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lundi 11 avril 2016

invitation



C’est le titre du livre d'Emmanuelle Pagano, Ligne et fils, qui a inspiré aux quatre complices le thème de cette exposition. À la lumière de ces deux mots aux sens pluriels, ils explorent ensemble les correspondances entre leurs pratiques de la photographie, de la céramique, du papier plié ou de la création textile.  En croisant les fils de leurs imaginaires, ils ouvrent des voies poétiques et ludiques pour entrer en dialogue.

Laurent S. : Je sème des lignes de galets, pour ne pas me perdre ; c'est une cordée ; de 50 bestioles ; la dernière a en ligne de mire les 49 autres, et la première mène la danse.
Catherine D.R. : Un à un les points, je tire l’aiguille. Un chemin se dessine, deux sentiers, trois routes, autant de pistes où m’égarer. Un tour après l’autre, je déroule le fil. Sur la toile les lignes s’élancent et se combinent, traçant les contours d’un plateau de jeu.
Nathalie C. : Temps suspendu, un battement de manche, «Le kimono bruissant» déplie ses ailes, des oiseaux bleus se croisent, des poissons volants tournoient, je tends des lignes, déroule un ruban, je trace «Les infinis», un crépitement, «L’arbre s’évapore» doucement, dans une pluie de fils, mille grues se balancent, «L’archipel» dessine ses contours, au soleil levant, temps mouvant.
Jean-François B. : Revisiter mes images avec une nouvelle paire de lunettes. Commencer par rechercher ces aplats de paysages que j'ai toujours affectionnés, ceux que mon œil aime caresser du regard. Puis, ayant tiré ce premier fil, saisir les jeux de lignes et de mots qui se sont bientôt présentés à moi...


jeudi 22 décembre 2011

Georg Baselitz - Sculpteur






Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris : 30-09-11 / 29-01-12


L'exposition propose une lecture rétrospective de la sculpture de Georg Baselitz. D'abord peintre et graveur, cet artiste allemand né en 1938 près de Dresde accorde une place croissante à cette pratique. La quasi-totalité de son oeuvre sculptée (plus de 40 pièces exécutées entre 1979 et 2010) montre le cheminement d'un artiste qui a contribué au renouvellement du langage de la sculpture contemporaine. Baselitz travaille le bois à la tronçonneuse et à la hache, une technique au caractère abrupt qui permet une radicalité particulière.
Erudit et collectionneur, il s'inspire de différents primitivismes (art tribal, art populaire, iconographie du réalisme socialiste obligé de la RDA ...) et de la tradition picturale occidentale.
Le gigantisme de ses sujets, les emblèmes insolites permettent à l'oeuvre d'échapper au pathos.

"Si nous sommes fascinés par les sculptures africaines, ce n'est pas parce que nous avons pris conscience de leur finalité, mais parce que nous sommes enthousiasmés par la solution esthétique, la forme comprimée qu'elles présentent."

(Il existe un "Beaux Arts" extrêmement bien fait sur Baselitz)



dimanche 18 décembre 2011

Exposition Walter Benjamin - Archives 12-10-11 / 5-02-12


Walter Benjamin (1892-1940), philosophe, écrivain et critique, a construit une oeuvre au sein de laquelle l'archive constitue tour à tour, l'objet, la méthode et la finalité. Son audacieux projet, qui mêle la pensée, l'histoire et la réflexion sur l'art, se ferme à toute classification.
Cette exposition montre Benjamin en collectionneur ; son travail y est appréhendé comme un édifice composé d'innombrables archives qui rassemblent des images, des textes, des signes à voir et à comprendre, mais aussi des expériences, des idées et des espoirs que l'auteur a consignés et analysés. Tel un archiviste, Benjamin a établi les bases du sauvetage du fonds qui allait lui survivre ; il a appliqué avec passion les techniques de l'archivage et elles ont marqué de leur empreinte le processus même de son écriture : systématiser, reproduire, classer avec des sigles, extraire et transférer


