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dimanche 16 février 2014

On devrait toujours


On devrait toujours accrocher un miroir au mur de ses rêves, de même que l’on devrait toujours laisser ouverts les volets de la fenêtre de sa chambre, pour qu’y pénètre le rêve du jardin.


La nuit était silencieuse et la chambre encombrée, mais tranquille. Sur les murs, quelques clichés figés à des degrés divers de bonheur, une photo et une aquarelle représentant des lieux anciens, dédiés à des dieux tombés au champ d’honneur de la désuétude, mais redorés au plaqué-or des parcours incontournables des guides touristiques ; abris de vent pour âmes solitaires, temples solaires aux colonnes desennoblies, dont le socle, telles des souches de pierre, servaient à présent de siège ou de piédestal à des fantômes ;  l’esprit du photographe ou celui du peintre

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La maison en son miroir


On ne devrait pas davantage laisser les miroirs accrochés aux murs qu’on ne laisse traîner ses vêtements sales, roulés en boule pour garder leurs souvenirs, sur un vieux fauteuil à l’osier dévoré par le temps et les transpirations.Tous ces après- midis d’été à guetter l’imperceptible bruit, à sonder les ciels de leurs moindres nuages, à jouer dans la transparence de la lumière avec les mêmes rais de poussière qui venaient se poser sur le coin de la table ou bien sur un dossier de chaise ou encore qui s’écrasaient sur une porte de l’armoire, échouée dans cette cuisine sans âge mais pas sans âme. Par la porte grande ouverte, rentraient les odeurs du jardin, des prés fraîchement fanés, des vieux arbres tordus par des années de neige et des blés qui n’en finissaient pas de mûrir. Sur le mur du fond, un petit miroir rectangulaire sans fard et sans caractère réfléchissait le tronc du prunier centenaire ou bien, selon les heures, son visage lavé des impuretés du jour ou débarrassé des cauchemars de la nuit

lire la suite La maison en son miroir, par Linette

lundi 27 janvier 2014

Les conséquences de prendre la route le matin

Avec beaucoup de retard, mais toujours avec vous



Je hais devoir prendre la route le matin. D'abord, parce que justement ce jour-là, j'aurais aimé traîner au lit, dormir longtemps, trop, jusqu'à me lever bien après que le soleil soit déjà haut dans le ciel. C'est ce matin-là qu'il me fallait pour, enfin, récupérer totalement.
La seconde et principale raison est que je dois, à peine réveillée, me faufiler dans le trafic, trouver la bonne voie, anticiper, m'enfiler dans le tunnel sans me faire emboutir par l'arrière ou sur l'aile gauche, freiner, m'arrêter au feu qui passe au rouge juste quand j'arrive, me faire klaxonner. Tout mon corps, encore tiède du lit et mon esprit empreint de rêves et de torpeur est contraint à devenir machine, machine à calculer, à anticiper, à gérer, tout en moi se rigidifie, je deviens rouages mécaniques et électroniques. La totalité du peu d'énergie disponible en moi à ces heures-là sombre, engloutie par ce pilotage nécessitant les plus puissants calculs. Le tableau de bord et la route m'aspirent, surveiller, vérifier, contrôler, rétroviseurs extérieurs, intérieur et, là à droite, un camion déboule, je me rue dans la file centrale, les freins du véhicule à ma droite hurlent, son conducteur klaxonne et se vrille la tempe de l'index gauche, grimace et vocifère par la fenêtre. Ahurie, je poursuis ma course folle, le corps disloqué, je ne suis plus que roues dentelées, cliquetis, frottements. Devenue mécanique, l'esprit vide de toute pensée, peu à peu je prends place dans le trafic, ne suis plus que ce conducteur. Seuls mes réflexes sont aux commandes, métal animé d'une pulsion locomotrice, j'avance, bouffe des kilomètres, évite les dangers, fonce dans le trafic, poussez-vous j'arrive.
Mais le pire est encore à venir : coup d'oeil sur l'horloge de bord, il me faut arriver avant huit heures. Le temps s'en mêle. Ce bref instant d'inattention est sanctionné d'un indispensable brusque coup de volant, suivi d'un freinage in extrémis et d'un déboitement intempestif. Et voilà les minutes qui s'égrènent et s'allient contre moi. Est-ce à cause de la vitesse ou pour une toute autre raison exogène ou endogène qu'elles défilent à toute allure et qu'il m'apparaît de plus en plus évident que cette course contre elles ne peut tourner qu'à mon désavantage ?
Résultat : Quand j'arrive à destination, mon corps ne sait plus s'extraire de l'habitacle avec lequel il fait corps - c'est le cas de le dire -. Il en fait partie intégrante. Mon cerveau est totalement essoré de ses capacités mentales autres que le pilotage automatique, et je suis inapte à faire quoi que ce soit avant plusieurs heures. Ne reste que le ON/OFF, Contact/ Arrêt. Le temps que du sang chaud se remette à circuler dans mes veines, que mes neurones soient ramenés à d'autres fonctions que les calculs, que les minutes se soient calmées et mon rythme cardiaque ralenti. Or, c'est justement pour travailler, réfléchir, transmettre que précisément ce matin-là, j'ai dû prendre la route.

vendredi 10 janvier 2014

le temps qui passe

 N'ayant pas écrit à l'atelier (il n'y avait que les chats qui me venaient à l'esprit et c'était délicat d'écrire la-dessus sachant que vous êtes tous des amoureux de ces animaux et que je risquais le lynchage...), je me suis mise au travail...

