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mardi 14 avril 2026

Panser les images : chapitre 5 : Cartographier les espaces vides

Les travaux sont terminés. Tout est plus clair.

l'espace est vide et résonne de la disparition des meubles

Les matelots sur le bateau du capitaine Cook qui vont découvrir la nouvelle Zélande imaginent chacun à quoi va ressembler cette terre. Vénus est censée veiller dessus. Ils sont également venus pour ça, pour observer le passage de Vénus au dessus du soleil, et c'est de ce point là qu'on peut la voir. Chacun imagine donc, Chacun y projette celle dont il est originaire. L'un d'eux pressent que les antipodes sont reliés avec l'hémisphère Nord par une sorte de correspondance qui ne se voit pas au premier abord.

Je passe mon partiel de littérature espagnol. Un texte m'a beaucoup marquée pendant l'année, un conte de Juan Ramon Ribeyro qui raconte l'histoire des doubles qui ne se rencontrent jamais car ils voyagent en même temps. Je tire au sort un papier. C'est ce texte-là. Je ne suis pas très chanceuse en général aux jeux de hasard, mais cela m'est arrivé deux fois, de tirer le sujet que je connais le mieux ou qui,me plaît le plus. Le papier doit irradier une lumière qui m'attire. Curieusement, je n'obtiens pas une note extraordinaire, je m'en sors juste avec les honneurs et avec une invitation du prof à venir passer la soirée chez lui. Il a glissé le petit papier de hasard dans ma main, avec son adresse et l'heure du rendez-vous. L'Anglais s'en va de Londres à Sydney; tombe amoureux, un papillon jaune se balade au long de la nouvelle. Il y a quelques espaces vides, des trous dans la raquette, mais lorsque l'Anglais qui s'est fâché de jalousie avec son amoureuse australienne revient chez lui, la sculpture qu'il avait commencée est terminée et a le visage de l'amoureuse en question. J'accepte l'invitation à dîner du prof, mais décline la visite de sa chambre à coucher de la rue des Martyrs, bien qu'il me liste ce que je perds tant son expérience est grandement reconnue.

Je repense à cette amie qui avait un appartement pas loin de chez Michel. Presque pas de meubles, un appartement d'étudiante exilée. Mais surtout, elle avait une pièce à puzzle. Des pièces éparses dans la pièce. Rien d'autre. j'avais été très admirative. Il aurait été fantastique que lors d'un de retour de voyage aux antipodes de St Genest-Malifaux, à savoir quelque part près de Waitangi (Chatam Islands), son puzzle ait été terminé. Mais non, lors de son déménagement pour une nouvelle vie, à Genève, dont les Antipodes sont toujours Waitangi, je me demande si elle a une pièce à puzzle. Mais non, il est resté dans sa boîte.

Moi je suis plantée là dans ma pièce vide, désorientée comme une poule ayant trouvé une pièce de puzzle. Que faire de cet espace vide ? Dans mon hippocampe, je spatialise à toute vitesse. Maintenant que le reset est fait, comment faire disparaître la terre ? 

Un papillon jaune entre par la fenêtre. Le dérèglement climatique les a réveillés tôt cette année.

Notes de bas de page :

"Todos tenemos un doble que vive en las antipodas. Pero encontrarlo es muy dificil porque los dobles tienden siempre a efectuar el movimiento contrario.

Ce prof, Hugo Neira, est ensuite devenu directeur de la bibliothèque nationale du Pérou, je lui dois aussi Alejo Carpentier

mercredi 5 novembre 2025

11/V1 et V2 Tenter de s'annuler soi-même et ne pas y parvenir

           

Version1

Bien sûr je connaissais la pipe qui n'en était pas une, la pomme que personne ne pouvait croquer même pas Ève en rêve

Lors d'une exposition à paris, ça avait été une révélation : les titres des œuvres de Magritte font la moitié du travail ils interprètent au-delà de l'image, révèlent le mystère. Mon tableau préféré c'était Le Thérapeute. La silhouette d'un homme vêtu d'une cape-voile avec à la place de la tête et du tronc une cage dont la porte est ouverte, avec l'une des colombes déjà dehors, comme quand on fait une photo, le petit oiseau peut sortir. Figer l'instant de la révélation comme la photo de Harold (voir texte 3)

La parole plus que l'idée veut surgir, l'image révèle.

