainte-Maries de la Mer, il m'est même arrivé d'y rester cinq jours et de dormir sur la plage sans que quiconque ne s'en inquiète. Grisée par une sensation de liberté, un paquet de gauloises en poche, sans le sou, j'étais convaincue que la vie qui s'étalait à perte de vue devant moi aurait en permanence ce goût de soleil et de mer, serait perpétuellement cette perspective béante sur l'immensité des possibles. Le monde tout neuf se levait pour moi dans sa splendeur. J'ai appris depuis que cela s'appelle des "vacances" et n'est qu'une parenthèse dans une vie qui bien souvent se résume à cela : attendre les vacances.

Non, je veux parler de disparaître . Totalement. Aucun de ceux qui me connaissent n'ont la moindre idée d'où je suis passée.
Etre totalement ailleurs, dans un monde inconnu, entourée de personnes qui ne m'ont jamais vue. Des rencontres, le coeur et l'esprit poreux. Sismographe exposé à toutes les sensations, aucune habitude, chaque geste nouveau, tout à inventer, sursauter au moindre vent, être bouleversée par tout ce que je vois.
Personne n'attend rien de moi ou, chacun espère tout de moi. Pour un temps, finis les clichés, l'enfermement. Endosser une nouvelle peau tout en étant la même à l'intérieur. Ne pas être une autre, ni recommencer une autre vie, non, la continuer anonyme, sans le poids des regards de ceux qui me connaissent trop (ou le croient). Etre une passante dans la rue, dans une chambre d'hôtel. Me débarrasser de tous les objets qui m'appesantissent. Laisser tomber derrière moi la vieille peau des savoirs, des certitudes, des culpabilités... mais, tout à coup, les attaches, amours, amitiés me bloquent aux jambes, celles-là me lient trop fort, alors je "me" prétexte hypocritement ... médicaments, poids de la fatigue ...
Je ne fais que fabuler, incapable de passer aux actes.
Je reste au fond persuadée que le possible vient juste après l'impossible et que je ne sais pas aller vers l'aube et me débarrasser de tout ce qui pèse.

mardi 13 juillet 2010

Lettre F

Foin :

Il fait très chaud même si l'après-midi touche à sa fin ; la chaleur exaspère l'odeur pénétrante de l'herbe fauchée qui sèche depuis plusieurs jours au soleil. Mes bras et mes jambes nus démangent. Les hommes, en maillot de corps bleu sont collants de sueur et quand ils enlèvent leur casquette pour s'éponger le front, j'aperçois leur crâne blanc, à la peau fragile de ventre de poisson. Ils soulèvent d'énormes fourchées de foin qu'ils entassent sur la charrette déjà bien ronde et dorée, tractée par deux vaches attelées, qu'une femme vient parfois faire avancer, s'aidant d'une longe. Quelques femmes aussi soulèvent le foin, en plus petites quantités et se relaient tout au sommet de la charretée pour équilibrer le chargement en répartissant le foin. D'autres trainent d'énormes râteaux de métal, à l'emplacement des andains déjà ramassés par les hommes. Plusieurs voisins et voisines sont venus donner la main, c'est déjà signe de fête. Nous, les enfants repassons en tous sens, par tout le pré, avec de doubles râteaux de bois pour qu'il ne reste pas un brin du précieux fourrage que nous nous dépêchons de traîner jusqu'au prochain andain, là où les hommes s'en saisiront pour le hisser.
Parfois, une courte pause : une femme est allée chercher un panier de bouteilles mises au frais sous les arbres au bord du pré. Le choc des verres et des bouteilles éveille tout à coup une fraîcheur ; la piquette fait rire hommes et femmes, et leurs rires, si rares, nous désaltèrent plus encore que l'antésite.
La journée, déjà bien avancée, dure jusqu'à la nuit, parfois les premières étoiles apparaissent lorsque les charrettes s'ébranlent lourdement pour la grange. Ultime récompense, les bras des adultes nous hissent au sommet des charrettes surchargées et nous rentrons avec les attelages, dominant le pré, plus haut que les adultes dont nous surplombons le sommet des casquettes et des foulards des femmes. On ose à peine bouger, enivrés de foin, calés dans notre nid, heureux, épuisés. Si le temps ne menace pas, le foin sera déchargé le lendemain matin, sinon il sera rentré immédiatement par le porche arrondi de la grange, derrière la maison.
Nous sommes envoyés au lit. Avant de nous endormir, nous tournons beaucoup sur le matelas de feuilles de maïs, le corps encore suant, les brindilles de foin nous titillant la peau, du soleil emmagasiné sous les paupières brûlantes.

