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"Et je n'avais que le néant" Je vais voir ce documentaire de Guillaume Ribot un dimanche matin à
11 heures. réalisé à partir d'une partie des rushes non utilisés de Shoah par
Claude Lanzman Remettre des images sur des endroits effacés falsifiés - Disparus |
à la brise de... (atelier d'écriture)
lundi 2 mars 2026
Panser les images : Les fiches : inventaire des disparitions
dimanche 1 mars 2026
Panser les images : Chapitre 3 : je suis
Il ne se passe rien
tout va bien
Je suis sur du
fruit
ce sont des noisettes, des cerises
mangées à même les arbres
dans mon paradis terrestre
ou presque
Il ne s'est pas
passé grand chose
tout va mal
Je suis sur du
lait chaud avant de m'endormir
du miel toutes
fleurs
La peau du lait,
on en faisait des gâteaux avec ma mère
Ma mère était
parfois un gâteau
parfois une
épouvante
Parfois un plat au
four
Parfois j'en ai
marre qu'elle soit morte
L'AGP, c'est à
dire son GP, bien sûr elle ne l'a pas connu,
il avait depuis
longtemps rencontré les pierres
Ma GM n'avait que
20 ans alors
Et le loup n'était
pas encore sorti du bois
Fidélité des
origines
(Ma mère m'a donné naissance lorsqu'elle avait 36 ans /Comme moi)
Je suis sur une pente
raide
J'ai 3 ou 4 ans
Je hurle
d'impuissance contre une porte fermée
qui vient d'avaler
ma mère
Ma mère a disparu
derrière cette porte verrouillée
Elle n'a pas lu
Françoise Dolto qui recommande aux mères
de bien expliquer
à leurs enfants qu'elles vont revenir
qu'elles sont seulement parties travailler,
faire la lessive des soutanes
des Frères des
Ecoles chrétiennes qui les emploient parfois
étendre le linge
("écarter" disait ma mère)
Je jouais dans
l'immense cuisine (du pensionnat de Bernadette/ Linette)
(qui pendant ce
temps courrait le jaune près de sa roche druidique)
je jouais avec les
petits pois de la balance
dont le minuscule
gramme avait disparu
je pesais le pour et le contre,
je n'ai rien vu venir
Tout à coup m'a
mère avait victime d'une éclipse
Tout à coup elle n'est plus là
Un seul être vous
manque
et vous en avez
pour des années de psychanalyse
à tenter d'ouvrir
cette fichue porte
Puis je suis sur
du câlin
Dans les bras de Mme
Motto
(oui, là je pourrais faire un jeu de mots, mais non, y a pas la place, à ce moment-là de ma vie / je manque d'humour)
Je suis sur mon
premier souvenir d'abandon disparition
Après, quand ce ne
sera plus l'hiver, ma mère qui n'aura toujours pas eu le temps de lire
Françoise Dolto,
m'emmènera avec elle, là où elle travaille,
dans cette ancienne écurie transformée en lavoir,
en buanderie,
avec l'immense machine à laver à tambour,
on est sur de la mousse de lessive, que je prends
dans ma main,
ou que je regarde
stagner dans la rigole
j'ai l'odeur dans
le nez, je la retrouve parfois, soude et chaud
Plus tard encore,
je suis entre la petite et la jeune fille
je suis coincée
là, avec un frère des écoles chrétiennes en soutane
il s'appelle
Pierre T. il me frotte contre son sexe
Je regrette mes 3
ans et la porte de la cuisine
je regrette madame
Motto, qui aurait dû m'enlever sur son fier coursier
dans un grand rire à l'accent du midi
Je suis sur de la
rage, dans mon jeune âge
dans cette
immobilité épaisse et humide
lui appuyé contre
le lavoir, tenant serré
mon dos contre sa
répugnante personne
je suis sur du
malaise du diable
je n'ai pas de
pierre à portée de main pour lui fracasser le crâne
ni de corbeau
blanc pour lui crever les yeux
Parfois on n'est
pas en capacité d'être capable
Parfois il ne se
passe rien
On se noie juste
de l'intérieur
******************************
titre du chapitre : je suis
Vocabulaire photo : Arrière-plan
Constellation familiale : ma mère /AGP /GM
Image/photo : sténopé moi
Ma vie pendant les livres :
Inventaire des disparitions : lieux : pensionnat
Panser les images chapitre 1 : la matière noire
La matière noire où habiter sans que personne ne le sache
Comme
dans un miroir
Se
mettre à jour un jour
avec
les autres réfléchis
depuis
le peintre qui se peint
en
inclinant son corps pour mieux voir ses sujets
la décoration de l'ordre rouge
peinte peut-être sur le tard, après coup par le Roi lui-même
J'avais
acheté cette décoration, format réduit
longtemps
restée accrochée sur ma veste boléro fétiche
à
présent disparues
(ou
je feins de le croire)
tant
mieux
je
ne suis ni dans les ordres
ni
très portée sur l'uniforme
liens
en miroir
lumière
concave
pour
la trame sans le drame
Picasso
peindra 58 Ménines
jusqu'à
faire disparaître poco a poco
le
peintre
C'est l'histoire dans la
nuit, au petit matin froid d'octobre
il tombe, il sombre et me
lègue la moitié de mon prénom
Réécrire
toujours et toujours la même toile
celles
des pierres où je suis née
jusqu'à
celles par lesquelles l'AGP est mort
celles,
noires et luisantes sur l'autre continent
un
point de vue à chaque fois
un
personnage des Ménines
le
chien ? la Naine ? l'Infante ?
