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dimanche 18 septembre 2022

étrange équarrissage

 

habillé de grisaille de feu de flèches de dentelles

 

horloge dépèce temps

odeur de pain chaud

silence déterré

monde où l'on se tait

escalier

 

un homme se tient là dans un manteau sans âge

depuis le vide impénétrable

 

traverser la fenêtre

cliqueter les fuseaux

 

la fillette animal recroquevillée

capharnaüm mou terrifiant

esquisse un sourire qui ne sourit pas

tamis du songe

incandescence

 

irruption de sa mère -tant à faire-

un monde où l'on ne parle pas

 

pas encore la nuit déjà plus le jour

 

un homme en redingote

un chant secret

sur la page d'un livre qui vient pour l'emmener

samedi 30 octobre 2021

Codicille cartographie et fragment #1 Contre-jour

Le même escalier légèrement avancé cavalièrement gravi la porte ouverte de la chambre un autre lit que le leur à la même place et moi qui maintenant regarde en lieu et place de mon berceau contre le jour scintillant dehors dans la lumière de l'ordinateur sur le bureau le fleuve adulte qui coule très jeune enfant en bas du pré de l'autre côté de la fenêtre

Et grâce à l'homme "qui-a-sauvé-les-eaux-sauvages"  je vois avec mon coeur ému ce dont je ne peux me souvenir et que mes yeux reconnaissent un souvenir potentiellement inexistant du lieu-moment où j'ai VU le jour le palimpseste de l'espace-temps de ma re-venue dans la carte





jeudi 9 juillet 2020

Ravin du Jugement /2

J’ai voulu toucher l’invisible entre les failles du temps. La carte en mains , je me suis approchée du Ravin du Jugement. J’ai frôlé ses ciels et surplombé ses abîmes. Ai marché sur le chemin, que l’on dit celui du facteur, parfois simple sente entre ravin et pierre, concentrant mon regard sur la pose du pied entre pierre et racine. Sur ma droite, des flaques d’obscurité, un ravin donc empli de troncs déchiquetés, d’une végétation gloutonne se répandant comme membres de chimères aux méandres délirants. Impossible de discerner ce fond de ravin, à peine devine-t-on le cri de l’Ance dans ses entrailles qui entaille le silence de ce lieu où l’on souhaite que rien ne se passe. Tenter alors d’emplir ses poumons du souffle des arbres, bosquets de noisetiers et bouquets de bouleaux, de sentir le froissement des perles de lichen entre les doigts, de poursuivre les turbans de lierre du regard jusqu’à leur disparition. Sur toute cette nuit qui tremble au fond du ravin, ne pas trop se pencher. Laisser ces grumeaux de noirceur macérer dans ces antres, poursuivre le chemin, espérer l’éclaircie où apaiser les yeux et porter loin sur l’horizon , un ou deux toits connus, quelques prés arpentés par un tracteur, une route plus haut, et après une légère courbe la tourelle du château et le hameau enfin silencieux et fier. Découvrir sur le bas-côté, un rocher refuge – on en revient toujours là – dit “le fauteuil du diable” qui surplombe le vallon où se murmurent peut-être des phrases inaudibles , qu’il est mieux de ne pas comprendre. Alors, du ventre même, quelque chose de connu se décline, comme une secousse d’éternité qui résonne et diffuse dans les veines le message d’être encore vivant, les mailles des forces invisibles se desserrent et la lumière qui baigne le hameau révèle des brassées de fleurs où reprendre des couleurs. Au retour, laisser fondre sous le palais quelques fraises des bois et framboises déposant un message rougi au coin des lèvres.



 

