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jeudi 20 juin 2013

Départ différé

Ce matin, le ciel est si bleu, mon coeur si gonflé, ma soif d'ailleurs si forte que, plus encore que d'autres jours, j'ai, non seulement envie de mettre les voiles, larguer les amarres, m'échapper d'ici, mais d'enfourcher ma machine à explorer le temps. Changer d'horizon ne suffirait pas à assouvir cet impérieux appel d'air.
Par une porte basse dans une maison génoise d'où suinte la ferveur de la mélancolie, je me glisse et mets en marche la machine à rêves. J'introduis les différents paramètres : ciel, identique à celui de ce jour ; chaleur, heure matinale et luminosité, également. Je modifie personnages, décor et époque. Pour cela, je dispose en tout et pour tout d'une pointe de crayon, d'une gomme et d'un petit calepin que je replacerai dans la sacoche arrière-droite. Après environ trois minutes d'intenses pédalages le départ a lieu. Je perds ensuite toute conscience de ce qui se passe et tout souvenir de ce qui advient pendant le séjour. De retour, je suis au même endroit dans un état d'apesanteur où aucune gêne ne me parvient, aucun bruit ne m'atteint, aucun geste ni parole ne me blessent.
Je flotte et suis bercée par l'éternelle rotation de la terre, enveloppée par l'air parfumé qui s'écoule lentement sur ma peau. L'univers entier m'est tendre, tiède et aimant.
Mais toi, lecteur, quand je t'aurai chuchoté que cet état est éphémère et toujours à ré-inventer, alors tu sauras que tout cela n'est qu'un voile parfumé cachant l'éternelle douleur de la nuit, que rien ne nous appartient mais que l'on peut ajouter de la beauté au monde.



samedi 25 mai 2013

CREUX

Vous ajouterez de la beauté au monde. Il en a grand besoin. Saturé d'objets, de signes, de règles ; monde hérissé de pointes de sonnettes aiguës, de faits arrache-coeur, l'un gommant l'autre, mais stratifiant la terre de poisons scintillants. Rien ne nous appartient.
Décide toi à me rejoindre du côté des histoires mortes. Je m'écaille, je pèle, j'ai beau m'hydrater, me pelling-uer, me rhassoul-er, muer, impossible de désincruster la tristesse de ma peau de chagrin ; tristesse tatouage sur le grain de papier.
Je marche dans la rue, au hasard, sur des surfaces molles et gluantes ou si dures et glissantes qu'elles me raidissent les talons. Pas de prise. Aucune porte à laquelle frapper, si ce n'est à celle d'une maison d'où suinte la ferveur de la mélancolie. Les organes de la cathédrale de mon corps jouent leur partition particulière, autobiographie à usage interne, la rate de mon spleen raté, le pancréas de mes blessures béantes mais cachées, la blessure noire de l'encre des mots tués, le remugle de mes serpents digestifs enroulés sur leurs terribles batailles, quand les corps se laissent aller à leurs fluides, jamais aucun poème n'aura cette force.


Du courage, pour la femme,
Du courage, pour la femme.

La nuit ne communique plus avec le jour. Mais elle l'attend, comme si le jour allait sauver les meubles, comme si l'espoir de la lumière permettait l'espoir insensé de la délivrance.
La machine à explorer le temps s'est arrêtée sur une date annexe ; quel genre de garagiste trouvera la panne ? 
- Un peu plus haut mon brave, allez jeter un œil du côté du  cœur
    qui bat, qui bat 
qui flotte au vent comme un étendard dans l'éternelle douceur de la nuit.