Du petit au tout petit / Micrographies

Benjamin avait une prédilection pour la forme miniature, pour ce qui est à première vue insignifiant et secondaire. C'est dans ce contexte que son écriture micrographique peut être appréhendée. Jusqu'aux alentours de l'année 1918, le geste graphique est encore ample, le penchant de Benjamin pour la micrographie se développant principalement dans les années vingt. Le tracé est la plupart du temps minutieux et fin, rarement négligé. Les lettres mesurent environ un à sept millimètres. On retrouve cette écriture minuscule, fort serrée, aussi bien dans ses textes que dans certaines lettres. A la densité spatiale de l'écrit répond l'économie de l'expression, un style précis, laconique. Les micrographies se dérobent à toute lecture rapide. Seule leur image scripturale, leur expression graphique s'offrent au premier regard, leur teneur se révélant seulement après un effort de déchiffrage.(C'est moi qui souligne)


Constellation
« Je sentais en marchant mes pensées se bousculer comme un kaléidoscope – à chaque pas une nouvelle constellation ; de vieux éléments disparaissent, d'autres se précipitent ; beaucoup de figures, si l'une d'entre elles persiste, elle s'appelle une phrase »
(sur Proust, « Journal parisien » 11 février 1930)

Collection / Collectionneur
« Le collectionneur se plaît à susciter un monde non seulement lointain et défunt mais en même temps meilleur ; un monde où l'homme est aussi peu pourvu à vrai dire de ce dont il a besoin que dans le monde réel, mais où les choses sont libérées de la servitude d'être utiles »
(Ecrits français, « Paris, capitale du XIX° siècle »)

Femmes
« J'ai connu dans ma vie trois femmes différentes, et trois hommes différents en moi. Ecrire l'histoire de ma vie, ce serait présenter la formation et la décadence de ces trois hommes, et les compromis entre eux »
(G. Scholem, Walter Benjamin, Histoire d'une amitié)

Ange de l'histoire
« Il y a un tableau de Klee dénommé Angelus Novus. On y voit un ange qui a l'air de s'éloigner de quelque chose à quoi son regard semble rester rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche est ouverte et ses ailes sont déployées. Tel devra être l'aspect que présent l'Ange de l'Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où à notre regard à nous semble s'échelonner une suite d'évènements, il n'y en a qu'un seul qui s'offre à ses regards à lui : une catastrophe sans modulation ni trêve, amoncelant les décombres et les projetant éternellement devant ses pieds »
(Ecrits français, « Sur le concept d'histoire »)

Paris
« ...Je pense à une après-midi à Paris à laquelle je dois des lueurs sur ma vie qui m'ont frappé comme l'éclair avec la violence d'une illumination. (…). Je me suis dit que Paris, où les murs et les quais, l'asphalte, les collections et les décombres, les grilles et les squares, les passages et les kiosques nous apprennent une langue si singulière, devait nécessairement être le lieu où, dans la solitude qui nous étreint, absorbés que nous sommes dans ce monde d'objets, nos relations avec les êtres atteignent la profondeur d'un sommeil où les attend l'image de rêve qui leur révèle leur vrai visage. »
(Ecrits autobiographiques, « Chronique berlinoise »)

La Seine
« … toute nouvelle collection de photographies intitulée Paris s'achève par l'image de la Seine. C'est elle le grand miroir toujours vivant de Paris. Chaque jour la ville jette dans ce fleuve les images de ses solides édifices et de ses rêves de nuages. Il accepte de bonne grâce les offrandes de ce sacrifice et, en signe de sa faveur, il les brise en mille morceaux. »
( Images de pensée, « Paris, la ville dans le miroir »)

Petit bossu
« Ma mère me le laissait deviner, sans le savoir. « Avec les compliments de Monsieur Maladroit » me disait-elle toujours lorsque j'avais cassé ou laissé tomber quelque chose. Et je comprends maintenant ce dont elle parlait. Elle parlait du Petit Bossu qui m'avait regardé. Celui que le Petit Bossu regarde ne fait pas attention. Ni à lui-même, ni même au Petit Bossu. Il se tient, effondré, devant un monceau de débris (…).
Le Petit Bossu était donc souvent là. Seulement je ne l'ai jamais vu. C'était toujours lui seul qui me regardait. Et plus son regard était perçant, et moins je me voyais moi-même. »
(Enfance berlinoise, « Le Petit Bossu »)