être
dans le livre et dans le tableau
par
petites touches rouges , comme des échos lumineux
et
pour moi comme des cailloux ensanglanté sur le chemin
Dans
la lumière rouge, révéler l'image disparue
zoomer
sur ce lien qui existe
entre
les interstices
Que
signifie "Mise en abyme" me demande le photographe anglais ?
Prendre l'escalier au fond de la toile
se retourner pour dire au revoir
avant la poudre d'escampette
S'en
aller comme une silhouette poétique
abandonner
au miroir son reflet
jusqu'à
disparaître
*****
titre du chapitre : la matière noire
Vocabulaire photo : Fondu au noir
Constellation familiale : AGP / Vélazquez (!)
Photo : moi assise au Musée du Prado
Hyperlien : voir ce texte dans à la Brise
Recyclage : Silhouette poétique (chanson Empire des sons)
Ma vie pendant les livres : Ménines (pastiche Heiner Muller/ M. Marin)
Le piège Vélazquez France culture
+ Foucault Velasquez Picasso Ménines Alain Jaubert Le subtil oiseleur
Panser les images Chapitre 2 : le monde dans la tête
Laquelle de mes sœurs en avait eu l'idée ? l'avait-elle chinée ?
de temps à autres on m'emmenait rendre visite à la vieille femme édentée et moustachue qui habitait Place Foch et sentait le renfermé
Mais !... avait une
poupée à trois visages
Son appartement au rez-de chaussée dans lequel elle donnait ses cours de piano sentait aussi le sombre, peuplé de curiosités et semblait sans fond
Cette poupée aux 3 visages 1 qui rit 1 qui pleure 1 qui dort
monstre de porcelaine
réapparition d'un souvenir /clin d’œil de mes sœurs à la petite fille que j'étais
Était-ce un cadeau (Gift = cadeau et poison en anglais) pour mes 30 ans ?
Elle devait être
plutôt gentille, cette Mademoiselle Montcoudiol
mais sa solitude
et son aspect me tenaient sur mes gardes
Quant à la poupée
issue de ses trésors
il fallait y
toucher avec mille précautions, tourner autour de l'axe du cou avec délicatesse
et appréhension,
pour passer du
visage endormi à celui souriant et du sourire aux larmes.
Il aurait pu se
faire (tant la chose était stupéfiante et magique)
qu'elle éclatât en
sanglots pour de bon
La toute première
fois, j'en restai bouche bée, apeurée aussi
Mouvement de recul, comme pour faire le point, comprendre cet objet
La mienne : qu'en
faire ? J'avais passé l'âge de jouer à la poupée
et bientôt celui de devenir mère
Elle a trôné un temps, toujours face sourire
puis je lui ai fait un nid au milieu des pull-over
Ma petite fille, (oui, in extremis) l'a dénichée
il y eut un accident de personne
son front est à présent comme trépané
et une jambe est
cassée
Moi aussi /mais à gauche
Poupée vaudou plus que doudou
Tout a-t-il
toujours une genèse ?
De quels sombres abîmes surgissent les Demoiselles Montcoudiol
depuis longtemps disparues ?
De ces logements / des plis sombres de la mémoire / peuplés de fantômes ?
D'une photo jamais
prise mais imprimée dans mon cerveau
dans l'enfer du couloir
De quel trou à la tête l'AGP est-il mort ? Quelle pierre fut la criminelle ?
Coupez ! !
lundi 23 février 2026
Éclats de lichen/ 3
Du point de vue de l’insecte, tout est forme et
tout changement de dimensions est
production d’une nouvelle forme.
Toute croissance est métamorphose
Emanuele Coccia “ Métamorphoses”
Entre la chenille et le papillon, il y a un flottement. Tout se passe dans le secret de la chrysalide — l’insecte au stade nymphal, en pleine métamorphose — elle-même dans le secret du cocon, cette enveloppe de soie que certaines chenilles tissent autour d’elles avant ou pendant leur transformation et qui sert d’abri protecteur contre les prédateurs, le froid, l’humidité, mais ne fait pas partie du corps de l’insecte.
À l'intérieur d'une chrysalide, la chenille subit une métamorphose complète, où son corps se décompose et se reforme en papillon. Ce n’est pas une période de simple repos, mais implique une transformation cellulaire où se dissolvent des tissus internes et où d’autres cellules, dites imaginales, utilisent des nutriments pour se multiplier. Au cours des premiers jours, la chrysalide devient un sac liquide où les organes se restructurent progressivement sous l'effet d'hormones. La chrysalide perd près de la moitié de son poids en raison de la consommation d'énergie, et des déchets s'accumulent, éliminés plus tard sous forme de liquide rougeâtre.
Quelques jours avant l'émergence, la cuticule de la chrysalide devient transparente, révélant les motifs des ailes du papillon à l'intérieur. Le papillon sécrète des enzymes pour ramollir l'enveloppe, puis se libère en se contorsionnant. Il pompe alors l'hémolymphe, le sang, dans ses ailes molles pour les déployer avant leur durcissement.
La dernière mue de la chenille, par laquelle elle se transforme en chrysalide, est appelée « nymphose », tandis que la mue de la chrysalide en papillon est appelée « mue imaginale » ou « émergence » pour atteindre son stade final appelé imago.
