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mardi 5 juillet 2011

MAMAMANUNUNUFRANCCCCCCCCCCCHE

JE VOUS RAPPELLE POUR LES PLUS INTREPIDES D'ENTRE NOUS QUE CE SOIR A L'ESC IL Y A UN SPECTACLE AMATEUR SUR QUI VOUS SAVEZ

dimanche 12 juin 2011

Une mouche à la fois, encore : en attendant la version vivante

34, moi, puisqu’après j’étais dans la coiffure
Mon gynécologue sa mère elle était de Besançon
C’était pas Manufrance
Pus de 3000
Vous y étiez heureuses
Tout le monde commandait
Tout par un coup
On était dans le sous sol
On discutait
On faisait pas 35 heures
Y avait beaucoup beaucoup de rayons
le rayon pêche, le rayon coutellerie, le rayon librairie
Le chef du personne avait dit "c'est notre rayon de soleil"
1 mouche
1 mouche à la fois
Ça a fait du tord
Le fils, la femme
Quand Jo dassin est mort
C’était vieux jeu
Les transrouleurs
C’était vieux jeu
Une mouche à la fois, moi ça m’intéresse les mouches
Personne écoutait pus
300 licenciements
Si des fois
Mais là elle le faisait
C’était vieux jeu
C’est ce que je disais à la dame
Je suis partie en 78
C’était Blanc ou Tapie ?
Personne écoutait plus
Y avait aussi le miel pour abeilles
On faisait partir des arbres
C’était vieux jeu
Ah mais à Molina ??!
Ça a été vite fait
C’était plus moderne
Une soupière
C’était le bon temps
Après ça a été la débandade
Vous y étiez heureuses
Le dedans c’était vieux
Y en a qui en sont morts
On nous faisait compter les mouches
Tout le monde peut se tromper
Ah mais à Molina ??!
On servait les maisons
55 mouches
On était payé comme ailleurs
Comité d’entreprise, des syndicats
Y en a qui venaient de loin, de la Ricamarie
Les premiers temps on y a travaillé
Tout le monde était fautif
Fallait pas avoir beaucoup d’instruction
Les annonces du chasseur français
Et dans les bureaux
1 mouche à la fois
Une chef avait sa secrétaire
Un second avait sa secrétaire
Vous faites les gestes mais on n’a pas les mots
Ceux qui réparaient les transrouleurs
Trop de chefs
Les gros
Des objets Manufrance
Non
C’était vieux jeu
De père en fils, tous leurs rejetons
On avait reçu des abeilles, ça grouillait là-dedans
Fallait courir, marcher, enfin, courir
Les lustres, ça dégringolait
Faut pas rien travailler sans fenêtre
Allez paf c’est la grève
Un chef a sa secrétaire
Dans les rayons on était combien ?
La Rose
C’est les gros
C’était tout des passerelles, fallait marcher
Ça dépendait où on était dans les sous-sols
J’étais veuve
Ça a fait du déchet
Il faudrait pouvoir comparer époque par époque
Quand je vois toutes les mouches
Y en a qui se sont engraissé les pattes
Quand les fondateurs sont partis
On osait plus défiler
Encore eux
Ça on l’a jamais vu
Il avait acheté sa Chrysler
Paf c’est la grève
Je suis toute seule
Et vous avez pas trouvé chaussure à votre pied ?
On les voyait passer
Personne en avait peur
Encore eux
Tous leurs rejetons derrière
Les 2, le gros, le béguin de l’autre
Tu pourrais au moins le cacher
dans le temps il fallait travailler
On faisait pas 35 heures
Tout le monde y a pris part
Les mouches dans les petites boîtes
A la pêche aussi
Y avait un hameçon qui sortait de sa poche
1 mouche à la fois
Tandis que l’autre, ça faisait un beau garçon
Il faudrait pouvoir comparer
Vous défendiez votre travail
ça a pas servi à grand chose
Y avait de l’abus
Faut bien faire quelque chose
J’m’en fous
C’était vers la fin
Bon, mesdames, je sais pas si je vous reverrai
C’est triste
Les machins pour la pêche, 1 mouche
Vous y étiez heureuses, quand même ?
Oui oui
On a bien passé son temps
On a l’impression que cette dégringolade de la fin
Oui mais c’était par cinq après
Moi j’en garde pas un mauvais souvenir
1 mouche à la fois, moi ça m’intéresse les mouches.

