Ecouter dans l'émission "Entre les lignes" une interview de Bertrand Leclair à propos de son dernier livre "Le vertige danois de Paul Gauguin"
http://www.rts.ch/espace-2/programmes/entre-les-lignes/5570756-entre-les-lignes-du-13-02-2014.html#5570755
Affichage des articles dont le libellé est Laura. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Laura. Afficher tous les articles
mercredi 19 février 2014
mercredi 29 janvier 2014
mardi 21 janvier 2014
quelle lumière?
ce serait une lumière qui ne dérange pas le jour,
mais qui, dans une effervescence douce,
dessinerait sur le tamis du temps
l'intermittence des silences
embués de bleu
et d'ombre.
vendredi 10 janvier 2014
le temps qui passe
N'ayant pas écrit à l'atelier (il n'y avait que les chats qui me venaient à l'esprit et c'était délicat d'écrire la-dessus sachant que vous êtes tous des amoureux de ces animaux et que je risquais le lynchage...), je me suis mise au travail...
Je
hais les horloges. En premier lieu, parce qu'elles sont cyniques et
méthodiques. Elles fonctionnent à un rythme qui ne me convient pas.
Tic-tac, tic-tac, tic-tac... j'aimerais un toc de temps à autre ou
un splash, ou plus précisément un arrêt sur son, une horloge
emplie de plages de silence. Lorsque le tic retentit, on ne peut
qu'attendre le toc et cette attente, si brève soit-elle, prend toute
la place de ce temps qui file à si vive allure. Ce rythme infernal
se met à résonner en moi et même les battements de mon cœur
doivent se mettre au diapason sous peine de mort imminente. Me voilà
à guetter chaque battement, chaque geste, chaque pas pour qu'il
s'adapte au rythme du temps qui cogne.
La
seconde et principale raison qui m'incite à haïr les horloges,
c'est qu'elles me murmurent des choses à l'oreille que je n'ai pas
envie d'entendre :
dépêche-toi,
tu n'as rien fait aujourd'hui, tu vas bientôt mourir, la vie n'est
pas éternelle, tu as encore perdu ton temps, bouge-toi un peu,
encore une heure de perdue....
A
chaque seconde qui claque correspond un coup de poignard qui me
lacère d'images mortifères : la grande faucheuse qui guette,
un robinet qui goutte – je sais çà n'a rien à voir, mais c'est
stressant - , une bombe qui va exploser, le gros réveil de la tante
Eugénie qui même enfermé dans un placard à double tour continue
sa rengaine tueuse, et la main posée sur son pouls à la recherche
d'un battement....
Alors
je me jucherais volontiers, tel Philibert Besson, sur le sommet de la
grande horloge qui gère l'univers, non pour haranguer les foules,
mais pour à coups de pied stopper net le mécanisme de la fuite du
temps. Et une fois cette destruction réalisée, je ne conserverai
que les cadrans solaires qui eux sont pleins de douceur puisque
l'ombre les caresse....
jeudi 14 novembre 2013
Malentendus
Voici le travail que j'ai réalisé lors des ateliers animés par Bertrand Leclair au mois d'octobre. J'ai légèrement détourné la consigne de départ, qui était de faire un remake d'une nouvelle existante, puisque je suis partie de la pièce d'Albert Camus "Le malentendu" . J'ai gardé l'intrigue et l'ai insérée dans une nouvelle tout en l'actualisant.
Mercredi 2/10
En regardant le ciel , aussi empli de taches sombres que le tampon buvard qui trônait sur le bureau de mon grand-père , je me dis que mon séjour ici est sur le point de prendre fin. Mon travail de recherche est pratiquement achevé, je peux partir et poursuivre mon voyage mais voilà, on remet au lendemain ce qui pourrait être fait à l'instant et on se trouve entrainé dans une affaire que l'on n'espérait pas.Hier soir, prenant mon repas au restaurant de l'hôtel , je me suis mis à parler avec une jeune femme qui, tout en mangeant, lisait à une table près de la mienne. Elle a fait tomber son signet – j'adore les signets – je l'ai ramassé et en ai profité pour regarder le titre du livre qui l'absorbait : Antigone de Henry Bauchau, que j'avais lu quelque années auparavant. La conversation s'est alors engagée et nous avons échangé quelques mots sur cet auteur que nous aimions tous deux. Je lui ai parlé de ses Journaux d'écrivain qui accompagnaient ses romans , donnant un éclairage sur l'écriture du livre et les strates qu'ils en révélaient. La fin du repas s'est écoulée sur quelques généralités puis elle me confia que son mari devait la rejoindre le lendemain matin. J'aie perçu une certaine inquiétude dans son propos mais n'ai su y lire que l'angoisse afférente à une attente intense. Je n'ai pas posé de questions – je pose rarement des questions – et lui ai souhaité une bonne nuit avant de rejoindre ma chambre et poursuivre la mise au clair de notes préparatoires à l'écriture d'un prochain livre.
