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mercredi 5 novembre 2014

Temps (4) lieu (1)

Me voici dans cet entre-deux lieux vague, l'esprit flottant, abandonné aux sensations immédiates du temps, du lieu - des écharpes de brouillard flottent au dessus des rails qui longent le quai sur lequel je me tiens - tout est silence - rien ne bouge, hormis les bancs de brume dont le déplacement est à peine perceptible; derrière moi, la gare, puis une ville - terra incognita - un train m'a déposé dans la nuit, un autre m'emportera plus loin là où je vais; rien n'existe, que l'attente; les heures passent.

Peu à peu, la gare s'est remplie d'ombres indécises et silencieuses, cohorte de formes qui semblent se mouvoir en une masse unique, somnolente et torpide, les bruits sont furtifs; pourtant, il me semble percevoir une ample respiration, la foule immobile et endormie exhale un souffle semblable à celui du dormeur; la foule aussi est en attente; rien ne semble l'intéresser, que le train à venir qui l'emportera vers sa destination; pour un temps je fais partie de ce grand corps indifférent à la marche du monde qui va revivre un instant pour s'engouffrer dans le train qu'il attend.

Un hurlement a déchiré la nuit avant qu'il n'apparaisse, ses lumières éclairent les visages; le grand corps de la foule se disloque en organes séparés animés de mouvements divers, tous convergent vers les portes à peine ouvertes; il y a ceux qui courent, ceux qui traînent ceux qui sont encore immobiles comme saisis; les uns bousculant les autres, peu à peu le train se remplit, les visages sont blafards dans la lumière intérieure des wagons; le grand corps m'abandonne, le quai est de nouveau désert; je reste seul.


Un courant d'air brusque a nettoyé l'air trouble des vapeurs qui l'encombrent. La pluie tombe. Tout doucement d'abord, une pluie fine arrose délicatement les plantes qui bordent la voie ferrée. Puis plus fortes, des milliers de gouttes, serrées les unes contre les autres, ricochent sur les rails rendant leur image floue. L'autre côté de la voie disparaît derrière le rideau de pluie, je recule sous l'auvent qui protège le quai dont la bordure où je me trouvais, ruisselle, la pluie pénètre d'un bon mètre sous la partie couverte. Je regarde, il n'y a plus rien, qu'un rideau translucide diffractant une lumière diffuse et grise.

samedi 18 octobre 2014

Consigne 1 - Un même lieu, quatre temps.

     Le matin est là. Pâle et fragile dans ses couleurs et ses odeurs. Le soleil incertain, saugrenu dans le ciel de mars étonne les sillons alourdis du sommeil de l'hiver. Le champ qui s'offre à moi dans sa nudité primitive s'étend jusque là où la forêt lui fait barrage. Des grappes de rosée vrillent la terre qui petit à petit se craquelle, éclate et roule en une infinité de billes brunes qui vont mourir au creux des cicatrices veinées de brun.

     Le temps s'est dégagé. Il est presque seize heures. Un soleil de plomb assassine tout ce qui vit, bouge ou se faufile. La chappe lourde lève une brume translucide sur le champ de blé tondu de frais. Quelques épis ont échappé à la mécanique humaine et espèrent une seconde vie. Mais la chaleur écrasante interrompt vite leur velléité de renaissance. Le terrain est jonché de leurs cadavres jaune sale posés arithmétiquement sur la terre triste et grise de poussière.

     Il a plu hier. Les flaques sales remplissent les ornières des chemins. La terre frissonne des premiers froids de septembre. Les derniers vers de terre percent les sillons et leurs corps oisifs revêtent la couleur sombre des grains de terre qui leur collent à la peau. L'abaissement de la température imprègne le champ de rigueur et d'autorité. Une nuée de corbeaux craillante s'abat et vient l'isoler du monde. L'heure est à la mélancolie et à l'introspection.