L'autre colombe est encore dans la cage, l'autre parole, hésite encore. Peut-être qu'elle n'est pas prête à se libérer.

Dans le film le Peuple Migrateur, vu récemment au cinéma, la liberté conquise fait hésiter aussi le bel ara, qui avec sa patte, a tourné la tourniquette et ouvert la porte de sa cage, où avec d'autres animaux, ils sont prisonniers, entassés dans une pirogue. Au moment de retourner dans sa forêt, il n'en croit pas ses yeux, il hésite un court instant puis s'envole.

Je suis dans le bleus de ces images, comme les oiseaux, à quelques milliers de mille ou de pieds ou d'ailes, nous survolons les Alpes, dans ce gros volatile vrombissant. OIseaux migrateurs, nous allons voir la Baltique, goûter la lumière de la Neva. Il y a 18 ans exactement. à Saint-Petersbourg, à cette époque de l'année, ce sont les NUITS BLANCHES.

Pendant 13 ans dans sa cellule obscure, Carlos Liscano écrit dans sa tête, les nuits blanches et les jours noirs, rien ne s'oppose à la nuit, rien ne la distingue du jour non plus. Il écrit l'histoire du corbeau blanc, une histoire qui a pour point de départ une nouvelle de Tolstoï. Un corbeau noir se peint en blanc pour ressembler à un pigeon, qui est une espèce selon lui qui a plus de facilité pour se nourrir, qui est mieux accueillie.

« Nous sommes comme dans une cave et il n’y a même pas de soupirail » (Magritte)

Sa tête est un nuage qui s'agrège de mots et les fait plus tard retomber en pluie

Le nuage traverse la porte de la prison

Le nuage se cogne aux montagnes

Le nuage traverse la mer.

Le corbeau blanc revenu chez les corbeaux noirs n'y a plus sa place.

"On ne percevait plus que la rumeur de la fuite"

Les corbeaux, comme les nuages aiment cette vie errante et parfois, pour se reposer inventent des histoires ou se transforment en buée.

( 4 juin 2025)

Version 2 *********************************

V2

Si j'étais corbeau blanc parmi les corbeaux noirs ? parfois je pense à ça ?

Dans un pays où ma couleur de peau ne serait pas majoritaire ?

Si je devenais aveugle, parfois je pense à ça : ET si je devenais aveugle ?

Ou bien si par quelque circonstance exténuante, j'étais enfermée moi aussi dans un cachot ? Si je devais ne compter que sur mon for intérieur ?

Si je devenais pure pensée, nuage au-dessus des Alpes dans le jour polaire

où la lumière  

aveugle et fait sentir des grains de sable dans les yeux.

Si ma mémoire se dissolvait dans la sénilité ?

je regarderais à l'intérieur de moi, je deviendrais quelqu'un d'autre aussi

 

Est-ce que penser les images serait comme rêver et se souvenir de son rêve à peine éveillée ?

Est-ce que dans ma mémoire fragmentée,

penser les images serait comme construire des histoires 

avec les quelques mots qui me resteraient ?

 "j'ai eu des images belles et terribles de la parole, des images que je n'ai jamais réussi à piéger sur le papier"

 Tourner les pages de mes albums photos, classées suivant différents critères : famille, amis, vacances, heures de gloire, la joliesse de mes 30 ans, la certitude de mes 40 ans, les moues de mon enfance... quand j'étais corbeau blanc parmi les pigeons noirs.

De tous ces souvenirs quelles images voudraient bien traverser les membranes de mes méninges si souvent endolories ?

Les images seraient-elle sages ? silencieuses ? quelles histoires raconteraient-elles ? des fictions ? des inventions ? ré écrirais-je l'histoire à mon avantage ?

 "la vérité dépend de la façon dont on la raconte"

 Et au moment d'atterrir, comme dans ce rêve que je fais souvent ? quel paysage quelle image choisirais-je de laisser de moi ?

Comme le nuage de Magritte, ma pensée d'image traverserait-elle la porte, ou comme celui de Tchernobyl s'arrêterait-il à la frontière de mon inconscient ?

