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dimanche 20 mars 2022

à cor et à cris

à

cor et

à cris et

l’âme d’effroi

pleine lorsque les

flammes de partout se

répandent et s’arriment au

ciel en un carnage écarlate et

carmin – leurs lèvres se diffractent

en pétales de coquelicots d’où s’évadent

rêves broyés songes sulfurisés espérances

sauvages pensées de pacotille ou de pétillement

et les flammes plus hautes et plus intenses en vagues

toujours plus denses effacent le suintement des couleurs

les souffles et les soupirs le noir de la douleur et même le gris

du jour et le frisson de l’aube – tout est perdu comme le temps qui

passe avec ses illusions et ses poussières de bleus même un peu gris

tout est calciné incinéré effacé sans plus laisser de traces qu’un silence blessé



 

samedi 19 mars 2022

 Chacun vaque à sa vie, 

par deux, par trois, en solitaire

L'enfant califourchon

sur le torchon

Le torchon sur les cuisses

De la nourrice

de la main gauche elle puise 

l'eau dans la jarre cuivrée

l'équilibre est précaire pour ce marmot fessu

sa tête escamotée par la main qui appuie

à moins qu'il n'en ait pas ?

et pas plus que de bras.

Son cul proéminent absorbe la lumière

puisée à même l'eau dorée de la cuvette

Est-elle fraîche cette eau ? par ce beau jour d'été ?

 

Chacun vaque à sa vie, et à sa mort aussi

chacun à son affaire, le voisin égorgé

le chien en rond couché, le cochon avisé

chacun sa mer à boire, sa solitude épaisse.

explorer sous les jupes, accoucher d'un néant

ou d'une apocalypse au visage d'enfant

A l'orée des vacances les embouteillages

Cauchemar du quotidien 

de la vie vitrifiée

chacun jouant sa scène hors sol de son voisin

les gestes suspendus, les flaques de soleil

les fils des marionnettes retenus par les bras

du tout-puissant trônant 

à l'auvent bleu du ciel

jeudi 17 mars 2022

Le Renvoi.

      La joie vissée à leur peau de drap frais princes nomades foulant un pays de promesses ils quittèrent le paradis terrestre signant de la plante du pied l'abandon de leur jardin d'éden. Derrière eux des flaques de soleil des touffes d'herbe remuées les houppes des eucalyptus et leur odeur enivrante et poivrée. Pourtant ils fuyaient  le paradis-prison il leur fallait en retirer les lettres au fronton de leur béatitude. La monotonie des jours dits-heureux un exutoire à l'appétit de vivre une impression à réinventer. Le cosmos s'ouvrait à eux il ne fallait lui rajouter que sa ponctuation lui insuffler des accents facétieux des points sur les i transgressifs. La peur pour tout visage mais la joie ventrale la terre dont leurs yeux étaient faits et le sexe vigne-coquelicot ils devinrent indéfiniment émerveillables.

L'attelage.

      "L'attelage démoniaque" poussé par des diables ardents avance en claudiquant sur les limites de la Vie. Pessimistes anxieux ahanant ils soufflent-souffrent perclus des rhumatismes de la jouissance gavés de l'opprobre des bien-pensants exclus d'un paradis oisif et fleuri soumis à l'herbe sèche du chariot de foin. Ils régurgitent les brindilles autant de pages mal digérées de leur existence d'en-bas et le tapis de paille piquant corps et esprits les conduit à l'enfer au-delà promis aux trop-vivants. Squelettes ou de blanc vêtus devenus bêtes aux yeux d'humains debout courbés écrasés par le poids de leurs vices-vertus les roues les précipitent  vers leur fin misérable.

mercredi 16 mars 2022

à la poursuite

à

la poursuite

de ses illusions

chacun cherche à

grappiller par-ci par-là

quelques brins de ce foin

monté du fond des ombres

détacher de ce bien commun

sa part de félicité – une possible

promesse d’une vie sans problème

des songes de désirs et d’envies enfin

réalisés – un brin encore un brin de cette

manne à tenir entre ses doigts comme un rail

d’étincelles au sein de cette horde d’hommes et

de femmes tous plus avides les uns que les autres

se mouvant se déhanchant dans cette carnavalesque

épopée – chacun cherchant à s’emparer d’une part et la

meilleure oubliant que toute chair est comme l’herbe et se flétrit

 

Codicille: klasma écrit face au volet central du Chariot de foin. Mêmes contraintes que précédemment.



 

dimanche 6 mars 2022

Il y a une jarre suspendue

contrainte: il y a / pas de ponctuation / créer une sorte de "porte" / lecture possible entre fin et début de phrases en ligne

Le chariot de foin

On entame un nouveau cycle d'écriture, toujours dans notre rubrique klasmathèque, qui, je le rappelle, travaille à se pencher sur des petits bouts de choses vues, qui ont happé notre regard, et que l’on se met à collectionner.

C’est une manière de dessiner son propre paysage intérieur avec ces klasmas que l’on pourrait définir comme quelque chose de furtif qui est apparu, nous a sauté aux yeux, avec quelque chose de dense à l’intérieur et qui se fait un peu miroir de notre propre état intérieur.

Nouvelle série donc autour d’œuvres peintes. Et nous commençons avec un triptyque de Jérôme Bosch «  Le chariot de foin ». Triptyque certes, mais avec les panneaux fermés apparaît un quatrième tableau. 

Donc la proposition d’écriture va tourner autour de ces quatre visions : quatre klasmas à écrire, c’est à dire se concentrer sur quatre détails (un par panneau) en gardant toujours en tête l’idée des contraintes qui épousent l’écriture, ou dont l’écriture s’enrobe pour creuser davantage.


 
(Photos prises sur internet)