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mercredi 11 juillet 2012

les jabonsais sont de fameux montagnards

"les Japonais n'ont jamais marqué le moindre intérêt aux imaginations d'un monde de l'au-delà"
Sommes nous des montagnards ? Sommes-nous des prophètes ? 
que savons-nous des Japonais ?
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?

elle dit : 
Les Japonais vivent toute la journée avec des fantômes
je dis : 
Je vis avec des fantômes
Je vis toute la journée
Je suis Japonaise

Les fantômes habitent avec nous. Ils cheminent à côté de nous dans notre monde. Ils ne sont pas dans l'au-delà, ils sont avec nous, ici et maintenant. parfois ils sont encore des gens vivants, mais absents et dont la trace perdure à côté de nous alors qu'ils vivent leur vraie vie plus loin, ailleurs, dans les montagnes.

Sommes-nous des montagnards ?
Sommes-nous des fantômes pour d'autres ?

j'étais au premier rang, toute de curiosité et d'ouverture. Ito Naga et pas le moindre gène de Japonais dedans, sur au moins 15 générations.

Il arriva que son regard accroche la paroi de mon regard et que pour ne pas sombrer dans le vide de sa timidité, il y reste suspendu, phrase après phrase et chaque je sais s'égrenait de ses lèvres et ses yeux le guidait jusqu'à mes yeux, qui me servaient pour la circonstance d'oreilles. je sais... J'essayais parfois de ne pas savoir et de laisser les autres en profiter aussi, mais je devais être à la bonne distance, physique et d'écoute et ses escapades fugaces le rendaient mal à l'aise et il revenait m'offrir une nouvelle salve de phrases, un nouveau morceau de ce japon qu'il savait.
J'ai ouvert ce livre bien des fois depuis, l'ai prêté, l'ai utilisé à d'autres fins. L'ai réentendu, toujours lui lisant, mais fantôme redevenu chair, le charme n'a plus opéré. Puis le charme est revenu.

L'eau de là. Aucun parfum encore ne porte ce nom. "l'eau de là", un parfum aux odeurs de nos bien-aimés, une odeur de cerisier japonais, de prunes salées, une odeur de tsunami. une odeur de Nagasaki , une odeur de Fukushima.


Les japonais n'ont pas d'intérêt pour les histoires d'outre monde. Ils y vivent déjà.

lundi 9 juillet 2012

auto-portrait

Les textes doivent débuter par ce passage tiré d'un livre de la bibliothèque de Natô, tirage au hasard-faisant-sans-doute-bien-les-choses:  "les japonais n'ont jamais marqué le moindre intérêt aux imaginations d'un monde de l'au-delà" (de l'anthropologue Ruth Benedict, Le sabre et le chrysanthème) ; 
2ème consigne (boîte à questions) : Sommes-nous tous des montagnards?



Les japonais n’ont jamais marqué le moindre intérêt aux imaginations d’un monde de l’au-delà. Les alpinistes japonais ont gagné les sommets par-delà le monde. Ici-bas les sylvains montrent le chemin. Sous-la-mer, la nymphe d’eau protège les jeunes femmes en fleurs. Et les lapins ?  demande l'ami garenne : Toi, tu es né d’un puits sans fond et d’un éléphant évaporé, bafouille le cerf blanc, et Moi j’apparais dans les rêves gelés quand l’esprit de la mort appelle à son bon souvenir. Et Moi mot-à mois mauah-miaou- soupire le chat Totoro - mon père était fermier et ma mère aidant à la ferme le jour, le soir  la belle se faisait grue tisserande. Un petit matin, on retrouva un oiseau sanguin, dépouillé, pelé,  et à ses côtés : la plus belle étoffe en plumes de tout le japon. Depuis, mon pelage est gris et ras et doux et tendre, mais je ne me transforme pas pour autant en rat des champs, en rien-à-dire, ni en rien-à-déclarer.
Les japonais n’ont jamais marqué le moindre intérêt à la mort, aux vaches sacrées, au Gange. Ils pourchassent les fantômes en kimono, les âmes planantes au-dessus de Tokyo, les tortues téléportées dans les airs par des hérons cendrés, les mourants jusqu'aux sommets enneigés, les voleurs de châteaux dans le ciel là-haut. Au-delà  ici-bas. Ici-bas par-delà, lalalala. Sans coton ni nylon, sont-ils montagnards les japonais ?
Les japonais n’ont jamais marqué le moindre intérêt à moi, ni à toi d’ailleurs, ni à nous, ni à eux, ni à elles, ni même à vous..................................ni à aucun pronom.
Sommes-nous tous des japonais ?



mercredi 20 juin 2012

yoyotons !