Cela, ce sont ce que les études scientifiques ont recherché et démontré. Je n’ai rien vu de cette transformation. Je sais juste le cocon, et un jour le papillon. Le reste se passe dans l’intimité de l’insecte. J’ai souvent raconté l’histoire La chenille qui fait des trous. C’est le récit de la naissance d’une chenille, dans la lumière de la lune, qui éclot d’un œuf posé sur une feuille, puis va se nourrir pendant une semaine de nourritures diverses et variées, dont je ne suis pas certaine qu’elles lui conviennent vraiment, et après avoir pris de la consistance, elle se construit un cocon pour s’y blottir. Dans les trois dernières images de l’album, on voit une chenille assez dodue, puis le cocon et enfin le papillon qui émerge sur les deux dernières pages, magnifique comme il se doit. Et les yeux des enfants brillent à la découverte finale. Ma vision personnelle de la transformation de la chrysalide en papillon est restée bloquée sur cette vision d’enfant.
Une forme est devenue informe. Elle devient déjà son devenir. Il n’y a que des plis et des replis qui retiennent les lignes de faille. Tout est dedans en un remous dont on ne peut rien percevoir. On ne peut rien chercher. Il n’y a rien à trouver. C’est insaisissable. Il faut renoncer à voir ce dedans. On ne peut que tendre vers, et attendre. Espérer. Ce cocon est replié devant le regard. On cherche derrière, on cherche autour, on cherche dans les plis et les replis, on cherche ce que l’on ne peut voir. On cherche ce qui se dérobe. Et dans le dedans, sans doute, des vagues d’ombres, des forces contradictoires, un chiffonnement pour être.
Disparition, apparition. À l’abri des regards. Il faut un peu d’ombre pour être., et laisser advenir ce qui doit. Ce devenir en boutons. Plus il y a de plis et de replis, plus il y aura de profondeur. Tout regard ou désir de regard creuse cette voie vers la profondeur: c’est un en train d’exister. Comme l’acte d’écriture est un en train d’être. Ce qui cherche à éclore est en germination, comme un déjà-là, mais pas encore. Cela pousse et repousse et tapisse les parois du cocon. À l’intérieur, on sait la tache rouge, la flamme de l’incertitude sensible, celle qui fait battre le cœur de cet espace clos, où s’impose le silence, mais où une lutte contre l’effacement est en jeu. La cartographie errante des plis se met en mouvement, se trace, erre et se perd même parfois. À l’intérieur cela s’écrit rond, emmêlé et tiède *, cela innerve un présent nourri de passé et ouvert vers un devenir, cela fait vibrer la tache rouge qui guide l’apparition, la marque rouge survivante, à l’état latent, au fil des images qui se forment, se déforment et se reforment, se dérobent, se déchirent et se donnent dans une émergence où cela sonne et résonne comme un chant grégorien, sur un petit pan de notes et d’accents portés sur une partition de lumière.
*Clarice Lispector "Agua viva"
samedi 21 février 2026
POUR ALLER OÙ ? /2/
SOUVENIRS SENSIBLES
Bafouillante entre ses lèvres desséchées elle récite, se répète les mots de Colette qu'elle a appris par coeur "Je crois que la présence en nombre de l'humain fatigue les plantes". Et elle se félicite d'être là toute seule entre ciel et terre, entre terre et pierre. Protégée du soleil d'août par la carrure des arbres qui vivent là depuis des décennies. Elle aime à se dire que cette forêt désordonnée lui ressemble. Les troncs sont tordus , les branches de guingois, mais la sève coule toujours forte source de leur vie, source de sa vie qui oscille entre élans subits et cataplasme de la pensée.
Camouflée derrière le Rocher originel elle ferme les yeux et se laisse aller aux souvenirs sensibles. Druidesse de l'instant elle gravit les autels de la Roche mythique, se penche sur la première cupule en forme de croix, abreuvoir des oiseaux. Osera-t'elle franchir l'interdit de la salubrité et goûter au précieux liquide qui l'emmènera dans le passé qu'elle rêve de réaffronter. Pour le moment, elle se contente de regarder sa figure en miroir dans l'eau souillée. Et le visage cabossé qui s'y découpe l'invite à la tristesse du temps qui passe trop vite. Banalité mais certitude. Elle continue son exploration et s'assoit près du tout petit bassin en forme de fer à cheval. Autre petit moment de rêveuse solitaire. Et tandis que ses doigts éclatent les gouttes tièdes, ses pensées galopent vers le passé. Elle balaye d'un revers de mémoire les douleurs, les peurs, les manques de sa vie de petite fille.
Non, ce qu'elle veut garder et emmener avec elle dans sa fuite ce sont toutes les couleurs, les odeurs qui l'ont accompagnée les soirs d'été quand les étoiles pleuvaient sur ses yeux ébahis, la neige qui étouffait ses pas et lui apprenait le silence, le vent son compagnon d'aventures.
Elle se lève et du haut de sa Roche que l'on dit druidique elle salue l'horizon avant que d'amorcer la descente et partir à nouveau, seule, avec d'autres mais elle sait qu'elle doit s'en aller. Je l'accompagne. Malgré toutes les craintes, l'air fleure bon l'inconnu.