.........
On peut lire la suite de cette nouvelle sur le site:
https://docs.google.com/document/d/1vKiU-AqD1cW2n-glVwB9Kft2IV_uLv1HHURjOQEWZ4k/edit?usp=sharing
mardi 28 mai 2013
une porte basse dans le bûcher de la beauté
Derrière les habitudes de la fenêtre, la blessure noire de l'encre quand le jour communique avec cette caresse crissant sur le grain du papier. Face à l'éternelle douleur de la nuit répond l'éloquence du simple un peu méditatif qui, ramenant une parole de l'autre rive, tourne autour de la coupole du poème comme le méditant cherche à enclore ses songes dans un ultime mandala. Dans l'étrangeté de sa langue, il n'a nul besoin de gomme , mais simplement d'accrocher son regard à l'attrape-rêves qui oscille à la poignée de la fenêtre et d'en ressentir toute la palpitation étouffée puis de regarder scintiller ce rien qui nous est propre. Dans la rosace des mots qui s'écrivent alors, d'où suinte parfois la ferveur de la mélancolie, la constellation d'un voile d'aube brille puis s'éteint lorsque la langue blanchie glisse puis accoste sur la rive du dernier mot.
(photo prise sur la page facebook de la librairie Quartier Latin qui a partagé la photo issue de Improbables librairies, improbables bibliothèques)
(photo prise sur la page facebook de la librairie Quartier Latin qui a partagé la photo issue de Improbables librairies, improbables bibliothèques)
mercredi 10 avril 2013
est-ce raisonnable?
Cela tire loin de ce jour, dans les parcelles d'un ciel quadrillé de toits que je contemplais jusqu'au bout du silence. Et lorsque je descendais les trois étages pour rencontrer l'ailleurs qui ceinturait ma jeunesse, c'était toujours les mêmes lieux où mes pas se repliaient. Des lieux dignes de cathédrales, qui faisaient battre mon cœur quand mes doigts caressaient le désir de ce qui restait désir. Je touchais la tranche des livres, en feuilletais certains, lisais des premières phrases, m'innervais dans ce songe des mots qui me rattraperaient.
Ce ne fut certes pas mon premier achat - les dates figurant sur la première page des livres que j'achète le prouve -, mais celui sans doute que j'ai le plus retardé. Pendant des mois, je suis allé le voir, le toucher, le respirer; j'ai pesé la nécessité vitale de sa possession, ai contrôlé sa disponibilité, son prix, ai posé les questions habituelles en ai-je vraiment besoin,est-ce raisonnable, ne puis-je vivre sans....Puis, je l'ai vérifié, le jour d'un anniversaire, suis sortie de la librairie avec l'ouvrage bistre entre les mains, le coeur cognant plus fort: "Gandhi et la non-violence" dans la collection des "Maitres spirituels". Il est toujours dans ma bibliothèque, je ne suis pas certaine de l'avoir lu jusqu'au bout....
mardi 19 mars 2013
,elle dit
C'est dans une maison qu'on est seul, elle dit. Et pas au-dehors mais en dedans.
Et aussi dans son corps, elle dit. Quand on ne sait pas si homme ou femme on est.
Parfois je suis un arbre aussi, elle dit. Quand les lieux de l'herbe errent dans les contes d'hiver.
Depuis si longtemps esquissée en sanguine, je saigne, elle dit. Sur la toile devant un groupe de jeunes gens qui rient, boivent, mangent, ignorant tout de ce qui coule en moi.
Parfois je ne suis rien, elle dit. Que le visage où l'écroulement silencieux d'un monde aurait commencé .
Et j'attends, elle dit. Quand un regard douloureux saura déchiffrer entre les traits pâlis de ma peau un peu de ce que fut ma vie.