un dimanche de souvenirs à la maison d'animation de la Métare. Merci à ces dames qui ont bien voulu nous les confier et dont je ne connais même pas le nom

vendredi 10 juin 2011

Prédestinée


J'étais dans le ventre de ma mère,  ou m'apprêtais à naître, ou étais née, puisque l'amour était passé par là.

vendredi 20 mai 2011

Une touche à la fois

J'étais en train de faire du vélo à gauche et du camping à droite et j'attendais que l'amour vienne.
- Bonjour dis-je, êtes-vous des chasseurs français ? 
- Faites excuse Mademoiselle mais nous, nous sommes des pêcheurs à la ligne français.
- Oh pardon ! dis-je je n'y connais rien c'est vrai que vous n'avez pas de casquette ; mais ça ne fait rien vous êtes drôlement bien gaulés, surtout vous, le 125 , dommage que je n'aime pas les moustaches, et vous le 435, je vois que vous êtes plutôt latex, ça intéresserait sûrement ma copine Bé, ne bougez pas, je vais lui dire de venir voir l'expo, au MAI y a un accès handicapé. Je vous préviens, parfois elle n'est pas commode. -
- D'accord, de toutes façons les pêcheurs ça aime bien attendre que ça morde

jeudi 19 mai 2011

ah mon hirondelle ..




nous mettons les cyclistes en garde contre les procédés employés par certains individus qui cherchent à tromper la bonne fois des acheteurs en prenant des marques et des titres similaires à ceux des maisons les plus honorablement connues et réputées

afin d’éviter d’être trompé à ce sujet bien prendre note que nos cycles portent tous sur le tube de direction, la marque de fabrique ci-dessous


manufacture d’armes et cycles de saint-étienne

et sur le tube allant de la direction au pédalier l’inscription suivante


hirondelle saint-étienne


hirondelle «outil» modèle n°1 pour homme

hirondelle «outil» modèle n°2 pour dame

hirondelle «routière légère» modèle n° 3 pour homme

hirondelle «routière légère» modèle n°4 pour dame

hirondelle «type» modèle n°5 pour homme

hirondelle «type» modèle n°6 pour dame


pour qu’un cycliste soit irréprochablement monté il faut que tous les organes de sa bicyclette aient des dimensions et des formes exactement appropriés à sa taille, à sa force, à son poids et à ses goûts


hirondelle «demi-course» modèle n°7 pour homme

hirondelle «course» modèle n°8 pour homme

hirondelle «passe-partout» modèle n°9 pour homme


une bonne bicyclette doit être faite sur mesure

réfléchissez que votre existence peut dépendre de la bonne et consciencieuse fabrication de la bicyclette que vous allez acheter ; ne vous laissez donc jamais tenter par le trop bas-prix il pourrait vous couter la vie


hirondelle «passe-partout» modèle n°10 pour dame

hirondelle «luxe» modèle n°11 pour homme

hirondelle «luxe» modèle n°12 pour dame


si l’on vous fait miroiter qu’en achetant une bicyclette sur place vous aurez toujours le réparateur sous la main, rappelez-vous que nos bicyclettes «hirondelle» sont irréprochablement construite et n’ont pas besoin de réparateur


hirondelle «grand-luxe» modèle n°13 pour homme

hirondelle «grand-luxe» modèle n°14 pour dame

rétro-direct hirondelle «type» modèle n° 15 pour homme


barcelone 28 août, "vraiment je suis charmé et très satisfait de la fabrication de ma bicyclette «hirondelle» ; les roulements sont d’une grande douceur et l’ensemble est irréprochable ; je la recommande à tous mes amis"