Désorientée quand elle touche le sol, son débardeur blanc lui colle à la peau, son pantalon de toile cache des jambes égratignées à qui elle rêve de faire découvrir le monde. Son premier réflexe, mettre les mains dans les poches. De la gauche, elle extirpe un mouchoir malade d'avoir trop mouché. De la droite sa main froisse un carton léger. Quand elle arrive enfin à l'arracher au tissu, elle reconnaît la vieille carte postale qui l'accompagne depuis tant d'années. Elle et son chien. Son chien et elle que Fragonard aurait jeté sur la toile ou du moins elle le croit.
"S'il m'était resté fidèle" le peintre avait ainsi baptisé son dessin. Qui était fidèle à qui? L'histoire s'entremêlait. De la carte postale surgissait le passé. Combien de jours, combien de nuits passées à laisser jouer sa main dans la fourrure blanche et noire accoudée à la solitude. Fidèle, il le fut. Dix sept ans. Puis pour pierre tombale une petite brique aux couleurs chaudes à même la terre. Et sur la brique, à la peinture blanche en lettres malhabiles son nom "O" comme une étape, un aboiement plaintif pour lui dire "Continue-moi, continue-toi".
Elle passe sur ses épaules son sac à dos à l'âge fatigué et elle emprunte le chemin qui traverse le bois sombre éclairé des quelques rayons que le soleil veut bien lui concéder. Sous ses pieds , un tapis d'épines. Le chemin est encaissé. La mousse peine à exister sur ses bords pierreux. Quand son regard est attiré par un morceau de papier. Elle se baisse, ce n'est qu'un petit bout de feuille rectangulaire "dix cm sur cinq cm" mais il est jaune, jaune resplendissant. Le jaune qu'elle aime. Le jaune des boutons d'or qu'elle mettait sous son menton quand elle était petite et qu'elle demandait si leur couleur se réfléchissait sur sa peau. Le jaune du blé, de la paille, du miel, du cuivre de la clarinette, de l'ouverture d'esprit. Elle en aime même le rire jaune, les feuilles d'automne et dit-on la femme de mauvaise vie. Elle aime sa symbolique, une couleur chaude synonyme de vie, de lumière, de richesse.
Elle s'assoit, rien ne la presse. Son esprit se met à voyager du " Mystère de la chambre jaune" au "Chien jaune"; elle se surprend même à fredonner "Le sous-marin jaune", chanson qu'elle fredonnait sous le manteau pendant les cours de géographie. Elle aime le jaune même si elle sait bien qu'il a aussi mauvaise réputation. Elle fait travailler ses lectures, ses livres d'images. Et il lui revient l'image de Judas, le traître représenté tout vêtu de jaune, l'étoile jaune cousue sur la poitrine de ceux en partance pour les camps, le passeport jaune des forçats qui revenaient du bagne, quand ils en revenaient, comme marque de l'infâmie.
Elle le sait. Pile ou face. Un côté lumineux, un côté sombre. Elle a élu le côté clair depuis bien longtemps et puisque la Terre tourne autour du soleil, elle le cherche pour louer ses couleurs. Le jour avance, il faut faire vite, il va bientôt se coucher. Hélios, le dieu-soleil va de nouveau pleurer la disparition de son fils et ses larmes s'appelleront la rosée.
Combien de temps reste-t'elle là à attendre les oiseaux, les animaux sauvages, la parole des plantes de l'ombre? Elle veut se lever. Je crois qu'elle a mal au genou gauche . Colette lui murmure "Le frais du soir s'accompagne, ici, pour moi, d'un frisson qui ressemble à un rire, d'une robe d'air nouveau sur la peau libre". Emue, elle tâte son sac à dos et au travers du mauvais nylon elle reconnaît le petit rectangle en bakélite, son grigri, son petit appareil photo, son compagnon de route qui lui a joué un tour. Lui, il n'est pas jaune et noir, il est rouge et noir. Mais ça, c'est encore une autre histoire.
mardi 17 février 2026
Pour aller où ?
POUR ALLER OÙ ? /I/.
- Prélude.
"Vivre c'est partir" pour reprendre Marie Hélène Lafon.
A ce point est-ce si vrai? C'est peut-être mourir un peu. Laisser un peu de soi quelque part. Laisser les souvenirs sensibles et répondre à l'appel du monde. Je devine les fuites: fuites obligées, fuites craintes. Je les voudrais désirées, souhaitées. A travers elles, s'écrire. Parler d'elle, d'une unique, d'elles au pluriel, héroïnes ou victimes, parler de moi. Décliner le temps qui passe et qui déforme toutes les formes primitives. A travers leur image, les images choisies, mises à plat, sorties du tiroir de mes pensées. Elles existent, dans la chair, dans leur désir charnel. J'existe entre les lignes. A travers les regards, les courbes, les trompe -l'oeil; elles seront le féminin, chercheront l'Identité tout au long de leur lente émancipation.
Elles seront.
Elle sera.
Je serai.
Entre réalité et fiction.
Entre rêve et possibilité.
Voici donc le N°I de mon projet d'écriture. Un texte (récit) long qui prend ses racines autour de " L'éloge de la nature". Le jeu de miroir entre l'autrice / le ou les personnages, entre fiction et écriture de soi.
Il prend ses racines autour de l'exposition sur Colette à la BNF (fin 2025 - début 2026)et des thèmes qui y étaient développés.
- Souvenirs sensibles
- Un monde.