Pièce en 3 actes : 
Acte 1 : (repas de famille ; enfant 1 : garçon, 13 ans et demi ; enfant 2 : garçon, 13 ans et demi et 20 mn)
            -elle : « les enfants, j’ai une question. A votre avis que veut dire  Yoyoter de la touffe ».
            - enfant 1 et enfant 2 en même temps : (ils poussent de rire)
            - enfant 2 : ben... pourquoi ? (refoulant un fou rire)
            - elle : c’est une expression, j’aimerais savoir ce que vous en pensez
            - enfant 1 et 2 : (silence gêné et rieur)
            - enfant 2 : c’est un mot... grossier ?
            - elle : non, pas spécialement, peut-être... allez ! En toute liberté, qu’en pensez-vous ?
            - enfant 1 : (très gêné) ben... c’est en bas... hum...
            - enfant 2 : (il confirme) oui là enfin le... bas du pantalon quoi
            - (les enfants n’osent rire)
            - enfant 2 : c’est... bouger le....
            - enfant 1 : et d’où tu connais ça ? ça vient d’où ?
            - elle : c’est dans un livre d’expressions, comme « peindre la girafe »
            - enfant 1 : ah... ben oui... c’est...
            - enfant 2 : whouais, quoi : c’est clair.

Acte 2 :  (apéro avec des copains).
            - elle : avant de partir, je voulais vous demander ce que vous comprenez de l’expression...
            (copains, ils répondent en même temps, brain-storming)
            - tourner en rond -
            - autre nom donné à quelqu’un qui a Alzheimer ; déraisonner ?
            - Il croit ce qu’il dit !
            - cheveux sur la langue -
            -  la grand-mère yoyotte de la touffe -
            - deux lesbiennes en monokini qui font du tandem dans une côte -
            - une fille qui fait du vélo -
            - c’est sexuel ?

Acte 3 : (en fin de journée, après de longs échanges mail tout l’après-midi, pour un travail formel et certainement inutile)

            - elle : c’est d’actualité, savez vous ce que veut dire .... ce peut avoir un lien avec ce que nous sommes en train de faire.
            - Un collègue : enculer les mouches !
            - Le second collègue : cela veut dire être un peu barge, non ? Et d'ailleurs, notre métier sociologue, vous savez ce que c'est?  celui qui fait les sauces (dixit un enquêté de 8 ans), je vais retourner dans ma cuisine et fermer le mail!
            - Elle : bon, je crains qu’on soit en train de peindre la girafe !
            - Le collègue : et en même temps on s’en tamponne le coquillard !

lundi 4 juin 2012

Des girafes à peigner


 sur le blog
http://au-bout-de-la-route.blogspot.ca/2012/06/quand-la-france-pensait-girafe.html#more


http://curiosaetc.wordpress.com/2012/01/15/la-france-la-premiere-girafe/

dimanche 3 juin 2012

pars courir


à tous ceux qui s’enlisent ...
 lire, écrire, dire  
fais le girafon 
peigne la girafe 
à cheval sur son dos 
prends la clé des champs 
doigts dans les cheveux 
pars au travers 
va courir 
parcourir 
les bruits de la vie 
guilledou 
fais le buisson creux 
le chat qui ronronne 
le diseur de voyelles 
roule toi par terre 
à travers chants 
à cheval 
sur le dos 
pendant que les autres se taisent 
souffle tes sons 
girafon 
dans les buissons 
au creux 
du cou long
dis tes secrets 
et yoyotte de la touffe