rétro-direct hirondelle «luxe» modèle n° 17 pour homme

rétro-direct hirondelle «luxe» modèle n°18 pour dame

rétro-direct hirondelle «grand-luxe» modèle n°19 pour homme


si la bicyclette que nous vous adressons ne vous plait pas vous ne serez nullement tenu de la garder ; nous reprenons sans difficultés toutes machines qui, après examen ne satisfait pas entièrement l’acheteur


le sellera (espagne), 15 septembre "je suis très content de ma bicyclette «hirondelle» qui me rend de grands services ; elle a été essayé par un de mes amis connaisseur en cyclisme et il me dit que l’on ne peut rien désirer de mieux et que sa construction et son mouvement sont excellents"


rétro-direct hirondelle «grand-luxe» modèle n°20 pour dame




Catalogue partie 2

Le catalogue de Manufrance fut donc le premier. D’autres suivirent car on ne peut guère se satisfaire que d’une seule étreinte. Dans la nudité entrebâillée de ses pages, j’ai appris à soulever les voiles d’un univers sans risque, à errer voluptueusement dans cette langueur qu’exige le songe. D’autres catalogues généralistes, La Redoute , Les Trois Suisses ont donc pris la relève. J’ai feuilleté, comparé les qualités, jugé les promotions, rêvé d’endosser  ces tenues mirobolantes offertes à mon regard,  calculé mes réductions, consulté la page des mesures, évalué les tours de taille, bassin ou poitrine, rempli des bons de commande que je raturais, faisais patienter quelques jours sur un coin de bureau, oubliais et redécouvrais quelques semaines plus tard, parfaitement obsolètes… Ce temps passé dans les méandres de pages glacées, à suivre le fil d’une recherche qui n’est pas celui qu’on pense, avec un sentiment d’oubli, de liberté reconquise, suffisait à mon bien-être.
Parallèlement, j’accumulais les catalogues de maison d’éditions de livres. Il me fallait toujours le dernier paru sur lequel je me précipitais afin de cocher les livres en ma possession – rayés rouge – , les livres lus mais que je n’avais pas  - simplement précédés d’une croix rouge –, les livres lus et possédés – avec croix et trait rouges – , les livres qu’il me fallait absolument  - cernés d’un trait rouge - , ceux qui pourraient encore attendre -  cernés d’un trait vert - . Le bonheur suprême résidant dans la totalité des titres d’un auteur raturés. Je comptabilisais le nombre de croix, vérifiant ainsi ma progression de lectures… Je notais ensuite sur un petit papier, qui serait glissé dans mon sac, la liste de livres à acheter ou à emprunter à la bibliothèque. Et c’est là que s’insinue  quelque peu la poésie, au coeur de cette plongée apparemment rébarbative …Car ce sont les mots qui guidaient mes désirs, les mots des titres m’entraînant dans ces replis d’ombres où le jour peut recommencer.

 Tendre comme le souvenir / L’espace d’un cillement

Au-delà de l’absence / Le bleu du ciel

Traduit du silence / La complainte du sentier

Me serais-je éloignée du catalogue de la Manufacture d’armes et de cycles de Saint Etienne ? Pas tant que cela… Le vagabondage offert , la richesse d’un vocabulaire que l’on ne maîtrise plus guère, la densité des  pages et la variété des produits proposés étaient dignes d’un dictionnaire , d'une encyclopédie, d’un roman russe, ou des collages surréalistes…

Au coeur des ténèbres / Le calice de la vie

Derrière la porte / Fragments d’un paradis

Voyage de l’autre côté /Le stéréoscope des solitaires

Désuétude , pas vraiment, vu le nombre de catalogues qui envahissent ma boîte aux lettres....Mais soyons moderne, le catalogue des catalogues aujourd'hui , c'est bien évidemment Google, où la poésie s'infiltre  aussi pour celui qui sait lire entre les lignes....

