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lundi 26 juillet 2010

foin, frisson, fugue ... en juillet










foin,

frisson,

fugue,

fantasme,

fabuler,

fessée,

les mots de juin,

m’entraînent à fabuler ;

tu m’inspires,

une fable,

érotique,

une fugue sensuelle ;

si je l’écrivais,

la lirais-tu dans le foin de ta grange ?

dans le foin,

à plat ventre allongée,

sentir tes mains effleurer mon dos,

à la naissance du frisson,

juste avant l’effeuillage d’un marcel rouge,

entendre que tu m’aimes de dos,

attendre ta fessée tendre mais ferme,

«et mes fesses, tu les aimes mes fesses ?»





mercredi 14 juillet 2010

Fuguer


Fuguer :

Qui n'a jamais rêver de disparaître pour de bon ? Je ne parle pas de fuguer pour quelques jours. Seul votre entourage immédiat s'en rend compte et encore ... Je me souviens, étudiante, ne rentrant dans ma famille que le week-end, avoir fugué plusieurs fois dans la même année, sans que personne n'en aie rien su. L'auto-stop m'emmenait loin en une journée et j'ai plusieurs fois passé une journée aux Sainte-Maries de la Mer, il m'est même arrivé d'y rester cinq jours et de dormir sur la plage sans que quiconque ne s'en inquiète. Grisée par une sensation de liberté, un paquet de gauloises en poche, sans le sou, j'étais convaincue que la vie qui s'étalait à perte de vue devant moi aurait en permanence ce goût de soleil et de mer, serait perpétuellement cette perspective béante sur l'immensité des possibles. Le monde tout neuf se levait pour moi dans sa splendeur. J'ai appris depuis que cela s'appelle des "vacances" et n'est qu'une parenthèse dans une vie qui bien souvent se résume à cela : attendre les vacances.

Non, je veux parler de disparaître . Totalement. Aucun de ceux qui me connaissent n'ont la moindre idée d'où je suis passée.
Etre totalement ailleurs, dans un monde inconnu, entourée de personnes qui ne m'ont jamais vue. Des rencontres, le coeur et l'esprit poreux. Sismographe exposé à toutes les sensations, aucune habitude, chaque geste nouveau, tout à inventer, sursauter au moindre vent, être bouleversée par tout ce que je vois.
Personne n'attend rien de moi ou, chacun espère tout de moi. Pour un temps, finis les clichés, l'enfermement. Endosser une nouvelle peau tout en étant la même à l'intérieur. Ne pas être une autre, ni recommencer une autre vie, non, la continuer anonyme, sans le poids des regards de ceux qui me connaissent trop (ou le croient). Etre une passante dans la rue, dans une chambre d'hôtel. Me débarrasser de tous les objets qui m'appesantissent. Laisser tomber derrière moi la vieille peau des savoirs, des certitudes, des culpabilités... mais, tout à coup, les attaches, amours, amitiés me bloquent aux jambes, celles-là me lient trop fort, alors je "me" prétexte hypocritement ... médicaments, poids de la fatigue ...
Je ne fais que fabuler, incapable de passer aux actes.
Je reste au fond persuadée que le possible vient juste après l'impossible et que je ne sais pas aller vers l'aube et me débarrasser de tout ce qui pèse.

mardi 13 juillet 2010

Lettre F

Foin :