     La tempête de neige n'a pas failli. Elle immacule de sa blancheur ronces et taillis, toutes surfaces planes et escarpées. Et le champ qui d'habitude est est un espace aux frontières bien délimitées est devenu espace ouvert, un open space dit- on. Il a perdu son identité véritable et n'est que le repaire d'empreintes sans génétique particulière. Les oiseaux fantaisistes interdisent toute reconnaissance sur n'importe quel fichier et lui confèrent une poésie aérienne et fragile faite de signes improbables.

vendredi 17 octobre 2014

Il y a... cinq personnages


Il y a Lulu. Elle vient de migrer en ce bord de mer, pour 4 mois. Lulu va fêter ses 83 ans le 13 juillet, elle est contente à l’idée qu’il y aura des feux d’artifice au-dessus du bourg, des feux se répondant d’une cité à l’autre, de phare à phare à quelques minutes d’intervalle, les feux de la fête nationale qu’elle dit, en riant, n’être que pour elle. Dans le village de vacances, il y a les « pour » et les « contre » Lulu. Les premiers s’amusent de sa curiosité envers chacun, tolèrent sa mauvaise humeur, son râle continuel contre le gouvernement, contre les grévistes, contre les jeunes, contre les fonctionnaires, contre les aéroports français, son parti-pris pour les américains, pour les libéraux, pour les aéroports anglo-saxons. Les seconds estiment qu’elle « fait des histoires », trop d’histoires, et ne supportent pas les ragots qu’elle colporte ou déclenche. Lulu pèse plus lourd que son poids, ses jambes sont couvertes de varices, chaque année, ses lunettes s’épaississent un peu plus. Mais tous les matins, elle descend la colline à pied pour aller se baigner, faire le marché et, au retour, s’arrête au bar avant de grimper la côte qui la ramène à son cabanon.

Il y a Madame C. 92 ans. Cela fait plus de cinquante ans qu’elle s’installe chaque été au village. Son bungalow lui ressemble, arrangé, fleuri, lumineux. Elle a fait partie des premières familles aventurières, qui ont construit les 98 bungalows à coup de débroussailleuse, de pelleteuse, de bétonnière, d’entraide. Elle aime rappeler ces années de labeur quand le groupe a acheté la pinède sauvage, et campait sans aucune commodité, afin d’en faire un quartier collectif et solidaire bien avant la mode des communautés. Madame C. a maintenant quelques absences, quand on lui parle elle s’évade parfois dans un pays d’outre-temps auquel nous n’avons pas accès. Elle en revient joyeuse. Madame C écoute beaucoup, ses mots sont rares, rassurants. Sa foi en Dieu semble inébranlable. Les décès de ses deux enfants, de son époux, n’ont pas eu raison de son espérance. Elle sait quelque chose qui ne nous concerne pas.  Nous l’observons, lui parlons, l’écoutons, perplexes.

Il y a le gardien qui part chercher le pain chaque matin à 6h. Il n’est pas officiellement gardien du village, c’est son épouse qui l’est et qui attend ses 65 ans pour prendre sa retraite. Lui, il ne travaille plus depuis quelques années, alors il la seconde. Bonhomme, son allure placide et son humeur égale en font l’allié de tous, parfois contre son épouse plus revêche, qui tient les rênes de la discipline collective, rappelle à l’ordre les fauteurs de troubles, chaque jour avec son micro qui grésille elle lance un appel au  respect des heures de silence, elle vérifie aussi le bon paiement des locations, l’entretien des cabanons au moment des départs. Son hobby à lui c’est d’abord le pain. Il prend les commandes la veille, puis va chercher les sacs de baguettes chaudes, les croissants odorants, les petits pains d’où s’échappe un filet de crème au chocolat. Il les distribue sur les tables des terrasses des levés tard (les autres sont déjà venus à la loge récupérer leurs biens). Ensuite, il s’occupe des bouteilles de gaz qu’il remplace dans les cabanes, à la demande. Enfin, en hiver, il mène les travaux du camp, du désherbage à l’élagage des branches affaiblies par le mistral, du rafistolage des toitures aux coups de pinceaux pour rafraîchir les murs desséchés et usés par le temps.

Il y a une mère de famille qui revient dans le village, ce week-end de l’Ascension, pour une fête familiale organisée par ses enfants. Cela fait plus de trente ans qu’elle n’est plus venue. Elle descend de la voiture, regarde le bungalow, le juge immédiatement trop petit, vieillot, et puis les cabanes sont trop serrées, cependant il faut bien reconnaître que la terrasse est fraîche, à l’abri du vent et des regards. Le poids de ses 70 ans ne pèse pas sur son squelette, ou si peu, mais il accable sa vision du monde, ici ou ailleurs tout est vieux, dégradé, triste. Ce qu’elle ne dit pas, ou ne sait pas, c’est que sa perception des lieux en dit beaucoup de son désamour pour elle-même qui n’a fait que croître au fil du temps, usé par l’indifférence de son mari, aggravé par le départ de ses enfants.