- S'écrire.
- Le temps
- La chair. / Le désir
en y mêlant Le féminin / L'Identité / L'émancipation / La nature.
Et partant de l'idée que:
Elle = Je. (alternance).
Elle = écriture de soi (Je = fiction.)
Chaque paragraphe commencera par les lettres successives de l'alphabet.
Mon projet s'intitule "Pour aller où? " avec toujours cette idée de fuite: pourquoi? comment? pour qui? pour où?
mercredi 11 février 2026
Éclats de lichen/ 2
La métamorphose est à la fois la force
qui permet à tout vivant de s’étaler
simultanément et successivement
sur plusieurs formes et le souffle qui permet
aux formes de se relier entre elles,
de passer l’une dans l’autre.
Emanuele Coccia “Métamorphoses”
Car c’est par les ventres que naissent les tremblements. Les générations de femmes qui ont porté dans leurs entrailles une forme nouvelle dont on sait bien qu’elle ne l’est pas totalement. Des vies nous précèdent où nous sommes déjà en gestation. Des femmes qui sont le creuset de femmes en devenir. Et même si je ne remonte pas très loin dans ma généalogie maternelle, dans cette généalogie des matrices, je sais déjà pouvoir écrire le prénom de celles qui ont fait que je suis: Laura, Mafalda, Terezita, Luigia. Plus en amont pas de traces. Arrière-arrière grand-mère, dont je n’ai même ni la date de naissance ni celle de mort, mais on va la situer au dix-neuvième siècle, née sans doute dans les années 1840. Son prénom n’a pas été retransmis à ses descendants. Il aurait fallu que j’interroge ma propre grand-mère pour, peut-être, savoir quelque chose de sa grand-mère à elle. Mais quand on est un enfant on ne sait pas l’importance de ces choses-là. Comment déjà aurais-je pu imaginer que ma grand-mère avait pu avoir sa propre grand-mère. Je vois bien les yeux écarquillés de mes petites-filles quand je leur chante une chanson italienne et leur raconte que c’était la chanson que ma grand-mère me chantait lorsque j’étais bébé. Une béance s’ouvre. Manina bella, fa ta penel, fa ta pena. Come si tu sta. Fa il baccio al papa, alla mamma e cate cate cate....
[...]
On voudrait fixer les commencements, les maîtriser, mais ils ne cessent de nous échapper. On se retrouve toujours face à l’évanescence de ce qui va être. On entre dans des mondes enchevêtrés de lieux, de noms, de sang, de syllabes qui se prononcent, de mutation de langues. Un monde d’où l’on vient et qui nous a façonnés. On n’est que le fruit d’une pénombre, de plis et replis de ventres dès que des formes les creusent et se mettent en état de devenir. Cela naît de remous et d’attentes, de passages d’une forme à une autre.
On voudrait descendre dans les profondeurs de ces corps, où l’on passe de forme en forme, afin d’aller chercher un sens caché derrière ce qui est donné à être, à voir. Ce chiffonnement des chairs, ce ressac de vagues qui font le devenir et de la mère et de l’enfant, ces plis de peau caressés par des mains de femmes qui ont fait leur travail, donner à naître.
[...]
(Voici simplement un extrait du chapitre 2 beaucoup plus long...)
lundi 26 janvier 2026
Éclats de lichen/ 1
Et voilà. C’est comme se retrouver au milieu de rien. Cela ne signifie rien d’autre que de vouloir avancer dans ce rien qui prend toute la place. Aucune lumière ne scintille. Aucun frémissement ou quelconque mouvement de qui que ce soit, de quoi que ce soit. Le rien le plus profond, celui devant lequel on se tient, parce qu’on ne peut pas faire autrement. Le rien est plein, il susurre, il suinte, il gémit, il grésille, il ruisselle, il donne à voir ce qui manque, il cache ce qu’il veut, il prend de la place, il nous égare entre les mailles d’un silence nécessaire, il patiente, il crée un espace nouveau, il tire et noue des fils, il devient image, il glisse des grains de sable entre les lames du cerveau, il nous absente, il nous détient, il permet de faire des pauses, il nous ralentit, il nous emmène au bout de la ligne, il n’est pas sécable, il est plein, il interroge sa propre source, il est temps de latence, il nous fait lâcher la proie pour l’ombre, il voit plus loin, il va vers l’amont et l’aval, il nous sauvegarde, il nous entoure, il nous façonne, il nous compose, il nous retire d’un tout, même si on le sait bien, tout n’est rien.
On pourrait rester dans ce rien, mais on s’empare presque malgré soi d’un livre posé en travers sur une étagère. Au lieu de le ranger, le remettre à sa place, les mains l’ouvrent. Et voilà. Et on se promène entre les pages de l’ouvrage. C’est un livre d’art, avec des reproductions de peinture. On regarde sans vraiment voir. On laisse les pages se tourner. Les couleurs imprégner nos pupilles. Des formes donner à imaginer. On l’a déjà feuilleté bien sûr. Mais dans cet instant sans rien, c’est la seule chose qui s’est présentée. Et voilà qu’un visage regarde. Il arrête. Il réclame. Quoi, on ne sait pas. De l’attention, de la présence. De l’existence. Un désir de vie. Il ne peut être ajourné. Et tout s’arrête. Ou plutôt non, tout commence. Voilà, c’est ça, tout peut commencer.