Une peau blanche comme la neige, elle dit. C'était ainsi à cette époque; le soleil était proscrit à Paris, à Nice ou à Wall street. On ne choisissait pas.
J'attends, elle dit. Qu' un regard de mort subite me défigure à la manière d'un verre d'arsenic bu en un souffle.
J'attends, elle dit. Que dans ma chevelure aux entrelacs tressés et parfumés à la noix de coco, un visage se noie sans résister.
J'attends, elle dit. Que l'arbre qui pousse en moi depuis tant d'années extraie enfin ses racines où se perdrait un informaticien et arpente les territoires de soleil où j'aimerais reposer.
J'attends, elle dit. Que les failles de lumière dament les pistes où poursuivre la quête, même paranoïaque, entre souvenirs inventés et rêves réalisés.
J'attends, elle dit. Que la maison où se finira mon existence dénuée de talent, remplisse dignement sa mission: être le réceptacle d'une solitude assumée, sans aucun préjugé.
J'attends, elle dit. Dans cette semi obscurité, pleine d'odeurs poudrées, dans ce corps que je ne sais pas. Et je ne souris pas.
vendredi 15 mars 2013
Portrait
1/ Regarder ce tableau proposé par Delphine: C'est l'objet du jour.
2/ Commencer le texte avec cet incipit:
C'est dans une maison qu'on est seul. Et pas au-dehors d'elle mais au dedans d'elle. (Marguerite Duras)
3/ Insérer cette phrase là où bon nous semble:
L'écroulement silencieux du monde aurait commencé ce jour-là.
4/ Chacun d'entre nous a tiré au sort des petits papiers bien pliés sur lesquels des mots sont écrits que l'on ne dévoile que lorsqu'on nous le demande...et qu'il nous faut alors inclure dans notre texte là où nous en sommes....Exercice périlleux et jouissif!!!
Voici donc la liste de ces mots pêchés dans l'ordre où ils nous sont apparus:
- conte d'hiver
- un groupe de jeunes gens
- douloureux
- neige
- wall street
- mort subite
- arsenic
- noix de coco
- informaticien
- piste
- paranoiaque
- talent
- mission
- prèjugé
- souris
5/ Et voilà! Ce fut un très bon moment....!
2/ Commencer le texte avec cet incipit:
C'est dans une maison qu'on est seul. Et pas au-dehors d'elle mais au dedans d'elle. (Marguerite Duras)
3/ Insérer cette phrase là où bon nous semble:
L'écroulement silencieux du monde aurait commencé ce jour-là.
4/ Chacun d'entre nous a tiré au sort des petits papiers bien pliés sur lesquels des mots sont écrits que l'on ne dévoile que lorsqu'on nous le demande...et qu'il nous faut alors inclure dans notre texte là où nous en sommes....Exercice périlleux et jouissif!!!
Voici donc la liste de ces mots pêchés dans l'ordre où ils nous sont apparus:
- conte d'hiver
- un groupe de jeunes gens
- douloureux
- neige
- wall street
- mort subite
- arsenic
- noix de coco
- informaticien
- piste
- paranoiaque
- talent
- mission
- prèjugé
- souris
5/ Et voilà! Ce fut un très bon moment....!
mardi 26 février 2013
mon ours
Du plus loin du passé, assis sur le divan, il condense le temps que l'on a oublié. Au-delà des étoffes qui calfeutrent l'enfance, il y a une parole confiée au silence que l'ombre nous transmet à laquelle on peut croire.
Il était ce gardien dans le jardin des ombres de tous ces souvenirs que l'on entend si mal. Et c'est en trois couleurs que sa vie se décline: le jaune du couvre-lit, puis le rouge du pouf, et pour finir le blanc du mur où il s'adosse.
L'oeil est un peu moins vif, le pelage aussi rêche, absorbant les tristesses et les failles secrètes, son rôle est identique à celui de l'enfance: il écoute, il observe et ne renvoie rien d'autre que le reflet du jour dans la pupille éteinte.
jeudi 21 février 2013
Un ours peut-être
Lin a dégainé plus vite que moi !
Voici donc les photos de l'objet du jour sous plusieurs angles:
Je rappelle les consignes:
- nous sommes toujours dans l'autobiographie de l'objet
- insérer cette phrase de Pierre-Albert Jourdan " il y a une parole confiée au silence, que l'ombre nous transmet". On peut retrouver sur mon blog "Jardin d'ombres" le texte d'où a été extrait cette phrase .
