1 - Sur le papyrus de ta géographie.
D'abord prendre une page blanche, l'étaler bien à plat, la lisser, surtout faire attention à ne pas la déchirer puis amoureusement de la pointe très fine d'un stylo quatre couleurs dessiner les contours de tes mots, leur donner les courbes de tes chemins découverts, les méandres de tes rivières; ne pas appuyer, glisser sur la feuille de papier comme sur celle d'un papyrus peut-être encore quelque peu chiffonnée. Puis d'un coup de calame magique, te faire revivre, accepter de faire revivre aussi tous ces personnages désormais disparus dans un espace et dans un temps tout à la fois réinventés.
2 - Tout est pays perdu.
Marcher Courir Traîner des pieds Traverser des plaines et des landes Explorer des forêts Franchir des rivières Emprunter des ponts Sauter par-dessus des haies Remonter le temps Revenir sur ses pas Croire Avant tout espérer Puis ne plus croire en rien Désespérer de tout Et réaliser tard bien trop tard que "Tout est pays perdu".
3 - Ces archipels intérieurs.
De maison en maison, de village en village, se forger un nouveau territoire, une nouvelle géographie pour réapprendre à vivre. Des petits coins de terre pour semer, planter, laisser germer puis voir grandir les fragments d'existences qui juxtaposés, superposés, apposés donneront aux personnages tous "Ces archipels intérieurs", ces chapelets d'îles vierges à habiter pour les rendre lisibles.
3 - Imprécis de géographie passionnelle.
Tout est enchevêtrement, tout est chaos, tout est déconstruit. Au-dehors, c'est la guerre dans les maisons, sur les chemins, chez les hommes, chez les animaux; au-dedans, dans les corps, dans les cœurs. Les hommes sont partis, d'autres sont arrivés qui font vaciller les certitudes: qui est encore avec qui? Pour qui? Pourquoi? Tout donne le tournis. On tombe. On se relève - ou pas -. La guerre n'enlève pas la passion. Elle transforme sa géographie. Il faudra au personnage central la dessiner, l'amadouer pour lui donner consistance de chair et de sang mêlés.
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lundi 10 décembre 2018
samedi 8 décembre 2018
CARTOGRAPHIE # 17 les titres MPR
"Dans le rasoir ouvert de ma
bouche"
Ce
sera l'histoire éternellement réécrite de ma bouche en tant que passage :
aller/retour ; dehors/dedans ; sec/humide. En d'autres temps, ce livre
s'appelait : "Histoire d'un manque d'amour chronique ou autobiographie à
usage interne". Comme une caverne à explorer, je descends au fond de mon
corps en passant par cet orifice et vais à la recherche de la réponse qui est
en chacun de nous.
Le
rasoir ouvert est une difficulté supplémentaire dans l'exploration de mon
moi intérieur car il s'agira ni de guillotiner ma vérité intérieure ni de
trancher dans le vif de la sujette.
La
fin s'il en advenait une, ne sera pas forcément happy, toutes les vérités ne
sont pas bonnes à exhumer, mais je devrais quand même en sortir vivante.
"Je vais faire sang"
Tout au
long du récit, le personnage féminin part à la recherche des liens de sang,
parfois sanguinolents qu'elle a hérités de ses aïeux.
Ni
pathos, ni mélancolie; il faut faire sang avec tous ceux et toutes
celles qui l'ont engendrée, afin de faire avec, mais bon sang (mais c'est bien sûr !) ne saurait mentir !
"C'est comme avec les trous"
Ce
livre très court n'a déjà pas été écrit.
C'est
un trou de silence où ne pousse rien pas même une verdure.
C'est
un livre qui ne doit pas être écrit. Les trous ne doivent pas être comblés, il
faut savoir laisser les trous en l'état, les trous noirs comme ceux des autres
nuances de rien et même les troulalalaitou qui sous leur air joyeux cachent parfois bien d'autres béances.
Il en
reste toutefois quelques fragments mités dont les contours sont aussi précieux
que des papyrus, que de saints suaires. On les retrouvera, tout trous qu'ils sont,
entre les points de suspension, entre crochets de bouchers et parenthèses des
absents. On les retrouvera dans les non-dits un peu fumeux, entre les branches
des arbres qui cachent des forêts brisées par des tempêtes, dans les cavernes
des bouches bées et dans celles de la carte, dans la structure même des
pierres, des pouzzolanes et des granits, des trous de carrières et des ventres
de maternité dont sont parfois nés des enfants-morts.