samedi 28 mars 2020

Ravin du jugement


Mais quels gémissements écrasés entre les rives du ravin des jugements ? Quelle grisaille à dénicher dans ces reliefs ? Quel mirage à enlacer ou quel mythe à revivifier?
Je regarde la carte comme on regarderait le ciel, mais un ciel sans tumulte, semé de fins nuages blancs, de traînées vaporeuses, à la recherche de signes qui reprendraient vigueur dans la loupe d’une larme. C’est juste une sensation de vide qui affleure, une obscurité peuplée d’invisibles images, un mélange de frissons et de murmures. Peut-être une sorte de vertige s’insinue entre les épaules à vouloir déchiffrer le grimoire d’un temps que l’on n’a pas connu, soulever la vie souterraine de voix et de pensées.
Ce territoire lointain, secret, enfoui, que personne devant moi n’a jamais nommé, ce lieu porteur d’ irréalité, qui lui a donné ce nom? Nulle mention n’en est faite ailleurs que sur cette carte. Tout est à inventer, à créer; développer une mythologie pour accroitre ses rives et leurs puissances, projeter des entassements de riens et dessiner un labyrinthe de questions où faire résonner les corps creux qui essaient de se débrouiller avec les mots. Il faudrait aller filmer les incertitudes de ce lieu qu’on dirait sanctuaire ou lieu d’attente, mettre en forme une légende nouvelle, faire déambuler un cerf ou quelque animal d’envergure. Peut-être même aller jusqu’à éradiquer les ronces qui recouvrent les sols, courent sous terre, se ramifient en autant de lianes et de réserves de secrets… Retrouver les pensées primitives qui ont pris forme là sur ce ravin d’incertitudes, risquer une parole, être plus fort que ce creux que nul n’arpente, se tenir dans cet écart et laisser tomber une constellation de mots, ces petits cailloux de la mémoire et des silences.
Ravin du jugement? Y-a-t-il un lien avec la légende du pont du diable légèrement en amont ? Le Diable grugé après son accord passé avec le seigneur de Chalencon, ayant construit ce pont de pierres en hauteur à deux arches et qui ne craint donc plus les avatars des crues à répétition de l’Ance, et ayant emporté l’âme d’un chien dans les Enfers au lieu de celle d’un manant, se vengerait en faisant subir dans le fin fond de cette vallée un jugement sans douceur à quiconque se risquerait sur ces rives…
Forcer la carte ou la vision satellite à délivrer ses secrets. Comprendre que ce ravin est situé sur l’autre rive de l’Ance, côté Saint-André de Chalencon, et donc éloigné des terres connues, et pourtant pas si loin de Durand, la maison mère. Accessible à pied mais il faut traverser la rivière et soudain le souvenir des têtes flottant sur l’eau, les sculptures de mon amie, ...il y avait un gué : par lui le ravin du jugement aurait sans doute pu être rejoint. J’ai donc vu ses rives sans le savoir, effleuré son nom sans me poser de questions, être jugée sans avoir mon mot à dire...Quelque chose s’agrippe aux tempes, on se sent petit enfant qui a dû faire quelque bêtise, sans plus trop savoir ce que cela peut bien être, mais l’adulte le regarde de ses yeux noirs et la sentence tombe. Ce sera la dernière promenade, sous la nappe de cendres.


lundi 23 mars 2020

Arpenter le paysage






p 274/ Un rocher qui affleure me fascine. C'est comme une baleine qui fait surface. Dans chaque boule de granit est enfermé un secret, un murmure. Par ailleurs les arbres qui puisent leur force du substrat profond me parlent et me fascinent aussi. Ils concentrent beaucoup de la force du paysage.

p/ 100 ( Le texte parle juste avant de Jean-Loup Trassard)
Trassard a l'œil sur tout ce qui l'environne. C'est sa vie. Un œil averti, parfois presque amoureux. Ce sont ses hauts lieux à lui. Chacun, nous avons les nôtres. Tantôt issus de notre propre enfance, cantonnés, encapsulés, logés à jamais dans son souvenir, et alors fonctionnant comme autant de buttes-témoins qui résistent à l'érosion du temps qui passe; tantôt créés à l'âge adulte et liés à de petits rituels individuels ou familiaux, telle promenade favorite et pas une autre, ou telle randonnée vers un point de vue dominant, telle visite coutumière, telle destination estivale réitérée; nous nous fabriquons tous, chacun, nos propres lieux. Comme malgré nous — nos pas nous y portent — , nous y retournons, les retrouvons parfois presque comme nous faisons une visite à une personne aimée. 