 Tout à l'heure à la pharmacie je demande un produit dont j'ai oublié le nom commercial et que je décris comme étant conditionné dans une boîte bleue et blanche ;  quand je retrouve enfin son nom et qu'on me soumet la chose, la boîte est orange et blanche ; et l'a toujours été.

Comment faire confiance aux images dans ma tête ? je pense que l'image est bleue parce que le produit vient de la mer et que la mer est bleue, et s'il venait du ciel ?

 Parfois j'aime regarder les films (qui ne marchent pas sur la plage) avec les sous-titres pour sourds et malentendants ; les sous-titres de couleur rose qui décrivent les bruits (porte qui grince, chien qui aboie) me plaisent particulièrement. Pour les atmosphères, tout une gamme d'adjectifs subjectifs qui ne correspondent guère à la musique que j'entends et bien sûr au moindre crépuscule, le cri de la chouette ou du hibou, un son qui colle à l'image et me fait le guetter à chaque fois

Faire parler les images, faire aussi parler les images silencieuses, comme dans un sténopé de Diane Lentin interviewant des femmes sur le silence qui les contraint

"la vérité dépend de la façon dont on la raconte"

"j'ai eu des images belles et terribles de la parole, des images que je n'ai jamais réussi à piéger sur le papier"

 (les phrases entre guillemets et en italique sont tirées du livre de Carlos Liscano)


lundi 2 juin 2025

10 V1 Des images à y regarder à deux fois (V2 en dessous)

 

 

 

 

 

 


 

 D'un monde à l'autre

à lire l'écrivain voyageur comme si on y était

"Je suis follement visuel"

embarqués sous sa plume et son œil d'oiseau migrateur

De ces voyages immobiles

à tourner les pages comme on battrait des ailes

De ces livres-cadeaux tant aimés

qui font de nous des "récits""piendaires"*

qui à notre tour les offrons

et nous rassemblent dans une sorte de confraternité du plaisir


De ce qui est caché

De ce qui reste dans la marge

de ce qui semble être mais est bien plus que ça

Des images à y regarder à deux fois

 

Et l'arbre déploie ses ramures à perte de vue

l'œil se perd dans les bibliothèques

s'habitue aux tranches sur les rayonnages

ne comprend plus

à perte de sens dans un pays inconnu un paysage 

sage à première vue

l'œil se sent usurpé

ce ne sont pas des livres

ce ne sont pas des manuels de survie

ni des atlas ni des cartes

ce sont des données plus ou moins alimentaires

pas forcément nourrissantes


Quel en est le classement ?

pourquoi tant de hauteur perdue sous plafond ?

 

Sous les branches domptées à chaque nœud de l'arbre

une promesse de fruit

un ancêtre

un paquet de café

le gros lot

 

l'œil regarde accommode éprouve l'inconnu

Puis s'accommode du rouge érodé des briques

de la géométrie inhumaine de l'entrepôt

du menu proposé

"Faites rêver vos invités dès la première bouchée"


*récits-piendaires : merci au lapsus d'oreilles de Solange

**********************************************

V2 du 10

(Des images à y regarder à deux fois)

 Comment choisir sa route parmi tous ces méandres ?

Tous ces chemins qui ne mènent qu'à Rome

surtout si on ne veut pas y aller

Tous ces fleuves qui mènent à la mer

quand on préfère la montagne

Toutes ces données codées dans les entrepôts amazoniques

dans la boue dans la fange de la jungle googlelienne

dont un oeil émerge parfois au-dessus de la vase

un troisième oeil ? un big brother ?

Une voix sourd d'entre les pages

du manuel de survie

mais le monde est muet

liquéfié dans sa glaise

les récits de voyage immobiles ou lointains

l'oeil se perd, se méprend, voit double

dans la mangrove où se tissent

les racines aériennes qui remontent à la source

les branches arrivent au tronc plutôt que le contraire

Et dans des bibliothèques calibrées

chaque produit mort dans son étagère

de la nourriture en briques

on nous prend pour des poires dans nos espaliers

codebarrés indicés qrcodés

et jamais ne pouvoir cocher la bonne case

 

Comment se repérer parmi tous ces mensonges

l'oeil crie, le nez sature de pourriture glacée

"suis devenu bizarrement allergique aux choses qui se décomposent trop vite"

Comme (un) Bouvier traçant son sillon parmi des routes affreuses

On n'est plus sûr que le dehors guérit

"On se sent inférieur au voyage"

 

on est parfois las d'aller voir là-bas si on y est

 

 

"Chaque jour

Je reçois de moi-même

Ce que l'usage est d'appeler de mauvaises nouvelles...