C'est
comme avec les trous sera le livre dans le livre.
S'il
avait été écrit, "C'est comme avec les trous" aurait sans doute valu à son
auteure quelque prix prestigieux, mais elle préfère la politique de la page
blanche.
"L'angle des pertes"
L'angle
des pertes est le 5ème tome de la saga intitulée
"La
cartographie des souvenirs"
Dans
le tome 1 "Sous les branches des
sapins sourds"
M. était encore enfant et l'auteure retraçait avec
force détails son implantation originelle dans la carte et plus
particulièrement sa vie joyeuse dans un petit trou (...) de Haute Loire.
On y croisait des ruisseaux et des pierres, des pierres et des vaches, des
pierres et des gens, et même des gens-pierres.
Dans
le tome 2, "la carte des visages
perdus", M. quittait son trou natal pour un bourg pas tellement
mieux loti en matière de nombres de photographes à l'hectare, mais pas mal en
cailloux sur les chemins, ce qui aura des répercussions indélébiles sur son
développement personnel. Le style de ce volume n'était pas sans rappeler celui
de Giono, qui lui aussi a tant aimé les pierres.
Le
tome 3 "on n'a pas le droit de
dire les noms", révèle un secret essentiel. Un jour que M. faisait
la vidange de sa 2CV, un événement avulsif vint bouleverser ses archipels
intérieurs et toute sa géographie s'en trouva éparpillée.
Le
Tome 4 "un éventail
d'ailleurs" : il y est question de sac à dos, de voyages
sans arrêt, sans retour peut-être. Des
ombres se prélassent entre 2 chapitres, des
regards inutiles accompagnent tant bien que mal le road-movie immobile
parfois, notamment quand le véhicule est en panne ou bloqué par des
circonstances exténuantes.
Le tome
5 conclut momentanément cette oeuvre magistrale, qui nous aura conduits
sur bien des voies de garage, nous aura livré pas mal de fake news avec de gros
morceaux d'auto-fiction dedans, et entraîné dans nombre de métaphores
géographiques dès lors que "Tout est
pays perdu". (Téléramage)
vendredi 7 décembre 2018
Hypothèses
À
l’intérieur, des voix: le
souffle d’une voix se met à murmurer, une autre prend le relais
et encore une autre...On se prend à les écouter jusqu’aux
silences. Des mots se glissent entre les lèvres, sans savoir ce qui,
de tous ces miroirs brisés, va bien pouvoir éclore.
Tesselles d’un
passé: que l’on recueille au
gré d’ici ou là, que l’on nettoie un peu puis pose sur
l’étagère des souvenirs. Cela constitue comme une collection de
grains de vies réelles ou irréelles donnant
un surcroît d’existence à des êtres oubliés.
Carte
d’intensités: entre ombres
et lumières, quelques flaques de vies irisées de bleu ou de gris,
des nappes étalées sur le bas-côté des chemins de traverse où
mon pas n’en finit pas de chercher ce qui peut être sauvé.
D’un regard
flou: rester dans une
évocation, au cœur des doutes que l’on porte. Rien ne serait
vraiment visible. On serait dans une errance, à la fois dans le
style, et dans les pensées de la narratrice qui dérive entre passé
et présent, noyée dans ses visions.
Quelques
lambeaux d’avant: cela cogne
aux tempes depuis tant d’années, ces petits ourlets de riens qui
se sont transmis de génération en génération, cousus, décousus,
recousus avec des fils dorés et dont on souhaite prolonger encore un
peu l’existence.
Cartographie des
ombres: quelque
chose ou quelqu’un s’approche,
vous frôle puis
s’éloigne esquissant une chorégraphie entre ombre et lumière ,
un monde se détache, un rêve s’élabore. Ce
serait une tentative de se débarasser de ces danses envoûtantes qui
n’en finissent pas de s’agiter autour de moi.
Des
plis du paysage: chercher
ce qu’on ne voit pas dans le pli, ce qui est caché, dont on ne
saura jamais la réalité, mais qu’on ne peut s’empêcher de
gratter comme ces croûtes qui vont jusqu’au sang. Quelque part un
peut-être, plein d’incertitudes, où vaciller.
