Affichage des articles dont le libellé est 3°consigne L'été 80. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 3°consigne L'été 80. Afficher tous les articles

lundi 24 novembre 2014

le lieu dans la rumeur du monde


dans l’espace les écrans que l’on allume
au carma café, l’un des 21 cyber-cafés de la ville .. tout le cablage qui passait dessous est perdu
quelques silhouettes glissent
s’instruire, raconter, plutôt que se battre .. effervescence dans les cyber-cafés
le décor s’allume
la première intifada s’est déroulée avec des armes et des pierres, la seconde est née à l’ère des nouvelles technologies
des messages sonores diffusent
c’est le dernier diamant, le plus pur, d’une œuvre taillée dans la splendeur des choses
des silhouettes déambulent
vidocq sera un film aux textures très picturales
des pieds foulent la moquette grise
dans son nouveau roman, il poursuit son voyage au pays des boutiques obscures, en suivant une héroïne qui lui ressemble
des mains feuillettent
il écrit tous phares éteints, dans les avenues sombres où sa mémoire se perd
des voix questionnent, interpellent
à ouaga, tout le monde se dit artiste
les caisses vertes circulent
tour d’horizon de l’activité musicale, littéraire, théâtrale et décryptage des tendances technologiques du moment
de petites mains puisent
dans 150 pays la torture est un art officiel
l’endroit s’est rempli de voix
une très belle boutique des horreurs, servie par une imagination fertile
il y a des cris d’enfants
une fenêtre sur la vie
des bouteilles de soda pendent aux bouts de bras adolescents
ça rassure les pères qui préfèrent voir leurs filles devant un écran qu’en train de se balader à l’université
le flux quitte le lieu
femme enceinte enceinte acoustique, vous ne trouvez que ce que vous cherchez
les caisses se sont vidées les corbeilles débordent
des humains transformés en dindes de noël
un message dit qu’il faut partir
vivre est un plaisir ? non c’est difficile même si on est à l’aise
l’endroit s’apprête à fermer clore éteindre suspendre l’activité
les meilleures proses ont une fin
stop

dimanche 23 novembre 2014

Trop

Il y a cette abondance de tout, de couleurs, de rouges, de rumeurs, de voix humaines , de bruits de pas, de cloches, de lumières, d'ombres, de reflets, de rouges, de bleus, d'ors, de pacotille, de regards, de miroirs, de langues, de fleurs, de poissons, de fruits, de glaces, de rouge…

Epuisé, car on est trop gourmand de cette ville, on rentre se reposer dans l'antre protecteur où s'allume presque malgré soi l'écran d'ordinateur.
On navigue, on circule, on se perd, on entend et désentend aussi rapidement :

Burkina Faso prend le contrôle de
un homme en garde à vue se pend à
une jeune irano-britannique condamnée à
dix morts dans un attentat en
l'état dit tout faire pour

On erre dans ce chant d'acouphènes , on ne cherche plus à décrypter ce palimpseste fantomatique :

l'armée repousse une attaque à
les djihadistes exécutent plus de
de la magie dans l'air au royaume de
les paradis irradiés de
comment dire non aux

On se sent devenir poisson, on frotte ses écailles sur les débris d'un monde dont les éclats se propagent d'écho en abîme :

le gouvernement turc piégé par la bataille de
nouvel échec des pourparlers entre
une adolescente de 15 ans tuée à
les Etats-Unis face aux vieux démons de
Egypte, sept morts dans des heurts

On ne lit plus que ces quelques mots sur la bande passante affichée sur l'écran d'ordinateur ; on n'imprime rien, on sombre dans cet entre-deux de la veille et du sommeil où ce qui s'écrit n'est rien d'autre que des éclats de scories alors que l'après-midi même, on se glissait dans la nacre des ciels de Tiepolo, dans des Annonciations, des Assomptions , des Baptêmes ou des Cènes . On voudrait ouvrir ce monde là à la lecture publique : à contempler fleurs ou nuages, une force douce pourrait naître et dans cette soudaine apnée, tendre un fil où tout un chacun pourrait avancer sur l'équilibre des jours. 
Mais on le sait bien, il y a aussi les Crucifixions, les massacres des Innocents, les Lapidations, les Martyrs de saints, les Décapitations, les Pietà – dont on se lasse pas pourtant…. et tout cela ne manque pas dans Venise : il y aurait même une sorte d'overdose à trop hanter les églises et les musées de la ville. Alors on se concentre sur les émotions ressenties à rester un long moment dans l'oratoire de San Polo devant les mélancoliques toiles de Giandomenico Tiepolo où se déroule une Passion empreinte de silence et de solitude. Les photos ne disent rien de l'émotion contractée et dilatée, lorsque certains tableaux se tressent en soi comme lames de verre, se déploient avec la même force que ces chapelets de mots qui entaillent la langue et que l'on garde en bouche jusqu'à ce goût du sang. On ne saurait dire ni le pourquoi, ni le comment de ces rencontres clandestines incrustées dans une intime solitude. On se sent juste alors au bord d'un précipice où l'on n'aurait pas peur de glisser.