   

vendredi 1 juin 2012

chemin des ânes


 Le chemin des ânes s’invente entre le four à pain et le bassin des lavandières, il fuit le village, courre le guilledou durant 8 kms,  salue la madone yoyotant de la touffe dans  sa boîte  grillagée remplie par les prières contradictoires des marcheurs. Marcher. Patiner sur les cailloux glissants. Pendant que certains randonneurs se taisent rêvant à leurs secrets ou conjurant leurs démons, d’autres s’épuisent en vaines conversations. 
Le chemin s’enlise dans les pierriers, vaguement balisé par les cairns se devinant au creux des buissons. La montagne ne fait pas silence. Elle crisse,  tambourine à chaque détachement de rocher.
Le chemin des ânes se hisse tel un cou de girafe et les pas prennent la clé des champs avec entorses et fêlures, crachas et essoufflements. Ca sent l’arnica sur le chemin des ânes. A l’imitation d’un bêlement, par un promeneur zélé, les brebis rompent leur belle hiérarchie, et la prairie se peint de mille tâches blanchâtres et grises. Pourtant, lors des messes, le curé avait loué les moutons bénis par son dieu.
Le chemin des ânes débouche sur un lac violet, où se reflète la carte des sommets repliée dans le guide touristique. Mais l’orage arrive. Il faut redescendre ou se cacher sous un arbre, heurs !  Il n’y en a pas.
Le chemin des ânes se fait patinoire, les corps tombent, s’emmêlent au milieu du carnage des bêtes à laine dont l’affolement a attiré la foudre. 
Au bout du chemin, les chèvres et les ânes arrivent au refuge, ayant coupé à travers la prairie. Bêtes  perdues pour l'esprit sain, mais en vie. 

mercredi 23 mai 2012

là où l'on lance le pas


Ce que l'on nomme chemin, trajet, itinéraire - c'est à dire là où l'on lance le pas – n'est rien d'autre qu'un sillon creusé, à intervalles réguliers, depuis tant de temps ; et , même si on voulait en rester au premier regard, dans cette ville là, c'est quelque chose d'impossible : comment retrouver le premier regard pour la ville où l'on vit...
S'obstiner, creuser, attendre. On finit par avoir le vertige de se trouver face à la lumière vacillante au vent de la nuit, sans savoir ce que l'on joue, au milieu de nulle part, et vouloir prouver juste qu'on a vécu, quand le temps s'accélère et, avant que notre ombre qui n'est pas électrique, disparaisse comme s'il s'agissait d'une lueur d'huile provenant d'une lampe d'astrakan. 
Alors on passe de rues en places, de fenêtre en fenêtre, on regarde par la porte ouverte dans les cuisines où – autrefois – on apercevait le foyer sur lequel des poêlons et des grosses marmites mijotaient et où – aujourd'hui – ne retentissent que les alarmes sèches de micro-ondes qui ne réchauffent guère  les souvenirs.
Reprendre son souffle, écouter ce que l'on n'entend plus et qui  pourtant longtemps nous a bercés, jeter quelques tendres murmures sur la ville qui doucement s'endort, se tenir au bord du précipice, l'émotion greffée dans le regard, méditer sur le pourquoi de mourir en hiver et puis, sans une hésitation – et le chemin ne serait-il pas qu'une suite d'hésitations – , fuir les impasses et se planter à un carrefour avec une envie de poursuivre  : être debout sur la route dans le jour commençant et fixer l'horizon.