Il y a la nuit qui n’en finit pas, des grains de sable semblent bloquer l’horloge. Je me suis réveillée souvent depuis la veille au soir. Il est 3 h. Mon rêve revient chaque fois que je m’assoupis : je me retrouve dans le cabanon avec un vélo, puis je descends dans le sous-sol, constate la présence de deux frigos, puis je sursaute quand je vois l’homme qui me sourit derrière la porte-vitrée conduisant dans une coursive souterraine. Maintenant réveillée, j’hésite, que faire ? Je cherche la lampe. Dehors, la terrasse est prisonnière des ténèbres. Je vais marcher dans le village abandonné de tous, vidé par l’automne. Et si ce cabanon existait ? Si ce que je considère comme un rêve n’était que le retour d’un vieux souvenir que je ne cesse de fuir ? Mais pourquoi ? Dans le rêve, je ne me vois pas, je me sens, mais je ne sais pas quel âge j’y habite. L'homme, me connaît-il ? En tout cas il ne semble pas dangereux, ni mauvais. Et vit-il dans une autre réalité en ce moment, hors du rêve ? Et si je ne me posais pas les bonnes questions ? Je me focalise en effet sur la vision de cet homme, des frigos, de la coursive, mais l’important est peut-être ailleurs, vers les marches de l’escalier, le vélo, les affaires rangées mais mises en tas ? S'agirait-il de déplacer le regard ailleurs ? 






samedi 11 octobre 2014

4 états du lieu


l’espace semble encore endormi, les écrans s’éveillent en poussant leur petit cri informatique, les corbeilles béantes attendent, une, deux, trois, quelques silhouettes déjà lasses glissent sur le sol gris, elles poussent avec lenteur des colonnes de caisses vertes montées sur roulettes

le décor s’allume, les messages sonores diffusent, des pieds silencieux foulent la moquette, des mains feuillettent, des voix questionnent interpellent, les caisses vertes tournent dans le labyrinthe, des mains puisent dedans pour en extraire des choses, ces choses s’appellent des livres 

l’endroit est rempli de voix, de mots, de questions, il y a des cris d’enfants ; d’autres fois il y a des sandwichs qui répandent leurs petites miettes sur la couverture des livres, ou des canettes de soda qui pendent au bout de bras adolescents en rêvant d’aller se poser sur une table

le lieu reprend sa respiration, le flux le quitte, pas à pas, les aller les retours, des ombres encore, lecteurs du soir, les caisses se sont vidées, les corbeilles débordent, un message dit qu’il faut partir, rejoindre la sortie, l’endroit va fermer, clore, s’arrêter, éteindre, suspendre l’activité .. STOP

jeudi 9 octobre 2014

un lieu, plusieurs fois

1/
C'est d'abord en noir et blanc que la ville m'est apparue pour la première fois, sur un carré dentelé où trois personnes prenaient la pose. Derrière eux s'élevait une grande église claire. D'autres silhouettes se fondaient dans l'arrière-plan et quelques pigeons guettaient à leurs pieds leur manne quotidienne . Le temps semblait ensoleillé mais ce n'était sans doute pas l'été à la vue des vêtements portés. La façade de l'église était largement tronquée et des portails il ne restait que quelques colonnettes , sans doute celles du porche principal où plus tard se révélerait à mes yeux la mosaïque d'un Jugement dernier encadrée de voussures sculptées aux motifs innombrables. Le quadrige de chevaux de bronze n'était pas non plus sur la photo et rien, ni ors ni dorures ni chapiteaux corinthiens, n'était perceptible. En réalité seule m'intéressait cette silhouette jeune – elle ne devait guère avoir plus de vingt ans – encadrée d'un couple qui n'était pas ses parents. Elle était lumineuse, la guerre était finie, et elle découvrait ce lieu mythique sans imaginer qu'elle ne reviendrait jamais en Italie.


