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samedi 18 janvier 2025

5 /V1 Dans le secret des images 5/


      


Le texte s'ouvre sur des secrets, sur un portrait métaphore. La métaphore de la connaissance et de la reconnaissance. Entendre pour la première fois et ne pas en croire ses oreilles. Et moi la re-découvrir et ne pas en croire en mes yeux.

Harold Whittles ouvre les siens, presque effrayé, devant ce miracle en même temps qu'il nous est révélé, car le photographe a anticipé l'image ; il a appuyé sur le déclencheur de lumière au moment précis où l'enfant de 5 ans sourd de naissance, entend pour la première fois.

Harold c'est moi lisant Le Coeur ne cède pas, suivant l'auteur dans les méandres de son enquête à la recherche du journal d'agonie de Marcelle Pichon, moi qui n'en crois pas mes yeux de ces phrases qui m'enchaînent et font écho à mon histoire, pas mon histoire de sourde, pas mon histoire de femme qui se laisse mourir de faim, mon histoire nourrie d'une faim insatiable, de coïncidences, de synchronismes. Cette photo comme un signe de celui qui me l'avait montrée pour la première fois et l'avait mise en vitrine, celui dont j'ai accompagné l'agonie. Celui dont la Grand-mère, celui...

Scène de liesse. Cette photo retrouvée par hasard 40 ans plus tard sur le mur de crime du site web qui prolonge le livre et ne correspond à rien dans l'histoire. Alors j'écris à l'auteur pour lui demander ce qu'elle fait là, et nous correspondons un temps. Il m'explique que c'est vrai elle ne correspond à rien si ce n'est à l'enfance, si ce n'est qu'elle est sur son bureau depuis  20 ans. Nous correspondons jusqu'au jour où je ne corresponds plus. Quelque part, le coeur a cédé, quelque part du côté d'une poésie non partagée. Un malentendu, un mauvais appareillage.

Alors je mets dans mon sac une photo de mon enfant qui vient de naître et dort contre moi, et je retrouve celle-ci où grande jeune ado avec des bagues sur les dents, elle tient ce gros coeur blanc entre ses mains. "Mon P'tit Coeur" je l'appelle. Celui-ci non plus ne cède pas.

 

dimanche 22 décembre 2024

4 /V1 L'image fige un temps révolu 4/

 

   


Du bateau à aubes sur le Rio Magdalena au paquebot le France comme échoué sur des rivages craquelés de sécheresse, du canot dans les bras morts des affluents-rivières sur l'Amazone, de la savane du Soudan au Parc de la Tête d'Or, un parcours à la recherche de temps révolus, de migrations forcées et de paradis retournés au néant.

Dans ma collection de livres cultes, j'ai plusieurs fois erré dans cette forêt littéraire, baroque et musicale, cette forêt-piège avec ses zones interdites qui ne se laisse pas facilement spolier de ses trésors.

Dans les méandres du fleuve un indice à 3V sur un tronc indiquait le passage. Mais c'était sans compter ici avec les inondations, là avec la sécheresse ou les incendies. Avec les chasseurs, les chercheurs d'or, les braconniers, les producteurs de viande intensive. Les paysanges changent et deviennent des pays-démons.

Un jour le paradis ne suffit plus, il faut retourner faire provision de richesses qui n'existent que dans la civilisation des villes, un jour la girafe capturée sera privée de la course en bande dans la savane du Kordofan et exposée à l'ennui de l'enclos du zoo.

Mais il n'y a pas de retour possible. La route est redéfaite, le passage est perdu, sous les eaux, la girafe pleure dans son parc lyonnais, le France reste à quai.

Le texte se referme sur ses secrets et la symphonie de la forêt reste inachevée.

lundi 6 novembre 2023

Interlude 10 p. 256 Comme des vagues qui se brisent sur le rivage Vagues oiseaux soleil fragments

Comme des vagues qui se brisent sur le rivage

Le livre se referme en claquement de portes

Les personnages restent figés à tout jamais

On ne saura jamais le pourquoi du comment

Imprimés sur leur corps les divers monologues

Tous les fragments de vie aux embruns éclatés

Le soleil a décrit son demi-cercle jaune

Il est temps à présent de laisser les oiseaux

dans leurs nids sous les feuilles

les petits mammifères

Et cet instant sinistre qui hurle avec les loups

Et le coeur qui chancelle à s'arrêter de battre

et la mer qui s'écrase "toujours recommencée"


vagues oiseaux soleil fragments Interlude 10
à partir de la phrase "The waves broke on the shore"