lundi 16 mai 2011

Catalogue partie 1

Après tout ce fut lui mon initiateur à ces plaisirs irracontables ou presque… Lui qui , lorsque j’étais enfant, m’apprit à donner au temps une dimension qui ne se mesurait qu’à l’aune de mon désir. Lui encore qui peupla mes rêves d’images surannées où je mettais mes propres couleurs. C’est avec lui que je passais mes jeudis après-midi, avachie sur une mauvaise chaise, à m’abimer les yeux sur ces mots enchâssés et à m’engloutir dans une reptilienne rêverie au coeur du charnier des images. Lascivement, j’abandonnais mes doigts sur ces trésors célés, levant les voiles d’un univers inaccessible et, frissonnant dans mes élucubrations, de méandre en méandre, m’inventais des histoires éperdues. Je passais  outre les cent cinquante premières pages qui n’étaient sources d’aucune rêverie, et m’envolais vers les “Hirondelles” qui m’entrainaient dans des périples verts avec les gardeboues ( c’était en un bloc solide…) et les pneus ballons garantis sans crevaison – çà c’était indispensable  - et puis bien sûr la bicyclette aurait un petit timbre à deux tons pour rivaliser avec les oiseaux et  serait bleue afin de me rendre invisible lorsque j’aurais atteint l’horizon.                
 Il y avait les pages des jouets, moins variées que sur les catalogues modernes,  avec les jeux de tonneau, les patinettes, les petits billards. il y avait les pages d’instruments de musique où résonnaient les musiques que j’inventais ( j’ai bien eu ce piano jouet au son métallique un peu faux, au son indéréglable….). Il y avait les pages des bureaux avec leurs nombres infinis de tiroirs où tout pourrait  enfin se dissimuler à la vue. Et il y avait par dessus tout la page des coffrets à ouvrage, particulièrement ce que l’on nommait “les travailleuses”, avec ces casiers superposés s’ouvrant en éventail, et une poignée  sur le dessus pour le transport. Si l’un d’entre vous possède ce genre de coffrets , cherchez bien , sous les fils, aiguilles, morceaux de tissus bigarrés, ciseaux ou autres objets de la couturière que je ne suis pas, vous trouverez peut être les secrets d’une petite fille qui n’avait que des rêves de papier à tripoter, des mots à ressasser – bouterolles, brucelles, coulisseau, embases, happes, zéphir – , des images perdues d’où surgissait parfois le chemin d’un égarement toujours plus grand.

samedi 14 mai 2011

Chasseur français, la suite

J'étais sur le quai du métro et j'attendais que l'amour vienne. Son ombre le précéda : Etes-vous un chasseur français ? Demandais-jeJe suis  plus que cela annonça-t-il, je suis  Le chasseur français
Nom d'une pipe de St Claude ! C'est vrai que vous avez un gros fusil  ! répondis-je Je ne vous ai pas reconnu tout de suite avec votre nouvelle casquette : le soleil m'aveuglait, à moins que ce ne soit vous ?   Oui, Le chasseur français aime beaucoup la casquette ; et vous,  vous portez bien le Charmot
photo CY