- glisser l'air de rien un alexandrin (ou plusieurs) dans le texte.
- intégrer d'une manière ou d'une autre ( je sais c'est très vague...) la notion de triptyque ...
Voilà! Bonne écriture!
Voici donc les photos de l'objet du jour sous plusieurs angles:
Je rappelle les consignes:
- nous sommes toujours dans l'autobiographie de l'objet
- insérer cette phrase de Pierre-Albert Jourdan " il y a une parole confiée au silence, que l'ombre nous transmet". On peut retrouver sur mon blog "Jardin d'ombres" le texte d'où a été extrait cette phrase .
- glisser l'air de rien un alexandrin (ou plusieurs) dans le texte.
- intégrer d'une manière ou d'une autre ( je sais c'est très vague...) la notion de triptyque ...
Voilà! Bonne écriture!
mercredi 23 janvier 2013
Un explorateur troublant
Un jour la boîte aux lettres
en un langoureux vertige
et une tendresse sucrée
accueille
un explorateur troublant
attirant
par son corps galbé
un parfum d'ivresse
la finesse des doigts
une femme
à l'inquiétude sensible
le touche
l'enlace en douceur
titille sa peau
excite ses reins
le bascule d'une pulsion
désaltère son amande
plonge dans un monde de silence
le dépose dans un jardin
au goût triste
comme une invitation
au tonus retrouvé
l'opulent amoureux et sensible
palpite de plaisir
chaque après-midi
J'ai respecté la consigne à la lettre...je crois...
en un langoureux vertige
et une tendresse sucrée
accueille
un explorateur troublant
attirant
par son corps galbé
un parfum d'ivresse
la finesse des doigts
une femme
à l'inquiétude sensible
le touche
l'enlace en douceur
titille sa peau
excite ses reins
le bascule d'une pulsion
désaltère son amande
plonge dans un monde de silence
le dépose dans un jardin
au goût triste
comme une invitation
au tonus retrouvé
l'opulent amoureux et sensible
palpite de plaisir
chaque après-midi
J'ai respecté la consigne à la lettre...je crois...
lundi 19 novembre 2012
Origami
d'où viennent les oiseaux
innocents inquiets
posés aux branches du vent
ils gardent tout mystère
sans poser de question
----------------------
pourquoi quand et où
coagulant la lumière
une fleur séchée
sous ce parasol bleuté
se faufile une vérité
----------------------
du rouge tapi
entre les rais d'ombelle
rouge lumineux
serait-ce l'amour éperdu
épousant le crépuscule
----------------------
d'un air cabossé
le vase sans artifice
fragile et secret
il enfouit l'obscurité
et les ombres de soi
---------------------
trois oiseaux au bord du vide
secouent du ciel rouge
on dirait qu'il pleut des fleurs
demain on ira cueillir
la fleur de rêve aux oiseaux
innocents inquiets
posés aux branches du vent
ils gardent tout mystère
sans poser de question
----------------------
pourquoi quand et où
coagulant la lumière
une fleur séchée
sous ce parasol bleuté
se faufile une vérité
----------------------
du rouge tapi
entre les rais d'ombelle
rouge lumineux
serait-ce l'amour éperdu
épousant le crépuscule
----------------------
d'un air cabossé
le vase sans artifice
fragile et secret
il enfouit l'obscurité
et les ombres de soi
---------------------
trois oiseaux au bord du vide
secouent du ciel rouge
on dirait qu'il pleut des fleurs
demain on ira cueillir
la fleur de rêve aux oiseaux
mercredi 23 mai 2012
là où l'on lance le pas
Ce
que l'on nomme chemin, trajet, itinéraire - c'est à dire là où
l'on lance le pas – n'est rien d'autre qu'un sillon creusé, à
intervalles réguliers, depuis tant de temps ; et , même si on
voulait en rester au premier regard, dans cette ville là, c'est
quelque chose d'impossible : comment retrouver le premier regard
pour la ville où l'on vit...
S'obstiner,
creuser, attendre. On finit par avoir le vertige de se trouver face à
la lumière vacillante au vent de la nuit, sans savoir ce que l'on
joue, au milieu de nulle part, et vouloir prouver juste qu'on a vécu,
quand le temps s'accélère et, avant que notre ombre qui n'est pas
électrique, disparaisse comme s'il s'agissait d'une lueur d'huile
provenant d'une lampe d'astrakan.