De
l’oubli, ne pas: serait-ce
ce qu’on nomme un
devoir de mémoire qui
guide tous ces mots, une voix intérieure qui martèle que c’est la
fin d’un monde et qu’il
faut
faire oeuvre de sauvegarde.
Tranchées
d’ombres: des
mains qui se blessent à traverser des lieux où il n’y a plus
aucune raison de passer, s’accrochent aux barbelés des souvenirs
jusqu’au doute
Jours
d’apparitions:
hors du droit chemin , l’esprit
troublé par
ce qui advient ou ce qui ne se voit pas
ou
ne veut pas être vu, à ne plus trop savoir ce que les mots
écrivent, dérives diaphanes par ces rais de lumières nés des mots
qui s’épousent et polarisent le regard jusqu’à mettre en
lumière quelques
traces
qu’on pensait disparues
mardi 4 décembre 2018
"Quatrième de couverture" à partir des titres sélectionnés
1.Promeneuse d'un bois dormant :
Trente
kilomètres de la maison de la mère à celle de la grand-mère,
parcourus chaque dimanche pendant vingt ans, à l'arrière d'une
vieille Terrot puis d'une Traction noire. Il faut pour cela traverser
les Bois Noirs, espace intermédiaire, dangereux. On ne saurait trop
se méfier du « Bois qui dort », lieu de métamorphoses
obscures. On y rencontre aussi bien des fées et des génies que les
crapauds et les charbonniers. L'adulte d'aujourd'hui vient y
rencontrer l'enfant d'hier, le suivre dans ces sentiers inquiétants,
en état de dormance depuis tant d'années. Le perce-forêt ouvre les
ronces et les épines qui aussitôt se referment sur cet univers.
2. Béances :
Un
voyage avec les yeux dans une vieille carte IGN, son atlas intime,
son livre de géographie, son livre tout court. Un voyage avec les
noms à qui elle fait dire ce qui a marqué sa vie, une recherche du
sens de ses paysages inscrits en elle. Se compose peu à peu un atlas
intérieur où chaque sentiment, chaque émotion, heureux ou
malheureux, s'incarne dans un ou des lieux. Les noms éveillent des
échos sans lien avec la géographie et n'obéissent à aucune
hiérarchie des distances. Aussi impossible de retourner dans ce
cimetière qu'à Montréal : les lieux les plus proches comme les
plus éloignés se situant à la même latitude, c'est à dire aux
antipodes de la vie. Au coeur de l'atlas intérieur se sont inscrits
et ouverts des territoires en creux – indélébiles.
- Au centre exact de mon corps :
Là,
au plexus ; là où tout se passe ; là où est la vie, le souffle ;
là où ça fait mal si on vous atteint ; qu'y a t-il là, caché au
plus profond ? Quelles routes y conduisent ? Et que découvre t-on au
bout du chemin qu'on ne savait pas connaître ?
- La piste ancestrale :
Lorsqu'on
observe le paysage de loin, s'inscrivent d'immémoriales pistes,
suivies jadis et de tout temps, autant par les humains que par les
animaux. Accepter de les suivre pas à pas, jour après jour, nuit
après nuit, accepter qu'ils hantent nos rêves, c'est pour sûr
accepter le risque de se retrouver nez à nez avec ses ancêtres.
- Le pays dans lequel je suis née par hasard :
Vous
vous croyez citoyen du monde, vous avez voyagé, vous vous pensiez
sans attaches. Ni ligne verticale vous reliant vers le bas à vos
ancêtres et vers le haut à des croyances, ni ligne horizontale vous
rattachant à un territoire et une culture. Vous - au croisement
exact de ces lignes - un électron libre, libéré de toutes ces
entraves. Et si, un jour, une année, pas très loin de cette fin qui
s'approche à grands pas, le pays, votre pays, votre minuscule bout
de pays vous rattrapait ? …
- D'où monte ce bruissement ? (ou « Ecoute la carte murmurer d'anciennes histoires d'aujourd'hui ») :
Une
carte anodine, des routes, des villes, rien que du banal. Peu à peu,
la carte se met à murmurer, doucement d'abord ; au bout de quelques
mois, tous ces chemins bavardent tant, ont tant à dire que l'auteur
est étourdi, abasourdi. Du fond des ravins, en lisières de bois, de
chaque clairière, du plus petit cours d'eau, de chaque pierre, des
animaux près du tas de fumier et même des tombes recouvertes de
lourdes pierres tombales depuis tant de temps, montent des histoires
tues.