mardi 26 avril 2011

Souvenirs



Une pauvre ferme sur la commune de Pisieu dans les environs de Beaurepaire, un hectare, trois vaches dont on utilise le lait et qui servent aussi pour tracter la charrue à main. J'y passe toutes mes vacances dès ma naissance. On y vit en autarcie : un cochon, des volailles, les fromages-maison, deux jardins-potagers, ma grand-mère est nounou, nous sommes en permanence sept à huit enfants à dormir dans la grande chambre sur des paillasses bourrées de feuilles de maïs. Je n'y ai jamais vu que deux livres : LE catalogue et L'almanach. Je revois la table ovale de chêne, au bois rougi par le vin dont ma grand-mère le nettoyait, nous y faisons nos découpages les jours de pluie ou pendant les soirées d'hiver dans l'épais catalogue sépia. Nous devons toujours demander avant de détourer l'objet de notre convoitise « Et ça, Maman Cote, t'en as besoin ? ». Je me plonge inlassablement, bien avant de savoir lire, dans les premières pages du catalogue, surtout dans celles des dessins représentant les immenses ateliers, aux galeries sur plusieurs étages.
Saint-Etienne est alors dans mon esprit une ville mythique, aussi lointaine que Samarkand, Séville ou Babylone : la preuve, tous ces objets n'arrivent que par la poste, mystérieusement. J'ignore ce qu'est Manufrance, personne ne me l'a jamais expliqué.En sixième, Mr Pelcker, le professeur d'allemand en blouse grise, nous demande d'illustrer les mots appris dans la leçon, sur notre cahier. Der Stuhl, die Tafel, der Bleistift … tout cela se trouve dans le catalogue et je colle toutes les images avec la petite spatule du pot de colle blanche. Peu à peu, d'autres catalogues remplacent chez les parents celui de Manufrance, plus modernes ceux de la Redoute, des 3 Suisses et lorsque je retourne en vacances à la ferme celui de la Manu me semble dérisoire.
D'aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, mon père est abonné au Chasseur Français. En fin d'année, il attache ensemble les douze numéros avec une ficelle ; le gros paquet ficelé rejoint ceux des années précédentes dans un vilain placard percé dans le mur du long couloir sombre déservant les chambres. J'avais horreur de cette revue, parce que nous n'avions pas le droit d'y toucher, elle était sa chasse gardée et a représenté pendant mon enfance, l'exemple-type de revue pour homme à l'égal de « Play-boy » ou « Lui ». Pourquoi était-il abonné ? Il n'était ni pêcheur, ni chasseur, ni jardinier. Qu'allait-il y chercher ? Cette revue demeurait pour moi une énigme, lu par un dissimulateur. Des années plus tard, je supputais qu'il y consultait les « petites annonces » pour y recruter ses maîtresses.


