"je ne sais pas", pas de ponctuation
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mardi 18 janvier 2022
lundi 27 décembre 2021
Des objets de rencontre
Dans Que ma joie demeure,
Jean Giono écrit: "On a l'impression qu'au fond les hommes ne savent
pas très exactement ce qu'ils font. Ils bâtissent avec des pierres et
ils ne voient pas que chacun de leurs gestes pour poser la pierre dans
le mortier est accompagné d'une ombre de geste qui pose une ombre de
pierre dans une ombre de mortier. Et c'est la bâtisse d'ombre qui
compte."
J'ai
souvent pensé à cette ombre dont parle Giono, l'ombre du geste, l'ombre
du mortier: tout ce qui, dans un geste, dans le rapport avec le monde,
est nourri d'intention, d'émotion. Tout ce qui, par-delà la mécanique,
guide la main pour construire un muret et la pierre vers la main. Cette
pierre-là et pas une autre, parce qu'il y a quelque chose en elle qui
convient.
Forcément,
je fais le lien avec les objets. Les objets auxquels on s'attache un
peu trop. Ceux dont on ressent le besoin de se débarrasser, comme une
violence nécessaire. Ceux qui nous parlent et nous attirent, tout
émaillés de souvenirs à
peine conscients. Une bille de verre dans un bol, un galet sur la
plage, un éventail posé sur une commode qui appelle le regard et presque
aussitôt, sans même y penser, le contact de la main. C'est instinctif,
on prend l'objet dans sa paume, on le tourne et le retourne avant de le
reposer. Il y a une émotion qui vibre, entre les objets et nous. C'est
leur ombre à eux.
Lise Benincà " Des objets de rencontre Une saison chez Emmaüs " (Editions Joelle Losfeld)
mardi 21 décembre 2021
objet imaginaire: la boîte à rimes
codicille : débute par "je ne sais pas", faire rimer les premières syllabes de début et les dernières de fin de phrase, et laisser aller ainsi les mots, comme ils viennent
lundi 20 décembre 2021
table basse
codicille : une seule phrase, commencer par "je ne sais pas", forme : une vague folle (comme la mer au Maroc) avec des mots tirés de la dernière "liste des petits riens" de Linette
mardi 2 octobre 2012
CE QUI ME FASCINAIT...
"Ce qui me fascinait le plus quand nous arrivions,..., c'était la surdité de mon grand- père. Il répondait distraitement ou plutôt froidement à mon bonjour de petite fille. D'ailleurs, il ne répondait pas, il continuait ce qu'il avait entrepris et ma curiosité pénétrait par effraction dans son cerveau. Qu'il bêchât le jardin ou lût la gazette du village, ses yeux restaient étrangement perdus dans le vague et se teignaient souvent de tristesse.
Je m'asseyai sur le bord de ses cils et je voyais alors défiler des légions de soldats. Les obus sifflaient à mes oreilles peu entraînées aux bruits des batailles et je voyais ses amis tomber les uns après les autres dans des fossés profonds aux humeurs putrides. Il m'en apprit le nom: les tranchées. Et mon grand- pére avait dressé des barrières tout autour de ce mot. Aux quatre coins, en sentinelles diligentes, son fusil et trois autres volés il ne savait plus où ni à qui, veillaient sur un paysage de mort. Et il se retranchait du matin jusqu'au soir, même la nuit rajoutait ma grand- mère, au fond de ce sillon d'où rien jamais ne germerait. Et moi, toute petite, recroquevillée contre les ailes de son nez qui me protégeaient des mauvais vents, j'assistai impuissante à la débâcle de ses souvenirs.
Prisonnière entre le rire et les larmes qu'il croyait retenir, je me laissai glisser au creux de son oreille pour lui mumurer que même s'il était vieux, même s'il était grand et maigre, même s'il avait perdu ses cheveux dans le chaos angoissant des mitrailles, même si ses yeux d'où ne filtrait aucune tendresse me faisaient peur quelquefois, je ne demandais qu'à l'aimer.
Mais le silence, un silence insondable s'est installé de lui à moi. Il s'est couché sous cette terre qu'il avait mordue les jours de bise et de froid.
Alors moi, dans les nuits où se lèvent mes morts, je le vois se lever Et s'il veut me prendre dans ses bras une fois, rien qu'une fois, j'acquiescerai, et durant un instant nous serons ensemble, et durant un instant je t'assure je pourrai écrire au nom de tous deux, en supprimant le presque, que nous serons heureux..."
Je m'asseyai sur le bord de ses cils et je voyais alors défiler des légions de soldats. Les obus sifflaient à mes oreilles peu entraînées aux bruits des batailles et je voyais ses amis tomber les uns après les autres dans des fossés profonds aux humeurs putrides. Il m'en apprit le nom: les tranchées. Et mon grand- pére avait dressé des barrières tout autour de ce mot. Aux quatre coins, en sentinelles diligentes, son fusil et trois autres volés il ne savait plus où ni à qui, veillaient sur un paysage de mort. Et il se retranchait du matin jusqu'au soir, même la nuit rajoutait ma grand- mère, au fond de ce sillon d'où rien jamais ne germerait. Et moi, toute petite, recroquevillée contre les ailes de son nez qui me protégeaient des mauvais vents, j'assistai impuissante à la débâcle de ses souvenirs.
Prisonnière entre le rire et les larmes qu'il croyait retenir, je me laissai glisser au creux de son oreille pour lui mumurer que même s'il était vieux, même s'il était grand et maigre, même s'il avait perdu ses cheveux dans le chaos angoissant des mitrailles, même si ses yeux d'où ne filtrait aucune tendresse me faisaient peur quelquefois, je ne demandais qu'à l'aimer.
Mais le silence, un silence insondable s'est installé de lui à moi. Il s'est couché sous cette terre qu'il avait mordue les jours de bise et de froid.
Alors moi, dans les nuits où se lèvent mes morts, je le vois se lever Et s'il veut me prendre dans ses bras une fois, rien qu'une fois, j'acquiescerai, et durant un instant nous serons ensemble, et durant un instant je t'assure je pourrai écrire au nom de tous deux, en supprimant le presque, que nous serons heureux..."
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