vendredi 27 octobre 2023

Interlude 9.2 p.203 Derrière les traînées de silence fibreuses Ténèbres

 Derrière les traînées de silence fibreuses

     se déplacent les ténèbres furieuses

Au-dessus du lac de nos esprits fébriles

     s'abattent les ténèbres errantes

Sur le rebord figé du monde affolé

     Ruissellent les ténèbres de la folie des hommes

Dans les profondeurs filetées des jardins de l'automne

     Tourbillonnent les ténèbres de notre fragilité

Entre les frontières mesquines reliant les minutes aux heures

     Roulent les ténèbres fractionnées des barbaries fratricides

Avant le petit-déjeuner qui répare l'amour

     S'élèvent les ténèbres des rêves avortés

Au creux de la dévorante douceur

     Souffle le désir de ténèbres tyranniques

     Qui pénètrent, enveloppent, engloutissent

     Le sens secret des choses


Ténèbres interlude 9.2 à partir du mot darkness, répété 7 ou 8 fois dans ce fragment

ma traduction (partielle)

Comme s'il y avait des vagues de ténèbres dans l'air, les ténèbres se déplaçaient, enveloppant les maisons, les collines, les arbres. [...]. L'obscurité ruisselait dans les rues, tourbillonnait autour des silhouettes en les engloutissant, effaçant les coupes enlacés dans l'obscurité pluvieuse des ormes en plein feuillage d'été. L'obscurité roulait ses vagues le long des allées herbeuses et sur la peau ridée du gazon,enveloppant l'épineux solitaire et les coquilles d'escargots vides à son pied. S'élevant plus haut, l'obscurité soufflait le long des pentes dénudées des hautes terres et rencontrait les sommets de la montagne, là où la neige éternelle recouvre à jamais la roche dure, même lorsque les vallées sont pleines de ruisseaux et de feuilles de vigne jaunes, et que les jeunes filles, assises sur les vérandas, regardent la neige cachant leur visage avec leurs éventails. Elles aussi, l'obscurité les recouvre.

mardi 3 octobre 2023

Interlude 9.1 p.202 Dans les recoins lointains dans les grottes sonores

Dans les recoins lointains dans les grottes sonores

    Les silences bruyants

Reposer dans le calme

     Au fond de son cercueil

Attendre la lumière la vague réveillante

Se glisser lentement hors de sa peau vieillie

Et regagner son corps après s'en être enfui

 La fabrique du rêve la puissance de l'eau

     Renaître

     Réinventer

     Riposter

    Indésirer

         Incolérer

Sur les vastes rideaux de ténèbres tremblantes

     Amourer

     Justicer

     Persévérer

         Sublimer

L'incontinence aiguë des moustiques zélés

Des monstres merveilleux de nos terrains de jeux

Vaisselle ébréchée aux contours de tristesse

 Sur les vastes rideaux éclairés de courage

Certitudes fragiles enrubannées de langes

             Un impossible adieu


Dans les grottes sonores Interlude 9.1 ; à partir de "the height from floor to ceiling was hung with vast curtains of shaking darkness" et "the mouth of a cave shadowed by hanging creepers.

jeudi 21 septembre 2023

Interlude 8.2 p.178 Noctalgie La Terre était si éloignée

La Terre était si éloignée

Allait-elle la revoir ?

Nageant entre deux hauts

Voguant entre les nuages

Comme dans ce rêve

Où elle devait se poser

Sur un globe terrestre

Telle une géante

Un pied dans chaque pays

Ce devait être le rêve

De tous les migrants échassiers

Une vie de chaque côté de la frontière

La Terre était si loin

En apesanteur elle voyait

des myriades de lumières

Quand on est au milieu du ciel

Devient-on une étoile ?

La Terre était si loin

En flammes, en feu, en furie

La Terre était si loin, si loin, si loin


Noctalgie Interlude 8.2 p.178 à partir de The land was so distant"


vendredi 1 septembre 2023

interlude 8.1 p.177 Présage Sans voir la photo on devine la plage

Sans voir la photo on devine la plage

Les ombres qui s'étendent

La journée qui finit

On frémit de comprendre que le livre s'achève

Que les textes traduits retourneront au vide

Entre les couvertures du cahier réglissé

Les moules les oiseaux le sable le bateau

Les meubles le miroir les couverts enchantés

Les toits les fenêtres

L'horizon enflammé

Les arbres obélisques

Un contre-jour toscan

De séance en séance la course du soleil

Les vagues virulentes les rendez-vous manqués

Marguerite aux fourneaux inventant d'autres Vagues

Le soleil disparaît : est-ce mauvaise augure ?

