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mardi 14 septembre 2010

Paroles en l'air

Est-ce le vent du Causse, la résonance des maisons-cavernes, les multiples voix qui se chevauchent, le groupe ... ?, ma tête résonne comme une cloche dont le battant ne cesse de heurter les parois de mon crâne. Les sons glissent, ombres de nuages sur la lande, se déforment, se poursuivent, les uns chassant les autres pour se reformer un peu plus loin en une danse infernale.

Suis-je la proie du mécanisme automatique des roues crantées ?
Des 7777 rouleaux-attrapes-mouches ?
Des menhirs-canoës-obus ?
Des spectres de genévriers dressés dans le ciel ?

Ne me reste qu'à m'isoler dans un autisme salvateur et à regarder dans le miroir de ma main grande ouverte pour y puiser le silence de granit jaspé.

Liste du Causse



Maisons-grottes, vents, genévriers, pierres sèches, rires, vaisselles, brûler ses meubles, éviers de pierre, toits de lauze, vastes plateaux, escaliers, prés herbeux, déserts de pierres, portes basses, seaux hygiéniques, immenses toits et minuscules maisons, chemins entre des murets, église de pierre, voûtes, pierres entassées, odeurs absentes, fleurs rares, pierres blanches ou brûlées par le feu, portes de bois, arbres secs, fenêtres étroites, sièges-brouettes, cagettes, amoncellements (de pierres, d'objets, de chaussures, bouteilles, mots, paroles...), curiosité de le connaître en hiver.

Me restent : les maisons de pierre, les plateaux de genévriers battus par les vents, les chemins entre les murets de pierres, les tas de cailloux, l'horizon à perte de vue ou encore :

La mer au sommet d'un plateau battue par les vents semée de rudimentaires embarcations de pierre séparées de bosquets de genévriers.

mercredi 8 septembre 2010


CAUSERIE DU SOIR, UN SOIR DE SAUVETERRE,
Lorsque nous arrivâmes à Champerboux, la Mère Utopix mangeait son aligot assise sur le seuil de son Champignon. Bien que la pâte en fût soyeuse et molle et fondît dans sa bouche, elle mâchait et remâchait, faisant passer de droite à gauche les patates écrasées mais encore trop chaudes pour ses dents fatiguées. "C'est bon mais toxique les yeux de la patate" râlait-elle, "Pourvu qu'il les ait tous enlevés! Je les sens bien moi! Y veut m'empoisonner? D'ailleurs, les arêtes ne sont qu'alibi pour le maintien de la forme. Y' croit quoi? que je ne fiche rien de toute une sainte journée Je passe mon temps à nettoyer ses choses, ses"oeuvres" qu'il dit, que j'ai même pas la temps de finir mon livre de Philippe Roth!"
Elle s'arrêta de soliloquer aussi vite qu'elle s'était mise à pester contre son homme qui arrivait, le pas pesant, un morceau de canoë coincé sous chaque aisselle.
Rien qu'en le voyant, elle sut qu'il avait bu. "J'apporte les embarcations, on sait jamais, si la mer arrivait chez nous cette nuit! bégaya-t-il". Elle haussa les épaules, se leva machinalement, ouvrit le champignon dont la porte claqua tristement derrière elle.
L'automne allait bientôt se défarder sur ce coin du Causse. Qu'allaient-ils devenir coincés entre ciel et pierre, entre leur chat aigri par les visites trop rares et leurs peintures adossées depuis si longtemps contre les murs blancs de leur maison dodelinante? Personne n'en voulait de leurs Dali retapés.
Ils se contentaient de tuer le temps en attendant que le temps les tue. A moins qu'un jour,'ils ne s'amusent à s'entretuer à coups de fusils cachés dans toutes les cartouches évidées qui attendaient coincées dans une chambre en jouant au Corbeau et au Renard!
Cette nuit-là, la mer ne vint pas lécher les franges de leur territoire. Quelque part, les vagues torsadaient. Comme eux, elles attendaient, elles n'étaient que le convexe et le concave du monde.

lundi 6 septembre 2010

Les choses du Causse


Des cailloux, du vent
UTOPIX
Bêtes du Gévaudan
Touffes 
Fantômes
Marché


Des cailloux, du vent, du vent, des cailloux
Dans les maisons, sur les maisons,
Entre les pierres
Avec les herbes
Pour le regard
Les chemins, les barrières
Dans la tête
ça m'angoisse d'écrire
J'ai du vent dans le ventre
[Pourquoi j'ai tant mangé ?]
La plénitude du vide
Caverne d'abord
j'ai des pierres dans les pieds

Madame Utopix demande si vous avez tout vu : le cygne, les brouettes, les canoës qui prouvent que les vikings étaient là avant, le bus, le lecteur de CD 2 places, la moto, les panneaux solaires, l'Angélus de Pillet, la dame te demande si tu aimes la peinture sur soi ?

Je vois le pli des habitudes, le pan des solitudes, le poids des certitudes, l'absence de Gertrude


Moi je suis bourrée avec vos conneries
Moi je suis bloquée
Moi je suis dans le delta du soir où tout se défait


Entre Grand Pierre et le loup,
Quand l'ennui rôde tous les chats sont tapis
les chats, les chats
le petit gris, l'entr'aperçu
l'écaille de tortue virée de sa chaise malgré nos protestations
comme ces maîtres à chiens qui veulent prouver qui c'est le chef
l'autre sur l'escalier, un vingtième sculpté,
et la petite Bounette là-bas, peut être morte à saint-Etienne
Je vois toujours le mal partout


Dans cette inétouffable espérance
Touffe ? vous avez dit Touffe ? ma chère cousine ?
Oui, mais j'aurais pu dire le vent dans mes cheveux, mes cheveux dans les yeux, les yeux vers l'horizon, l'horizon vers le vide du monde, le droit à la paresse, le droit à l'alligot, le droit au désespoir.


Et Solange ? Disparue presque aussitôt qu'apparue
Et Sylvia ? Disparue presque aussitôt qu'apparue
Et la photo du militaire, dans la maison abandonnée, telle quelle, sous vide poussière
J'ai volé son image.
Et le vent qui s'invite, entre les interstices, les histoires que l'on ne raconte pas, la précédente locataire qui n'avait pas de cagettes à brûler, que ses meubles.


Sur le seuil de leur échoppe, les charcutiers se font dorer la saucisse. A Marvejols, l'été, c'est déjà presque l'hiver, il faut en profiter.
L'expédition rapporte des salades, des saucisses, des patates avec des yeux, des pains, un papier cochon pour la petite restée au bled. Mais pas de fleurs. Pourquoi je mangerais des petites fleurs qui m'ont rien fait ?

en vert, les phrases de la boîte

lundi 17 août 2009

Eloge de la vitesse




"Où l'oeil jamais de l'homme n'apaisera sa faim"
(G. Manset. La mort d'Orion)
Traversée du Causse Méjean, 14 août.
Traversée du Causse de Sauveterre, 15 août

Parfois, une photo, prise de la fenêtre de la voiture, le proche est flou, le lointain immuable, la tête se repose dans l'infini silence, et l'oeil se remplit d'or.