L’annunciata di Palermo d’Antonello da Messina me dévisage. C’est tout. Et la main suspend l’effeuillage de pages. C’est la main de Marie, en suspens, qui me fait signe d’accoster sur ce rivage :Attends un peu, ne pars pas, on a des choses à se dire... C’est la main d’un peut-être. Un de ces peut-être qui n’a pas encore pris de décision, un peut-être récurrent, de ceux qui hantent toute une vie. C’est la main d’avant la bascule. C’est la main face à l’imminence que le rien, va se mettre à trembler.
Devant Marie, un lutrin en bois où repose un livre ouvert. L’esprit s’y était faufilé, enfoui, en creusant son espace de solitude, d’intimité où se déprendre, devenir disponible. C’est le seul détail qui se détache de l’image sertie à un fond noir. On ne distingue de Marie, que son buste enveloppé d’un voile bleu qui l’enserre pour mieux la cristalliser, de ce bleu de sagesse sans excès de grandeur, mais se concentrant sur la profondeur à donner à l’instant. Car c’est l’instant qui importe. Celui où tout se tient en un déséquilibre vital. L’instant où une respiration s’achève, où le doigt posé sur la tempe ne ressent plus le battement des veines. L’instant où s’espère le cri d’un nouveau-né. L’instant où un simple regard change le cours d’une vie. L’instant muet où tout bascule dans le déjà. Voilà, on est dans cet instant. Il n’y a rien d’autre à considérer que cela.
Tout se passe à l’intérieur. De l’intérieur du livre à l'intime de Marie. Du ventre même. Car c’est bien là que tout se trame. Le monde intérieur vient de trembler. Nul besoin d’un ange en majesté avec de grandes ailes balayant la poussière des mondes. Nul besoin d’un panorama en ligne de fuite avec une perspective en tension pour dresser un décor.
En un jour ordinaire, au clair d’une solitude, l’esprit est propulsé au bord de ce qui advient, une promesse obscure. L’ébranlement du corps d’une femme se lit dans une chorégraphie de mains. Notre regard se tient là, happé par ce geste. L’image vient de saisir sa proie. Ce qui est montré prend sens. Un récit s’articule. C’est le début d’un commencement, l’évanescence d’un instant qui commence tout juste son existence. Une étincelle. Peut-être un feu suivra. Ici la force d’un feu prendra corps. On se tient face à un affleurement de ce qui peut être. L’épaisse noirceur du fond ne dit rien d’autre que tout est là, dans l’entre-deux du voile et du livre, dans ce silence que l’on sentirait presque remuer comme un murmure. Ce que le regard fixe et que l’on ne peut voir est cette attente nouvelle de l’incertitude.
Voici le premier texte s'inscrivant dans notre troisième chantier Images et fragments. Je l'ai intitulé Éclats de lichen (un titre provisoire). Les images sont pensées en résonance, et ce sont les miennes. La seconde postée ici est la photo d'une affiche croisée dans une rue. La structure générale n'est pas encore fixée. 800 mots composent ce texte. Ce pourrait être une jauge pour les textes qui vont suivre. Ce texte semble faire partie des "Interludes" qui vont rythmer le récit que j'envisage d'écrire. Tout est encore un peu flou, et donc peut évoluer.
mercredi 21 janvier 2026
Images et fragments
Notre projet d'écriture avec images se poursuit. L’an dernier, nous avons mené deux chantiers où nous avons écrit chacun(e) deux versions de textes avec les mêmes images, et en tentant de faire évoluer l’écriture, soit deux fois douze textes. Nous avons terminé à l’automne.
Le projet pour les mois qui viennent c’est de se lancer dans une écriture plus longue, toujours en lien avec des images. On a pris quelques semaines pour que chacun(e) prenne le temps de la réflexion, afin de se créer une image mentale du récit , fiction peut-être, mais appelons-le récit vers lequel on aurait envie d’aller. Dans cette phase intérieure, quatre axes pour baliser notre chemin :
– l’atmosphère : la couleur générale du récit, son ambiance, les sensations qui émanent.
– la forme : est-ce qu’on voit de grands blocs de textes, quelque chose d’aéré, des paragraphes, des titres…
– le thème : prendre tous les chemins possibles autour du thème choisi. Le penser sous forme d’arborescence, de carte heuristique, de notes nombreuses qui se nourrissent les unes les autres et que l’on n’a jamais fini de nourrir.
– le lien aux images : réfléchir aux images déjà utilisées et/ou commencer à en mettre de côté qui seraient d'avantage en lien avec notre thématique et qui seraient porteuses de textes à venir. Imaginer quelle place elles pourraient prendre, différente sans doute des textes déjà écrits.
J’ai proposé aussi d’avoir des supports de livres connus, une sorte de compagnonnage littéraire, chacun les siens, pour nous étayer lors de l’écriture. Un livre pour le rythme, la voix, un livre pour la thématique, et un autre pour la forme.
Après cette phase d’errance intérieure, chacun(e) apportera une image « forte » pour se lancer dans l’écriture d’un prélude et démarrer ce nouveau chantier.
mercredi 31 décembre 2025
Heureuse année 2026
Un avant-goût de la belle salle commune de notre habitat participatif que le groupe vient de terminer en auto-construction : on pourrait y écrire un jour toutes et tous ensemble ?
C'est mon voeu pour 2026 qui sera aussi celle de mes 80 ans !!!