Entre les interludes que s'est-il donc passé ?


Présage interlude 8.1 p.177 à partir de "The sun was sinking"

vendredi 7 avril 2023

Interlude 5.1 p.126 La femme aux cheveux d'or

La femme aux cheveux d'or la roue rouillée les gouttes d'eau opale les maisons de carton roses le dépaysement multicolore la couche de mer émeraude  un petit acompte argent sur le bonheur conjugal les charbons rougeoyants de l'amour, les fournaises du coeur la barque bleue azur du destin flottant sur des eaux incolores 3 nuits champagne la poitrine bistre la fragrance mauve de son after-shave une robe blanche imméritée la débâcle anthracite une chausse-trappe moutarde une bottine acajou sans lacets les sillons noirs creusés par le vent vermeil

de l'oubli

du rabougri

des tissus kakis froissés sur les pierres brûlantes



ma traduction

Le soleil était au zénith. On ne le devinait ni ne l'entr'apercevait plus à partir d'indices et de lueurs ; c'était comme si une jeune fille allongée sur sa couche maritime verte se fatiguait le regard à distinguer les joyaux aquatiques, ronds comme des globes qui lancent des lumières teintées d'opale, tombent et clignotent dans l'air incertain comme les flancs d'un dauphin glissant ou l'éclair d'une lame qui tranche

Maintenant le soleil brillait sans équivoque, de manière indéniable. Il dardait ses rayons sur le sable dur et les rochers devinrent aussi rouges et brûlant que des fournaises. Il cherchait chaque flaque, et attrapait le petit poisson caché dans le moindre recoin, faisait apparaître la roue rouillée, l'os blanc, ou le ... sans ... accroché, noir comme du fer, dans le sable. Il donnait à chaque chose sa masse exacte de couleur. Aux dunes leur scintillement innombrable, aux herbes folles leur vert brillant. ou bien il tombait sur l'étendue aride désolée du désert, montrant ici les sillons creusés par le vent, ici balayé en cairns désolés, ici parsemée d'arbres exotiques (?) rabougris d'un vert sombre. Il allumait la fine mosquée dorée, les frêles maisons de carton roses et blanches du villages au sud, et la femme à la poitrine généreuse et aux cheveux blancs, qui s'agenouillait dans le lit de la rivière en battant des vêtements froissés sur les pierres. Les paquebots qui s'élançaient lentement sur la mer étaient pris dans le regard rasant du soleil qui, à travers les auvents jaunes, frappait les passagers qui somnolaient ou arpentaient le pont, abritant leurs yeux pour chercher la terre, tandis que, jour après jour, comprimé dans ses flancs huileux et palpitants, le navire les portait monotonement sur les eaux.

à partir de la phrase " 2023 04 07   - "Le soleil donnait à chaque chose sa masse exacte de couleur" 

"The sun fell in sharp wedges. Whatever the light touched became dowered with a fanatical existence"

lundi 20 mars 2023

Interlude 4.2 p.93 Comme l'herbe ondulante

 Comme l'herbe ondulante de la mer

les vapeurs violettes

Comme les moiteurs recroquevillées à l'arrière-plan

les dagues de glace

Comme la campagne blanche de fleurs

les visqueuses fêlures

Comme les gobelets zébrés de lumière éphémère

un glacis rouge

Comme les chants enturbannées abrupts

à l'aplomb de la flèche

Comme le grain du bois les épluchures pitoyables

Comme l'étoile polaire sa lumière blafarde

sa position immuable

Comme les ruisseaux les torrents les étangs les lacs

le ciel tournoyant

les chevaux virevoltants

 

Comme si au bord de leur vie

Rien n'avait d'ombre


à partir de la phrase 2023 03 25 "They sprang as if the end of their being were sharpened and must cut, must split the softness of the blue green light, the dampness of the wet earth"Comme si leur fin était proche et que le bord de leur vie s'approchait "

Ma traduction

Ils chantaient comme si leur chant était expulsé sous la pression du matin. Il sautaient comme si leur fin était proche et que le bord de leur vie s'approchait et devait fendre la douceur de la lumière bleu-vert, l'humidité de la terre mouillée, les fumées et les vapeurs des volutes grasses de la cuisine, ; les effluves chaudes de mouton et de bœuf ; l'abondance des pâtisseries et des fruits ; les matières humides et les épluchures jetées depuis le seau de la cuisine, et d'où s'échappait une lente vapeur montant du tas d'ordures. Sur tout ce mouillé, ce tâché d'humidité, ce recroquevillé par le trempage, ils descendaient, avides, impitoyables, abrupts, Ils plongeaient soudain depuis les branches du lilas jusqu'à la grille, ils épiaient un escargot et frappaient la coquille contre une pierre. Ils frappaient avec fureur, méthodiquement, jusqu'à ce que la coquille se casse et que quelque chose de visqueux suinte de la fêlure.