Chaque aube

Dans la forêt que j'avais plantée

Je m'égare...

Chaque matin

Je me porte en terre

Mais je suis le seul à marcher derrière moi" (Nicolas Bouvier)


mercredi 14 mai 2025

Extrait de la préface de "Le noyau d'abricot et autres contes" de Jean Giono

 

Giono après avoir trouvé ses maîtres a en effet inventé sa propre méthode de travail. Il écrit ce qu'il appelle des "images" pour "illustrer des oeuvres dont il s'est longtemps imprégné. Ces images sont des poèmes en prose; comme des dessins qu'on ferait en marge d'un poème, des dessins de mots, il dit des "images de plume". [...] il se met sus la tutelle d'un grand livre mais il écrit des petits textes siens, des évocations de pays sauvages qui lui appartiennent. Il donne une référence en épigraphe, mais le poème qu'il écrit n'a qu'un rapport très lointain avec cette phrase. Il n'imite pas, il se cherche.

mardi 13 mai 2025

2/V2 La Dame de la Fleur de Malacca

 V2 du texte 2 

 images : 

  • Fleur dame de Malacca 
  • Couverture livre La Dame de Malacca
  • Fête péniche pains flétris


Aux confins de l'Empire et du soleil flottant

Boîtes à livres

coïncidences

l'océan traversé des aquarelles

les morts ressuscités en bravant la jeunesse

l'amour des fleurs

leur odeur éphémère

une nuit la lune

Dame de Malacca et Mandarin canard

la fête battait son plein

entre les flûtes de pain

on avait 20 ans et quelques miettes

une nuit d'anniversaire

Lune, une vie éphémère

on se demande parfois pourquoi

on déclanche

on immortalise à la sauvette

dans la fureur de vivre

on se souvient de l'instant précis

de comment c'était alors

Mais qu'est-ce qui m'attendait

au-delà de l'eau ?

au-delà du mot de trop ?

des étreintes sans amour

sous couvert d'intrépide

de passion d'éphémère à la pleine lune

paix-nicher dans les remords avec du pain flétri

Aller voir là-bas si j'y suis

 

1/V2 Regarder être regardé

V2 du texte 1

Images : 
personnes qui regardent l'éclipse 
couverture de livre tableau de Manet Déjeuner sur l'herbe
angelots chromo

Quelque chose ne cadre pas

Comme un hors champ qui ne ferait plus poésie

Comme une saturation d'associations fictives

Comme un vide en silhouette découpée sur une photo des jours heureux

Quelque chose ne cadre pas

Comme un nu sur une couverture

qu'on voudrait rhabiller

Des angelots pudiques à qui l'on aurait peint un sexe

Quelque chose ne cadre pas

Comme un jeu de miroirs de dupes

à travers un bout de verre fumé

Comme un match de ping-pong de regards

qui ferait un œil au beurre noir

Comme un dicton éculé

Cache ta lune tu vas faire peur au soleil

3/V2 : L'odeur des images

3/V2 : L'odeur des images

images : 

l'amour au temps du choléra / 

boutique de parfums / 

chaîne rouillée)


l'arôme sépia café du temps qui passe

l'humus des souvenirs percolés

la dolce vità au temps du choléra

autant d'amour que d'Eau de Cologne Farina

médic'amant livré au crépuscule pourrissant par le bateau à aubes 

opopanax en flacon chantourné

chassant les miasmes

les effluves du fleuve les relents de ses berges

les boutiques-nausée opium des mélanges

œillades des œillets dans les yeux morts-dorés

de la femme fragrance alanguie

le parfum de l'amour après la pluie

pétrichor pétri de l'amour

de ses chaînes en bouquet

les bains d'acide où l'image révèle son secret parfumé

les souvenirs d'odeurs ne rouillent jamais

jeudi 17 avril 2025

8/V1 qu'est-ce qui partage ? qu'est-ce qui rassemble ?