jeudi 20 novembre 2014

"Bruissements accentués"

On apprend à l'instant qu'une bombe a explosé dans la gare d'Atocha de Madrid à 7h30 ce matin. Ce matin les négociations du prix du lait ont encore échoué. Lorsque nous aurons du nouveau, nous interromprons nos programmes. Nicolas Sarkozy est candidat à sa propre caricature. Le décret 2004.175 stipule que les mots "de la programmation et du développement" seront remplacés par les mots "de l'évolution et de la perspective". Le ministre Luc Ferry a visité une école du 16ème arrondissement de Paris ce matin et a trouvé ça "très joli". Tout homme qui est décidé à mourir peut agir sur les événements. On se demande si le chiffre 11 a été choisi au hasard ou si dorénavant  il faudra surveiller ce chiffre à chaque fois qu'il surviendra. Faudra-t-il aussi surveiller ses multiples ? se demandent les experts ; 2 années 1/2 / 911 jours après 11/09. Nous interrompons nos programmes car on nous signale qu'une autre bombe a éclaté quelques minutes plus tard. On signale déjà des dizaines de morts. On pense aux Séparatistes basques d'ETA. Attentat au cœur de Madrid. Arrêté du 11.3 portant extension d'un avenant à la convention collective des industries métallurgiques. Irak : guerre de l'après-guerre. Europe. Que faisiez-vous le 11 septembre 2002 ? 2005 ? 2010 ? Que faisiez-vous le 11 mars 2004 ? Que faisiez-vous le 24 décembre 1992 ? Le 11 septembre 1888 ? Comment la finance a tué Moulinex ? Algérie : le grand silence. Presse menacée. Femmes voilées : le débat fait rage. Guerre secrète. Pourquoi tant de haine ?

"Même un paysage tranquille, même une prairie avec des vols de corbeaux, des moissons et des feux d'herbe ; même une route où passent des couples, même un village pour vacances, avec une foire et un clocher, peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration."*

Aujourd'hui sur la même voie, il fait jour et soleil.

Il est important de savoir que le pied d'un mur ou d'une clôture est un endroit desséché.
L'Europe face aux migrants. Quelle autonomie pour les Kurdes d'Irak ? Ultranationalistes en ex-Yougoslavie. Le salon du livre s'ouvre à Paris dans un contexte bouleversé. Une 3ème bombe cachée dans un sac à dos a explosé vers 10 heures dans un autre train de banlieue. Sarko : un chat qui retombe toujours sur ses pattes ?

* début du film Nuit et brouillard de Resnais, texte de Jean Cayrol

vendredi 14 novembre 2014

impasses, chemins, mouvements du monde

Sur la toile
des nombres et des codes des zéro et des uns
des lignes de chiffres simples apparaissent disparaissent
 colorées ou grises
Ce sont les chemins de l'information où se bousculent des cris...
des dominés
des enfants noyés dissouts sur une table chirurgicale pour une banale appendicite tués par une balle perdue
des filles des femmes violées stérilisées assassinées
des villes qui tombent
des corps mis en quarantaine
des prisonniers du virus dont on ne parle plus
des viandes-poisons avariées asticotées
baleine échouée sur une plage de Camargue
des buts marqués manqués
des matchs à égalité
des ventes privées point com
des inondations de la boue
Des conversations des malversations
Derrière la toile dans les pages les plus éloignées sur les chemins les moins visibles de l’information...
le robot a repris sa liberté après vingt ans d’emprisonnement dans l’espace il a oublié de s’ancrer et gambade loin des regards
 un quartier de Fortaleza un village d’Autriche ont  leur propre monnaie dissociée des taux bancaires une monnaie  générée par la richesse des échanges entre des producteurs locaux et les habitants
 une schizophrène  du passé canonisée quand d’autres expérimentent la nouvelle molécule chimique
des jardins partagés  sur les toits des villes
de la pluie dans le désert
L'enfant crie Au Feu et sauve ses sœurs sa mère 