Ils balayaient le ciel en tournoyant comme des flèches  haut dans les airs lançant des notes brèves et aiguës perchés sur les plus hautes branches d'un arbre ils regardaient à travers les feuilles les flèches des clochers et en bas la campagne blanchie par les fleurs, avec l'herbe ondulante et la mer qui battait comme le tambour d'un régiment de soldats enturbannées ou portant des casques à plumes.

Maintenant et encore leurs chants montaient ensemble sur des portées rapides comme les entrelacs d'un torrent dont les eaux se mêlent au confluent,  écument et se mélangent, puis se hâtent de plus en plus vite vers le chenal traçant une sortie unique et large emportant les mêmes larges feuilles. Mais il y a un rocher. Elles se séparent.

Le soleil tombait en pans aigus dans la pièce.

Quoi que ce fut qu'elle touchât, la lumière devenait plus crue avec une existence fanatique exacerbée

Une assiette devenait un lac blanc, un couteau une dague de glace. (un stalactite). Soudain des verres se révélaient soutenus par des zébrures de lumières (des raies de lumières)

Les tables et les chaises émergeaient comme si ayant préalablement coulé elles surgissaient à nouveau, elles refaisaient surface, recouvertes d'une mince pellicule rouge, orange, violette comme le duvet sur la peau d'un fruit mûr. Les veines sur la glaçure (le vernis, le brillant) de la porcelaine, le grain du bois, les fibres du cannage se précisèrent plus finement. Rien n'avait d'ombre. Un pot était tellement vert que l'oeil semblait aspiré par le tunnel de son intensité et restait collé dessus comme un mollusque, une bernique

Puis les formes prirent du volume et des contours. Là on distinguait la courbe d'une chaise ; là la silhouette d'une armoire. Et à mesure que la lumière augmentait des tâches d'ombre y pénétrèrent, s'accumulèrent et se répandirent en de multiples plis et replis sur l'arrière plan.

mardi 14 mars 2023

interlude 4.1 p.92 Oiseaux déréglés

Oiseaux déréglés, chaque année moins de doigts pour les compter. 

Aucun jacarini sautant sur place les ailes en l'air pour montrer à sa femelle sa tache blanche.

Rouge-gorge solitaire. Est-ce le/la même chaque année ? Combien de temps vit un oiseau ?

Des pigeons, ça oui. Lundi dans le jardin, un ramier égorgé, un éventail de plumes.

Quelques mésanges et quelques pies. Un pivert revenant, quelques pinsons des arbres et trois moineaux.

Aucun petitduc faisant escale après avoir parcouru 3000 km au-dessus du désert

Aucune perdrix rouge guettée par l'autour des palombes

Pas de cassiques cul jaune de Guyane dans son nid tressé et suspendu

Pas de picolette précieuse qui sait tout chanter et en paye le prix

je pense au silence de confinement rempli d'oiseaux, au cri de chouette dans les films, dès que l'atmosphère est crépusculaire

je sais bien que vous ne chantez pas pour me faire plaisir, que vous avez votre vie, mais comment vous dire que je suis contente que vous le fassiez

Et tous ces plumages, ces ramages, ces crêtes, ces chants cette créativité infinie. Stridence, passion, véhémence, murmurations des étourneaux.

Psychologie du désastre. Je reste attentive, je compte sur vous

murmuration des étourneaux

à partir de la phrase p.93 They sang, exposed without shelter, to the air and the sun" ils chantaient bien en vue, sans abri, pour l'air et pour le soleil,

Ma traduction

Le soleil, à présent levé, ne reposait plus sur un matelas vert, jetant un coup d’œil furtif à travers l'eau scintillante comme des bijoux, révéla sa face et piqua droit au-dessus des vagues. Elles tombaient avec un bruit sourd régulier. Elles tombaient comme fait le martèlement des sabots des chevaux galopant sur le gazon. Leur écume s'élevait comme le jet de lances et de sagaies au-dessus de la tête des cavaliers. Elles balayaient la plage de leur eau bleu-acier parsemée de diamants. Elles allaient et venaient sur le rivage avec l'énergie, la musculature d'un moteur qui déploie et réintroduit sa force. Le soleil tombait sur les champs de maïs et sur les bois. Les rivières devenaient bleues et enchevêtrées comme des tresses, les pelouses qui descendaient jusqu'au rivage devinrent vertes comme les plumes des oiseaux qui ébouriffent doucement leur plumage. Les collines courbées et enserrées, comme liées par des lanières, à l'image d'un membre lacé par ses muscles ; et les bois qui se hérissaient fièrement sur leurs flancs étaient comme la crinière bien taillée sur l'encolure d'un cheval.