vendredi 22 avril 2011

MON MANUFRANCE

Penché sur son établi, Manu écoutait la voix qui nasillait sur son VERAPHONE: "C'est moi qu'on appelle la vipère du trottoir!" et il riait en haussant les épaules et les QUEUES DE COCHON, les petites vis à la tête en tire-bouchon tressautaient dans sa main. Il n'essayait même plus de les compter tant il s'amusait en pensant à sa belle-mère qu'il voyait se dresser devant lui à chaque couplet dans sa jupe en POPELINE bleu-marine .
"Elle a sûrement une combinaison en FINETTE, gloussa-t-il."
Manu, c'était un bricoleur, et pas seulement du dimanche. Son atelier tenait de la caverne d'Ali-Baba à laquelle s'ajoutait la touche du fin collectionneur qu'il était.
A la gauche de son établi, l'attendaient un TIERS-POINTS et plusieurs BOCFILS pour chantourner le bois alors qu'une ESTRAPADE et quelques BRUCELLES dénotaient de son goût pour l'horlogerie. Mais Manu ne s'en tenait pas là, il aimait travailler le fer, la pierre, le ciment et deux ou trois outils de plâtrier, des RIFLARDS avoisinaient avec des ALESOIRS, des MANDRINS, des HAPPES et un INCLINOMETRE tandis que deux COULISSEAUX étreignaient le bois de son établi, prêts à l'emploi.
"Le lendemain, elle était souriante
A sa terrasse fleurie chaque soir
Elle arrosait ses petites fleurs grimpantes
Avec de l'eau de son arrosesoir..."
"Ah! ça! c'est plus de la belle-mère qu'on parle..."maisle gramophone continua.
Les murs étaient cachés par des étagères qui dégorgeaient.
Derrière lui, deux GAULETTES et un BOUTEROLLE pour aller à la pêche les dimanches de printemps étaient appuyés contre le mur alors que les DEGORGEOIRS et les NOQUETTES étaient couchés bien sagement dans leurs boîtes avant de ferrer les carpes, puis de retirer les hameçons.
Manu se retourna bruquement et sa TROUSSE A CHAPONNER qu'il avait posée un peu n'importe où après Noël tomba sur le sol et les pinces s'éparpillèrent. Quand il se releva, ce furent les TRIBOULETS qui tombèrent. Il jura intérieurement et les jeta au fond d'un tiroir, il n'avait pas de bague à agrandir pour le moment.
"Il va falloir que je fasse du ménage par le vide, soupira-t-il, ça attendra bien un peu!"
Sa main caressa le toit du DADANT en bois qu'il allait bientôt ressortir dans le pré fin prêt pour accueillir un essaim d'abeilles.
Puis ses yeux se posèrent sur les vieux jouets qu'il avait chinés lors du dernier Mardi-gras: un jeu de JONCHETS en ivoire et un jeu d'HALMA en bois, tous les deux piquetés, rognés, aux couleurs pâlottes mais combien de gamins avaient essayé de retirer les petits bâtons sans faire bouger les autres et poussé les pions le plus loin possible sur le damier pour faire reculer l'adversaire. Du coup, il regarda à peine le SPIROBOLE, balle et piquets flambant neuf encore dans le carton d'emballage.
"Connaissez-vous Marguerite
Une femm' ni grande, ni p'tite
Qu'a des yeux troublants"...toussotait le VERAPHONE.
"Ma Marguerite à moi!... et il joignit ses deux mains sur sa poitrine qu'il avait velue, je lui offrirai des dessous en NANSOUK, je la ferai asseoir sur des fauteuils recouverts d'IMBERLINE, elle sera toute en soie... enfin presque!..."
Et il se déplaça pour mettre à l'abri son matériel de JASPAGE et son CORINDON tous les deux abrasifs dont il ne se servirait pas avant longtemps mais il laissa en évidence la ZEOLITHE, les petites pierres que sa femme ajustait dans l'aquarium pour purifier l'eau. Il trouvait ça joli "la ZEOLITHE" et il entonna son chef-d'oeuvre:
"Si tu veux faire mon bonheur
Zeolithe, donne-moi ton coeur!!!"
Il prit le vieux USE-BOUT DE CRAYON, qu'il préférait appeler son rallonge-crayon pour noter combien d'YEUX ARTIFICIELS POUR LA NATURALISATION il lui restait. Il compta, recompta, il ne trouva pas le même nombre. Sa main gauche jouait avec le FOLIOTEUR dont il s'était quelques fois servi pour estampiller les commandes.
Il faut dire qu'il avait travaillé pour Manufrance, Manu; on ne le disait pas encore commercial mais représentant, d'ailleurs, il préférait; c'était un peu comme si on lui avait fait représenter le carroussel qu'il avait sous les yeux, le grand manège de toute sa vie.
Les MORDACHES pendaient à un clou, il les reporterait dans la cheminée, les pinces pouvaient encore servir pour une petite flambée; les soirées étaient fraîches bien qu'il fît chaud pendant la journée . Il remarqua alors que le verre de son PAGOSCOPE, son thermomètre à prédire le gel était fendu, c'était sans doute pour ça qu'il ne prédisait plus rien. Il devint tout triste, c'était son grand-père qui le lui avait offert. Alors, il se vengea sur le DECRASSOIR, le peigne à poux qui avait encore toutes ses dents. Il le prit par le manche et s'en servit pour faire tomber la poussière de ses HOUSEAUX et de son WINDJACK qu'il ne reprendrait qu'à l'automne quand il arpenterait les chemins boueux de sa campagne forézienne.
"Je me souviens d'un coin de rue
Aujourd'hui disparu
Mon enfance jouait par là..."
" Ah! Non! Pas celle-là! je vais encore chialer..."
Et il bouscula un gros sac en LONGOTTE rempli de KAPOK.
"M..., il faut vraiment que je fasse du rangement!" Le VERAPHONE vacilla sur l'étagère en OKOUME mais il tint bon; ce ne fut pas le cas du MACHINOIR en corne qui chut sur l'établi. Il en avait oublié l'existence, il le prit machinalement. Depuis combien de temps il n'avait pas lissé les coutures d'une paire de souliers!
C'était comme les ETRIVIERES et les RENETTES. Sa fille était partie et avec elle son cheval mais elle avait laissé les pièces de cuir et les lames pour soigner les sabots du vieux Kopeck; et si elle l'avait fait exprès?
Il s'assit et s'appuya sur un VIROLET POUR CORDEAUX, les cordages étaient tout emmêlés, il allait devoir enrouler ça correctement.
Lui qui était rentré dans son atelier par hasard, il se dit qu'il avait de quoi faire. Il sourit en regardant la pile de catalogues Manufrance qui dormait en face de lui. En cherchant bien, il y trouverait peut-être le VISTEMBOIR d'Alphonse Allais!
"Frou-frou, frou-frou... ah, non!", il entendit juste la fin,
"Son frou-frou
C'est comme un bruit d'aile
Qui passe et vient vous caresser!"
Il se releva d'un bond, enjamba l'ASOMMOIR qui lui servait encore à occir ses lapins et il courut rejoindre Marguerite.