 8 V1 ou 4V2 à partir de 2 images déjà utilisées et une inédite


Dans la boue dans la fange dans le sel dans le sable des nuages

dans la mangrove d'où s'échappent les palétuviers

on marche sur la tête avec eux depuis bien trop longtemps

il n'y a jamais eu de paradis c'est du pareil au même

il suffit d'éprouver la sensation du merveilleux au moment où on le vit

Parfois il y a eu de l'eau

Maintenant la mer est morte

Parfois il y a eu la paix du renoncement

et maintenant il y a le manque

Parfois il y a eu l'été

Le bateau a jeté l'ancre

sans écrire son histoire

la barque stoppée net au bord des troncs pourrissants

le bateau a coulé au large des occurrences

Tout cela prendra fin

et les larmes et la peur

plus d'icebergs : tous fondus

des serpents venimeux

une croûte saumâtre

Horizon fracturé dans un jardin de plâtre

l'art du trait à l'ombre des abysses

Il y avait un toit au-dessus de ma tête

Une incroyable cathédrale gothique

Qu'est-ce qui partage ?

Qu'est-ce qui rassemble ?

L'expression de nos sincères adorations

mardi 8 avril 2025

7 /V1 prendre des vessies pour des lanternes

 

       

     



 Le nid que je vois n'est pas un nid, le nid est un boa le boa engloutit l'oiseau que je croyais venir nourrir ses petits dans son nid qui n'est pas un nid. L'image du chapeau n'est pas un chapeau mais un éléphant dans un boa.  De chaque côté de l'arbre où s'enroule la liane qui n'est pas une liane, il y a trois nids de caciques qui pendouillent. Des nids qui ne sont pas des nids, je ris, ce sont des arbres. Ils ne pendouillent pas, ils s'élèvent.

Comme mon kikiwi que j'ai vu exécuter un salto arrière pour rentrer dans son nid qui n'était pas un nid mais une liane qui n'était pas une liane mais un serpent, qui n'était pas un salto arrière mais un enroulement dans les plis du boa.

Je crois ce que je vois, ou je vois ce que je crois C'est en fonction de ce qui me raconte ; ce qui m'arrange, comme des lapsus visuels. Je vois midi à ma porte, même s'il n'y a pas de porte et même s'il est 7 heures moins dix. Comme le Petit Prince qui fait semblant de dormir sur le sable alors que par une magie quantique il s'est envolé rejoindre sa rose, je suis par mes yeux dans l'image qui est l'enveloppe de mon histoire à plusieurs dimensions. Je suis celle qui croque dans l'inconnu grâce à une pomme tendue par une liane à tête d'ange et à queue de flèche Et si j'ai envie de prendre des vessies pour des lanternes qui ne sont pas des lanternes c'est que j'ai décidé ainsi d'éclairer différemment mon chagrin mon chemin.

mardi 18 février 2025

6 /V1 Ces endroits dont on ne revient pas 6/

          


Le vent soulève le sable de la plage et le fait danser, empêche les moustiques de se manifester, ils ont pourtant leur réputation à tenir car ici c'est leur royaume.

Des cocotiers balancent leurs palmes, à la saison, les tortues luth viennent pondre.

Presque une carte postale

Aucun bateau au large ni même au bord, dans les eaux boueuses, l'eau marron de l'embouchure du fleuve du même nom. A quelques kilomètres de là, le Suriname, Les fleuves et les rivières d'ici, des cimetières de forêts englouties.

"Un morceau de bois a beau séjourner dans l'eau il ne deviendra jamais un caïman", dit un proverbe. Mais une tête de girafe, si.

Un petit carbet désossé, un bâtiment de bagne taggué, croupissant ; des personnes devinées à l'abri dans leurs cabanes de tôle rouillée attendent les touristes pour leur vendre de l'artisanat.

Suis-je une touriste ? Suis-je un fantôme ? Suis-je un grain de sable ?

