C’est l’emboîtement de l’ailleurs dans l’ici,
une inclusion de l’infini dans le fini.
Sylvie Germain ( Vermeer & Sylvie Germain)
Chercher encore autour de soi ces lieux vivifiés, non par l’air du temps ou les préoccupations d’utilités, mais par ce qui permet à tout être humain de se penser au-delà de lui-même. Là où de précieux rais de lumière parviennent à se faufiler et à éclairer le chemin sur lequel on continue d’avancer. Chacun a les siens, qu’il visite de temps à autre.
Il est toujours profitable de faire un détour par l’étymologie des mots et de se replonger dans un dictionnaire. Dans le Gaffiot, envers qui tout latiniste éprouve de la reconnaissance, il suffit de consulter les différentes définitions du mot templum. Il y en a cinq:
– espace circonscrit, délimité; espace tracé dans l’air par le bâton (littus) de l’augure comme champ d’observation en vue des auspices.
– espace que la vue embrasse, champ de l’espace, enceinte, circonscription: et comme le dit Lucrèce caerula caeli templa, les espaces azurés du ciel.
– espace consacré, inauguré
– temple
– traverse, solive placée sur les chevrons
Je lis ailleurs que le mot templum (correspondant au grec téménos τέμενος, de τέμνω, « découper ») est un mot latin qui désigne une pratique religieuse et divinatoire en usage dans la culture étrusque, destinée à délimiter un espace sacré (pour édifier un sanctuaire, les limites d'une ville, celles d'un domaine ou d'une maison) par la prise d’auspices pratiquée par les augures.
Je lis ailleurs qu’il est tentant de lier ce mot au grec ancien , τέμενος témenos (« champ ou bois sacré, enclos réservé aux chefs ») issu du verbe τέμνω témno (couper) et de faire de templum la coupure entre le profane et le sacré.
Le mot est plus probablement issu de l’indo-européen commun temp (« étendre, étendue > espace (sens étymologique de templum) ») , d’où contemplor (« regarder l’espace, le ciel (en vue d’un présage), contempler ») qui a très tôt pris un sens religieux.
Je poursuis mes recherches sur la signifiation des mots, leur densité qui n’est pas toujours connue, mais dont on ressent, parfois sans le savoir leur sens premier.
À l’origine, le templum était une portion du ciel délimitée par le bâton de l’augure romain pour y observer les phénomènes naturels ou le passage des oiseaux. Il en est venu à désigner le lieu, puis l’édifice où se pratiquait cette observation. L’équivalent grec temenos comprend le même radical tem : couper, délimiter.
Cette notion de délimitation se retrouve dans la conception hébraïque du « sanctuaire » : si on traduit littéralement ce terme - BeiT HaMiKDaCH (maison de sainteté), la racine K D Ch contient l’idée de séparation. Mikdash (מקדש), est de la même racine que kadosh, signifiant séparé.
Dans toutes les civilisations et à toutes les époques, la nécessité de ce que je nommerai un templum pour rester dans une notion abstraite s’est révélée nécessaire au sein d’une communauté. C’est un lieu à part. Revêtu d’une certaine aura. Un lieu non seulement nécessaire mais sans doute indispensable pour que tout individu ait cette possibilité de prendre de la distance avec ce que nous pouvons appeler le quotidien, ou la vie commune, ou le cours de la vie.
Un lieu à part. Séparé. En suspension. À la marge. À côté de. Dans un entre-deux. Un enclos. Un espace azuré de ciel. Dans une crique, un trou, une anse, une matrice. Un recoin de pénombre. Une oasis. Un outrelieu comme on parle de l’outrenoir. Entre stalactite et stalagmite. Où un goutte à goutte. Dans une anfractuosité, un repli sous les plis. Là, sans visage, l’envers de soi. Une étincelle au bord. Une vibration. À fleur de peau. Épurée. Là où des points de suspension. L’intemporel. Dans l’intervalle de la nuit et du jour. Là où l’instant. Et l’insaisissable. Avec une loupe pour les visions fugitives.
Voir ce qui est derrière ce que nous voyons.
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