jeudi 21 avril 2011

Abécédaire Manufrance

Germaine ce n'est pas la peine que tu fermes avec un couliseau ta popeline, tu as bien du la soulever quelquefois ta chemise en finette ?
Cette bosse que tu as sur le ventre ce n'est pas un corindon, ni une bouterolle.
Tu n'avais peut-être pas ta trousse à chaponner mais le résultat est là et ce n'est pas avec un décrassoir que tu vas faire disparaitre cette enflure.
Non d'un chien avoue-le c'est cet houseaux qui t'a fait cela  ?
Il ne pouvait pas allait s'occuper de ses virolets pour cordeaux ce mandrin et nettoyer ces dadans ?
Te voilà propre pauvre rénette aux cheveux queues de cochons.
Spirobole bien et fais un triboulet de winjack peut-être que demain tu auras des zéollites nouveaux.

lundi 18 avril 2011

Première rencontre

J'étais sur mon banc et j'attendais que l'amour vienne

Etes-vous un chasseur français demanda-t-elle ?
Oui, en vérité je le suis, répondit-il
Je vous ai reconnu tout de suite, dit-elle, vous avanciez vers moi comme vers une biche, à pas de loup
En effet répondit-il, et puis nous avons la même casquette.
(à suivre)

dimanche 17 avril 2011

à la recherche des mot inconnus




Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma brucelle éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : «je m’endors». Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le spinners à hélice m’éveillait ; je voulais poser le véraphone que je croyais avoir dans les machinoirs et souffler ma lombarde ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des rénettes sur ce que je venais de lire, mais ces rénettes avaient pris un tiers-point un peu particulier ; il me semblait que j’étais moi même ce dont parlait l’ouvrage : une estrapade, une queue de cochon, le riflard de François 1er et de Charles-Quint. Cette croyance survivait pendant quelques spiroboles à mon réveil ; elle ne choquait pas ma raison mais pesait comme des étrivières sur mes yeux artificiels et les empêchait de se rendre compte que le bocfils n’était plus allumé. Puis elle commençait à me devenir inintelligible, comme après le mandrin les pagoscopes d’une existence antérieure ; le sujet du longotte se détachait de moi, j’étais libre de m’y appliquer ou non ; aussitôt je recouvrais la vue et j’étais bien étonné de trouver autour de moi une okoumé, douce et reposante pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mon embase à qui elle apparaissait comme une chose sans coulisseau, incompréhensible, comme une chose vraiment obscure. Je me demandais quelle halma il pouvait être ; j’entendais le sifflement des triboulets qui, plus ou moins éloigné, comme le corindon d’un oiseau dans une finette, relevant les dadants, me décrivait l’étendue de la campagne déserte où le virolet pour cordeaux se hâte vers la station prochaine ; et le petit chemin qu’il suit va être gravé dans son souvenir par l’excitation qu’il doit à des lieux nouveaux, à des alésoirs inaccoutumés, à la causerie récente et aux assommoirs sous la lampe étrangère qui le suivent encore dans le silence de la noquette, à la douceur prochaine du retour.