Lettre F


Fabuler pour éviter de crever

As-tu bientôt fini de raconter des histoires ? C'est à dormir debout !
Dès l'enfance, il était toujours seul dans son coin à marmonner, que se raconte-t-il ?
Des fables. Ce sont des fables ! Je n'en crois pas un mot.
Qu'a-t-elle à toujours ainsi noircir des pages de papier ? Qu'invente-t-elle encore ?

Fabuler ce serait donc mentir. "Mais non, ce n'est pas ça la vraie histoire" vous préviennent ceux qui ont vécu leur enfance à la même époque que vous. "Ca ne s'est pas passé du tout comme cela"

Fabuler semble intolérable à tous ceux qui ne croient qu'en la certitude froide de l'observation et ne perdent pas une seconde de leur précieux temps à écouter les inepties sorties de cerveaux trop imaginatifs et lunaires.
Nous serions de simples machines d'enregistrement neutre de la réalité.
Fabuler serait n'avoir pas une réponse appropriée à l'analyse objective d'une situation ou ne pas répondre de façon claire et adéquate aux questions précises que nous pose la réalité.

Et si la réponse appropriée n'était qu'un appauvrissement, une sécheresse, une tyrannie. Les événements ne s'impriment pas en nous tous de manière égale; leur acuité, leur richesse varient en fonction de l'intensité et de la nature des émotions qui accompagnent les expériences vécues. Comment survivre sans histoires ? Pourrait-on vraiment vivre sans écrivains, sans conteur ni artiste qui nous éclairent ? La renversante beauté du monde, l'intolérable horreur du mal seraient-ils supportables sans histoires, sans le format du livre, le cadre du tableau, la partition de la musique qui ordonnent les événements, nous les révèlent, les travestissent, les embellissent, les décorent, leur donnent un sens et une vérité plus vrais que la réalité.
La vie, elle, ne va vers rien. J'écris des fables pour donner mon sens, ma vision du monde. Même si errer est bon, faire parfois comme si je savais où j'allais, réconforte. Fire exister ce dont je crois être la seule à avoir peur, fait reculer la peur et rencontrer les cent mille personnes qui partagent les mêmes pensées.
A chacun son désordre mental, à chacune sa richesse intérieure. Vive le kaléidoscope chatoyant de nos milliers de versions colorées ou moroses de chaque jour. Il nous faut continuer à tracer des lignes toujours nouvelles, sans cesse changeantes et qui se déplacent depuis le début de l'humanité plutôt que de nous enfermer derrière des frontières rigides qui nous engloutissent dans d'immenses zones d'ombre.
A bas les certitudes. Ceux qui ont inventé le story telling veulent fabriquer des gens simples et nous prennent pour des cons. Ils inventent des tranches de réalité, veulent s'accaparer notre théâtre intérieur, nous voler notre histoire en la mettant dans des cartons carrés, bien ficelés, tous identiques comme des sandwichs lyophilisés. Un univers entre deux tranches de pain de mie.

Mais c'est à l'intérieur du sandwich, sous les cartons, dans le noir, l'absence de lumière que s'embusquent les univers invisibles et précieux de chacun d'entre nous.


Le quotidien n'est merveilleux que brodé de mille points de détail.



mardi 1 juin 2010

éros disparu



où es-tu mon éros ?
te caches-tu ?
inspiration échappée
moment blanc
petit enfer de la disparition
aspiration au rien
en repos
évaporation du désir
traverser le désert ressource
patience,
confiance
dans une embellie de soleil
sensuelle
attendre
ta réapparition




dimanche 30 mai 2010

Les mots du dictionnaire

Eros n'existerait-il que pour peupler Les Enfers d' Embellies malignes? Passé Le Styx, franchies les portes, les passions, les pulsions, répulsion, "le jardin des délices", tentations délicieuses, à fleur de peau, à fleur de coeur, à corps perdus, à corps défendus et à corps défendants pour coeurs ouverts, à portée de mains, à portée de voix, de murmures en parjures, bouches enlacées pour serments haletés, temps oublié, lascif, roulé en boule dans les recoins souvenirs, usure, corps effleurés, amours en fuite, chuintements, âme en sourdine, larmes de sang, silences, le grand silence.

mercredi 26 mai 2010

mots du dictionnaire

Je ne crois pas que j'ai EMBELLI, mais grâce à la potion que j'ai prise j'accepte d'être telle que je suis, ne me demandez pas la recette vous ne la trouverez dans aucun manuel de cuisine.
Avant c'était ENFER et maintenant un coin de paradis c'est ouvert. Oh rassurez vous , je ne vais pas y monter demain, je suis devenue païenne, je crois même que je me suis trompée, j'ai peut-être invoqué cette divinité de l'amour EROS au lieu de Marie le résultat est là, je me trouve plus belle, me voila vaniteuse tant pis encore un péché de plus.
Que de pardons à demander mais je suis réconciliée avec moi même.

jeudi 29 avril 2010

Dictionnaire : lettre D


Couchée sur la dune je suis la danse arquée des voiles colorées défilant sous le vent.