mardi 15 mai 2012

Je voudrais en rester au premier regard


Je voudrais avoir, ou retrouver, le premier regard pour cette ville où je vis.
Celui que j'avais il y a trente cinq ans dans cette ville qu'on m'avait dite noire. Les premières rues dont je me souvienne sont les rues J Frappa et la toute petite rue St-Pierre qui de là rejoint la Grand-rue.
Arrivant d'une grande ville nord-américaine, l'étroitesse des rues dans lesquelles se faufilaient néanmoins des voitures, m'apparut alors totalement exotique. Les piétons, arabes pour la plupart, renforçaient encore mon dépaysement. Où étais-je ? Je ressentais le vertige de me trouver dans un vrai non-lieu. La langue que j'entendais, était bien la mienne, mais quel étrange accent.
Passant devant une porte entr'ouverte, j'aperçus un foyer sur lequel deux poêlons et deux grosses marmites mijotaient paisiblement. Ca sentait le couscous, à l'intérieur la lumière vacillait comme si elle n'était pas électrique et qu'il s'agissait d'une lueur d'huile.
Je ne quittais pas le centre par peur de m'égarer et de me retrouver au milieu de nulle part. Ici, tout était tortueux, étréci, rien n'était tracé au cordeau.
Au fil des jours, par petits cercles concentriques, j'agrandis mon rayon d'exploration et parvins jusqu'à la Grand-poste et l'avenue de la Libération. Les rues s'étaient élargies, à tous les sens du terme, plus larges réellement mais surtout mon oeil s'habituait aux espaces clos, sans horizons lointains.
D'étranges pyramides noires, tas de cendres – terrils m'avait-on expliqué – fermaient l'horizon.
Nous étions en avril, les rues regorgeaient de monde, les immeubles étaient repeints, la vie grouillait dans les rues, sur les places, cependant je ne pouvais m'asseoir à aucune terrasse. Cette ville ignorait les terrasses. Mais elle n'était pas noire.
De plus, il y manquait quelque chose de vital que je mis longtemps à identifier : une qualité de lumière, une transparence de l'air … C'était ça, la ville n'avait pas de fleuve, ni Rhône, ni Saint-Laurent au bord desquels j'avais toujours vécu.
Je me souviens avoir beaucoup aimé ce printemps où je marchais et qu'il m'a bien fallu aller jusqu'au printemps suivant pour édifier de vrais repères et perdre mon regard tout neuf.
A l'hiver, je tombais malade : pleurésie, fut le verdict. Durant trois semaines de fortes fièvres, je ne compris pas ce que mon corps et mon esprit jouaient : l'un, peu habitué à l'humidité, l'autre fortement malmené par tant de changements dans les mentalités, réagissaient vivement. Là, était le prix de mon accoutumance à ce nouveau pays.
Pendant les longs accès de fièvre, je me répétais « Pourquoi mourir en hiver, sous un ciel si triste, sans neige, sans ciel bleu et sans froid réel ? ». Dès février, les prémisses du printemps se humaient dans l'air, par la joie qui m'inonda, je compris que j'avais cessé d'être étrangère à cette ville. Tout en moi s'était ajusté à elle.

dimanche 13 mai 2012

A...


A la lumière qui se meure 
quand tombe le vent dans tes cheveux
A ces instants où s'attachent
tes secrets suspendus
A la nuit  bleue 
qui te vola  l’aube électrique
A l’oubli qui prend vie 
A la solitude 
A ton regard gai
qui tait les derniers mots
A ton rire 


Au vertige de la fin de vie 
sous les lueurs de ce printemps
A l’huile  du passé que rien ne peut enflammer
A ta patience suspendue aux dernières heures
A l’attente blanche
dans ta chambre d’hôpital
A l’agitation de la ville en liesse 
que l'on devine au loin 


A ces cinquante années 
dont trente à te connaître
A ces jeux théâtraux
jamais abandonnés
A celui que tu rejoins
parti trop tôt 


A la morphine
et ce peu d’eau que tu peux encore boire 
du bout des lèvres, du bout des lèvres...
A la peur qui se termine
yeux doux, yeux  fermés.

samedi 12 mai 2012

je voudrais



je voudrais en rester au premier regard
dans un vrai non lieu
être lumineux
je voudrais des pieds vernis rouge
éclaboussés de terre mouillée
je voudrais arroser le jardin
revoir la terre après l’hiver 
je voudrais un chemin qui descend vers l’eau
en rester au premier pas
au premier ferme les yeux
je voudrais avoir dans le noir
le premier frôlement
le vertige de se trouver
 sous la pluie
je voudrais rester là 
dans la rivière
je voudrais la nuit
au milieu de nulle part
le premier regard
pour la ville où je le vis






d'après la phrase de F.Hessel "Je voudrais en rester au premier regard. Je voudrais avoir ou retrouver le premier regard pour la ville où je vis"


atelier sur la terrasse de B

Je ne sais pas ce que je jouais, ni à quoi. ça ressemblait à une symphonie du nouveau monde, sauvage comme un paysage inhabité, un vrai non lieu au milieu de nulle part.
J'avais perdu ma partition et courais à ma perte, car ma mémoire aussi me faisait faux-bond. Mais comme il faut toujours aller de l'avant, j'allais, sans plus me poser de questions. Mes doigts gigotaient sur le clavier comme s'il eût été brûlant, ça s'envolait, mon vieux ! et les anges de se coller au mur et de s'accrocher aux rideaux pour laisser passer ce flot inninterrompu de musique céleste et ne pas se faire écraser ; le public en avait pour son argent, musique de chambre, tu parles ! ça faisait longtemps que les derniers endormis s'étaient redressés sans bien réaliser encore s'ils étaient tombés d'un cauchemar dans un autre, que les happy few des premiers rangs auraient payé cher (pour une fois) pour retrouver leur cuisine et leurs marmites qui mijotaient paisiblement sur le foyer, et pour être assis dans leur bon fauteil éclairé par une lampe d'astrakan. Les plus persécutés étaient les puristes qui comprenaient bien que quelque chose d'unique était en tarin de se produire, mais qui ne savaient pas comment le qualifier, dans quelle case le ranger, si c'était grandiose ou médiocre, et ça les tuait."Mais pourquoi mourir en hiver ?" se disaient-ils ?
Quant à moi je suais sang et eau sur mon instrument, remontant le fil de la journée jusqu'à l'instant fatidique que je vous conterai une autre fois, là impossible, marchant sur la pointe des doigts lorsque la honte était trop patente, puis vaincu une fois encore par l'appel du large, je replongeais à pleines croches dans la musique, puis pris de vertige, vacillant au vent de la nuit, JE SOMBRAIS.
Lorsque je m'évaillais, tout était blanc, sans relief, chirurgical. 
Un ange était à mon chevet et me souriait tranquillement.
"je voudrais rester au 1er regard" dis-je, et fermais les yeux sur cette lueur d'huile, sur cette douceur insupportable.