Dans le jardin là où les arbres se tenaient lourdement au dessus des parterres de fleurs, des étangs, et des serres, les oiseaux chantaient dans le chaud soleil, chacun en solo. L'un d'eux chantait au-dessus de la fenêtre de la chambre, un autre sur le plus haut rameau du lilas ; un autre sur le rebord du mur. Chacun chantait de manière stridente, avec passion, avec véhémence, comme pour expulser le chant et peu importait si ce chant dissonait avec le chant d'un autre oiseau. Leurs yeux ronds brillaient de mille éclats : leurs serres agrippaient le rameau ou la rampe, ils chantaient bien en vue, sans abri, pour l'air et pour le soleil, magnifiques dans leur plumage tout neuf, veinés de nacre ou éclatants, ici strié de bleu pâle, ici éclaboussé d'or, ou rayés d"un duvet brillant.


dimanche 12 février 2023

Interlude 3.2 p.63 The wind rose

The wind rose

Le vent de Damas le vent des roses levant le poing pour dire la rage

les effluves pailletées de sable

le désert porté par le vent

je vois des roses

les pétales s'envolent poussière

l'air embaume le linceul la momie du fantôme

la fleur à sa fenêtre penche la tête

le vent claque le bouton de porte éclot

the wind rose

le rideau s'agite ondule la flaque de lumière se ride

et mon ami la rose des sables et mon ami le vent

tout tremble autour de moi et la terre s'ouvre sous mes pas

Rosam Video

+*+*+*+*+*+*+*+*+*+*+*

à partir de la phrase "THE wind rose"


ma traduction 

à présent, jetant des regards ici et là, ils scrutaient sous les fleurs, au-dessous des avenues sombres à l'intérieur du monde non éclairé là où les pourritures de feuilles et de fleurs se déposent. Puis l'un d'eux s'élançait gaiement, se précipitait gracieusement, piquait avec précision le corps doux et monstrueux d'un ver de terre sans défense, le picorant encore et encore puis l'abandonnait au pourrissement. Là-dessous parmi les racines où les fleurs se putréfiaient on percevait des effluves de choses mortes, des gouttes formées sur les bords gonflés des formes boursouflées. La peau des fruits pourris éclatait et des matières suintaient trop épaisses pour couler. Les limaces exsudaient des excrétions jaunes et ça et là un corps amorphe avec une tête à chaque extrémité se balançait doucement à chaque bout. Les oiseaux aux yeux dorés qui dardaient leur regard au travers des feuilles observaient cette purulence, cette humidité, d'un air interrogateur. De temps en temps ils plongeaient le bout de leur bec sauvagement dans cette mixture collante.

Dès lors le soleil levant parvint à la hauteur de la fenêtre, touchant le rideau aux ganses rouge, mettant lentement en évidence des cercles et des lignes. Maintenant, dans la lumière qui progressait sa blancheur s'installa dans l'assiette, se condensa sur la brillance de la lame. Les chaises et les buffets se profilaient de telle façon que bien qu'étant séparés, ils paraissaient inextricablement mêlés. Le miroir affichait sa flaque de lumière blanche sur le mur. La fleur vivante sur le rebord de la fenêtre était accompagnée par le fantôme d'une fleur.

Et comme le fantôme était partie intégrante de la fleur, lorsqu'un bouton éclosait, la fleur plus pâle faisait aussi éclore un bouton dans le miroir.

Le vent se leva. Les vagues roulèrent sur la grève avec un bruit de tambour, comme des guerriers enturbannés, comme des hommes en turbans avec des sagaies empoisonnées et qui faisaient tournoyer leurs armes dans l'air, chevauchant les troupeaux de moutons blancs. 

Ma lecture du matin (L'été où tout a fondu : Tiffany McDaniel) (Extrait du passage des roses sur les bleus)

"Parfois je regarde ces bleus et je vois des pétales. et je ne suis plus triste.Comment pourrais-je l'être ? puisque ma mère n'a fait que me donner des fleurs.

[...]

Pendant tout ce temps Sal avait contemplé ses bleus en silence, comme un garçon trop consterné pour être capable de dire quelque chose qui soit à la hauteur. 

[...]

Je pourrais transformer tes bleus en de vraies roses.