J’appuyais tendrement mes jonchets contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraiches, sont comme les joues de notre enfance. Je frottais une allumette pour regarder ma mordache. Bientôt minuit.




les gros mots sont extraits de la "table générale des matières" du catalogue manufrance ; cette table générale des matières est faite comme un dictionnaire ; tous les objets y sont classés par ordre alphabétique ; il est donc on ne peu plus facile d'y trouver rapidement tout ce que l'on désire ; des mots de cette table générale des matières ont désiré se glisser dans un texte de Marcel Proust, pour remplacer d'autres mots, ceux qui commençaient par le même lettre qu'eux.



mardi 12 avril 2011

Textiles

Bien avant les kleenex et les couettes Ikéa, il y avait les mouchoirs, les plumes de poulet, les touffes de mouflon et déjà le poil de lapin européen

Catalogue Manufrance 1978

Textiles :

Le coin du mouchoir :

Pour lui : *En pur coton Jumel, fond pastel quadrillé tons forts, vignette satin bicolore
*Grands mouchoirs de travail de Cholet, en toile métis coton et lin, fond blanc, carreaux bleus, ourlet piqué


Pour elle : *Petits mouchoirs au coin brodé du nom des jours de la semaine et d'un animal cocasse


Fournitures de literie :

*Plumes de poulet lavées et stérilisées
*Drap longotte, toile lourde, finition ourlet piqué

La qualité de vos rêves est signée « Cotonflor » :
*L'imprimé grandes fleurs cernées au trait dans les tons saumon, ocre, mousse, prune, qualité pur coton, label « Cotonflor »

Une merveilleuse décoration pour votre chambre :
*Imitation de pelage de mouflon aux longues mèches touffues bien serrées

Noblesse et prestige du pelage véritable :
Pour vous qui aimez le contact caressant de la fourrure naturelle, son poil souple et sa douceur incomparable, voici de la véritable peau de lapin d'origine européenne. Confection soignée, chaque couverture est ouatinée et doublée d'un jersey antiglissant pour conjuguer chaleur et confort

Tout de suite après les pilules orientales

J. de D. en chanteuse lyrique - Archives Départementales Lyon

costumes pour dames







costume estival

pour dames et jeunes filles

en toile khaki

en coutil satin blanc

(lavable indéchirable et inusable)

en coutil fantaisie

en flanelle tennis

(laine mohair infroissable et lavable)

costume «élégant»

en serge laine

en cheviotte forte

(de bonne qualité très résistante)

en drap anglais nouveauté tout laine

(souple chaud dispositions variées fond verdâtre)

en drap tyrolien

(feuille morte imperméable à l’eau perméable à l’air inchiffonnable)

costume «diane»

en serge laine

en cheviotte forte

(de bonne qualité)

en drap anglais nouveauté tout laine

(souple chaud dispositions variées fond verdâtre gris beige ou gris foncé)

en drap sergé fin tout laine

costume «touriste»

en drap léger fantaisie

en drap anglais nouveauté tout laine

(souple chaud dispositions variées fond verdâtre gris beige ou gris foncé

au choix très élégant)

en drap amazone pur laine

(noir décati qualité extra)

en drap sergé fin tout laine

(infroissable résistant gris clair gris foncé

au choix recommandé)



extrait du catalogue manufrance 1910 /p.616