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dimanche 12 mars 2017

Je luis avais bien dit que...

Je lui avais bien dit que je n'aimais pas le rouge.
Sous prétexte qu'il aime les cerises, les steaks saignants et respecte le code de la route, il m'a offert cette robe écarlate. Il est égoïste et mesquin
Quand je suis partie arpenter la rue de ce village, il y régnait une atmosphère de fournaise. Lui, il paradait sous son panama, moi j'essayais de me pavaner dans mon fourreau sanglant. Personne pour nous regarder passer. Mais peut-être nous épiait-on à travers les persiennes, derrière les vantaux, à la crête des éventails.
Au loin, on entendait parfois une clameur. Je lui disais rentrons, j'ai trop chaud, les talons me tordent les chevilles, ce qui entre nous est assez paradoxal, me répondait-il avec justesse.
Il jubilait, exhibant à son bras la plus belle des saucisses qu'il eût jamais conquise."La vie elle-même n'est-elle pas ce grand instrument que le Seigneur a négligé d'accorder ?" me dis-je en contrepoint.
La clameur s'amplifiait. Une grande vague de "olé" lancinants.
Je me tordais les chevilles, il me retenait par le coude. Nous avancions dans cette rue sans fin, sans âme qui vive, comme dans ces westerns où à l'horizon de la rue est peu à peu sculpté le mot FIN. Soudain la foule hurla. Puis plus rien, comme une transparence, un arrêt de mort.
Nous nous immobilisâmes. Surgi de nulle part, un immense taureau noir et baveux et luisant et sanguinolent, qui n'en avait pas fini de sa colère, me fit face, contemplant ma silhouette luisante écarlate suante, mais pas baveuse ni encore sanguinolente. Il racla le sol comme le lui avait appris ses ancêtres; me chargea et m'encorna.
Sur ma belle robe rouge, le jus sucré des cerises de mon sang factice repassa une deuxième couche de rouge. Le médecin remplit l'acte de décès puis il me ferma les yeux. Rideau.
Pour la prochaine prise, il faudrait me procurer une nouvelle paire de talons aiguilles.

la consigne de Linette, juste un peu en retard

 y avait ce petit texte et puis aussi écrire un texte avec le début "Je lui avais bien dit queet la fin Le médecin remplit l'acte de décès, puis il me ferma les yeux, rideau. imposés (avec délicatesse)

lundi 6 mars 2017

La nouvelle à chute

Je lui avais bien dit que je ne savais pas raconter les histoires. Il insistait pourtant. Nous nous connaissions depuis deux heures. Quand je le rencontra, la neige s'abattait sur la montagne. Nous marchions sans voir à plus d'un mètre. Il faisait partie d'un groupe de quatre randonneurs. J'étais seul. Le refuge devait se trouver tout près de nous. Il était tôt dans l'après-midi et nous étions frigorifiés. Découragés. Soudain - j'appris plus tard qu'il était médecin - il hurla en faisant des gestes désordonnés. Le refuge était là, face à nous.
Nous nous engouffrions à l'intérieur
Entourés des ténèbres engourdissant nos corps.
Le médecin entreprit d'allumer le poêle à bois devant lequel nous nous serrions bientôt, assis par terre. Il nous fallait attendre, attendre que la journée s'écoule, demain la météo serait meilleure, peut-être.
L'ennui s'empara de nous. Un autre compagnon de naufrage proposa que nous racontions une histoire, à tour de rôle, pour faire passer le temps et la faim.
Quand ce fut à moi, je ne sus que dire. Avec entêtement. Ce qui agaça le médecin:
Je leur devais bien ça ! Sans eux, sans lui surtout, que serais-je devenu ? Une momie ?
Il commença à s'agiter, aussi dingue que lorsqu'il avait aperçu la cabane tout à l'heure. Il se leva, me menaça de toute sa masse, gauche et lourde.
Ses collègues le regardaient faire, sans le raisonner. Il semblait décompenser de l'aventure et de bien d'autres choses que j'ignorais.
Plus il s'énervait, moins je ne pouvais parler, encore moins retrouver des souvenirs ou inventer un conte. Soudain, il prit le bâton qui lui servait de tisonnier, le dressa au-dessus de mon crâne.