Le mouvement du monde bafouille se répète  à l'identique grelotte et s’échauffe
le mouvement s’ouvre sur une prairie se referme sur l’infamie 
parle peu des femmes sinon comme choses 
parle peu des enfants sinon comme victimes 
le mouvement du monde.... Encore

lundi 10 novembre 2014

Le bruit du monde




La radio, dès la nuit tombée, en bande sonore jusqu'à tard dans la nuit ... le bruissement du monde - pour remplacer l'absent - finit par m'endormir, me glacer ou me réchauffer ... Au premier signe d'insomnie, dans le noir, je cherche à tâtons la boîte arrondie du radio-réveil, la plupart du temps réglée sur France-Culture ... Ne peut me résoudre à cesser cette écoute.

Que nous passions de vingt-deux régions métropolitaines à treize et que l'ecotaxe soit enterrée me concerne beaucoup moins que l'irrésistible avancée des islamistes au Moyen-Orient et en Afrique de l'Ouest
Il pleut depuis 3 jours : autant de pluie en Ardèche en une nuit que pendant toute une année
Le président Blaise Compaore a pu s'enfuir grâce à la France qui le maintient depuis vingt-sept ans au pouvoir alors qu'il a assassiné Thomas Sankara, anti-impérialiste, panafricaniste et tiers mondiste.
L'Allemagne fête aujourd'hui le 25° anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Il tombe dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989. Je n'en ai aucun souvenir. Il était là depuis le 13 août 1961. Les gardes-frontières laissent passer quelques groupes qui s'engouffrent dans la brèche et tout s'enchaîne.
La même année, le 14 décembre, mourait Andréï Sakharov et le 25, Nicolas Ceauscescu, président de la Roumanie et son épouse, étaient exécutés, la guerre du Libéria débutait. J'avais 43 ans
Quelques jours plus tard, Vaclav Havel était élu président de la république de Tchécoslovaquie, encore deux mois et Nelson Mandela était libre après avoir passé vingt-sept années en prison
Un mois de plus et Mikhaïl Gorbatchev créait le poste de président de l'URSS auquel il fut élu pour cinq ans

Mais s'est gravé en moi le 9 novembre 1999, j'ai 53 ans, l'Allemagne célèbre le dixième anniversaire de la chute du Mur. Des cérémonies fastueuses se déroulent malgré la pluie devant la porte de Brandebourg. Toutefois, la fête cache mal la désillusion qui anime les allemands tant à l'est qu'à l'ouest, dix ans après la réunification. En ce jour, les allemands de l'est ont plus l'impression d'avoir été annexés que libérés, quant à ceux de l'ouest ils espéraient plus de reconnaissance de la part de leurs cousins de l'est.
Images en boucle de l'escalade du mur par les allemands de l'est et de l'exaltation qui a bien disparu aujourd'hui. Une cérémonie à la mémoire de tous les allemands de l'est qui ont péri en tentant de fuir a lieu et un grand concert est dirigé par Rostropovitch. Je n'oublie pas l'ambiguïté à fêter cette date, elle est aussi l'anniversaire (9/11/38) de la nuit de cristal), pas plus que mon immense détresse face à ces familles - qui me sont si proches- séparées, déchirées et dont certains membres sont morts sans savoir que ce mur tomberait. « Irgendwie fallen  die Mauer » 



L'information en continu
 


L'extraordinaire photo est de Sarah Hobbs 2002 Untitled (Perfectionnist) Série « Small problems in living »




jeudi 6 novembre 2014

Automne 2014, consigne 3

Poursuite du travail inspiré par François Bon : troisième consigne.
Visages et silhouettes ont rejoint le lieu initial, mais comme à distance, comme fugaces. On va prolonger et accumuler l'écriture comme matière, la laisser constituer ses amas, ses chants...Ne pas , pour l'instant, se poser la question de continuité, mais laisser cette matière première enfler, accueillir ce qui lui est hétérogène.
Aller chercher, pour le lieu et l'instant mis en place, tout ce qui résonne du monde extérieur.
( S'appuyer sur l'été 80 de Duras et sur les "compressions " de Christophe Tarkos dans son livre Processe)