- 100 000 vies sur une ancienne carte :
Comme
dans les rêves, des souvenirs se croisent et s'entrecroisent quand
on suit des yeux les routes de la carte. Le temps n'existe plus, vous
découvrez des millions de vies parce qu'il y a là, à la fois hier,
aujourd'hui et demain ; vous n'êtes jamais seul, votre vie se mêle
à celle de tous les autres, vos gestes s'entremêlent, vos pensées
se fécondent, vos vies rejoignent le grand cours de la vie. Tant de
vie, tant de temps en une seule vie, si peu de temps sans savoir le
commencement ni la fin, on embarque accompagné, on est des milliers.
- Imprécis de géographies passionnelles :
Nez
au vent, sac en bandoulière, esprit léger, vous embarquez pour une
balade dans ce paysage familier ; vous connaissez chaque tournant,
chaque arbre, chaque maison, à peine si les volets ont été
repeints durant toutes ces années ; même les nuages au ciel
semblent être au rendez-vous, identiques. Vous réalisez que ce
paysage c'est vous, vous n'êtes rien d'autre que ce paysage, vous en
êtes sa transsudation.
- Ces chemins qui pénètrent dans l'épaisseur du temps :
Qui
a dit que les chemins nous emmènent loin dans l'espace, que « tous
les chemin mènent à Rome » et qu'il suffit de mettre un pied
devant l'autre pour avancer dans le territoire ? Et si les chemins, à
l'inverse, nous conduisaient à l'intérieur du temps, s'ils étaient
des machines à remonter le temps ? Peut-être suffit-il de leur
laisser la parole.
- Tous ces inconnus qui circulent dans mes veines :
Vous
vous croyez seule, vous êtes tranquillement assise seule avec
vous-même et décidez de réfléchir une bonne fois pour toutes
« Mais, qui suis-je ? Qui suis-je donc à la fin ? » …
et voilà que se mettent à bruisser une voix, puis deux, puis
d'autres se mêlent au concert appelées par les premières. Au bout
du compte, après quelques heures, vous êtes une foule dans ce
fauteuil, tous sont venus. Vous êtes une somme.
- On n'en aura jamais fini avec ces vies 11) Voix emprisonnées (ou « Ces voix qui sont miennes) 12 ) La carte des visages perdus 13 ) Egarée dans ce coin de pays 14) Ecoute la carte murmurer d'anciennes histoires d'aujourd'hui 15) Intimes territoires :
jeudi 22 novembre 2018
Cartographie 17 / Titre
Pas moins de deux séances ont été nécessaires pour travailler la notion de titre.
Tout d'abord avec
1/ Hubert Haddad/ Le nouveau magasin d'écriture:
Un vers, une phrase où deux mots
créent l’étincelle. Bien des auteurs consciemment ou non
procèdent ainsi. L’’épitaphe que Rainer Maria Rilke écrivit
pour son tombeau dut inspirer son beau titre au grand poète remonté
de l’enfer et jamais sauvé au gué des ombres:
[a] Rose, oh, pur déni, joie, sous
tant de paupières de n’être le sommeil de personne.
Rainer Maria Rilke
[b] Rose de personne, titre de
Paul Celan.
2/ propositions d'écriture : faire un inventaire de titres possibles en relation avec ce que chacun a écrit . 10 à 15 mystères de livres se cachant derrière les titres...
- 4 phrases ou fragments de phrases
extraits de ce que vous avez écrit.
- 4 étincelles jaillies de textes
d’auteurs
- un titre en un mot
- un titre en deux mots
- un titre en trois mots
- un titre en quatre mots
- un titre en cinq mots
- un titre avec négation
- un titre avec question
- un titre avec il ou elle
- un titre qui évoque la
cartographie/ géographie
3/ La seconde séance a permis de définir quel livre pourrait naître ( ou pas!) de ces titres sélectionnés comme une multiplication de possibilités de livres ( si livre un jour il y a....!) Et pour élargir encore les horizons, s'emparer d'un des titres proposés par les copains et l'ajuster à son propre récit! Une sorte de quatrième de couverture peut-être...
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