Affichage des articles dont le libellé est Lobo Antunes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lobo Antunes. Afficher tous les articles

jeudi 23 octobre 2025

S'y noyer même, mais ne pas se dissoudre V2 pour les images voir la V1

 V2 du 9

Lobo Antunes azulejos

bain de cotons bleus

pilotis Venise Solange

 

Le bleu indispensable

Transpercé par les lances de l'enfance

dont il faut à jamais soigner les bleus

charrier des déchets de souvenirs

dans les circulations de sang

 

Du bleu

Plein les yeux

le son cristallin du Qânun

se mêle aux gravillons de sable

la mer, son va et vient

installe le calme

tandis qu'en silhouette le rocher à tête de Befana

défie la rage de vent

ce soir j'intègre les massacres et les bains de sang

dans la paix du moment crépuscule flamboyant

impuissante

je baigne enveloppée dans la foule attentive

comme dans du coton

les regards convergent vers le blanc de la robe et le bleu de la mer

inoubliable

je prends ce qui m'est offert

mon dos calé contre une pierre

plus debout qu'assise

prête à jaillir

prêt à avaler la musique

le feu du ciel conquistador de bleus

la langueur des vagues léchant le sable

plus tard la robe blanche s'avance dans la mer

la femme musicienne se retourne et sourit

étonnée de son acte joyeux, irrépressible,

elle marche et ne se dissout pas

 

l'instant reprend sa place

dans le puzzle du temps

l'enfance au magasin des nostalgies

sur pilotis

 

le bateau est à quai

il faut rejoindre l'autre rive

dans le brouhaha de diesel et de langues toutes étrangères

disparaître dans les reflets de la lumière du phare qui dansent sur le bleu devenu noir.

 

octobre 2025

lundi 12 mai 2025

9 /V1 S'y noyer même V2 en dessous

    

    

 "à chaque fois que je vais dîner chez mes parents, j'en ressors transpercé par mon enfance" (Antonio Lobo Antunes) Livre de Chroniques

  Un jour il faut se jeter à l'eau. Dévorer des yeux le bleu, l'important c'est de se fondre dans l'azur, faire partie du ciel, s'y noyer même, tout en douceur de coton.

Je promène ma vie dans des livres aimés, un labyrinthe de mots écrits par d'autres et qui clignotent à chaque carrefour pour m'indiquer une direction, qui si elle n'est pas la bonne, n'en sera pour autant pas maléfique. La mise en abyme de l'image est un oeil vorace qui m'aspire mais me nourrit au lieu de me manger. Un méli-mélo de surprises et de reconstitutions et je me laisse aspirer à plus de profondeur, quitte à étouffer, suffoquer même. C'est à mon tout d'écrire mes chroniques sur pilotis.

Dois-je freiner ? dois-je accélérer ? Dois-je m'envelopper de nostalgies ou émerger de ces ouates mortifèrement bleues ? Dois-je les dissoudre ? Comment assembler ces azulejos pour en faire une fresque intime à mettre entre toutes les mains ? les empiler façon château de cartes quitte à les voir se briser en d'autres figures qui me ressembleraient aussi ? Ainsi s'écrit un livre à petits carreaux, de ceux qu'on lit le dimanche quand on n'a plus le goût à rien.

A Lisbonne les tramways jaunes brinqueballent, je laisse les gondoles à Venise et je prends le premier vaporetto venu, tant de bateaux et si peu de rivages où jeter l'encre, tout me donne le mal de mère.

*****************

V2 du 9

Lobo Antunes azulejos

bain de cotons bleus

pilotis Venise Solange

 

Le bleu indispensable

Transpercé par les lances de l'enfance

dont il faut à jamais soigner les bleus

charrier des déchets de souvenirs

dans les circulations de sang

 