La mer dans sa régularité répétitive et monotone me berce et vide lentement mes pensées. Mon rythme interne se branche peu à peu sur le sien qui a le pouvoir de dissoudre les tensions, défiler la bobine des pensées, détricoter l'angoisse pour les remplacer par sa propre liquidité qui fluidifie l'esprit. Les vagues défilent sans interruption, en file indienne, se courent après essayant inlassablement de se rattraper pour venir s'échouer en voile de dentelles frangées et écumantes. Envolé le dard de chalumeau des pensées enfermées qui taraudent et rongent.

Je suis parfois distraite par la claque du ressac qui se retirant laisse pendre la robe mouillée des varechs sur les rochers déchiquetés et révèle les multiples dards des oursins à mes pieds.

Les vagues roulent sans fin, s'amplifient, s'émulsionnent ; dans leur mousse crèvent et s'apaisent toutes les émotions. La mer ressasse pour moi, devant elle je peux enfin cesser de ressasser.


mercredi 21 avril 2010

défiler (des objets corporels chaussés sur têtes, s'exhibent en file indienne le long d'un podium en forme de T, devant un public ébahi) ; défilé : mes chapeaux roulent à vélo, un rêve se réalise, et je m'en amuse follement... surtout lorsque le seul membre masculin de la folle équipée, seconde d'inattention, petit moment de distraction, (un ange passe, et l'on se prend le pneu avant dans la moquette rouge), plonge tête la première, par dessus son guidon ; le jeune homme coiffait une marguerite ; ce chapeau-fleur sans pistil ni pollen, déployait ses pétales papier autour d'un coeur de ficelle ; alors, il pourra toujours secouer son ample couvre-chef, au gré d'acrobaties cyclistiques, il n'attirera à lui nul guêpe à dard menaçant (vous savez, la partie inférieure de ses insectes en corset rayé, qui suscitent la peur de la piqure ou mon inquiétude quand mon chat se met à vouloir les attraper), mais un ballet de jolies donzelles vrombissantes et virevoltantes.

dimanche 11 avril 2010

MOTS DU DICTIONNAIRE

Mélancolie du dimanche soir,

Je n'ai plus envie d'écrire,

je le faisais parce qu'un DARD m'avait piqué,

et par DISTRACTION  son venin je ne l'avais pas enlevé,

j'étais contaminée,

je vais encore une fois,

me  DEFILER,

et dire qu'à ma place

d'autres n'ont qu'à continuer.

Publié par Jeannine

vendredi 9 avril 2010

Mots en C

 

Carrière :  Ce sont les yeux qui s’insinuent dans la terre, et alors c’est chercher, gratter, fouailler les entrailles qui importe. Il faut que la peau se frotte à cet épiderme rugueux, que les ongles se cassent sur un grain de cette pierre qui continuera sa vie, posée sur une étagère. Elle entame  alors une nouvelle carrière.

006

Célibat: il y a celui qui le subit et qui recherche vainement l’âme soeur.

               il y a celui qui le revendique et l’honore comme un totem; pour rien au monde, il ne s’apparierait.

               il y a celui qui l’intercale entre deux unions, comme un passage à vide.

               il y a celui qui n’a pas le choix, ou ne l’a plus, enfin c’est ce qu’il a choisi un jour.

               il y a celui qui en rêve et qui s’accorderait bien, de temps à autre, des plages de saint célibat.

Corriger: c’est le stylo rouge qu’il faut pour cela, pour bien souligner la faute, l’enfoncer dans l’orbite, la tatouer sur la pupille.

Quant à corriger une trajectoire, ce serait empêcher une dérive, redresser le cours d’une vie, arracher les herbes folles, casser les lignes brisées, pour tracer une ligne droite.

J’aime les herbes folles.