mercredi 11 avril 2012

Parce que nos roues elles sont vieilles

 
Dans la ville le ciel est courbe.

Ce manque d'horizon où je contemplais lever et coucher de soleils,cette absence d'appels d'un lointain illimité, absence de lignes d'arbres, de montagnes ou d'eau dans laquelle se reflètent TOUT le ciel, me laissent anéantie.
Je pense à tous ces mois passés sans écrire, sans penser, sans lire comme une écharde dans le coeur, à tourner dans ma cage, petites griffes d'écureuil s'agrippant sans parvenir à esquisser un geste qui entr'ouvrirait l'horizon.

Le ciel est courbe, neutre, en étages.

En un sens, la ville est un bloc et plus encore au plus fort de l'été, quand la nature, elle, est ouverte. Quand j'ai perdu l'horizon, j'ai perdu les pédales.

Le ciel est courbe, neutre.

J'aurais dû tout faire pour ne pas le perdre, enfiler mes lustrines, refuser, partir plus loin, même seule. Maintenant les espions sont dans ma maison. Les plus dangereux : ceux derrière mon dos, et les plus à craindre parmi eux, ceux qui arrivent par derrière et peuvent simplement en tendant la main, se saisir de mon âme qui flotte un peu au-dessus de ma tête, me déposséder pour toujours de la seule force centrifuge qui reste encore en moi et me tient ensemble et qui peut-être, un jour me ramènera à la vie. C'est le vent de la ville qui me les a envoyés. Ce vent chaud pénètre jusque dans les coins les plus reculés alors ouvrir les fenêtres il le fallait bien, il faisait si chaud. Comment l'empêcher de s'immiscer, même fermées les persiennes ne sont pas parvenues à clore suffisamment l'appartement contre son intrusion malveillante.

Dans la ville le ciel est courbe, éloigné, neutre.

« Cê koa ces histoires d'horizon sans limite, d'appels du lointains ? » me disent les uns
« Tu cherches midi à quatorze heures » me dit ma soeur
« Parfois tu me fais peur »
Et tous d'entonner en choeur :
« Va donc voir un médiateur »
Pour sortir du marasme qu'ils disent.
Déjà lourde d'accablement, les boyaux tordus par diverses peurs, cette cachexie dont on me surcharge me parvient telle une décharge électrique. Grenouille dénervée, le choc provoque en moi un ultime sursaut, je gesticule et bredouille.
« Mais, parce que nos roues elles sont vieilles, elles ne savent plus rouler que dans les anciennes ornières. Vieux carrosse. Autre temps. Toujours le même. Elles ne savent plus inventer, oser, sauter les haies, s'envoler, elles ne savent que tourner sur elles-mêmes indéfiniment. Pour pas le perdre, mon horizon, pour vivre toujours avec mon immense perspective, fallait pas accepter de rentrer dans ce bloc. J'en suis maintenant prisonnière, le découvre, le visite … et commence à m'y habituer. C'est comme ça qu'on perd le nord ».