Proust
« J'admire sa manière stupéfiante (…), de retrouver l'usage probablement général des grands poètes qui tirent leurs métaphores de tout ce qui est proche et paraît futile, et de rendre comme mobile tout un ensemble enchevêtré de situations banales et rebattues au bénéfice d'une expression plus profonde, d'introduire dans les perceptions les plus labiles, en les coulant dans l'expression d'une image, une densité magnifique et percutante. »
(Correspondance – 28 décembre 1925, à H. von Hofmannsthal)

mardi 27 septembre 2011

Du fil

Fil blanc,

Fil à fibres libérées,

Fil bourru,

Fil brodeur,

Fil continu,

Fil discontinu,

Fil fantaisie,

Fil floche,

Fil gazé,

Fil jaspé,

Fil lamé,

Fil mélangé,

Fil mouliné,

Fil mousse,

Fil perlé

Fil retors,

Fil semi-peigné

Fil vergé,

Fil Vigoureux,

Fils de la Vierge,

un fil pourquoi faire ?




un fil, un fil de fer, un fil pour filer, enrober, faire la fileuse, ficelle (filoselle dit-elle) sisal, ruban, feutre, raphia, fil d’or, je vous entortille, fil des souvenirs, fil des bobinots dorés (tire la bobinette), d'un vieux passementier, présent retrouvé, coudre les lisières, le fil de soie, fines franges effilochées, fil d’araignée, ça ressemble à des plumes (d’ange)

le fil devient tige, texture, flexible textile, texte, le fil est forme

des fois le fil, se mue en fleur, pavot froissé, bouton de rose (très rouge) renversé, marguerite à pétales papier (papyrus il adore) translucides,

d’autre fois il devient chevelure, noire, coiffe la revenante nippone, nattes délurées de poupée slave, qui s’embrassent, auréole, coeur par dessus la tête (fil de fête)

mon fil s’échappe, en rêve, retrouver «fifi brin d’acier», rappeler ma vieille complice : fifififififiiiiiiiiiiiiillllllllllllllllllllll//////////

ces fils entre mes doigts, s’en mêlent, j’aurais voulu être architecte (ha ? habit habitat habiter, habitus) construire, monter, démonter, déséquilibre souple, fragile (roseau), tordre, vriller, plier

des fils s’animent (dessin animé) fil mouvant, en mouvement, je gribouille (chapi chapô, chapi) tandis que ma coiffe-maison enfle au rythme de la bobine qui dévide ses volutes, circonvolutions, lignes serpentines

oh, on dirait des mailles, les côtes de mon bonnet de fififififille (à pompon) on dirait les nervures de la grande feuille verte perforée où j’écrivais mes messages secrets, ça ressemble à un piège à soleil, à une passoire à vent

un fil à bâtir, des volumes, des armatures (coiffes non coiffantes) la structure d’un chapeau, des lanternes magiques, une série de gri-gri, mes «souliers de la tête» ... des choses qui ne serviraient à rien, ne protégeraient de rien

le fil juste pour laisser voir, au travers




mardi 20 septembre 2011

Un fil pour quoi faire?

Ravauder la mémoire, repriser les souvenirs, tisser des histoires, recoudre des plaies, surfiler à grands points les bases d'un récit que l'on peaufinera plus tard, faufiler une ou deux joliesses au détour d'un poème canevas qui se tisse au fil des ans, seule la couleur du coton perlé varie, mais c'est toujours la même tapisserie qui se trame...
Disséminer quelques points de croix , ici ou là, lorsque saigne quelque antique blessure.
Pincer l'étoffe du temps pour effacer certains écarts et ajuster au mieux.
Coudre une doublure pour y sceller un secret ou deux.
Nouer un petit ruban plein de vivacité pour donner le goût du bonheur.
Effiler juste ce qu'il faut, là où il faut, et ourler à petits points pour finir le travail.
Repasser tout cela par le filtre des ans, plier avec délicatesse et ranger dans le tiroir du temps.
Rapiécer de temps à autre pour ne pas oublier.

Au préalable de tout ce travail, il est nécessaire que le fil de l'histoire passe par le chas de l'aiguille. Il est vrai que j'ai quelques soucis avec les cha(t)s. C'est sans doute pour cela que je me laisse guider par le fil des mots, et que la broderie qui en résulte , même un peu décousue, n'est rien d'autre qu'une longue écharpe luxuriante, orgueilleuse, envieuse, gourmande, qui se déroule tremblante face à ce qu'il reste de vie.

