Aujourd'hui je vais disparaître de la surface de la terre
je ne
le sais pas encore, mais je le pressens
on jettera
mon corps dans le fleuve et mon cadavre ira nourrir les poissons voraces et les
requins
ou
bien on le mettra dans le cimetière, comme ce vieux ... dans le marécage plein
de vase, entre les longues jambes des palétuviers
Dans
ma Haute-Loire natale, ce sont les corbeaux qui parfois se chargent de la
besogne, mais tout de même, en général on vous enterre proprement, même si c'est
dans le carré des indigents.
Je
suis dans ce camp des Hattes, à l'extrême Ouest de la Guyane, à l'embouchure
des fleuves Mana et Maroni.
Elle a finit par me retrouver
Elle est venue boucler quelque
histoire, je n'ai pas tout compris
et du coup elle raconte la
mienne, je ne sais pas pourquoi
Comme
la Vierge Noire de mon cher Puy en Velay, elle a, elle aussi ses mystères
même
si elle n'est pas vierge, la preuve, elle est là avec sa fille, unique, Unique.
là-bas,
la terre lourde et marron ; mais parfois noire ou pourpre, légère du souvenir
des colères des volcans. Toutes les pierres ne sont pas lourdes. Toutes les
pierres ne fracassent pas les crânes.
Dans
la cathédrale il y a la pierre des fièvres.
Ici,
du sable et de la vase, rien qui ne permette de guérir, au contraire, tout est
corrompu.
Pour les gardiens, ce n'est pas facile non plus. Alors ils se vengent sur nous des moustiques et des rats. D'être sans nouvelles de leurs familles pendant de longs mois
Les
Hattes, ça veut dire bétail, et c'est ce qu'on fait : On élève du bétail, mais
élever est un bien grand mot, tant il en meurt plus qu'il n'en naît. On ferait
mieux d'y exploiter les moustiques, la science n'a pas encore trouvé qu'en
faire.
Pourtant,
les moustiques ont de l'avenir. Paludisme, là-bas, chikungunya ici, ce n'est
pas ce qui manque.
Sinon,
on devient fou et on meurt beaucoup aussi, on n'est pas plus résistant que les
boeufs, ce n'est pas parce qu'on a la parole ; d'ailleurs nos paroles sont
toutes croches, la douleur et la faim nous font perdre l'esprit.
en
1909, je ne sais pas où ils sont ni même s'ils existent
La
place du vide (voir aussi Cartographie du vide)
Le 31 décembre 1988 est créée la commune d’Awala–Yalimapo1, située sur la pointe ouest de la Guyane française, à l’embouchure du fleuve Mana et du fleuve Maroni, frontière naturelle d’avec le Surinam. L’implantation des familles sur le site remonte cependant aux années 19502 : elles arrivent alors de Couachi, de Pointe Isère et du Surinam, trois zones d’implantation voisines. Il s’agit de familles kali’na, nation amérindienne autrefois nommée « galibi », occupant traditionnellement la partie littorale de l’Amazonie, dans une zone qui va de l’actuel Surinam à l’ouest du littoral brésilien. Marie Blanche Potte
Je ne sais pas qui ils sont, des Sauvages, eux
aussi ils sont assez nus, mais eux c'est par plaisir, ou par vice. Ils ont
juste un bout de tissu accroché autour de la taille par une ficelle et qui
pendouille devant leur pénis. Je suis trop malade, ils disent que je suis
soigné dans le sanatorium, mais un sanatorium, en général ce doit être un
endroit où l'air est bon. Ici, il est pestilentiel.
je ne
me souviens de rien
on
m'accuse d'avoir tué un homme chez qui j'avais travaillé la semaine avant son
décès. j'ai vu son cadavre, il était tellement amoché que j'ai failli ne pas le
reconnaître. on dit que je suis passé de bar en bar pour régler mes dettes et
boire, on dit on dit
je me
souviens de la mer entre la Rochelle l'île de Ré
on
nous appelait les forçats, on était obligés de travailler en silence, la
puanteur déjà, les humiliations
on
était mélangés dans nos crimes, certains, de ce que j'ai entendu n'avait pas
fait grand chose
moi
je ne me souviens de rien de ce soir-là
c'est
là qu'on envoyait les pires des pires
je
savais qu'on en revenait pas
c'était long et on était enchaînés, sur le bateau La Loire on était dans des cages
on
respirait la mer par des trous, mais on n'avait pas le droit d'approcher la
tête
je ne
pensais pas que la terre fut si grande qu'il fallut si longtemps rouler dans un
bateau pour aller d'un point à un autre
J'étais employé pour battre à la machine en septembre chez ce Pierre Crespe car il manquait du monde, j'étais pas loin, j'étais né pas loin de là où il est mort.
revenu du service militaire il
a logé chez sa belle soeur qui l'a nourri et logé
par pitié"
Je n'ai rien fait de ma vie, à part cette chose qui vient me faire mourir en Guyane dans les pires conditions.
ma
mémoire du temps avant que l'on m'enferme, que l'on me transporte, que l'on
m'enchaîne, que l'on ne me donne rien à manger, est pleine de trous.
