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mercredi 13 décembre 2017

cartographie #4 Ruisseaux : de la sérendipité

Je redéplie la carte. Je suis avec mon doigt le courant de la Loire, Je rêve d'aller à travers la montagne, dans un mouvement sans repos, à la naissance de ce cours d'eau, à la fin, le plus long fleuve de France. J'essaie d'aller au plus près de la source, mais le périmètre imparti ne remonte pas aussi haut, ce haut étant impropre puisque la source, si la carte se continuait, serait plus bas sur le papier, plus au Sud Est. Tant pis. J'explore, ce faisant, chaque carré, ça me rappelle quand je nettoie un à un chaque carrelage de ma cuisine, comme dans une espèce de rituel, de tentative Zen. Je m'arrête en général au 6ème carreau, les limites de ma zénitude étant vite atteintes. Tout comme celles de ma carte IGN. Là, aujourd'hui, dans le carreau 4970-4969 je découvre une autre pièce du puzzle, un nom que je cherche depuis longtemps, celui de jeune fille de ma mère "MASCLAUX". Deux carrés plus à l'Est, séparé par La Cote de la Pierre se trouve Pra REDON. C'est l'histoire de l'infini. Des éléments primitifs. Comme pour la Loire, on cherche sa source et on en découvre 3 autres, on a beau modifier l'aspect et la position de la gouttelette imperceptible, on revient toujours à ce périmètre, 5 ou 6  carrés passés au peigne fin, à cette eau originelle dont je suis faite qui combien de fois coula sous les ponts, combien de fois retomba en pluie, pour être à moi destinée, parmi des milliers de gouttelettes ? C'est de ce courant que je suis née, de ce granit et de ces lointains bleusDans ce carré-ci, la Loire a pour affluents le ruisseau de l'Holme et celui des Fouragettes. Je remonte vers mon Chier et mon Champinet. La rivière dont je parlais n'était pas encore la Loire, c'est le Ruisseau de Mussic. Je retrouve une photo de ce ruisseau qu'on enjambe d'un seul pas, avant qu'il ne se perde entre les hautes murailles de la forêt. à suivre...

dimanche 3 décembre 2017

cartographie #4 premier jet d'une seule traite

Elle coule en bas du Champinet qui est un grand pré plein de vesses de loup grosses comme les boules de lampadaires de nos vieilles salles de classe 
elle est étroite et jeune et ne sait pas qu'un jour grosse elle perdra les eaux dans l'océan 
que de douce elle se jettera à corps perdu dans un monde salé ne se laissant remonter d'un camp à l'autre que par des saumons abandonnant à la frontière ses truites et ses goujons
elle ne sait pas combien de temps une goutte * d'eau de rivière met pour aller de la source à l'embouchure et au premier instant de sa création il a bien fallut qu'elle trace son chemin et son lit peu à peu ça n'a pas dû se faire en une seule fois, 
toutes ces questions qui ne coulent pas de source mais veulent toujours y remonter quel jour c'était celui des fleuves et des rivières et la goutte de mon père s'était frayé un chemin jusqu'à la goutte de ma mère hier soir vu un film américain où le sous-titre parlant d'une femme enceinte disait qu'elle avait été imprégnée pregnant empreignier : féconder ; devenir enceinte (terme utilisé pour la Vierge)  imprégner : (faire) pénétrer complètement et de manière diffuse à l'intérieur d'un corps. (TLF)  et un jeudi l'enfant issu de cette imprégnation qui était moi a passé l'embouchure est sortie à l'air libre dans l'océan de la vie comme on dit transformant pour la cinquième fois cette femme en mère on dit future maman mais pour moi elle avait déjà la casquette et moi abandonnant le liquide amniotique du temps où nos pères étaient des poissons comme dans la chanson de l'empire des sons je me souviens de ce ventre comme une grotte sèche dans laquelle je faisais de la spéléo, à peine de l'eau jusqu'aux cuisses, puisque bien sûr je m'y tenais debout afin de lire les inscriptions laissées par les 4 autres avant moi 
pas la peine de crier, pas la peine de crier à la métaphore mon père aussi se baignait pataugeait à mi-cuisses pour pêcher dans le lit de la rivière et ma mère à mains nues de petite fille hop les empochaient les truites gigotantes dans une autre rivière non loin de là et un jour ou plutôt une nuit je rêvais qu'elles sortaient toutes par le tuyau de la fontaine de la maison où je suis née, juste en-dessus de la rivière, et que nous les enfants les attrapions et les mettions dans le seau de mon rêve et quelqu'un m'a dit oui, ça s'est passé comme ça en vrai 
mais moi je ne m'y suis baignée qu'une fois dans cette Loire, avec mon enfant dans le ventre, un jour d'août si beau, avec ce vieillard Albert Paul qui allait bientôt mourir, dans cette rivière qui avait échappé à la noyade par barrage sauvée entre autre par un homme venu de l'autre côté des montagnes et qui habite à présent dans la maison où je suis née, au-dessus du Champinet.


*[à ce moment précis où j'écris le mot goutte, et par quel miracle-je vous jure que deux gouttes d'eau viennent de m'atterrir sur la main, jaillissant de mon clavier ????????????????]

** j'ai écrit mon texte avant de lire ceux proposés par Laura, ça colle bien, je n'ai pas emprunté de mots.