Il fait très chaud même si l'après-midi touche à sa fin ; la chaleur exaspère l'odeur pénétrante de l'herbe fauchée qui sèche depuis plusieurs jours au soleil. Mes bras et mes jambes nus démangent. Les hommes, en maillot de corps bleu sont collants de sueur et quand ils enlèvent leur casquette pour s'éponger le front, j'aperçois leur crâne blanc, à la peau fragile de ventre de poisson. Ils soulèvent d'énormes fourchées de foin qu'ils entassent sur la charrette déjà bien ronde et dorée, tractée par deux vaches attelées, qu'une femme vient parfois faire avancer, s'aidant d'une longe. Quelques femmes aussi soulèvent le foin, en plus petites quantités et se relaient tout au sommet de la charretée pour équilibrer le chargement en répartissant le foin. D'autres trainent d'énormes râteaux de métal, à l'emplacement des andains déjà ramassés par les hommes. Plusieurs voisins et voisines sont venus donner la main, c'est déjà signe de fête. Nous, les enfants repassons en tous sens, par tout le pré, avec de doubles râteaux de bois pour qu'il ne reste pas un brin du précieux fourrage que nous nous dépêchons de traîner jusqu'au prochain andain, là où les hommes s'en saisiront pour le hisser.
Parfois, une courte pause : une femme est allée chercher un panier de bouteilles mises au frais sous les arbres au bord du pré. Le choc des verres et des bouteilles éveille tout à coup une fraîcheur ; la piquette fait rire hommes et femmes, et leurs rires, si rares, nous désaltèrent plus encore que l'antésite.
La journée, déjà bien avancée, dure jusqu'à la nuit, parfois les premières étoiles apparaissent lorsque les charrettes s'ébranlent lourdement pour la grange. Ultime récompense, les bras des adultes nous hissent au sommet des charrettes surchargées et nous rentrons avec les attelages, dominant le pré, plus haut que les adultes dont nous surplombons le sommet des casquettes et des foulards des femmes. On ose à peine bouger, enivrés de foin, calés dans notre nid, heureux, épuisés. Si le temps ne menace pas, le foin sera déchargé le lendemain matin, sinon il sera rentré immédiatement par le porche arrondi de la grange, derrière la maison.
Nous sommes envoyés au lit. Avant de nous endormir, nous tournons beaucoup sur le matelas de feuilles de maïs, le corps encore suant, les brindilles de foin nous titillant la peau, du soleil emmagasiné sous les paupières brûlantes.

Lettre F


Fabuler pour éviter de crever

As-tu bientôt fini de raconter des histoires ? C'est à dormir debout !
Dès l'enfance, il était toujours seul dans son coin à marmonner, que se raconte-t-il ?
Des fables. Ce sont des fables ! Je n'en crois pas un mot.
Qu'a-t-elle à toujours ainsi noircir des pages de papier ? Qu'invente-t-elle encore ?

Fabuler ce serait donc mentir. "Mais non, ce n'est pas ça la vraie histoire" vous préviennent ceux qui ont vécu leur enfance à la même époque que vous. "Ca ne s'est pas passé du tout comme cela"

Fabuler semble intolérable à tous ceux qui ne croient qu'en la certitude froide de l'observation et ne perdent pas une seconde de leur précieux temps à écouter les inepties sorties de cerveaux trop imaginatifs et lunaires.
Nous serions de simples machines d'enregistrement neutre de la réalité.
Fabuler serait n'avoir pas une réponse appropriée à l'analyse objective d'une situation ou ne pas répondre de façon claire et adéquate aux questions précises que nous pose la réalité.

Et si la réponse appropriée n'était qu'un appauvrissement, une sécheresse, une tyrannie. Les événements ne s'impriment pas en nous tous de manière égale; leur acuité, leur richesse varient en fonction de l'intensité et de la nature des émotions qui accompagnent les expériences vécues. Comment survivre sans histoires ? Pourrait-on vraiment vivre sans écrivains, sans conteur ni artiste qui nous éclairent ? La renversante beauté du monde, l'intolérable horreur du mal seraient-ils supportables sans histoires, sans le format du livre, le cadre du tableau, la partition de la musique qui ordonnent les événements, nous les révèlent, les travestissent, les embellissent, les décorent, leur donnent un sens et une vérité plus vrais que la réalité.
La vie, elle, ne va vers rien. J'écris des fables pour donner mon sens, ma vision du monde. Même si errer est bon, faire parfois comme si je savais où j'allais, réconforte. Fire exister ce dont je crois être la seule à avoir peur, fait reculer la peur et rencontrer les cent mille personnes qui partagent les mêmes pensées.
A chacun son désordre mental, à chacune sa richesse intérieure. Vive le kaléidoscope chatoyant de nos milliers de versions colorées ou moroses de chaque jour. Il nous faut continuer à tracer des lignes toujours nouvelles, sans cesse changeantes et qui se déplacent depuis le début de l'humanité plutôt que de nous enfermer derrière des frontières rigides qui nous engloutissent dans d'immenses zones d'ombre.
A bas les certitudes. Ceux qui ont inventé le story telling veulent fabriquer des gens simples et nous prennent pour des cons. Ils inventent des tranches de réalité, veulent s'accaparer notre théâtre intérieur, nous voler notre histoire en la mettant dans des cartons carrés, bien ficelés, tous identiques comme des sandwichs lyophilisés. Un univers entre deux tranches de pain de mie.

Mais c'est à l'intérieur du sandwich, sous les cartons, dans le noir, l'absence de lumière que s'embusquent les univers invisibles et précieux de chacun d'entre nous.


Le quotidien n'est merveilleux que brodé de mille points de détail.