Il est allé à la table du patio prendre la paire de ciseaux et le rouleur de ruban adhésif laissés là par Dresden quand elle avait fait son maquillage en papier coloré. Jetant un coup d'oeil autour de lui il s'est dirigé vers le buisson de roses d'une couleur lavande telle qu'on pouvait dire qu'elles étaient bleues.

vendredi 3 février 2023

Interlude 3.3 p.63 Dans le sombre Tunnel d'ombre pourpre

 Dans le sombre Tunnel d'ombre pourpre

le sang palpite et les Tissus s'englanTent

un coeur baT quelque parT sTrié de peines intermiTTenTes

l'oeil jaune scruTe cet organe enchanTé

lumière au bout du Tunnel ?

pour l'heure elle esT dedans

TouT le specTre des rouge

des senTiments cramoisis

une usure raisonnable

la morT sournoise encore dans l'anTichambre

plaies bosses

méTasTases oubliées au fond d'un placard

TouT l'arsenal

les caviTés creusées à même les parois

des mammouThs de chair des pendeloques de Tendresse

les moTs

-percuTent puis sédimenTent

donT on ausculTera les cendres :

des je T'aime et des Toi non plus


Fragment 3 des Vagues. 

Ma traduction

Dans le jardin les oiseaux qui avaient chanté de façon intermittente et saccadée au creux de cet arbre de ce buisson, faisaient maintenant entendre leur choeur, strident et aigu ;  tantôt ensemble, comme conscients de la présence de leurs compagnons tantôt solitaires, à l'intention du bleu pâle du ciel . Ils s'enfuirent/ s'enfuyaient tous dans un même envol, quand le chat noir vint /venait visiter les buissons, quand le cuisinier(la cuisinière) lança/lançait des cendres sur le tas d'escarbilles et les fit /les faisait décamper. On sentait la peur dans leur chant, et l'appréhension de la douleur, et la joie à saisir dans l'instant. Ils chantaient également pleins d'élan dans l'air lumineux du printemps, en passant au-dessus de l'orme, pépiant ensemble alors qu'ils se pourchassaient, s'échappaient, se poursuivaient se donnaient des coups de bec alors qu'ils tournoyaient haut dans le ciel. Puis, lassés de se poursuivre et de voler, ils descendaient en douceur, s'inclinaient délicatement vers le sol, atterrissant et se posant sur un arbre, un mur, avec leurs yeux brillants scrutant, et leur tête se tournant d'un côté puis de l'autre ; à l'affût, en éveil ; intensément conscient d'une chose, d'un objet en particulier.

Ce pouvait être une coquille d'escargot, se dressant dans l'herbe comme une cathédrale grise, un grand bâtiment incendié avec des anneaux sombres dans l'ombre vert foncé de l'herbe. Ou peut-être voyaient-ils la splendeur des fleurs qui répandait une lumière flottante violette fluide sur les parterres traçant de sombres tunnels d'ombres pourpres mauves entre les tiges. Ou bien fixaient-ils leur regard sur les petites feuilles de pommier brillantes, qui dansaient bien que toujours attachées à la branche, éclaboussant pétillant étincelant à travers les boutons de fleurs roses ; ou bien voyaient-ils une goutte de pluie suspendue sur la haie mais ne tombant pas, contenant l'image inversée de la maison entière et des ormes imposants comme des tours ; ou regardant droit vers le soleil, leurs yeux devenaient des perles dorées.


jeudi 5 janvier 2023

Interlude 3.1 p.62 Carcasses sur le flanc à la pointe du fleuve

Carcasses sur le flanc à la pointe du fleuve quelque chose de noir dans un moignon de nuit -Un bout de soie de Chine plié dans un coffret - chevilles enserrées vase gluante un sable plus foncé écrit une autre histoire comme du sang séché sur le terrain vague des vagues anneaux d'esclaves trait noir de la nuance cargaison du désordre fins ruisseaux affleurant sous nos pieds de mammouths marée galopante on s'envase ficelle bleue bois flotté os cimetière barcasses oiseaux charognards ; il règne dans ces lieux des bulles d'indicibles quand la beauté chavire du côté de la mort






ma traduction (corrigée après discussion avec les copines)

Le soleil s'était levé. Des bandes de  jaune et  de vert tombaient sur le rivage, dorant le flanc des bateaux rongés (bateaux-restaurant- cunnillingus) et faisant luire d'un bleu d'acier les feuilles de chardon tombées cuirassées détachées. La lumière parvenait presque à percer les fines vagues à mesure que leurs lames d'éventail atteignaient la plage. La jeune fille qui ayant secoué la tête et fait danser tous les bijoux (de ses cheveux) le topaze et l'aigue-marine, les joyaux aquarelles avec des éclats de feu à l'intérieur, dévoila ses sourcils son front et les yeux grands ouverts, elle traça un chemin tout droit sur les vagues. Leurs frissottements de poissons joyeux et étincelants s'obscurcissaient ne formant plus qu'une seule masse. Leurs cavités vertes devinrent plus profondes et plus sombres et parcourues ça et là de bancs de poissons errants.

