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mercredi 26 septembre 2012

échec et mat

Ca s'est sans doute passé autrement, mais faisons comme si

j'y arrive pas, j'arrive pas à faire comme si, bien sûr le résultat en vaut la chandelle, être presque heureux à deux, même un moment c'est toujours ça de pris, mais là j'arrive pas à faire comme si j'avais été avec vous, ça fait 4 fois que je commence, avec tous mes différents moi, j'invente, je pianote, je lis vos textes, je recommence, je gomme je copiecolle, je change la place des mots, je les mets en ligne, à la Natô,  j'aime pas rester coite devant l'écran blanc, je cherche l'illumination, je vais manger un morceau de chocolat, je me frotte le lobe de l'oreille pour stimuler mes bonnes glandes, je me gratte le troisième oeil, je fais une réussite, je reviens toujours rien. faire comme si, c'est pas comme faire do, c'est pas faire ça, faire comme si, c'est trop aigu, c'est pas juste et moi mon moteur, c'est la justice, ma blessure, c'est l'injustice ; sachant que là aussi, y aurait beaucoup à dire. je suis complètement à côté de la plaque, les concessions, tout ça, la flexibilité, la douceur, les caresses en pensant à quelqu'un d'autre, ou à ce qu'on va manger plus tard, en se bouchant le nez parce qu'on aime pas l'odeur, ou.... c'est pas mal aussi, quand on y arrive, faire comme si, c'est se prendre pour qui on n'est pas, ça peut faire découvrir d'autres moi, ça peut faire explorer des sentiments qu'on aurait pas connus sans ça et sans si. Faire comme si la tour Eiffel avait vraiment été construite au Moyen-âge et comme si djizeus xraïst était vraiment venu nous sauver, mais de quoi, je vous le demande, de quoi nous a-t-il sauvés au fait ? et comme si je n'avais pas envoyé ce mail un jour d'avril et comme si je n'avais pas pris ce train un jour d'avril aussi, comme si, je n'avais pas souri alors que j'avais envie de fondre en larmes, et le contraire aussi, à me tenir droite alors que j'étais toute tordue à l'intérieur, comme si je n'avais pas été toujours là alors que j'aurais préféré être à si. L'un dans l'autre -ou pas- ce n'était pas si mal au bout du compte, il y a même eu des instants, et même en faisant comme ça, où je fûmes heureuses.

ça s'est passé

ça s'est passé sans doute autrement, mais faisons comment si

comme s'ils étaient amoureux, sans équivoque sans anicroche
comme si elle n'était pas l'amie-amante aidante qui fut son rocher, accroché, désespéré
comme si du fond de son chagrin il l'aurait aimée désirée s'était laissé toucher
comme si elle pouvait devenir l'aimante, l'aimée la mie
comme si elle avait refusé la réduction mécanique, sa propre la mendicité
comme si leurs âmes avaient pris leur envol dans une étreinte mutuelle frissonnantes dans le silence
le ciel comme seul duvet, leur souffle comme humble drapé, l'amour comme unique risque


j'acquiescerai, et durant un instant je leur aurais dit qu'ils avaient été ensemble, et durant un instant, je t'assure, j'aurais pu écrire qu'eux deux, en supprimant le presque, auraient été heureux. Alors dans les pas d'Erri de Luca, avant de m'en aller sur la pointe de la plume, je leur aurais soufflé "Qu'il en soit ainsi de l'amour, qu'il nie l'expérience, qu'il soit aveugle comme au premier jour, vierge dans sa foi. Qu'au plus injuste des amants ne s'adresse point la censure"*



Erri de Luca, Un nuage comme tapis, Payot et Rivages, 1996.

mardi 25 septembre 2012

Petit traité de mauvaise foi

La consigne de l'atelier du 19 septembre fut identique à celle du 30 août
Le livre tiré au hasard était " Livre de chroniques III" d'A. Lobo Antunes
Le titre de la première chronique "Ca s'est sans doute passé autrement, mais faisons comme si"
La dernière phrase imposée "J'acquiescerai, et durant un instant nous serons ensemble, et durant un instant, je t'assure, je pourrai écrire au nom de tous deux, en supprimant le presque, que nous sommes heureux"
la vérité et le mensonge

Ca s'est sans doute passé autrement, mais faisons comme si : faire comme si …

Comme si rien n'avait eu lieu, comme si tout avait été dit. Comme si … le jeu magnifique des
enfants. Faisons semblant de, jouons à faire comme si, ça compte pour du beurre, souffler n'est pas
jouer, blesser pour de rire, on ferait comme si on était …, tous les coups sont permis, on est dans le
comme si.
Rôles fascinants où se forgent les jeunes personnalités et dans lesquels se dissimulent les adultes.
De faux-semblant en trompe-l'oeil, de quoi en perdre son latin. Douche froide, douche brûlante, ah
le jeu avait déjà changé ? Les règles n'étaient plus les mêmes, on était dans un autre je ? Le
mensonge était permis, poker dîtes-vous !
Ce qui a été dit il y a une demi-heure n'a plus cours, c'était pour du faux, dans la vraie vie on ne le
pensait pas vraiment. Mensonges, tricheries, tromperies. On a quitté le monde magique et sérieux
de l'enfant qui apprend la vie, on joue aux dés pipés, jamais là où l'on vous attend, toujours
légèrement de côté, un entrechat et on est ailleurs, deux petits tours de marionnettes et grand éclat
de rire plein de dents.
On fait comme si … mais c'est encore insuffisant, on fait comme si « cela » OU comme si « ceci »
en opposant deux termes pour que l'injonction soit tout à fait paradoxale : si l'une des deux
propositions est acceptée, on ajoute rapidement : « on a fait fausse route » et … vire-volte, demi
tour.
Tout est permis, suivre sa pente, être ce que l'on est, que les autres gigotent telles des marionnettes,
pas d'effort, simplement se laisser aller.

Ca s'est sans doute passé autrement, mais faisons comme si, puisqu'il faut bien que quelqu'un
détienne la version officielle de la fable. Car il faut bien qu'il y ait une vérité n'est-ce pas ? L'histoire
montrera que les versions changent selon les époques, les narrateurs.
Pendant des années, la cohabitation avait semblé réelle. Tous y avaient cru, les « comme si » bien
cachés. Rien n'avait été dit, dénoncé, simplement deux nations s'étaient associées après de cuisantes
défaites. Pour le reste du monde, l'association était réussie, fructueuse, harmonieuse même,
auraient dit certains. Cela dura, dura tant et tant qu'à la fin aucun de deux protagonistes ne savait plus
pourquoi, ni comment, il en était ainsi, ni même si cette association était morte ou vive.
Puis un jour, sans connaître plus le comment et le pourquoi, chacune se retrouva isolée, à faire
comme si …,  quel autre comportement, elles n'en connaissaient qu'un. Chacune reprit son chemin. Quand l'une annonça à l'autre que désormais elles n'étaient plus associées, elles crurent à un nouveau jeu. Mais la seconde acquiesça et durant un instant elles furent ensemble, et durant un instant, je vous assure, je pourrai écrire au nom de tous les deux, en supprimant le presque, qu'elles furent heureuses.


ne prenez pas de risques inutiles