Alors dans un dernier souffle, les larmes tremblantes, je proposa que nous composions un texte, chacun ajouterait une phrase à celle que je prononcerais d'abord :

- le médecin remplit l'acte de décès

- puis il me ferma les yeux


- rideau


- ...

dimanche 5 mars 2017

La nouvelle à chute ,

Je lui avais bien dit que je n'appréciais pas la laine, en effet il n'en avait jamais été question. Tout cela était prévu et il me connaissait depuis toujours, de sorte que toute nouvelle explication m'avait semblé inutile. Ma mère laisser rouler ses larmes à leur gré en chuchotant : - Marcel s'il vous plait laissez lui porter sa robe en coton, je sais que nous sommes en hiver, elle aussi le sait bien. Mais c'est un jour particulier, alors quelle importance ? Marcel restait sur son choix , inflexible mais doux , me caressant délicatement les cheveux. Sa main glissait involontairement sur ma joue lorsque je tournais la tête sur la gauche pour regarder les flocons tomber et adoucir ma déception. -Non , disait -il gentiment , elle aurait froid. Je saisissais le coton de ma robe déposée avec soin près de moi et , entre le pouce et l'index, faisait glisser l'étoffe d'avant en arrière jusqu'à ce que je décide de lâcher prise sur l'aimable sourire de Marcel. Le médecin remplit l'acte de décès, puis il me ferma les yeux, rideau. 

samedi 3 mai 2014

ça, y est, je suis devant l'armoire




Depuis quelques jours déjà, plantée devant l’armoire
Hésite à l’ouvrir
La météo est changeante, je ne saurai quels oripeaux choisir
Oripeaux de vache, oripeaux de tigre, oripeaux de bébé
J’imagine
Des vêtements noirs, teints à la va vite, pour faire face à des deuils
, mités
Des vêtements démodés, mais je me fiche de la mode comme de ma première chemise
de nuit, comme de jour , je privilégie le confort au look
de bouc
dans l’armoire familiale,
Les fringues de ma mère, toujours,
Fidèle entre les fidèles,
Mais comment la renier ?
Parfois on lui achetait des vêtements qui l’auraient fait ressembler
A la mère qu’on aurait voulu montrer
On avait tenté le pantalon
Je me rends bien compte, ventre venant, combien il n’est besoin de ne point
Etre manif pour tous pour s’éviter de porter les braies
Ça fait mal, ça coupe en deux, ça irrite la foufounette

de mes oncles,
Non, je plaisante
Ils sont tous au paradis
Au paradis des carottes, des racines qui font les arbres
généalogiques
Le printemps est en avance, puis recule de deux cases
De deux degrés sur l’échelle sous laquelle il porte malheur de passer
Je pourrais me draper dans ma dignité, mais je l’ai déjà fait
Ce ne fut pas très concluant
- Que dit le code vestimentaire ?
- Le sac poubelle ne convient pas
A moins de s’en servir de sudisette, pour faire fondre les bourrelets audacieux.
- Tu ne vas quand même pas sortir comme ça ?
-          non mais t’as vu comment t’es attifée ? quelle farouille !
du rouge avec du rose, pfff !
Eh ! on voit ta culotte,
ça m’étonnerait, j’en mets jamais !
Mademoiselle votre combinaison dépasse
-          ça m’étonnerait j’ai un panty !
dans l’armoire familiale, je prélevais quelques beaux vêtements de ma si élégante
autre petite sœur
par la taille
un soutien gorge rembourré, pour faire croire que j’en avais
moi si longtemps plate
qu’est ce qui fait pousser les seins tout à coup ?
quel élixir ?
elle si généreusement pourvue de belles mamelles bien rondes
une mini jupe rouge à plis
une  petite veste à fines rayures, d’un chic !
un jour j’ai hérité d’une armoire, je ne sais pas pour combien de temps en fait
ça allait avec un lot soumis à gardiennage
il y a un tiroir, avec dedans, les clés d’un mystère
on m’a dit « peux-tu garder ce naufrage ? »
il me semble que le phare luit toujours
que la tempête n’a laissé que des coquillages un peu ballottés
mais le tiroir est toujours vivant, et lorsque je l’ouvre, j’entends la mer.