Comme elles éclaboussaient, faisaient de mi-tour et reculaient, elles laissèrent une bordure noire de brindilles et de liège sur le rivage et des brins de paille et des bouts de branches comme si une frêle chaloupe avait coulé et que son armature avait éclaté et que le marin ayant nagé jusqu'à la côte avait gravi la falaise et abandonné sa cargaison fragile à essorer sur la grève.


mardi 20 décembre 2022

Interlude 4.3 p.94 Lumière sonore claques déferlements

Lumière sonore claques déferlements foudroyants jeunesse lynchée à angle droit aveuglée grugée par ce soleil sans joie et lancinant lyrisme piquant jalousie des lames de couteaux liquéfiées reposer son regard sur un coussin émeraude mais le son aigre-doux du crépuscule sentimental ne laisse au hasard des laboratoires que sa percutante clarté qui nous inflige ça -son luminescent des aurores alliées les roses de rosir les noirs de louvoyer emportement du ciel tribulations de nuages sans frivolités évanouissement langueur lumière océane clameur et silence obscur des bibliothèques réduites en poussières d'abeilles -Chaque jour est une page de moins en moins blanche.


Ma traduction

fragment 4 2ème interlude 2ème partie

 Le soleil déposa des bandes encore plus larges sur la maison. La lumière toucha quelque chose de vert sur le coin (à l'angle) de la fenêtre et le transforma en un bloc d'émeraude, un puits (une cavité) de vert franc comme un fruit pas encore mûr, immature, sans noyau. Elle accentua aiguisa accusa le bord des chaises et des tables et parsema de fins fils d'or les nappes blanches. à mesure que la lumière augmentait un bourgeon se mettait à éclore ici et là et des fleurs surgissaient, veinées de vert et palpitantes, frémissantes, comme si l'effort fourni pour s'ouvrir leur faisait déclencher le balancement d'un léger carillon alors que leurs frêles clapets cognaient contre leurs parois blanches. Tout devint doucement informe comme si l'assiette en porcelaine fondait et que le couteau en métal se liquéfiait. Entre-temps les vagues continuaient de déferler et de se briser en un bruit sourd, comme des troncs qui tombent (qu'on abat), sur le rivage.

jeudi 24 novembre 2022

Interlude 2 p.23 Rochers durs aux fissures rouges

à partir de la phrase : "The rocks which had been misty and soft hardened and were marked with red clefts"

Rochers durs aux fissures rouges rochers brumeux brume de l'après pluie rochers qui crient avec les rapaces font voler en éclats le silence de la mer en rochers luisants glissants et lisses brûlants impraticables fissures crevasses gorges fentes projets de fuite gaz Rochers broutant le vert de la forêt rochers cataractant acérés rissolant de soleil à-pic ruisselants des vagues fracassantes glissades membres tordus Sisyphe projets anéantis dans les éboulis noirs des désirs en désordre Île du Diable cocotiers verts germant des interstices Rochers-amers manger ce qui est rouge -rêves de friandises- de rochers mous comme des Ferrero oubliés au soleil

 



ma traduction

Le soleil avait pris de la hauteur. Le soleil était encore monté. Des vagues bleues, des vagues vertes dessinaient un rapide mouvement en éventail sur la plage encerclant la pointe du houx-de-mer du chardon / du panicaut maritime et laissaient des mares, flaques, peu profondes ici et là sur le sable, ainsi qu'une frange noire arrondie après leur disparition. Les rochers qui jusque là avaient des formes vagues indistinctes et douces devinrent plus consistants et furent marqués, traversés de fissures rouges.

Des rayures d'ombre fines languissaient sur l'herbe et la rosée qui dansait à l'extrémité des fleurs et des feuilles faisait ressembler le jardin à une mosaïque d'étincelles dispersées, en train de n'en former qu'une seule.