2/
Ce sont les odeurs de cuir, qui sortent en flots des magasins où se vendent des sacs et leurs accessoires, et se répercutent dans ces ruelles étroites , qui me saisissent en premier . Le cuir d'abord puis à mesure que l'on se rapproche de la place Saint-Marc, les relents de nourriture , sauces ou viandes rôties, qui s'échappent des nombreuses trattorie où je finirai bien par échouer à un moment ou à un autre. Je marche sachant pertinemment où mes pas se dirigent, sans avoir la nécessité de consulter le plan. Il suffit de suivre la déferlante de touristes qui va vers la place Saint-Marc. De la même manière que lorsque je suis à Paris, il me faut entrer à Notre-Dame, parfois juste pour en faire le tour en quelques minutes, il en sera de même désormais pour la basilique Saint-Marc où je patiente dans la file d'attente . A peine les valises déposées dans l'appartement loué, que me voilà à emprunter tout naturellement les calli qui conduisent à la basilique, escortée de la houle exténuante des touristes. J'entre et suis prise par l'émotion lorsque mes pas foulent le pavage en mosaïque qui ondule.

3/
Il m'a fallu plusieurs passages dans cette cité pour en goûter toute la subtilité et la délicatesse. Il a fallu oublier les circuits touristiques, le plan et les panneaux jaunes per San Marco , per Rialto, per ferrovia, per Accademia, pour enfin tenter de caresser un peu les couleurs de Venise. Il a fallu sortir tôt le matin et voir les vénitiens le regard porté loin devant, partir au travail et marcher sans la gêne des touristes. Puis entrer dans une pâtisserie acheter un pain des doges , faire les courses à la petite supérette au bord de la lagune face à l'île de San Michele, l'île des morts , suivre la procession des rameaux – palmi - du Campiello San Crovato à l'église proche en écoutant les cantiques, marcher sur les Fondamente Nove et porter le regard sur les Dolomites qui s'écrivent au loin, ou s'engouffrer dans une ruelle , découvrir une boutique de sérigraphie ou de lustres et simplement regarder. Ensuite finir la journée, après avoir traversé l'église enveloppée de l'odeur des lys, dans un des deux cloîtres de San Francesco della Vigna, assise sur la pierre à écouter les cloches s'envoler, puis les merles en grande conversation dans le cyprès derrière la statue de saint François d'Assise.

4/

Aujourd'hui, je suis entrée dans cet instant incertain où mon regard se pose sur l'envers de la ville. Je me laisse voguer sur ses rimes intérieures adoptant la nonchalance d'une gondole en humant ce qui flotte légèrement dans l'air. Se tenir dans ce passage comme sur le traghetto entre deux rives, debout et droit en un équilibre parfait, et voir au-delà des apparences. Le regard brouillé, se plonger dans les reflets rouges et ocres qui irriguent Venise, et tenter d'y déchiffrer les promesses du jour qui s'éveille . S'arrêter et regarder le feuillage au-dessus d'un mur révélant en tendresse la présence d'un jardin, d'une enclave de paix où la ville pleine de bruits s'estompe. Caresser d'une main amie les plaies de crépi qui suintent sur les murs, s'infiltrer dans les calli, se laisser se perdre et puis se perdre encore, lire les noms des ruelles et les réciter en un chapelet païen , se laisser envoûter par la langue qui s'éclate dans la bouche comme une grenade bien mûre, s'attarder dans une corte et adossée à un puits laisser monter des pensées incontrôlables, ne rien faire d'autre qu'espérer ce dialogue avec l'ange assis sur la margelle.

vendredi 3 octobre 2014

Un lieu, quatre temps

Il n'y a personne. En ce début septembre, la plupart des maisons sont déjà fermées. Il faut ouvrir le vieux portail en bois et ce que je vois d'abord c'est la maison, non retapée, aux vieux volets fermés et écaillés, une maison qui sort tout droit de l'enfance.
Assise sous les platanes, la table ronde entre nous, c'est la source à l'arrière, enfouie sous l'herbe verte que j'entends. Un murmure à peine audible mais sa fraîcheur se répand dans tout l'espace en un chuchotis apaisant continu. C'est d'elle que vient l'envoûtement de ce lieu, même si je ne m'en rends compte qu'après quelques minutes. Toute cette verdure, ce coin replié sur lui-même, la vigne vierge montant à l'assaut des vieux murs, ces arbres en bosquets ne sont là que comme écrin à ce mince filet d'eau perpétuel.