Que le bonheur soit avec nous ... et que la paix règne
jeudi 4 décembre 2025
L'oeil et la source/ 12 bis/ Indicible
S’il fallait choisir des mots pour tenter de dire ce que l’on est devenu, ou ce que l’on est en train de devenir, puisque tout n’est pas encore achevé, on aurait besoin de verbes, de leur puissance à mettre en acte. Et s’il fallait n’en conserver que trois, on pourrait se contenter de ceux-là : voir, choisir, être. À combien de révélations, et l’on pourrait même parler d’apocalypses au sens premier du terme, sommes-nous confrontés au cours d’une journée, d’une semaine ou d’une vie ? Et sommes-nous dans la capacité réelle de les voir. Si l’on pouvait les enfiler sur le fil d’un collier, peut-être aurions-nous ainsi un collier à plusieurs rangs à porter autour du cou..Choisir de voir est une affirmation d’être. Dans ce jardin d’eau qui me regarde, il y a tous les songes qui tanguent en surface, des songes de toutes formes et de toutes couleurs. Ils se rappellent à moi avec la délicatesse des songes éveillés, ceux qui nous aident à traverser les mondes où nous errons, ceux qui nous font tenir debout dans l’espérance d’une cartographie autre, aux méandres librement dessinés, ceux qui donnent au regard l’espérance d’un horizon. On choisirait de donner à voir, à étendre aux yeux des passants, pour que chacun s’en empare, des parties de soi sans taches ou légèrement grisées par le temps qui a fait son œuvre, et que l’on livrerait à la volonté du vent, à la délicatesse de l’air et de la lumière. Une réalité offerte au passant qui passe en silence et qui peut se contempler en face. Entre l’œil et soi, entre l’œil et le monde, s’ouvre un regard né des entrailles. Un coup de foudre ! Le surgissement d’une vision sortie des ombres qui nous revêtent. Choisir de voir, sans rien savoir de l’acte lui-même qui se déroule. De l ’énigme qui se délivre. Voir et choisir de voir sans le vouloir. Tout cela entre les paupières. Sans chercher à trouver une vérité dans ce qui est vu. Il faut d’abord prendre le temps du labyrinthe, avancer avec la lenteur nécessaire, en tenant avec force, entre ses doigts, le fil d’Ariane. Ensuite seulement nommer. Lorsque l’on a pris suffisamment de recul, il est alors possible de nommer. Nommer pour être. Pour se voir soi-même. Ça voir. Savoir. Dans la cartographie de ses lisières, en tenant bien serrée entre les doigts, la corde de l’espérance entre passé, présent et advenir. Cet advenir, imprévisible possible, attendu.
dimanche 30 novembre 2025
Avent 2025 : PAIX
lundi 24 novembre 2025
L'oeil et la source / 11bis/ Imprévisible

Comme pour aiguiser la vision que l’on a du réel, toucher l’écorce de l’arbre, en tâter la rugosité pour qu’elle s’imprime dans la peau de la paume et fasse circuler plus loin encore, dans les replis internes du corps, cette vie que l’on sent vibrer sur les troncs des arbres, et ressentir que l’ordre des choses peut se remettre en place si l’on tente quelque chose. Dans le dedans de ce qu’on nomme soi, une sensation de plénitude, et même si on réfléchit bien aux mots que l’on emploie, on pourrait parler d’un sentiment d’amplitude, comme si notre cage thoracique s’était écartée et, dans cet espace augmenté, encore plus d’air pouvait pénétrer, plus de perceptions s’affiner avec une sensibilité intensifiée. Les pulsations du cœur amplifient leurs battements et donnent aux pensées un champ plus vaste de tremblements. Un paysage intérieur s’étend sous ce regard. Quelque chose de plus ample que le réel où avancer. Une architecture différente du lieu prend forme, une géographie creuse des sillons nouveaux, délimite de nouveaux lieux qui s’illuminent d’une manière différente. Une transhumance, de celles que l’on n’espérait plus, cherche à se faire jour. Continuer alors à écrire pour se recommencer, pour mettre en mouvement d’autres enfantements sur le seuil de paysages nouveaux. Aux marges du regard, un horizon où accrocher les songes dans le trouble de ce qui est en devenir. Trouver dans les replis du grand livre de nos existences, dans les pages déjà tournées de la vie, la langue qui saurait dire ce qui est en train de se produire, une langue inédite. Une langue trouble, délivrant des pépites surgissant d’un ailleurs dont on ne sait rien, élargissant l’espace du jour et donnant à voir ce qui est le plus secret. Il ne reste qu’à déchiffrer ce qui est éparpillé sur les marges de la page, ce qui est mais que l’on ne voit pas toujours, ces lambeaux de pensées qui cimentent chaque être, et qui restent dissimulées longtemps, et soudain par des chemins imprévisibles, se laissent contempler. À l’intérieur de ce paysage, des points d’incandescence à fixer, sur lesquels concentrer le regard, et vers lesquels se dessine une possibilité de chemin. À l’intérieur de ce paysage, inscrire un ciel bleu, et une silhouette qui marche en traçant ce nouveau chemin espéré depuis tant de temps. Cela sinue encore, comme ces longues phrases dont on ne vient pas à bout, car les lignes droites n’existent pas. Dans la peau de l’écorce sommeillait l’élan.