Du bleu

Plein les yeux

le son cristallin du Qânun

se mêle aux gravillons de sable

la mer, son va et vient

installe le calme

tandis qu'en silhouette le rocher à tête de Befana

défie la rage de vent

ce soir j'intègre les massacres et les bains de sang

dans la paix du moment crépuscule flamboyant

impuissante

je baigne enveloppée dans la foule attentive

comme dans du coton

les regards convergent vers le blanc de la robe et le bleu de la mer

inoubliable

je prends ce qui m'est offert

mon dos calé contre une pierre

plus debout qu'assise

prête à jaillir

prêt à avaler la musique

le feu du ciel conquistador de bleus

la langueur des vagues léchant le sable

plus tard la robe blanche s'avance dans la mer

la femme musicienne se retourne et sourit

étonnée de son acte joyeux, irrépressible,

elle marche et ne se dissout pas

 

l'instant reprend sa place

dans le puzzle du temps

l'enfance au magasin des nostalgies

sur pilotis

 

le bateau est à quai

il faut rejoindre l'autre rive

dans le brouhaha de diesel et de langues toutes étrangères

disparaître dans les reflets de la lumière du phare qui dansent sur le bleu devenu noir.

 

octobre 2025


lundi 27 janvier 2014

Les conséquences de prendre la route le matin

Avec beaucoup de retard, mais toujours avec vous



Je hais devoir prendre la route le matin. D'abord, parce que justement ce jour-là, j'aurais aimé traîner au lit, dormir longtemps, trop, jusqu'à me lever bien après que le soleil soit déjà haut dans le ciel. C'est ce matin-là qu'il me fallait pour, enfin, récupérer totalement.
La seconde et principale raison est que je dois, à peine réveillée, me faufiler dans le trafic, trouver la bonne voie, anticiper, m'enfiler dans le tunnel sans me faire emboutir par l'arrière ou sur l'aile gauche, freiner, m'arrêter au feu qui passe au rouge juste quand j'arrive, me faire klaxonner. Tout mon corps, encore tiède du lit et mon esprit empreint de rêves et de torpeur est contraint à devenir machine, machine à calculer, à anticiper, à gérer, tout en moi se rigidifie, je deviens rouages mécaniques et électroniques. La totalité du peu d'énergie disponible en moi à ces heures-là sombre, engloutie par ce pilotage nécessitant les plus puissants calculs. Le tableau de bord et la route m'aspirent, surveiller, vérifier, contrôler, rétroviseurs extérieurs, intérieur et, là à droite, un camion déboule, je me rue dans la file centrale, les freins du véhicule à ma droite hurlent, son conducteur klaxonne et se vrille la tempe de l'index gauche, grimace et vocifère par la fenêtre. Ahurie, je poursuis ma course folle, le corps disloqué, je ne suis plus que roues dentelées, cliquetis, frottements. Devenue mécanique, l'esprit vide de toute pensée, peu à peu je prends place dans le trafic, ne suis plus que ce conducteur. Seuls mes réflexes sont aux commandes, métal animé d'une pulsion locomotrice, j'avance, bouffe des kilomètres, évite les dangers, fonce dans le trafic, poussez-vous j'arrive.
Mais le pire est encore à venir : coup d'oeil sur l'horloge de bord, il me faut arriver avant huit heures. Le temps s'en mêle. Ce bref instant d'inattention est sanctionné d'un indispensable brusque coup de volant, suivi d'un freinage in extrémis et d'un déboitement intempestif. Et voilà les minutes qui s'égrènent et s'allient contre moi. Est-ce à cause de la vitesse ou pour une toute autre raison exogène ou endogène qu'elles défilent à toute allure et qu'il m'apparaît de plus en plus évident que cette course contre elles ne peut tourner qu'à mon désavantage ?
Résultat : Quand j'arrive à destination, mon corps ne sait plus s'extraire de l'habitacle avec lequel il fait corps - c'est le cas de le dire -. Il en fait partie intégrante. Mon cerveau est totalement essoré de ses capacités mentales autres que le pilotage automatique, et je suis inapte à faire quoi que ce soit avant plusieurs heures. Ne reste que le ON/OFF, Contact/ Arrêt. Le temps que du sang chaud se remette à circuler dans mes veines, que mes neurones soient ramenés à d'autres fonctions que les calculs, que les minutes se soient calmées et mon rythme cardiaque ralenti. Or, c'est justement pour travailler, réfléchir, transmettre que précisément ce matin-là, j'ai dû prendre la route.