mardi 10 avril 2012

Ne pas se perdre

Dans la ville le ciel est courbe, éloigné, et c'est pourtant là que s'arrime la trace de ce qui n'est pas encore, en une déambulation hésitante de pensées - sorte de médiateurs pour sortir du marasme - lorsqu'on arpente ces lieux incertains, presque de désolation, ces lieux limites qui, telle une seconde peau, enveloppent la ville, la protègent ou l'étouffent; et quand bien même on essaie de saisir quelques bouts et bribes de cette urbanité, de ce bloc désarticulé où l'on se sent, même au plus fort de l'été, comme en dissonance, à chercher en étages ce ciel neutre que l'on souhaiterait secouer comme une nappe afin que retombent des petits bouts de vif, sur les  toits, les murs , les trottoirs comme des échardes dans le coeur, pour ne plus penser à tous ces mois passés sans écrire. En un sens pour ne pas se perdre.

mercredi 4 avril 2012

exercice de la séance du 29 mars, "alors nous sommes partis aimer ailleurs"


nous sommes partis aimer ailleurs

nous
ne voulions pas perdre /
refusions les espions, les médiateurs /
ailleurs
nous ne voulions plus écrire /
partis
autour de la ville qui devenait bloc
le ciel courbe /
aimer
l'été /
étouffés et sourds /
nos chemins se sont croisés, emmêlés, éloignés /
nous
ne supportions plus les échardes /
nous
n'habitions plus les mêmes étages
ne partagions pas la même cour /
ailleurs
nos pas patinaient dans les crevasses de nos roues /
nous
étions vieux
nous
étions mous /
partis
quand le parquet fut ivre d'être trop lustré
partis
quand nos visages eurent ressemblés à nos lustrines /

alors nous sommes partis aimer ailleurs.



samedi 31 mars 2012

quand on part en voyage


quand on part en voyage

dans la ville

il était

le ciel est

quand on part

cour

ce matin

courbe éloigné

parti où

en un sens

parti

il était

où

la ville est un bloc

il est là il est là regarde

un bloc

il était un

dans la ville

si si elle va venir

éloigné le ciel

elle va venir

il était un

le ciel est courbe

il le fait exprès

éloigné en un sens

il va perdre

un sens

je sais pas je jouais

sens

un qui arrive

la ville

hier j’étais

la ville est

il était un petit

un bloc dans la ville

pour ne pas les perdre

le ciel est courbe éloigné en un sens la ville

quand on part en voyage

la ville est un bloc dans la ville

il était un petit navire






avec une phrase de leslie kaplan "le livre des ciels"
et des paroles entendues, notées, sur mon itinéraire



échardes, lustrines, médiateurs, marasmes, oui mes moi


AU PLUS FORT DE L’éTé
L’éTé LAITEUX, DE L’éTé EN éTAGES
LE CIEL EST NEUTRE, LUSTRé
LE CIEL EST DANS LES RUES
POUR PAS LE PERDRE JE NE SUIS
JE M’ADAPTE A SON RYTHME
IL CAHOTE CAR SES ROUES ROUGES SONT VIEILLES
LES MéDIATEURS SONT EN VACANCES
EN UN SENS
LES MéDIATEURS ET LA CONCIERGE SONT
DANS LES éTAGES, DANS LES BLOCS
LE MARASME EST DANS LES MAISONS
LES ESPIONS COMME DES éCHARDES DANS MON CŒUR
JE PENSE à MOI COMME UN MARASME
JE PENSE à MOI COMME à DES ETAGES DE MOI-S
JE DéBOULE DANS LES ESCALIERS
JE COURS DANS LES COULOIRS
JE M’ENFILE DANS LES BLOGS
TRAQUéE PAR LES MéDIATEURS
ET PAR LA CONCIERGE
« VOUS AVEZ DU COURRIER »
« VOUS AVEZ UN NOUVEAU MESSAGE »
JE NE VEUX PAS LE PERDRE
PAS LE LIRE
PAS LE TEMPS
JE DEBOUCHE SUR LE TOIT-TERRASSE DE L’IMMEUBLE