Alors on passe de rues en places, de fenêtre en
fenêtre, on regarde par la porte ouverte dans les cuisines où –
autrefois – on apercevait le foyer sur lequel des poêlons et des
grosses marmites mijotaient et où – aujourd'hui – ne
retentissent que les alarmes sèches de micro-ondes qui ne
réchauffent guère les souvenirs.
Reprendre
son souffle, écouter ce que l'on n'entend plus et qui pourtant longtemps
nous a bercés, jeter quelques tendres murmures sur la ville qui
doucement s'endort, se tenir au bord du précipice, l'émotion
greffée dans le regard, méditer sur le pourquoi de mourir en hiver
et puis, sans une hésitation – et le chemin ne serait-il pas
qu'une suite d'hésitations – , fuir les impasses et se planter à un carrefour avec une envie de
poursuivre : être debout sur la route dans le jour
commençant et fixer l'horizon.
lundi 14 mai 2012
mardi 10 avril 2012
Ne pas se perdre
Dans la ville le ciel est courbe, éloigné, et c'est pourtant là que s'arrime la trace de ce qui n'est pas encore, en une déambulation hésitante de pensées - sorte de médiateurs pour sortir du marasme - lorsqu'on arpente ces lieux incertains, presque de désolation, ces lieux limites qui, telle une seconde peau, enveloppent la ville, la protègent ou l'étouffent; et quand bien même on essaie de saisir quelques bouts et bribes de cette urbanité, de ce bloc désarticulé où l'on se sent, même au plus fort de l'été, comme en dissonance, à chercher en étages ce ciel neutre que l'on souhaiterait secouer comme une nappe afin que retombent des petits bouts de vif, sur les toits, les murs , les trottoirs comme des échardes dans le coeur, pour ne plus penser à tous ces mois passés sans écrire. En un sens pour ne pas se perdre.
mercredi 21 mars 2012
Itinéraire , un peu
Je l'ai presque fait. Sans respirer, Sans pensées du passé. Sans photos non plus. Juste avec les pieds s 'enfonçant dans l'asphalte. J'aurais bien aimé le faire sans regarder.
Le ciel était bleu, avec cette douceur des premiers jours de printemps, venue un peu avant l'heure, où l'on s'attend à voir surgir un lapin au coin d'une maison. J'avais au fond du sac un livre plein de mots. Et je me suis cognée à tout ce qui me heurte. Des voix démesurées qui ébranlaient les pierres, des éclats de bras qui tricotaient le vide, des rides rafistolées sous des cheveux de chaume, et tant de mains tendues ponctuant les trottoirs, et tant de mains tendues qui plantaient leurs échardes. Des regards somnambules et des phrases glanées entre les bouches obscènes, une sorte de sciure où se noie le chagrin. Au milieu de cela, l'éclair d'une vitrine emplie de chocolat et le regard clair de l'enfant juché sur les épaules d'un père égaré dans la ville, un papier à la main, une adresse où aller, un refuge peut-être. Et je le guidai là, agriffant mon regard à celui de l'enfant.
Peut-être j'exige trop de la ville que j'arpente et bougonne de la voir si renfrognée , un peu abandonnée. Mon regard, toujours enchevêtré au passé, ne sait pas feuilleter la partition des rues, saisir aux commissures d'un mur une lumière douce, dénicher un angle de vue où tout est un peu flou, pousser la porte d'un peu d'imaginaire. A force de chercher des traces, on oublierait de vivre.
mardi 31 janvier 2012
Entre les pavés
Je suis dehors entre les pavés.
En haut très loin les boutures de nuit brodent les collines.
Je marche entre les pavés.
Au fond de la place pointe l'église masse de pierre et de verre.
Entre les pavés le ciel est là.
Le ciel de la mémoire d'où sort une musique sans paroles, un chapelet de bonbons, une mosaïque de verroterie, un village jaune fuyant dans le caniveau.
Je suis dehors sur une petite place.
La grande ville avec les raffineries est déjà loin.
Entre les pavés expire ce qu'il reste de vie. Je rends à l'obscur de là-haut, du milieu des collines, le lien rouge qui rattachait au temps simple.