Martin de la Soudière "Arpenter le paysage" ( anamosa 2019)

mercredi 11 mars 2020

Bouts d’aplats

Mosaïque de verts, de bruns,
Légende de la carte, telle un sésame
Ouvrant de vastes possibles
Et des reliefs fascinants,
Camaïeu dans le courant,
Dégradés de bleus,
Et, presque tel un intrus,
Le violacé des cuisses marbrées
Sous la froidure de la rivière
Comme un écho, les lettres sur la façade
De la vieille auberge,
Pleurant en profondeur sous les fenêtres
Nul buvard pour éponger leurs larmes
La pancarte des vieux dimanches
Se balance au loquet rouillé
Dans la neige fraîchement tombée
Elle laisse sur l’immaculé des filets rosés.
Subjuguée par deux yeux jaunes,
Rayés par les traits de la giboulée de grésil.
Efforts vains de la carte
Pour convertir les taches vertes
Et les chemins bleus des rivières


jeudi 27 février 2020

Bouts d'aplats (version 2)



Un long ruban bleu dessine une large courbe à droite :
le Rhône, mon fleuve.
Sinon, du vert, beaucoup de vert, comme les bois
et des aplats de blanc, beaucoup de blanc :
buttes, prairies où paissent des troupeaux de vaches,
zones déboisées où s'étalent des villages.
Des trouées comme entrer dans la lumière.
Les ailes de la voiture de l'enfance s'ouvrent,
c'est l'envol dans le blanc,
l'espace retient son souffle.
Décollage.
La ligne rouge de la route n'est même plus nécessaire.
Juste du vert pomme et du blanc, tendre, calme, apaisé, équilibré.
Le silence ici est vert.

Plus loin, des bois noirs, serrés,
d'autant plus noirs qu'ils sont peuplés de charbonniers
sacs de jute sur la tête, visages machurés
par le charbon de bois.
Attendre une main nue, très blanche
qui chasserait tous ces visages.

Est-ce la noirceur du ciel, l'obscurité
qui allonge infiniment les arbres et les rend menaçants ?
ce ciel qui brasille quand les frondaisons se font plus clairsemées ?
Les ombres s'allongent, s'épaississent.
L'air devient transparent avant que le ciel ne s'assombrisse
et que la terre devienne plus claire que le ciel.
Je vole sur des couleurs rêvées, sur de simples paroles.

Puis, surgit le rouge rond des soleils tombés.
Une chaleur inouïe devant laquelle les bleus s'écartent,
les vocables se ruinent.




mardi 25 février 2020

Figurer le monde

À l’heure où les cartes deviennent plus que jamais objets de consommation quasi quotidiens, à celle où le pouvoir accru de la cartographie paraît sans limite et où, par la puissance et la vitesse combinées des algorithmes, les artifices et les conventions qui l’ont rendue possible s’estompent de plus en plus et sont toujours plus difficiles à discerner, l’ambivalence de la cartographie doit être plus que jamais soulignée. Nous savions que la carte était une représentation, donc « un langage »  avec sa grammaire propre et, qu’à ce titre, elle pouvait dire ce qu’elle voulait et même mentir à dessein. Nous comprenons d’autant mieux aujourd’hui qu’il s’agit d’abord d’un pharmakon  : à la fois remède et poison, la carte peut en effet figurer comme défigurer le monde, nous mettre en relation comme faire écran. Or il ne tient qu’à nous de se saisir de la carte, de refuser l’artifice et de retrouver l’outil.

Alexandre Chollier et Federico Ferretti 
Dans "Ecrits cartographiques": Elisée Reclus


lundi 24 février 2020

des couleurs

Verts clairs, verts plus foncés des cartes igéennes
Vert épicéen, vert du sapin de Douglas, du sapin pectiné
Vert des pâtures au début du printemps
Vert des prairies tachée de fleurs sauvages

Là où les eaux abondes,
Des populages au jaune plus chaleureux que le jaune frais des jonquilles,
Jaune métallique précieux des boutons d’or âcre.
Blanc vif et discret du faux fraisier, vraie potentille fausse stérile
Différents roses vifs, pâles, soutenues

Bruns roux des landes sur le haut du Chaussitre,
Bruns plus ternes des prés après la neige
Sols spongieux marqués de joncs vert sombre
Là où les eaux s’emmêlent pour former des rivières

Haut plateau mouillé d’eaux vives, courantes, qui serpentent dans le paillasson vert des prairies,
Eaux des neiges infiltrées doucement tout l’hiver jusqu’au début du printemps, eaux fraîches au mains du marcheur l’été, eaux froides, eaux vivantes qui courent…