JE BOIS LE CIEL EN éCHARPE
LE CIEL COURBE, SI PEU éLOIGNé QUE JE LE TOUCHE DE MON BRAS
DE MON BRAS EN éCHARPE
LES ROUES DE MA MéMOIRE SONT VIEILLES, ROUILLéES, ROUGES
ELLES CAHOTENT
JE PENSE à TOUS MES MOI
JE DOIS LES RASSEMBLER
AVANT LE VERTIGE
LES PIECES NE CORRESPONDENT PLUS
« LIN A AJOUTé UN COMMENTAIRE » ENTENDS-JE ENCORE TOUT EN BAS
UN CORPS éTRANGER S’EST ENFILé DANS LA MAISON
JE BOIS LA COURBE DU SOLEIL
MA MAIN éCRIT UN MESSAGE SUR LE CIEL EN LUSTRINES
JE RETIRE L’éCHARDE
JE RETIRE L’éCHARDE MAIS L’éCHARDE BOUCHAIT LE VIDE ET LE VIDE AINSI LIBERé COULE, COULE
ET MON MARASME SE RéPAND
DEVANT LA COURBE DU CIEL
ENGLOUTISSANT LES ESPIONS, LA CONCIERGE, LES MéDIATEURS ET LEURS DROGUETS DE SOIE, ET PEUT-ÊTRE TOUS MES MOI,
NE LAISSANT QU’UNE PETITE FLAQUE ETINCELLANTE, UNE FLAQUE DE PETIT MOI ECRIVANT EN APNéE.

ou bien

JE RETIRE L’éCHARDE
JE RETIRE L’éCHARDE qui obstruAIT la bonde de Mon coeur, empêchait tous mes mots de sortir, tous mes motus, mes bouches cousues, mon coeur cousu, tous ces moi-s non écrits pendant des mois
et les mots se répandent, en blocs, dans les blogs, dans les étages, sautent à la figure des médiateurs
enjambent LA COURBE DU CIEL
ça urge, ça hurle, ça dégouline
 
tous mes PETITs MOIs ECRITs EN APNéE.
 

dimanche 25 mars 2012

Reflets, la nuit

 
Tout l'après-midi, nous avions circulé sur une route large, mauvaise, face à un ciel brillant. Le dos en compote, le coccyx meurtri par les trous profonds de la chaussée laissés par l'hiver et le non-respect des barrières de dégel, nous arrivons vers dix-huit heures trente dans cette ville : La Grande Beausseigne, c'est son nom, comme d'autres s'appellent La Grande Motte.
Aussitôt garés, nous nous engageons dans une rue commerçante aux grandes devantures vitrées dans lesquelles le soleil couchant fait miroiter mille reflets : contre le ciel resplendit brusquement un lavabo ou une baignoire ou d'autres faïences, comme des fruits demeurés dans les arbres jusqu'en cette fin de février. Nos silhouettes rougies, déformées grimacent parmi les faïences. Yeux écarquillés, appareils photos prêts à saisir les images insolites, mains gelées, nous savons qu'il ne nous reste que peu de temps avant la nuit, et que la ville est une taupinière, surtout le soir. Quand l'obscurité la recouvre, ça a beau s'agiter en dessous, si l'on n'est pas du coin, on n'en sait rien. C'est l'ignorance et on peut très facilement passer tout près de mystères indécelables. Dans une dizaine de minutes, tout au plus, la nuit recouvrira tout, parcs, rivière, rues, seuls les halos des lampadaires publics seront réellement vivants. La ville devient vite le fleuve de l'oubli, de tout oubli.
                              photo JF Barthale

mercredi 21 mars 2012

Taupinière, la ville

Taupinière, la ville. Surtout le soir.
à 8 heures, couvre-feu? les portes muettes, les murs, murés. C'est l'ignorance. La grand rue qui s'étire, vidée de ses trams, le fleuve de l'oubli.
Les fonds de rue en contre jour s'éteignent. Comme si on fermait les fenêtres. Je circule en voitures avec des amis, bravant l'en-dessous. Cul de sac. Fond de cour. Contre le ciel resplendit un lavabo, une baignoire. des traces de vie, du passé en pagaille, des fruits tardifs abîmés dans les arbres, des compotes en perdition, des chefs-d 'oeuvres en péril. La Grande Beaussaigne, c'est son nom, nous guide tant bien que mal parmi les gravas de la ville. Fantôme. Les cheminées, les infrastructures, les complexes sportifs, les multiplexes, le Zenith, les salles omnisports, les centres commerciaux, tout pousse en dedans à présent. La surface est post mortem, neo Tchernobyl. Les quelques rares qui comme nous, masqués à grand frais s'aventurent encore sur la route large, savent que les sirènes vont bientôt retentir et que les robots nettoyeurs vont venir nous prendre et nous ramener dans le droit chemin de la vie souterraine. Une minute encore, à respirer l'air. 
Sainte Fukushima, priez pour nous.
11 mars 2012