Les fantômes sont partout. Fantômes d'esclaves, de bagnards morts de maladie, fantôme de Raymond Maufrais sans doute englouti digéré par la forêt ou dans l'estomac d'un boa géant, à la poursuite de son rêve présomptueux.Voyage infernal mais choisi. Contrairement aux autres.

L'érosion gagne. On dit que d'ici quelques décennies, cette terre n'existera plus, la forêt transformée en savane, puis en désert ; les gens mourront de chaud. 

L'érosion gagne et les souvenirs restent. Les images se superposent, pourrissent, se transforment en chablis qui laissent pousser d'autres images sur leur tronc moisi.

Moi aussi j'ai choisi, et moi aussi je resterai sur la plage des Hattes, à Awala Yalimapo, avec le fantôme du jeune homme, Marron Guyane sans retour.

samedi 18 janvier 2025

5 /V1 Dans le secret des images 5/


      


Le texte s'ouvre sur des secrets, sur un portrait métaphore. La métaphore de la connaissance et de la reconnaissance. Entendre pour la première fois et ne pas en croire ses oreilles. Et moi la re-découvrir et ne pas en croire en mes yeux.

Harold Whittles ouvre les siens, presque effrayé, devant ce miracle en même temps qu'il nous est révélé, car le photographe a anticipé l'image ; il a appuyé sur le déclencheur de lumière au moment précis où l'enfant de 5 ans sourd de naissance, entend pour la première fois.

Harold c'est moi lisant Le Coeur ne cède pas, suivant l'auteur dans les méandres de son enquête à la recherche du journal d'agonie de Marcelle Pichon, moi qui n'en crois pas mes yeux de ces phrases qui m'enchaînent et font écho à mon histoire, pas mon histoire de sourde, pas mon histoire de femme qui se laisse mourir de faim, mon histoire nourrie d'une faim insatiable, de coïncidences, de synchronismes. Cette photo comme un signe de celui qui me l'avait montrée pour la première fois et l'avait mise en vitrine, celui dont j'ai accompagné l'agonie. Celui dont la Grand-mère, celui...

Scène de liesse. Cette photo retrouvée par hasard 40 ans plus tard sur le mur de crime du site web qui prolonge le livre et ne correspond à rien dans l'histoire. Alors j'écris à l'auteur pour lui demander ce qu'elle fait là, et nous correspondons un temps. Il m'explique que c'est vrai elle ne correspond à rien si ce n'est à l'enfance, si ce n'est qu'elle est sur son bureau depuis  20 ans. Nous correspondons jusqu'au jour où je ne corresponds plus. Quelque part, le coeur a cédé, quelque part du côté d'une poésie non partagée. Un malentendu, un mauvais appareillage.

Alors je mets dans mon sac une photo de mon enfant qui vient de naître et dort contre moi, et je retrouve celle-ci où grande jeune ado avec des bagues sur les dents, elle tient ce gros coeur blanc entre ses mains. "Mon P'tit Coeur" je l'appelle. Celui-ci non plus ne cède pas.

 

dimanche 22 décembre 2024

4 /V1 L'image fige un temps révolu 4/

 

   


Du bateau à aubes sur le Rio Magdalena au paquebot le France comme échoué sur des rivages craquelés de sécheresse, du canot dans les bras morts des affluents-rivières sur l'Amazone, de la savane du Soudan au Parc de la Tête d'Or, un parcours à la recherche de temps révolus, de migrations forcées et de paradis retournés au néant.

Dans ma collection de livres cultes, j'ai plusieurs fois erré dans cette forêt littéraire, baroque et musicale, cette forêt-piège avec ses zones interdites qui ne se laisse pas facilement spolier de ses trésors.

Dans les méandres du fleuve un indice à 3V sur un tronc indiquait le passage. Mais c'était sans compter ici avec les inondations, là avec la sécheresse ou les incendies. Avec les chasseurs, les chercheurs d'or, les braconniers, les producteurs de viande intensive. Les paysanges changent et deviennent des pays-démons.

Un jour le paradis ne suffit plus, il faut retourner faire provision de richesses qui n'existent que dans la civilisation des villes, un jour la girafe capturée sera privée de la course en bande dans la savane du Kordofan et exposée à l'ennui de l'enclos du zoo.