Des perceptions infimes,
Quand le ciel s’ouvre enfin au levé du soleil

Des lichens colorés sur la roche affleurante
Du vert tilleul, du jaune sur le gris du granit
Vert profond des forêts de conifères marquées
Des taches claires de feuillus
Hêtre, fayard, fagus : érable plane, frêne
Sorbier, sorbus, alisier près des maisons avec
Parfois la silhouette incongrue d’un séquoia séculaire

Le noir a des valeurs diverses aux ciels d’orages : la nuit
Paysage projection d’un inconscient
Silhouettant les arbres

La douleur butte sur le mur invisible de l’ignorance aveugle
Impossible de voir
Par dessus, par dessous, à travers
Limbes

Se retrouver soi-même face à un paysage
De roc de terre et d’eau
De végétaux
D’animaux parfois

Composantes essentielles, du corps, de l’être avec la foudre

Un éclair orangé a fendu l’arbre en deux
Alors ainsi soit-il, enfances éclatées

Le paysage n’est pas nostalgie d’un temps autre
Le paysage-instant, je le vois le regarde
Ciel blanc, bleu, gris
Vert, roux, blanc, les prés aux saisons
Plus sombres les forêts
Et l’éclat métallique de la lumière dans l’eau

Au loin luisent les toits des villages
Tuiles rouges, ardoises grises des clochers
Traces de vies,
Fumées
Voitures qui, en silence, traversent le paysage

Sensation d’être au bord de quelque entrouverture
Sensation diffuse, un rien
Qui résonne longtemps

Sous la réalité topographique des couleurs
Pressentiment d’autre chose
Mécanisme biologique de réalité cachée
Mystère qui disparaît aussitôt qu’aperçu
Aperçu, même pas, senti, pressenti
Aussitôt disparu avant que d’être vu.

Pourtant
le lieu est nu, rien n’est caché
Néanmoins
Une corde intime vibre
Perceptiblement
L’esprit, ouvert, s’apaise

Instants étranges où l’attention flottante perçoit et seulement dans ces instants-là, cette inquiétude transsudante et cet apaisement coloré, vert tendre, vert cru, vert foncé, rose, rouge, bleu, blanc et toutes les nuances de gris et de noirs.

vendredi 21 février 2020

LES A-PLATS DE COULEUR.

   Il y aurait du matin jusqu'au soir les couleurs de la carte, les liés et les déliés, les plats et les contre plats sous couvert de champs et de contre champs.
   Il y aurait le rose des sapins illustrant la majesté des aubes folles et les couchers de soleil fulgurants.

   Il y aurait le vert qui envahit le temps et dévore l'espace, mariant le jaune à l'absinthe, le lichen à la mousse, obligeant ses teintes au singulier vert-Véronèse.
   Il y aurait les prés batifolant du vert au bleu, du bleu au vert au gré des herbes et des vents, au gré des heures et des saisons.
   Il y aurait des incises de bronze et de bruns dans l'écume des verts, points virgules sur les troncs d'arbres marquetés des soliloques d'oiseaux; incises sur les pierres sombres tourmentées des taches de vieillesse.
   Il y aurait les arrondis des courbes de niveaux, tous leurs faux-plats ombrés rythmant mon âme triste quand le soir tombe et que s'éteint le nuancier de mon territoire de papier.

mercredi 19 février 2020

Carte de Cassini/ T

 

C’est une image où chacun décrypte ses propres fantômes, ses obsessions ou ses peurs ancestrales, avec des gueules béantes prêtes à engloutir le monde qui semble être montré; des monstres de l’enfance s’étalent, dilatent leurs membres, délivrent des recoins qu’il faut bien contempler, déploient un réel auquel on va s’habituer.

On se dit que cette image pourrait être un tableau de Dubuffet où des silhouettes s’installent, se croisent, s’ignorent ou se regardent, occupent un espace, le chorégraphiant avec souplesse, y inscrivant même des mots, tracés de belles lettres, difficiles à déchiffrer, quelques taches plus sombres, et l’on pense même paramécies.
 
Il faut aller plus loin, laisser ses yeux de sable, creuser et récolter les noms qui disent ce qui était, et est peut-être encore, un pays, un village, un hameau, un lieu-dit qui fait toujours trembler lorsqu’il est prononcé à haute voix, qui réveille des ombres et chahute les jours.