dimanche 18 mars 2012

Cheminement 2

Cheminement 1

Sur les pierres qui forment, comme une dentition, la bordure du trottoir de terre qui longe la rue Alfred de Musset entre la rue du Midi et le carrefour avec la rue Victor Duchamp à gauche et la rue Palluat de Besset à droite, j’ai trouvé, tombée en évidence ou placée là, une fleur de plastique. Plus loin un long fil de laine à tricoter jaune et embrouillé (une fin de pelote peut-être). L’extrémité d’une branche du platane au pied duquel elle est posée (portant quelques bourgeons qui ne s’ouvriront jamais). Plus loin encore une petite feuille sèche qui a traversé la rue, le seul érable possible est en face dans le jardin qui précède l’entrée de la maison de passementier qui est à l’angle de la rue Jean-Jacques Rousseau. Enfin un paquet de cigarettes Camel, vide, écrasé. Tous ces objets abandonnés, évocateurs de la fin de toutes choses, ou d’histoires anciennes, me renvoient à d’autres souvenirs.

Paquet de clopes.

Jeune encore nous songions à nous mettre à fumer, autre chose que ces cigarettes mal emplies de ce tabac noir qui nous brûlait la gorge, nous faisait tourner la tête et cracher ces affreux petits morceaux de bois que nous aspirions avec la fumée à chaque goulée. Les Camel nous faisaient changer de catégorie sociale de l’enfance nous passions à l’âge adulte, pensions nous, avant de découvrir que ces cigarettes étaient plutôt l’apanage des femmes et des jeunes dans ce monde où nous vivions alors. Et c’est ainsi qu’un jour nous passions enfin à des plaisirs plus rudes, des plaisirs d’hommes, croyions-nous. c’était en tout cas les valeurs attribuées aux cigarettes brunes, de tabac brun, comme les Gauloises plus populaires ou les Gitanes plus sophistiquées et qui sentaient déjà son petit-bourgeois, sauf si elles étaient enveloppées de ce papier dit maïs, dont nous saurions plus tard fortement cancérigène. Alors nous l’ignorions et tombions ainsi dans le piège de l’image stupide, à défaut d’être.

Plastic lily flower.

Elle ressemble à ces fleurs abîmées que l’on trouvait sur les tas d’ordures, à la porte des cimetières, avant que l’on y place ces grandes poubelles de matière plastique que l’on appelle conteneurs, mais qui sont souvent désignées du terme anglais de container.

Combien de ces fleurs imputrescibles ont finies enfouies dans les décharges avant que l’on ne se préoccupe de recyclage. Recyclage qui conduit à transformer ces fleurs hors d’usage, en d’autres fleurs destinées à remplacer celles que l’on jette. Elles pourront servir à faire de nouveau bouquet ou peut-être des conteneurs pour les recueillir usées. Devant cet enchaînement de reproduction, j’ai la vision horrifique et drolatique à la fois d’une planète terre de bande dessinée, qui dans l’espace évolue et tourne, recouverte de fleurs de plastiques et de conteneurs gris.

Bout d’laine

Petit personnage rouge au chapeau vert, il ne manque que toi. J’ai trouvé le brin de laine nécessaire pour tricoter un tube sans usage défini, si ce n’est celui d’apprendre le tricotin. Que cet objet me paraissait étrange, j’en savais l’usage, mais je n’avais aucune idée de l’emploi possible du tricot cylindrique dont nulle trace n’existait dans notre environnement proche. Je me souviens des figures géométriques que ma sœur inventait, ses mains écartées, un fil de laine courant entre ses doigts.

Platane

Les troncs des platanes, lorsqu’ils se desquament, laissent apparaître une étrange géographie d’îles et de continents gris sur un fond de mer jaune. C’est de cette couleur que j’imaginais la mer qui sépare les deux Corées de la Chine.

De la rue Jean-Jacques Rousseau à la rue Victor Duchamp, des platanes longent le mur de la caserne des CRS. On ne disait pas caserne, on disait camp. Après leur départ, les baraquements seront affectés au logement de familles étrangères venu attiré par le boom économique des années soixante. On les nommait siciliens.

L’érable et le misérable

L’érable, c’est celui dont j’ai trouvé une petite feuille emportée par le vent, sur le trottoir d’en face. Le misérable c’est le Pétain de 1941 venu visiter les passementiers de la rue Alfred de Musset. Cette visite déclenchait un vague sentiment de honte chez l’adolescent né cinq ans après cette visite, à quelques numéros de là.