Mais il n'y a pas de retour possible. La route est redéfaite, le passage est perdu, sous les eaux, la girafe pleure dans son parc lyonnais, le France reste à quai.

Le texte se referme sur ses secrets et la symphonie de la forêt reste inachevée.

mercredi 11 décembre 2024

3/V1 l'Odeur des images 3/

  • La photo sur laquelle on voit Solange ne sent rien mais le souvenir de tous les parfums de la boutique qui n'existe plus me prend à la gorge, me fait mal à la tête (oui les souvenirs aussi peuvent faire mal à la tête). Une autre femme nous regarde et nous invite à la humer avec son parfum Dolce Vita qui nous fera succomber. Dans l'Amour au temps du Choléra, les parfums servaient de médicaments ; de médic'Amant ? L'amant offre à sa maîtresse, et pourquoi pas à son amante religieuse ? A Celle qu'il aime et le fait mourir d'amour, de l'eau de Cologne Farina. J'ai longtemps cherché cette eau de Cologne, moi dans la vésicule ne supporte plus les parfums chimiques, je pensais que celle-ci, en souvenir d'une autre, Extra-vieille, ne me provoquerait pas d'allergie. Il y a peu, par hasard comme toujours, comme les livres dans les boîtes à livres, qui arrivent à point nommé, je suis tombée dessus et l'ai achetée. Comprar en espagnol. Je l'ai comprise, mais elle ne sent pas comme dans le livre de Garcia Marquez. Peut-être ont-ils copié l'authentique mais ont supprimé la substance chimique, qu'ils extrayaient de la Dame de Malacca et pouvait s'avérer dangereuse, ou trop bien soigner. Gift, cadeau et poison à la fois. Le souvenir des parfums nous enchaîne à un moment précis de notre vie, odeur de métal, parfum d'un être aimé, odeur de mer, odeur de vase et de diesel, de bananes pourries et de citrons, dans les méandres de l'Amazone. Les souvenirs ne rouillent jamais.

mardi 26 novembre 2024

2/V1 Quartiers de Lunes 2/

 


  
  

 La dame de Malacca ne fleurit que quelques heures pendant la nuit, on l'appelle aussi Dame de Lune. Son parfum subtile entrait jadis dans la composition de parfums très chers puis les instances ont décidé d'en réduire son usage car l'un de ses composants chimiques provoquait des allergies.

cette photo est faite par ma soeur, celle qui tricote des pulls en coton rose perle (éclipse) mais a aussi la main vert foncé et fait beaucoup de boutures et beaucoup de photos ; elle guette dans la nuit la floraison merveilleuse et éphémère, et si elle ne peut m'offrir son parfum, elle m'offre la photo. Je ne veille jamais aussi tard pour voir la dame éclore.

Malheureusement les images n'ont pas d'odeur, quoique...

En revanche je visite beaucoup les BAL et après avoir choisi la photo précédente je tombe sur cette dame de Malacca de Francis de Croisset, car ma vie n'est que digressions, coïncidences et sérendipité. Cette dame de Malacca-là ne sent pas le bentozate d'épipiphylum oxypelatum mais plutôt le grenier et la vieille cave.

(les images ont donc bien une odeur)

Et s'il y avait des BAF (boîtes à films) , peut-être pourrais-je y glaner la version Edwige Feuillère qui a un nom de plante non ? et joue l'héroïne qui épousa le sultan. Je pourrais dérouler la pellicule et chercher les images où la fleur éclot et l'amour aussi mais dure plus longtemps heureusement pour les amants.

La troisième image montrent des pains en train de faner à la fin de la nuit. C'est une photo prise sur une péniche pour les 20 ans d'une amie qui vivait beaucoup la nuit et qu'on appelait Lune et eut une vie très courte (et sa mère en mourut le jour de son enterrement, et son fils en mourut quelques années plus tard)

Quelle idée ce cadrage !

Immortaliser cette instant, cette scène de fête de 20 ans avec des pains en train de flétrir dans leur carton au premier plan ? à côté du sac plastique*. Les personnes derrière les pains sont à peine identifiables, de profil, de 3/4 dos. De la dame au bandeau, j'ai hérité d'une aquarelle - un bout ensoleillée de temple grec avec trois pierres entre les colonnes, placée en face de mon lit, en lieu et place des angelots (de la dernière fois).