Chercher ce qui importe, les blessures invisibles et les voies sans issues, l’innocence d’un matin, le seuil d’une maison, les formes d’une aurore, les réponses d’un ciel, les questions sans réponses, les pensées d’ombre et de lumière, et les noms vêtus de deuil, rides et signes, puits à creuser encore.


vendredi 14 février 2020

Palette

D’abord dans le grand atlas au vert de velours, il y avait:
des archipels de taches colorées
des reliefs d’un monde balayé de rayons ocre vert ou bleu
des langues de soleil , des haillons d’Arlequin
des lisières d’écume, des coulées de verdure
des strates d’un blanc cassé, surfilées de lacets jaunes, rouges ou bleutés
des dentelles de mer des crachins d’îlots bruns

Après, ce fut le temps
des étendues sans ombres, de landes, de pierres, de bruyères et de lointains bleutés
des poignées de mousse rase
des moissons de lichens safranés
du cresson qui tapisse les eaux
des feuillages qui n’en finissent pas de croître: émeraude, olive, jade
des hélices de lumière et d’ombres
des bleuets dans les blés et des étoiles d’asters
des lucioles des micas dans les souvenirs flous
des essaims de soleil par-dessus les sols noirs
des grammaires de bleu où les nuées s’écrivent

Plus tard, ce fut:
des ornières de traces bleuâtres, noires ou sang
des îlotsgris à la lisière de l’au-delà
des semis argentés des lichens Parmélia
l’uniforme étendue grise des Aspicilia
des cartes de Rhizocarpon geographicum


des ombres blanches vastes et vides
des étoffes de riens avec un presque bleu
des parcelles de pluies et de verroteries
des encroûtements d’ocre aux alvéoles d’ombres
quelques flaques de vies aux reflets de gris bleu
des doutes de l’encre jusqu’aux débris des cendres
des frôlements blonds sous la houle du vent
enfin par-dessus tout l’entaille du bleu des aubes

jeudi 6 février 2020

Bouts d'aplats ou Bouddhas plats

Un long ruban bleu dessine une large courbe à droite : le Rhône, mon fleuve.
Sinon, du vert, beaucoup de vert, comme les bois que nous avons traversé chaque dimanche pendant des années et des aplats de blanc, beaucoup de blanc : buttes, prairies où paissent des troupeaux de vaches, zones déboisées où s'étalent des villages.
Lorsque nous abordions ces trouées blanches avec la vieille Dina Panhard, c'était comme entrer dans la lumière ; mon père prétendait qu'il allait ouvrir les ailes de la voiture et la carte me fait exactement cet effet : je prends mon envol dans le blanc, respire à fond, retiens mon souffle et je décolle. La ligne rouge de la route n'est même plus nécessaire.
Je découvre à explorer cette carte IGN à 1/25 000 de façon plus attentive que je suis incluse dans ces étendues vertes et blanches. J'y ai laissé quelque chose de moi ou peut-être l'inverse, quelque chose de ce paysage s'est inscrit en moi. Juste du vert pomme et du blanc, tendre, calme, apaisé, équilibré. Tel m'apparaît ce que j'ai sous les yeux. Le silence ici est vert. Une part de moi-même est engluée dans ces paysages doux, je suis de ces collines et de ces bois clairs.

La partie la plus sombre se trouve dans la seconde partie du voyage, des bois noirs, serrés, d'autant plus noirs qu'ils étaient peuplés de charbonniers sacs de jute sur la tête, visages machurés par le charbon de bois. J'attends encore une main nue, très blanche qui chasserait tous ces visages de ma mémoire.
Est-ce la noirceur du ciel, l'obscurité qui allonge infiniment les arbres et les rend menaçants, ce ciel qui brasille quand les frondaisons se font plus clairsemées ?
J'observe intensément les ombres s'allonger, s'épaissir, la transparence de l'air avant que le ciel ne s'assombrisse et que la terre devienne plus claire que le ciel. Je vole sur des couleurs rêvées, sur de simples paroles.
Parfois, au retour, j'entr'aperçois le rouge rond des soleils tombés. Une chaleur inouïe devant laquelle les bleus s'écartent et les vocables se ruinent.


aplats de couleurs de couture

Une stimulation blonde grouillante de miel noir
Le premier pli fait comme une douche en Y faisant couler du vert et du plus ou moins marron avec les veines bleues du fleuve chéri 
Un espace presque blanc, comme glacé au sucre, si blanc par rapport aux autres reliefs, si l'on en croit les dégradés, qu'on pourrait le penser au-dessous du niveau de la mer. La veine bleue continue son chemin, 
Compter les nuances de verts
Les roussis des lichens