Moderne, le ciel est peint de nuit urbaine.
Je suis dehors. Écartelé entre des pavés. Sur une petite place. Je marche au centre. Démuni.
En haut très loin les boutures de nuit brodent les collines.
Je marche entre les pavés.
Au fond de la place pointe l'église masse de pierre et de verre.
Entre les pavés le ciel est là.
Le ciel de la mémoire d'où sort une musique sans paroles, un chapelet de bonbons, une mosaïque de verroterie, un village jaune fuyant dans le caniveau.
Je suis dehors sur une petite place.
La grande ville avec les raffineries est déjà loin.
Entre les pavés expire ce qu'il reste de vie. Je rends à l'obscur de là-haut, du milieu des collines, le lien rouge qui rattachait au temps simple.
Moderne, le ciel est peint de nuit urbaine.
Je suis dehors. Écartelé entre des pavés. Sur une petite place. Je marche au centre. Démuni.
lundi 23 janvier 2012
A l'angle
C'est à l'angle, à l'angle de la langue, enfin sur l'angle qui n'est pas du côté de ma rue, quand on arrive par le haut – ce qui est bien sûr contraire à toutes les habitudes - . On arrive par la rue que l'on prenait dans l'autre sens pour aller à l'école l'après-midi main dans la main du père. La rue qui longe l'hôpital de la Charité, donc qui longe le père, cerné de murs qui le cachent au regard pour le faire oublier – mais comment peut-on oublier - , et là , à l'angle, une galerie de peintures, abandonnée peut-être, avec des murs vert sombre, écaillés, où d'éphémères collages se désintègrent, se décollent, donnant à chaque passage une texture différente, une lecture à renouveler. L'envie, bien sûr, est de toucher, d'aider à l'usure du temps, d'enlever à son tour quelque morceau de peinture pour voir derrière, comme sur les platanes qu'on écorçait dans la cour de l'école et où se dessinait une cartographie de songes. Une main posée là, comme une invitation à pénétrer au centre, même avec les inévitables éclaboussures, le passé en palimpseste, les traces à déchiffrer, un ciel à gratter, des enchevêtrements à démêler. Et ces points rouges qui pointent ce qu'on ne veut pas voir, ce qu'on souhaiterait enfoui à tout jamais et qui ressurgit, alors qu'on voudrait choisir ce que l'on regarde, maintenant qu'on le peut.
Probablement, il devait y avoir un bras, une tige sous cette main pour pouvoir la relier, la tenir, non comme un étendard mais comme une fleur qui, dans un geste d'apaisement, effleurerait les peaux, leur dirait enfin à quel point il est bon d'être en vie. Et si le sens de cette main posée là, était plutôt la main d'un avertissement : STOP ! Ne t'aventure pas plus loin, regarde ailleurs et tiens si tu partais dans l'autre sens, cela pourrait être sympa...tu pataugerais un peu dans la vie, la nouveauté, tu allégerais un peu ta besace . Pourquoi toujours revenir ici, moi dedans, dans cette histoire des sédiments, avec ce poids dont on ne se déleste jamais. Et puis la couleur verte associée pour toujours à cette rue et qui ressurgit là au premier regard. Le vert des petits placards sous la fenêtre où étaient rangés les trésors d'un enfant, enfin rangés est un mot particulier pour dire entassés ce qui était à moi et auquel personne n'avait accès. Le secret du sacré.
mercredi 18 janvier 2012
non itinéraire
Cela est clair désormais, je ne peux que rester au bord. Il est impossible, après maintes tentatives, de réaliser l'itinéraire tracé, sacré, emmagasiné, délimité, choisi pourtant, élu parmi tant d'autres possibles. C'est celui-ci et il ne peut pas être. Alors biaiser, l'attraper par surprise, en un angle d'approche inédit, une digression, une transgression même. L'emprunter quelques pas et puis s'en éloigner, très vite. Rester au bord de ses limites, et même un peu plus en retrait, et écrire par éclats de regards. Le récit ne peut plus être. Mais écrire le minuscule avec la pulsation intacte, toujours dans l'alerte, où le regard et le réel s'affrontent et, dans cette tension, les mots donnent la respiration. Jusqu'à ce que la langue gouverne et lève un peu l'enceinte du peu.*
*Caroline Sagot-Duvauroux
Inscription à :
Articles (Atom)