Quant à l'homme** à ses côtés, il est originaire de presque Malacca, la péninsule d'or sur nos atlas

(**A partir d’un seul mot donné, il prononce un discours entier.)

*Pendant longtemps la chasse aux sacs plastique sur les photos a été l'obsession

dimanche 13 octobre 2024

1/V1 Regarder être regardé 1/


V1 

Regards éclipses lunettes

Regards interrogation

qu'en dites-vous voyeurs ?

ma vie pendant les anges

la musique et les fleurs

regarder au-delà

interroger le spectateur

 

j'ai découpé l'image j'ai viré le Jésus

Dehors cueillir faire des colliers de fleurs

Regarder le ciel avec des millions d'autres au même moment

Je les regarde me regarder

Son regard de déshabillée souriante

franc sourire

et son regard à lui,  gêné

Une autre presque hors cadre, coupée , cueille aussi des fleurs

pour faire style que tout est normal

de dos par rapport à nous

nous offrant sa croupe

 

(cartel au musée du puy, les ramasseurs de patates)

(expliquer aux enfants comment il faut regarder, ce qu'il faut voir - deux images supplémentaires)

 

plus la main d'un autre homme, comme un pouce levé, un like de facebook

alors que là-bas, l'image y serait sans doute censurée

 

à travers nos lunettes nous regardons l'éclipse solaire du 11 août 1999

la lune qui passe devant le soleil, l'éclipse donc

dans ce jardin près d'Avignon, pas trop fini

Je me souviens précisément de la lumière sombre lorsque le phénomène commence à se produire

je me souviens du silence effrayé des bêtes

F. n'a pas de lunettes, il ne regarde pas la lune éclipser le soleil

il regarde C

Les anges baissent les yeux,

perdus dans leurs pensées

cueillant des fleurs, jouant de la musique

douceur chromo de ces bambins blonds

qui égayaient la chambre de mes parents

Maintenant ce bout dans la mienne, un peu caché

l'un des chérubins, hors cadre, pensif et mélancolique a longtemps habité mon portefeuilles

 

La femme nue regarde le peintre

pourquoi se retrouve t-elle en couverture d'un livre sur l'amour et l'histoire de France ?

Ce qu'on appelle l'amour...

ma préoccupation du moment 

et je constate en lisant différents écrits qu'amour et sexe, amour et reproduction, y compris chez les mammifères selon par exemple Rémy de Gourmont, se confondent souvent

alors qu'au Moyen âge amour et amitié se confondaient sans qu'il y ait forcément sexualité

va comprendre

Donc un déjeuner sur l'herbe peint par homme

une femme nue au milieu d'eux, 

qui va la déguster ?

qui dégustera-t-elle de son regard gourmand ?

Les images nous regardent les regarder

autant que nous les regardons nous regarder

l'objectif !

pour le Déjeuner sur l'herbe c'est flagrant

pour l'Eclipse elle me renvoie à cet événement à lunettes unique dans une vie

et toutes ces lignes dans cette image, tous ces courbes, tous ces regards

je suis sur la photo, je porte une robe tricotée par ma mère

qui me valut bien des regards

le léger froid soudain du moment de l'éclipse m'a fait enfiler un pull de coton rose perle, tricoté par ma sœur, en ce 11 août dans une banlieue d'Avignon

un jour où si l'on veut voir il faut se protéger les yeux

voir ce qui assombrit, obscurcit

et fait silence

voyeurs aussi à regarder cette lune qui couvre le soleil, est-ce que ça nous regarde ?

Ne vaudrait-il pas mieux, comme F regarder celle qui regarde et constater le changement de lumière sur la peau des bras dorés de C ?

En recherchant l'image et en tapant différents mots-clés dans le moteur de recherche chromo chérubins, j'arrive enfin à l'image d'origine et ô scandale de la mémoire sélective et du découpage intempestif, ce n'était pas un Jésus mais une Vierge Marie que j'ai censurée, une vierge Marie avec son Jésus enfant sur ses genoux et un petit mouton près d'eux

la mémoire fait ce qu'elle veut des images.