Les pierres de ma carte font le paysage en noir et blanc, avec ici ou là, une tâche de sang. Le granite noir qui se laisse voir sur les murs rechaulées des maisons décrépies
La migraine ardoise, la migraine tourbe, la migraine loess, au sein du blanc qui dure
Le blanc des voix et les bouchons des mots,
Leurs yeux ne percutent que du noir, que du noir,
Les marbres anthracite sur lesquels sont écrits en or le nom des habitants du dessous, le gravier blanc sur les tombes, et quelques fleurs en céramique si magnifiquement rouges.
Le doré de ton nom commence à passer.
Je me souviens de Maroussia dont les larmes coulant de ses yeux bleus, faisaient éclore des myosotis. Les yeux marron, ça doit pleurer des giroflées, ça t'ira ?

Cette pancarte comme une flèche entre les 2 pans de rideau rouge qui ne laisse rien deviner de la pièce et du décor qu'ils cachent

Elle a les yeux bleus et ne se demande pas pourquoi
Elle regarde la photo sépia
Voix blanche cendrée voix rougeoyante qui dessine au-dedans la carte de la vérité
Les écritures et les illustrations très noires, très fines sur les feuilles jaunies.
La page des races : la rouge, la jaune, la noire, la blanche.
Mes cellules savent 
que certaines périodes de l'Histoire sont en noir et blanc, 

Des pièces aux couleurs vives rouge jaune vert bleu, le dessous, blanc jauni
Où je filtre la poudre d'or dans le sable,

Ces petites fleurs en grappes roses dans les prés
Les lauzes du Lac Bleu
Je rêve à la Mer Rouge

dimanche 1 décembre 2019

Map Works

Plein d'idées pour continuer vos collages dans la rubrique "Mon Univers" ou ... ailleurs.
Cet artiste s'appelle Matthew Cusik, peut-être le connaissez-vous ? Jfb-monoeil m'a montré ça ce matin.








Vous pouvez en voir beaucoup d'autres en allant sur le site : https://www.mattcusick.com/paintings-collage/map-works/1

vendredi 29 novembre 2019

SOS Loire Vivante


L’endroit comme un envers. J’y suis née mais ne l’ai pas vécu. Il se ressemble de moins en moins, récemment, j’ai compris que ça allait devenir pire, (pelleteuses et chenilles caterpillars et rouleau compresseur) l’endroit pourrait être rayé de la carte. De même que dans ces effondrements de terrains vus à la télé ces derniers jours, l’endroit pourrait être enseveli sous le glissement des pierres dérangées. Les Morts viendraient avec car mon lieu de naissance est surplombé par le cimetière où demeurent à jamais mes parents fleuris.
LE CHIER,  ça signifie PIERRIER, même si à lire ça fait un peu chier.  On n’a pas l’habitude de dire toutes les lettres en français. Un amas de pierres. On les avait mises debout, on les avait rangées, on en avait fait des maisons et des murs pour tracer des ruelles.
En contre haut, le clocher mais pas seulement
En contre bas, la claire rivière, il n’y a rien à craindre, encore jeune et encore si vivante
L’effondrement viendrait de l’intérieur de la terre alors ? des profondeurs ? des tirs de mine dans la carrière en face ? de ces détonations incessantes qui équarrissent le paysage ?
Ou bien d’un coup de foudre qui brûlerait le noyer qui tenait dans ses racines le socle du pays. Comme dans un jeu de Fantasy, une trappe s’ouvre dans une autre dimension, on se retrouve dans un livre d’Haruki Murakami, à compter les crânes endormis, pleins d’histoires et de poussière.
Ou bien on passe sans se rendre compte, derrière le rideau de la cascade.
Eaux ruisselantes, lichens jaunes, agrippements de lierres, petits chemins boueux et l’ombre de moi en petite fille, toute petite et faisant ses premiers pas.

vendredi 30 août 2019

Se replonger dans la carte

« Il se peut que … je sois condamné à revenir sur mes pas tout en croyant que j'explore, à essayer de connaître ce que je devrais fort bien reconnaître, à apprendre une faible partie de ce que j'ai oublié »
Citation de A Breton par Adrien Bosc dans "Capitaine" Stock p346

mardi 28 mai 2019