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samedi 2 avril 2022

La pie de Monet

Lumière dedans posée sur son buvard de brume

caché dans le tableau sur le mur du docteur

fantôme de mon frère au fond du paysage

un dimanche d'enfance à la doublure grise

l'image qui flamboie dans le soleil d'hiver

dans la rue tout au fond à l'orée des malaises

son corps est une terre, son sang bout en douceur.

il piétine la neige en criant de bonheur

 

le portillon de bois entrouvert de guingois

laisse passer le flot de lumière encadré

aucun pas dans la neige la marque n'est pas là

 

la pie qui se repose, trois heures quatorze fois

seul élément vibrant dans ce décor de soie

la pie qui se demande où trouver quelques graines

des micro-mammifères, des insectes sournois

mon œil mal interprète midi à quatorze heures

brouillard bien à l'abri

composition parfaite

quelques toits, quelques troncs,

maisons endimanchées de lumières violettes 

après-midi qui sait comment le crépuscule

quand on n'a pas le coeur à faire du soleil

et qu'on voit une pie faire beau dans le décor

et qu'on voudrait que loin de ce badigeon tendre,

comme certains oiseaux se cacher pour mourir

 

ce qu'il y a dans les yeux de celle qui regarde

un souvenir captif, une mise en abyme

Un fantôme sans chaînes

des arbres ensommeillés

nous n'atteindrons jamais cette fonte des neiges

et ces brouillards givrants au dessus de nos yeux

nous resterons tapis à regarder la pie

attendre que l'enfance fonde en métamorphoses

et qu'on glisse dessus comme un verglas sanglant

que la lumière inonde éclabousse éblouisse

que finisse l'angoisse, que commence la joie !

 

dimanche 20 mars 2022

Portrait de Madame Redon brodant (Odilon Redon)

Des mondes vides et calmes

Le sang s'est retiré

Madame Redon brode et pense à ses amants

L'araignée souriante lui apporte du fil

Le ciselage aigu du cri des sémaphores

Le motif éperdu sur la chasuble d'ange

Sur sa peau de drap frais Madame Redon brode

Ecrivant son histoire au point de croix compté

Ce que l'on n'a pas vu on se risque à l'entendre

Les vagues se fracassent à ses tempes assourdies

Pénélope à ses heures

Le goûter étant pris 

Jeune Odilon timide

sous ses jupes vertige

Les grands rideaux des ombres 

les noirs de ses envies

Sa peur pour tout visage

et les coquelicots

des lèvres de sa mère

pour terrible alibi.

Madame Redon brode et tisse des silences

Lui en fait des tableaux

Son enfance s'écoule en élixir doré

qu'il dépose plus tard

dans les bleus dans les livres

les bouquets d'anémones

le monde rendossé

les vagues torsadées

Madame Redon brode

son fils à ses côtés

les bouquets sur les tables embaument en secret

un pétale s'étale une fleur se défait

dans les cheveux si noirs une fleur a poussé

Aucun air de famille

et l'araignée sourit

et le bouddha sans date au bord de son jardin

Sur un rail d'étincelles

au fond du pot aux roses

se joue notre destin


Odilon Redon
Portrait de madame Redon brodant
En 1880
Pastel sur papier
H. 58,0 ; L. 42,0 cm.

© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

  • Jusqu'en 1982, dans la collection de Mme Arï Redon, née Suzanne Dujardin
  • 1984, accepté par l'Etat à titre de legs de Mme Arï Redon en exécution des volontés de son mari, fils de l'artiste (comité du 24/06/1982, conseil du 30/06/1982, arrêté du 13/07/1984)
  • 1984, attribué au musée d'Orsay, Paris

mercredi 2 mars 2022

à l'arrière-plan

à

l’arrière-plan

d’un monde dont on

ne sait pas grand-chose

mais qui continue de poser

question – le regard ne s’ouvre

qu’à demi – sur les reflets de vieux

papiers jaunis – aux couleurs désuètes

et surannées – mais dans une inlassable

naissance – à nous remettre encore au monde

et tenter de voler avec les voix du vent ce qui encore

palpiterait au bord de nos chemins – ou ce qui au fond

de nous émerge des entrailles de la nuit avec un peu des

leurres des lueurs du jour – et des couleurs qui suintent sous

celles déjà enduites – certitudes qui vacillent dans l’empâtement

de paysages en clair-obscur – aux glacis aux lavis aux ombres aux

repentirs aux textures aux camaïeux aux vernis aux aplats aux matières

tout ce qui se crée derrière le rideau des pupilles où l’infini clapote encore


Codicille: 9 Contraintes liées à la deuxième série autour d’œuvres peintes

travail sur le détail/ expression qui commence par à/ à seul sur la première ligne/ disposition en pyramide/ nombre de lignes fixe : 18/ pas de majuscule/pas d’autre ponctuation que le tiret/ insertion de bouts de phrases donnés/ une contrainte secrète