samedi 22 novembre 2025
L'oeil et la source/ 10 bis/ Indéfini

Bruits et lumières engloutis, se contenir, s’enserrer, se complaidans le refuge silencieux de son enclos. On peut y dresser l’inventaire des ailleurs auxquels on n’a plus accès, ou plus la nécessité de s’y rendre, mais on sent bien qu’ils sont présents en soi et qu’ils continuent de dispenser leurs bienfaits au-delà de notre présence dans le réel. Dans la substance trouble du songe, il y a une autre vie qui se profile où des figures effilochées se suspendent, empruntent des voies de secours pour parvenir jusqu’à nous. Bien à l’abri dans cette grotte, tout peut encore se tramer : du passé il peut se tisser des lendemains et la vie continuer de se tresser et de chercher et explorer sa voie vers l’indéfini. Plus rien ne fait frontière. L’esprit arpente une géographie intérieure, se rassasiant de paysages incrustés à la mine de plomb, tatoués sous l’envers de la peau et qui, encore vifs, poursuivent leur suintement intérieur. De leur épanchement, naissent des forêts, des rochers infranchissables pour la stature de l’enfant, des espaces où se perdre, des lieux mobiles avec les souvenirs qui les font revivre. L’espace du dehors revisité depuis l’espace du dedans. Et ces lisières à peine effleurées, estompées d’un voile dont on n’a plus envie de lever le tulle pour donner à voir ce qu’il cherche à cacher. Entre le dedans et le dehors, il n’y a plus de frontières ; des images se dressent laissant deviner le parcours d’une vie, ses méandres et ses lignes droites, ses creux et ses promontoires, ses lacs de sérénité et ses mers à la houle provocatrice. Derrière les volets clos d’une cartographie intérieure, un sentiment étrange d’une intense présence qui ne s’est pas dissoute au fil des ans et des pérégrinations. La fillette d’avant, celle d’un lointain passé, celle qui se posait des questions mais ne parlait presque pas, celle qui restait emmurée dans ses soliloques, celle traversée de silences toujours plus amples, est toujours là, dans cette mémoire fragmentée d’une femme assise près d’une fenêtre, buvant un café, songeant à ce chemin, dont elle a parcouru bien plus de la moitié, et sur lequel surviennent encore, malgré les angles morts qu’il reste à dépasser, de denses appels de vie, des passages encore à franchir, même si la falaise ultime se rapproche chaque jour davantage. Intérieur irisé d’un jadis dont il n’est pas possible de se défaire et qui éclaire ce vers quoi les pas doivent désormais se diriger.
mardi 18 novembre 2025
VIII - VOIR - CHERCHER où TROUVER. (VIII BIS )
La grille rouillée roule ses yeux ardents sous leurs semelles meurtries. La longue marche a épuisé leur légèreté et leurs pas sont les larmes des coups reçus enfouis sous leurs cicatrices à corps ouvert. Le silence emmure les lèvres vrillées par la souffrance et le temps accélère la douleur des non-dits. Plus rien n'affleure à la surface des sentiments. Même la haine a suivi l'envol des oiseaux . Elle s'est muée en une traversée diagonale de la frayeur pour échapper à la résurgence du mal.
VII - CHERCHER - VOIR où TROUVER. (VII BIS )
Le goéland sur son nuage
gardien du sable
gardien de l'eau
son oeil glauque et perçant
reflète les incertitudes
du monde.
Petit Pouvoir
au-delà des luttes intestines
Sa solitude vulnérable
n'en fera qu'une bouchée
sous les incisives grotesques
de l'Univers
ensorcelé
combat des chefs
yeux révulsés
par l'appât du vide
du rien qui servent tout
Il s'accroche à la certitude du ciel
à sa noirceur qui n'existe
que par l'aiguille de Lumière
qui traverse les nuages
de la nuit
L'Aiguille-Espoir.
VI - VOIR - CHERCHER où TROUVER. (VI BIS)
L'horizontal
entre le ciel et l'eau
Figure géométrique
Figure équilibriste
mais maintenir
se maintenir
sous les ciels laiteux
Ne pas poser bagage
Fendre les vagues
Guider sa barque
sur les strates de l'eau
Elire la nuit épistolaire
pour réécrire sa vie
Pouvoir encore rêver
et voguer, voguer
sans vague à l'âme
à l'abri des maisons endormies
Enfin pouvoir aimer
à portes grandes ouvertes.
V - VOIR - CHERCHER où TROUVER. (V BIS)
(pour les photos, voir Version 1)
Vouloir s'évader des eaux troubles confondant les rochers, les poissons, les ombres des grands fonds et tous leurs démons de l'oubli relève de la magie du corps à vouloir vivre à tout prix, surgir, émerger, prendre les vagues dans ses bras et se traîner sur le rivage. Le sable offre sa couche profonde, tendresse, caresses assurées. Un bras se lève et la main pointée vers le ciel la falaise s'entrouvre, laisse passer une silhouette étonnée, remplie d'une rage joyeuse. Les pieds nus flottent au-milieu des grains blonds-cendrés, entonnent une valse silencieuse d'abord étourdissante ensuite de la tête et du coeur. Dès lors, elle ouvre les portes des rocs engrillagés et le chemin dans la campagne hospitalière sinue sous la lumière d'un matin prêt à offrir le gîte à un corps révélé. Fermer les yeux, respirer, savoir que l'on peut exister.



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