Affichage des articles dont le libellé est Cartographie 22 Antoine Emaz. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cartographie 22 Antoine Emaz. Afficher tous les articles

mercredi 17 avril 2019

Cartogaphie 22

Quelque part
au milieu
il y a le lac

La trace de l'ancienne route

Elle est encore visible
il faut connaître.

Elle descendait jusqu'à la scierie
noyée
au fond du lac

Le bief
En est encore visible
Quand le niveau baisse

De l'autre côté
La route goudronnée existe encore
Mais l'arrivée sur la berge
A été détourné vers le barrage

Les anciennes photos
Montre les attelages
qui descendait vers la scierie ou en revenait

On ne sait pas

Les gens posaient longtemps
Immobiles
Au soleil

On imagine, avant
Avant le barrage
Avant que le lac ne referme
Le vallon

Comment était la lumière ?
Avant le barrage ?
Avant le lac noir ?

L’eau miroir,
Les résineux en étouffe la transparence

Seule une tache claire, une petite plage
Pour des elfes farceurs qui s’en viendraient la nuit
Rejoindre les fantômes des scieurs disparus
Des temps anciens
Avant,

Avant l’histoire.

dimanche 7 avril 2019

Rive

sur la rive d’eau on fixe
et nait le songe
de ce qui peut être


un peu d’infini usé par les plis de l’eau
sur l’âpre lit de pierres
le chant des ombres qui n’en finit pas d’émousser
ce qui se cherche encore
les forces qui fluent, se brisent et traversent
l’inerte en dedans
les peaux d’eau de chair et de chagrin battantes
où glissent des mots de rien
l’équilibre fragile d’un reflet où un autre versant se cueille
entre secret et vertige des signes


peaux de tambour
la main presque à toucher
les bois flottés, les herbes d’eau, les galets noirs
chair de poule
on dirait de la mémoire

mercredi 3 avril 2019

rocher

sur un pan de mur
le regard fore la carte
et cherche
ce qui importe


l’œil en ciseau
en deçà
il va où cela respire
où le réel a pris forme
et, mine de rien,
a donné souffle


un rocher de granit
sa peau, ses os
ses cheveux de lichen
sa bouche grise
le vert autour
et le ciel sans pudeur
qui a prise un peu
à la marge


devant
les mots manquent
la mémoire est en remous
avec ses coins d’ombres
mais on dit pierre
pour le précieux


dedans
sables mouvants
ça tremble encore
on attend
rien d’autre à faire


on s’approche un peu plus près
on reste au seuil
on touche le grain de sa peau
on ne franchit pas
on attend de voir

jeudi 28 mars 2019

Le point d'O



Un bassin
alimenté par une source
d'eau pure.

Jour et nuit
son chuchotis me berce.

Je ne peux l'oublier
seulement écouter
ou rêver
mais loin
longtemps.

Avec l'eau, son chant
la mémoire garde
toujours
les lieux, perdus
ou pas.

Là-bas, au point central de la cour
le point d'eau
celui qui reflète
les nuages,
le grand sapin sombre ;
celui qui chante
matin et soir,
attire l'oeil
de ses reflets
retient le coeur
une vie durant.

Il y a les bêtes
qui viennent y boire
le soir,
Le grand-père qui se lave
le matin,
Et elle qui lave
le linge.
On est seule à vieillir
seule à s'être égarée
loin
du bassin.

Le point d'O
retient tous les regards
l'enfant s'y perd
s'y mire, y voit
la lune et les étoiles
la vue troublée
d'avoir tant fixé
sa surface.

Deux poissons rouges
y tracent des courbes
est-ce vraiment important ?

Pays à jamais perdu
rappelé par tout eau
vive.
Souvenir étrange
ni gai ni triste
nostalgique
d'un lieu dont on croit
qu'il a disparu
à jamais.

La mémoire prouve
qu'il n'est tapi
nulle part,
qu'il n'est ni oublié
ni perdu
mais en lieu sûr
dans un non-lieu
que les mots ravivent
et que les méandres
de la carte ont
ressuscité.

Ici-là-bas, c'est où ?
Aujourd'hui-jadis
c'est quand ?
Au bout, dans les mots
c'est toujours là.

jeudi 21 mars 2019

Cartographie 22/ Antoine Emaz

Un extrait de Nulle part, ici, d'Antoine Emaz est proposé.

Une reproduction d'un tableau de Helicopter Tjungurrayi

"Trou d'eau à Karulyar" est livrée à nos regards. Il reste à 

écrire ensuite, à la manière du poète pour signifier un lieu 

important de notre carte.

un sol
laissé par l’eau basse
mouillé tassé serré
sous le pas

jusqu’au fond de l’air
un long chemin de sable plat

on ne peut pas se perdre
seulement aller
ou revenir
mais loin
longtemps

avec le vent les vagues

les traces s’effacent
vite

désunis ou pas
les pas

/

sans but
dans le ressassement des vagues
la mécanique du corps

et puis le vent
la lumière du matin

une longue courbe d’écume
sous le soleil
tire l’œil

sol stable dans le temps
plage de mémoire
la même

des années de sable



Cartographie # 22 : Antoine Emaz : MUR


Un mur
Où se cogne le vent
S’agrippe le roussi
Des lichens
Précipité de vie originelle
Sous le regard de la main

Jusqu'au bord de l’horizon
A regarder par-dessus
Sur la pointe des yeux.

Se perdre ou s’envoler
Enfoncer son laser dans les trous
D'air,
Entre deux brins d’herbe
Dans le vide entre les branches

Ou ne pas se perdre,
Compter les nuances de verts

A chaque fois la lumière
Toujours là il fait grand beau
Pas le brouillard
Pas la neige en giboulées
En tempête
Pas la pluie à sa saison
Qui tire de grands traits obliques
Sur le dos des vaches
Toujours le grand soleil
Baignant le mur
Baignant unifiés le ciel et la terre


De ce côté du mur
De celui où l’on contemple
Leur tournant le dos
Il y a les morts dans leur dernière demeure
Les fleurs en fleur
Les marbres en marbre
Les fleurs en tissu sales et en plastique fané
Les photos dans leurs médaillons bombés
Les lettres dorées
Les lettres mortes
Les rouilles
Les effacés
Les arrosoirs alignés près du robinet

Au-dessus du mur
Il y a le plein du monde
Qui s’étale jusqu’au bord
Jusqu’au mur du ciel vide

Le mur 
c'est la
Frontière

On aime aussi la vue en dessous

A l’abri du mur menaçant
Au-dessus de la route
Au-dessus de la maison
Ma première demeure
A présent toute décorée
De fleurs en fleur
De soleils en plastique
De pierres en pierre
De moi qui ne suis plus là
Jamais
Seulement surplombant 
du haut du mur
et du poids des années.

On est venus voir les morts
Ils n’ont rien dit depuis longtemps
Bien à l’abri dans leur silence
On est venus parce qu’on vient
Il n’y a rien à dire
Et ils ne disent plus rien
Ils nous rappellent à leur bon souvenir
à leur dernier
Sourire
Geste 
Mot
A jamais de leur dernière 
heure

De ce côté de la vie
Les morts nous laissent avec le mur
Avec les lichens, avec le vent
Avec leur silence
Avec la route et la maison décorée
Avec le noyer

Ils nous laissent décider
De quel côté de la frontière
On choisit encore de regarder.

20-21 mars 2019 avec migraine