Les oiseaux, dont le jabot était tacheté moucheté de jaune et de rose, chantaient maintenant une trille ou deux à l'unisson, frénétiquement, comme des patineurs joyeux exubérants,  bras dessus bras dessous, puis faisant soudain éclater le silence en morceaux


la cabane du capitaine Dreyfus - île du Diable - 2019

dimanche 20 novembre 2022

Interlude 1.1 P. 5 Dans la brume - l'incertitude - un badigeon de tristesse -

Dans la brume - l'incertitude - un badigeon de tristesse - indéterminée- le cafard que génèrent les jours de brouillard scintillement bruni de l'aube   montée du soir  débandade   cocon délicieux tohu-bohu des origines butyreuses   filaments effilochés de sons brisés   fricassée de sentiments béatitude -le goût de lumière masqué de bulles roses conversation dans le noir   mots dilués délavés peinant à sortir des bronchioles   équilibre bancal des mots et des choses   les bouquets argentés des forêts en hiver brume  tourbillons brume  Babel hululant dans les couloirs  une sorte de velours nocturne sur son miroir de brume / mou aussi-  des choses à la hauteur des yeux   ombre bleue sur la bruyère des landes  sur la bryone des lieux incultes sur les odeurs de buis   BRUME -mourir liquide sous les baisers des fantômes  bras enserrant le vide des blessures béantes   formes baveuses vaporeuses abhorrées brodées de quelques rires   grésillements télégraphiques   coton cliché niché dans le buisson des méninges de bronze à la barbe du temps   abondance de cloches  espaces encryptés bicéphales  brisures de hurlements piégés dans les volutes     quand l'intérieur est flou sans substance qu'au dehors les oiseaux chantent une mélodie blanche quand ne restent à la surface que des traces de gomme


codicille : le plus possible de mots contenant le B de brume. 207 mots comme dans ma traduction de fragment. Pas de ponctuation. 

mardi 15 novembre 2022

Klasma de la brume Version 1 "/"

chaque "/" remplace "dans la" ou "dans le, les" 100 mots

en miroir

Petit à petit les filaments de feu se diluèrent dans la brume -l'incertitude-, un embrasement (une incandescence) qui souleva le poids du ciel gris et laineux jusqu'au zénith (point culminant) et le transforma en un million d'atomes d'un bleu doux.

La surface de la mer devint lentement transparente et s'étala en ondulations et scintillements jusqu'à ce que les sombres rayures eussent été presque gommées.

Doucement le bras qui tenait la lampe la souleva de plus en plus haut jusqu'à ce que l'on distinguât une large flamme. Un arc de feu brûla à la frontière de l'horizon et tout autour de cet arc la mer flamboya d'or.

La lumière frappa les arbres dans le jardin rendant chaque feuille transparente. Un oiseau gazouilla assez/plutôt fort, puis il y eut une pause, puis un autre chanta dans les graves. Le soleil rendait les murs de la maisons plus vivants, plus vifs, puis il se posa sur le store blanc comme le bout d'un éventail et laissa une empreinte de doigt bleue comme une ombre sous la feuille près de la fenêtre de la chambre. Le store s'étira (se leva ? fut tiré ?) lentement mais tout l'intérieur était flou et sans substance. Les oiseaux chantèrent leur mélodie vide au dehors.


vendredi 11 novembre 2022

Interlude 1.2 Un bras levant une lampe

un bras levant une lampe - aveuglement

un monde vert rouge jaune blanc

Tourmaline

des femmes alanguies élégamment

sur la plage écumante leurs fins souliers crissant

dans le creux du lagon

sous le sable adoré

des visages éventés des mines épouvantées

des flammèches des fibres des lueurs tremblotantes

l'horizon translucide haché condamné

le verre jusqu'à la lie

silence crépitant

éclair Grenat déchirement

les nervures d'un éventail brûlant

tous les sens interdits en émerveillement

les bouches béantes

une explosion de joie

un champignon magique

et des Gerboises bleues

un spectacle assourdissant

unique

- qu'on ne voit qu'une fois

un doigt sur l'interrupteur du temps

(codicille : en miroir 103 mots comme pour la traduction, pas de ponctuation sauf tiret, rythme et allitérations)


·  Petit à petit la ligne sombre à l'horizon s'éclaircit comme lorsque la lie se dépose au fond des vieilles bouteilles de vin et rend au verre sa translucidité verte, ou comme si le bras d'une femme allongée sous l'horizon levait une lampe et que des barres droites blanches, vertes et jaunes se déployaient à travers le ciel comme les nervures d'un éventail.

·         Puis le bras leva la lampe plus haut et l'air devint fibreux, et se déchira de la surface verte en flammèches et lueurs tremblotantes aux fibres rouges et jaunes comme les flammes fumantes et crépitantes d'un feu de joie.

(Traduction deuxième fragment premier intermède : 103 mots)