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mercredi 11 mars 2020

Bouts d’aplats

Mosaïque de verts, de bruns,
Légende de la carte, telle un sésame
Ouvrant de vastes possibles
Et des reliefs fascinants,
Camaïeu dans le courant,
Dégradés de bleus,
Et, presque tel un intrus,
Le violacé des cuisses marbrées
Sous la froidure de la rivière
Comme un écho, les lettres sur la façade
De la vieille auberge,
Pleurant en profondeur sous les fenêtres
Nul buvard pour éponger leurs larmes
La pancarte des vieux dimanches
Se balance au loquet rouillé
Dans la neige fraîchement tombée
Elle laisse sur l’immaculé des filets rosés.
Subjuguée par deux yeux jaunes,
Rayés par les traits de la giboulée de grésil.
Efforts vains de la carte
Pour convertir les taches vertes
Et les chemins bleus des rivières


jeudi 27 février 2020

Bouts d'aplats (version 2)



Un long ruban bleu dessine une large courbe à droite :
le Rhône, mon fleuve.
Sinon, du vert, beaucoup de vert, comme les bois
et des aplats de blanc, beaucoup de blanc :
buttes, prairies où paissent des troupeaux de vaches,
zones déboisées où s'étalent des villages.
Des trouées comme entrer dans la lumière.
Les ailes de la voiture de l'enfance s'ouvrent,
c'est l'envol dans le blanc,
l'espace retient son souffle.
Décollage.
La ligne rouge de la route n'est même plus nécessaire.
Juste du vert pomme et du blanc, tendre, calme, apaisé, équilibré.
Le silence ici est vert.

Plus loin, des bois noirs, serrés,
d'autant plus noirs qu'ils sont peuplés de charbonniers
sacs de jute sur la tête, visages machurés
par le charbon de bois.
Attendre une main nue, très blanche
qui chasserait tous ces visages.

Est-ce la noirceur du ciel, l'obscurité
qui allonge infiniment les arbres et les rend menaçants ?
ce ciel qui brasille quand les frondaisons se font plus clairsemées ?
Les ombres s'allongent, s'épaississent.
L'air devient transparent avant que le ciel ne s'assombrisse
et que la terre devienne plus claire que le ciel.
Je vole sur des couleurs rêvées, sur de simples paroles.

Puis, surgit le rouge rond des soleils tombés.
Une chaleur inouïe devant laquelle les bleus s'écartent,
les vocables se ruinent.




jeudi 6 février 2020

Bouts d'aplats ou Bouddhas plats

Un long ruban bleu dessine une large courbe à droite : le Rhône, mon fleuve.
Sinon, du vert, beaucoup de vert, comme les bois que nous avons traversé chaque dimanche pendant des années et des aplats de blanc, beaucoup de blanc : buttes, prairies où paissent des troupeaux de vaches, zones déboisées où s'étalent des villages.
Lorsque nous abordions ces trouées blanches avec la vieille Dina Panhard, c'était comme entrer dans la lumière ; mon père prétendait qu'il allait ouvrir les ailes de la voiture et la carte me fait exactement cet effet : je prends mon envol dans le blanc, respire à fond, retiens mon souffle et je décolle. La ligne rouge de la route n'est même plus nécessaire.
Je découvre à explorer cette carte IGN à 1/25 000 de façon plus attentive que je suis incluse dans ces étendues vertes et blanches. J'y ai laissé quelque chose de moi ou peut-être l'inverse, quelque chose de ce paysage s'est inscrit en moi. Juste du vert pomme et du blanc, tendre, calme, apaisé, équilibré. Tel m'apparaît ce que j'ai sous les yeux. Le silence ici est vert. Une part de moi-même est engluée dans ces paysages doux, je suis de ces collines et de ces bois clairs.

La partie la plus sombre se trouve dans la seconde partie du voyage, des bois noirs, serrés, d'autant plus noirs qu'ils étaient peuplés de charbonniers sacs de jute sur la tête, visages machurés par le charbon de bois. J'attends encore une main nue, très blanche qui chasserait tous ces visages de ma mémoire.
Est-ce la noirceur du ciel, l'obscurité qui allonge infiniment les arbres et les rend menaçants, ce ciel qui brasille quand les frondaisons se font plus clairsemées ?
J'observe intensément les ombres s'allonger, s'épaissir, la transparence de l'air avant que le ciel ne s'assombrisse et que la terre devienne plus claire que le ciel. Je vole sur des couleurs rêvées, sur de simples paroles.
Parfois, au retour, j'entr'aperçois le rouge rond des soleils tombés. Une chaleur inouïe devant laquelle les bleus s'écartent et les vocables se ruinent.


aplats de couleurs de couture

Une stimulation blonde grouillante de miel noir
Le premier pli fait comme une douche en Y faisant couler du vert et du plus ou moins marron avec les veines bleues du fleuve chéri 
Un espace presque blanc, comme glacé au sucre, si blanc par rapport aux autres reliefs, si l'on en croit les dégradés, qu'on pourrait le penser au-dessous du niveau de la mer. La veine bleue continue son chemin, 
Compter les nuances de verts
Les roussis des lichens

Les pierres de ma carte font le paysage en noir et blanc, avec ici ou là, une tâche de sang. Le granite noir qui se laisse voir sur les murs rechaulées des maisons décrépies
La migraine ardoise, la migraine tourbe, la migraine loess, au sein du blanc qui dure
Le blanc des voix et les bouchons des mots,
Leurs yeux ne percutent que du noir, que du noir,
Les marbres anthracite sur lesquels sont écrits en or le nom des habitants du dessous, le gravier blanc sur les tombes, et quelques fleurs en céramique si magnifiquement rouges.
Le doré de ton nom commence à passer.
Je me souviens de Maroussia dont les larmes coulant de ses yeux bleus, faisaient éclore des myosotis. Les yeux marron, ça doit pleurer des giroflées, ça t'ira ?

Cette pancarte comme une flèche entre les 2 pans de rideau rouge qui ne laisse rien deviner de la pièce et du décor qu'ils cachent

Elle a les yeux bleus et ne se demande pas pourquoi
Elle regarde la photo sépia
Voix blanche cendrée voix rougeoyante qui dessine au-dedans la carte de la vérité
Les écritures et les illustrations très noires, très fines sur les feuilles jaunies.
La page des races : la rouge, la jaune, la noire, la blanche.
Mes cellules savent 
que certaines périodes de l'Histoire sont en noir et blanc, 

Des pièces aux couleurs vives rouge jaune vert bleu, le dessous, blanc jauni
Où je filtre la poudre d'or dans le sable,

Ces petites fleurs en grappes roses dans les prés
Les lauzes du Lac Bleu
Je rêve à la Mer Rouge