010

jeudi 8 avril 2010

cadavre S exquis

G,

arrivée de votre lettre tout à l’heure, et me voici célibataire, (du genre actif ou passif je ne le sais pas encore, comme j’entre dans cet état qui m’est si peu familier ...) ; libérée d’un lien qu’hier encore j’imaginais indestructible, tandis que se diffusait de vous à moi ce sentiment «d’intranquillité» dont vous parlez ; notre histoire, plus encore que ma carrière d’artiste, me semblait essentielle autant qu’elle m’inquiétait ;
une évolution de notre relation, vous côtoyer avec les «autres» ou «une autre», je ne le souhaite pas ; l’instant est au désir du silence-absence, me re-créer, reconstituer le vide de vous autour de moi ; nécessité donc, d’ignorer où vous êtes et ce que vous faites ;
de mariage entre nous, il n’en était pas question tant j’essaie d’esquiver ces liens en formes de cordes ou d’anneaux, témoins publics de nos attachements ; alors, comment conjuguer sentiment amoureux et liberté ? comment corriger ces errances qui me dispersent à tous vents sans me sentir prisonnière dans la cage dorée de l’amour voluptueux ? ces derniers temps, peut-être, quelque chose au fond de moi rêvait une forme d’engagement ;
cela n’aurait rien changé à l’affaire car vous êtes homme à préférer toujours l’ailleurs, l’inconnu, le nouveau, «l’autre», cette sève jeune et fraiche, dans laquelle vous puisez inlassablement votre énergie créatrice ;
votre anatomie me manque déjà, mais je sais pouvoir rencontrer encore un corps qui m’inspire autant ;
qui me manquera le plus ...? est-ce votre corps ? est-ce vous ? ou l’idée que je me faisais de nous ? en attendant, je vais m’employer à «prendre soin de moi» pour me distraire de vous, oublier vos mains sur ma peau, vos lèvres, votre...
dès l’origine il y eu entre nous l’évidence de l’amour, du corps contre corps ;
«c’est fini !» me dites-vous et je vous réponds que je suis d’accord pour le mot FIN, pour que l’histoire se termine sans histoire.

S.

avec :
les mots que je donne à ma voisine ange-gabrielle,
ceux que je reçois de mon voisin grandpierre,
les 3 mots en C de mars de béatrice.

jeudi 1 avril 2010

Lettre C

CORRIGER




Une petite fille qui
n'ose sombrer dans le sommeil.
Chaque nuit, la terreur.
"Bonsoir papa, bonsoir maman"
Interminablement répété.
Une nuit, le père frappe
fort.
Des semaines durant
la main imprimée sur la cuisse
de la même couleur que la glycine
sous laquelle se cache la fillette
pour se repaître
de toutes les nuances arc-en-ciel
de l'ecchymose.


CELIBAT



Jadis c'était une tare. Encore à la campagne.Pas de femme pour la soupe. Pas d'homme pour le bois. Ni descendances, ni rires, pas de vieillesse assurée.
Longtemps, j'en ai eu un pour voisin. Le soir, de ma fenêtre je le voyais servir deux verres de vin sur la table en formica. Il trinquait. A tour de rôle, il buvait à l'un ou l'autre verre, discutant âprement avec son invisible interlocuteur.



CARRIERE



Nombreux furent ceux qui périrent de froid et de faim dans les carrières des goulags. Leur seul soulagement : l'autorisation parfois d'allumer un feu le soir.
Tous assis pour tenter de se réchauffer, dans les flammes crépitaient leurs souffrances et leurs égarements. La lueur des flammes éclairaient avec la certitude de la mort les brûlures et les déchirements de leurs muscles. Parfois, quelqu'un entonnait une faible monodie, sa voix de sable effaçait alors toute trace de mal. Au loin, la lueur faisait un tremblement dans la nuit, comme un appel lancinant.




mercredi 10 mars 2010

Mots en B. Dictionnaire

Biais, Biais, disait le mouton, dans sa langue étrange. Il avait un défaut d’élocution. Il avait un défaut de locomotion. Il partait toujours sur le côté, sur la gauche de préférence, badinant, essayant de nouvelles recettes d’herbe folle qui ne le rendait pas fou pour autant, tandis que l’ensemble du troupeau allait tout droit tête baissée. « Il faut avancer », disait le chef, « sinon on recule » mais lui savait bien ou pressentait plutôt qu’à force d’obéir à l’ordre, certains de ses compatriotes s’étaient retrouvés en charpie au bas de la falaise.. D’aucuns avaçaient une autre hypothèse : Dans sa jeunesse sa mère avait fréquenté des moutons sauvages élevés dans les livres d’Haruki Murakami, l’écrivain coureur japonais au regard si triste. Ça n’expliquait pas tout, mêêêêhhhh…

Boulevard
“On the Boulevard on broken dreams”… “I walk alone »...
se disent ces milliers de manifestants (quelques centaines suivant la police) qui arpentent depuis tant d’années l’asphalte, sans qu’aucune de leur chanson ne devienne jamais un tube.

Brasser

Du vent, des idées, des idées, du vent. Parfois ça finit en choucroute ; ou en bière ; car, qui trop brasse, trop vite s’éteint.