Maintenant, tous les volets sont ouverts, mais la maison ne parade pas. Elle ne s'emplit pas de lumière par de grandes baies vitrées, elle respire humblement, c'est par rais que pénètre le soleil et par taches d'ombres dansantes qu'à peine s'éclaire la cuisine. L'odeur de vieux bois, d'étoffes, souvent enfermés, imprègne l'air. La même distribution des pièces que dans l'enfance, l'escalier de bois raide qui conduit à l'étage, les fenêtres étroites et les lourds édredons qui s'enfoncent dans les lits. On voudrait ne plus bouger, ne plus respirer, de peur que sa présence modifie les lieux. Alors on parle peu, on parle bas et on redescend sur la pointe des pieds avec un peu le sentiment d'une profanation. Dehors, le soleil de septembre encore étonnamment chaud nous incite à rejoindre l'ombrage des platanes aux troncs desquamés et je me surprends à avoir envie de détacher de mes doigts leurs plaques irrégulières.

Le soleil descend vers l'ouest. Sortant d'un envoûtement de plusieurs heures, je me hasarde à explorer les différents espaces séparés les uns des autres par des haies qui s'ouvrent face à la maison et dont la végétation semble avoir poussé spontanément. L'un, tout resserré autour de la source et qui conduit par un étroit chemin bordé de buis à un compost, le second, un peu plus grand, odorant. Je cherche longtemps avant de comprendre que c'est cet arbre aux fleurs peu voyantes, un clérodendron qui me retient et me donne envie d'y installer, à vie, une chaise longue. Plus loin un espace plus ouvert, un tas de bois mort, une prairie et une ancienne muraille à trois quart écroulée, toutes recouverte de buisson qui le borde. Et, tout au fond, un impénétrable fouillis de bambous, d'arbres qui bouchent la vue et la progression et qui protègent aussi de toute autre sollicitation que le lieu lui-même.

Quand est-elle arrivée ? En tout cas, il fait nuit et nous sommes toujours assis à cette table. La source prend maintenant tout l'espace sonore. Les pipistrelles traversent l'espace de leurs vols anguleux. Il est temps de fermer les volets. L'escalier craque, la première pièce en haut est encore claire, sa fenêtre ouverte à l'ouest m'attend. Appuyée à sa margelle, le regard passant par-dessus les arbres, c'est une immensité de lumière et de silence que je reçois comme une vague. Le silence est sculpté par les crissements d'insectes. Le léger rougeoiement du ciel strié des longues traînées argentées des avions tremble du cri régulier d'une effraie. Je t'ai appelé à voix basse : « Viens voir ». A nouveau le silence enveloppe tout l'espace, déjà le ciel a changé. Il faut fermer, les volets, la maison et reprendre la route



jeudi 2 octobre 2014

Automne 2014

Nous voilà repartis pour une nouvelle année d'écriture ensemble! 
Après un petit échauffement des neurones et quelques douceurs pour le palais, la première consigne a été délivrée. Pendant plusieurs séances nous nous inspirerons ( grandement) d'un atelier d'écriture animé par François Bon en 2013   auquel j'avais participé.

 La lecture du livre  de Marguerite Duras " L'été 80" ( et je n'en reviens pas tout le monde l'avait lu ou était en train de...) étant un préalable, nous avons abordé la première consigne!

Un narrateur fixe pour ce premier texte, assis, debout, dehors à regarder ce qui tient dans son champ visuel, que ce soit l'intérieur d'une pièce, la vue d'une fenêtre, une terrasse, un coin précis du dehors, un lieu de passage dans une ville ou une chambre d'hôtel. Une fois déterminé, le décrire à quatre moments différents du temps. Savoir à l'avance la fréquence et l'espacement: le temps d'une journée, selon les saisons d'une année, ou au retour à chaque été, peu importe, mais il faut le décider.
Penser dès l'amont votre texte comme se présentant sous la forme de quatre paragraphes d'importance égale, pensés dans leur pluralité et leur équilibre. Ne pas tout dire dans le premier et plus rien pour les autres. 
N'hésitez pas à repartir directement de comment s'y prend Marguerite Duras pour ce même exercice qu'elle s'impose: elle part du rien, du temps qu'il fait, de la météo. Le lieu se répète? Bien évidemment cela fait partie du jeu, il se répète donc dans le texte.

Bientôt ici même les productions de chacun....