vendredi 14 mai 2010



3 : bol, 30X30cm, technique mixte sur toile


le bol bleu fume des nuages ;

voir la mer,

dans une boule,

de cristal,

ou en céladon,

l’azur,

la demi-lune,

une moitié de globe de terre,

pleine de mer ;

sur son pied étroit,

presque invisible,

il se prépare à la bascule,

à la tranquille oscillation,

il se balance,

tel le culbuto,

pour rouler, rouler, rouler...

plus tard, se dévoile une trame,

de gaze gracile,

une délicate compresse,

qui relie le bol bleu à son fond rouge ;

entre ses fils,

la peinture turquoise crée des motifs,

au point de croix,

la colle scintille,

minuscules perles transparentes,

et puis,

derrière ce canevas,

le fond rouge réapparait.



accrochage,

on pouvait entendre les mots de l’artiste au travail,

des répliques comme...



-j’ai amené des trucs, j’ai 36 petits paquets

-va falloir équilibrer tout ça, et puis j’ai 6 mobiles

mobiles : (adj. et n. m.) qui se meut ; qui peut-être déplacé ; composition artistique faite de plaques légères agencées sur des tiges articulées et mises en mouvement par le vent ou un moteur

-peut-être que sur ce mur ça va être un peu paumé tout ça

mur : (n. m.) ouvrage de maçonnerie servant à soutenir un plancher, ou une charpente, à cloisonner un espace ; proverbe : les murs ont des oreilles ; fig. le mur du son

-j’aimerais que ce groupe fonctionne ensemble

-oh non, non !

-est-ce qu’elle est pas trop haute celle-ci ?

parce que vu d’ici par rapport à là...

-ça me plait bien, cet accrochage me plait bien

accrochage : (n. m.) action d’accrocher ; accrocher : (v.) suspendre à un crochet



vernissage,

je surprends d’autres mots parmi les bribes de conversation,

des questions...



-j’adore ses rouges ! je sais pas quel rouge elle utilise ?

rouge : (adj. adv. et n.) de la couleur du sang, du coquelicot, du métal porté à incandescence

-vous avez plus le tableau «les mots» ?

tableau : (n. m.) ouvrage de peinture exécuté sur un panneau de bois, sur un morceau de toile tendu sur un châssis... de table

-c’est-elle qui a fait la peinture au dessus de ton canapé ?

-si on regardait ce qui est accroché sur les murs ?

-c’est étonnant, ça a évolué, c’est surprenant... le bol avec un morceau de tissu à l’intérieur, c’est ça qui surprend

bol : (n. m.) récipient hémisphérique, destiné à contenir des liquides ; fig. prendre un bol d’air, pop. avoir du bol, de la chance

-ça a un côté très japonisant

-il en faut un autre avec celui qu’on a déjà...



24 : «karesansui», 30X30cm, acrylique sur toile plissée


un ciel en toile de jute,

lourd,

tendu,

descend bas sur l’horizon du tableau,

contre l’étendue de tissu beige,

la toile à peindre,

encore vierge ;

de profonds plis horizontaux barrent sa surface,

collines ,

vallons,

vallées,

plis du paysage,

champ de dunes ;

et là,

dedans,

3 formes rouges,

presque pourpre,

émergent d’entre les plis,

comme des notes de musique sur la portée ;

étranges silhouettes au coeur du paysage,

folles architectures plantées en plein désert,

3 petites pommes pour blanche-neige ;

entre les plis de la toile,

chantent 3 petits bols.



exposition,

fin de journée,

à la galerie,

de petites bougies oscillantes m’accueillent,

je pousse la porte,

embrasse l’artiste,

nous buvons du thé au jasmin...



18 : bol, 50X50cm, technique mixte sur toile


le bol rouge poudré,

sur son pied surpiqué,

accueille dans sa corolle,

un rectangle de papier japon blanc,

composé de fragments cousus ;

le bol rouge,

adossé à son fond,

en laque noire sur le premier tiers,

sombre surface sur lequel s’empilent d’autres tout petits bols,

dorés,

au trait,

tamponnés,

en strates verticales,

de bas en haut,

fragile équilibre ;

des motifs de bol,

avant retour au grand bol ;

juste derrière lui,

un fond différent,

rouge pavot,

et la matière en fusion,

des micro-bulles d’eau dans la peinture,

mouvements circulaires du pinceau,

enfin,

une fine barre noire à l’horizontale,

en bas du tableau,

au grand bol rouge

tient lieu de reposoir.




«autour du thé»,

une exposition de christine bonal,

en janvier 2010.