Je hais les horloges. En premier lieu, parce qu'elles sont cyniques et méthodiques. Elles fonctionnent à un rythme qui ne me convient pas. Tic-tac, tic-tac, tic-tac... j'aimerais un toc de temps à autre ou un splash, ou plus précisément un arrêt sur son, une horloge emplie de plages de silence. Lorsque le tic retentit, on ne peut qu'attendre le toc et cette attente, si brève soit-elle, prend toute la place de ce temps qui file à si vive allure. Ce rythme infernal se met à résonner en moi et même les battements de mon cœur doivent se mettre au diapason sous peine de mort imminente. Me voilà à guetter chaque battement, chaque geste, chaque pas pour qu'il s'adapte au rythme du temps qui cogne.
La seconde et principale raison qui m'incite à haïr les horloges, c'est qu'elles me murmurent des choses à l'oreille que je n'ai pas envie d'entendre :
dépêche-toi, tu n'as rien fait aujourd'hui, tu vas bientôt mourir, la vie n'est pas éternelle, tu as encore perdu ton temps, bouge-toi un peu, encore une heure de perdue....
A chaque seconde qui claque correspond un coup de poignard qui me lacère d'images mortifères : la grande faucheuse qui guette, un robinet qui goutte – je sais çà n'a rien à voir, mais c'est stressant - , une bombe qui va exploser, le gros réveil de la tante Eugénie qui même enfermé dans un placard à double tour continue sa rengaine tueuse, et la main posée sur son pouls à la recherche d'un battement....
Alors je me jucherais volontiers, tel Philibert Besson, sur le sommet de la grande horloge qui gère l'univers, non pour haranguer les foules, mais pour à coups de pied stopper net le mécanisme de la fuite du temps. Et une fois cette destruction réalisée, je ne conserverai que les cadrans solaires qui eux sont pleins de douceur puisque l'ombre les caresse....

jeudi 9 janvier 2014

la conséquence du tire-fesses

Je hais les tire-fesses. En premier lieu parce qu’ils sont toujours bondés sous un soleil d’hiver et vides quand la température atteint les moins 20. Je prends le tire-fesse ou je ne le prends pas ? Je prends le tire-fesse ou je ne le prends pas ? J’y vais, et j’hésite. Je lève la main pour attraper la barre puis je renonce la laissant flotter dans un bruit de casseroles entrechoquées. Je relève la main et à peine l’ai-je laissée repartir qu’un surfeur passe le portillon et vient s’écraser sur l’arrière de mes skis, déjà il jure en allemand ou en russe, déjà la file d’attente s’étire sur 500 mètres, déjà un brouhaha d’impatience fait vibrer les câbles de la machine, déjà le moniteur sort de la cabine et m’interpelle pour que j’aille apprendre le maniement du téléski sur la piste orange des enfants de moins de 5 ans, déjà me voici privée de ski pour l’après-midi, déjà un bolide me renverse, me voici à faire des signes à mes accompagnateurs pour leur dire que je les attendrai au bar durant les 4 heures suivantes ; me voilà déjà à payer une fortune pour le café que je consomme tous les quarts d’heure pour ne pas me faire virer par le patron, que je dois supporter l’odeur de la raclette mêlée à celle de la transpiration, supporter la vue des cernes blanches et café au lait, les hurlements des aficionados qui suivent un match sur la télé du troquet, déjà je dois essuyer les éclaboussures du chocolat chaud qu’un gamin vient de renverser, maladresse qui m’amène à supposer que les parents ont quelques perfidies à interdire à leurs gosses de retirer leurs moufles en plastique, quelle que soit la circonstance, sous prétexte qu’ils n’ont pas de temps à perdre à les rhabiller avant de rechausser leurs planches.

La deuxième et principale raison qui m’incite à haïr les tire-fesses est que si je réussi à attraper la perche, rien n’indique que j’arriverai au bout de la remontée mécanique. Tandis que je démarre lentement sous la surveillance malveillante du moniteur, survient l’inévitable arrêt du câble suivi de la secousse brutale du redémarrage qui fait ne pas regretter d’être une fille : à part ça, mes skis s’emmêlent, je ne lâche pas la barre les fesses à gauche, les skis à droite, derrière moi, le père de famille qui tient son fils entre ses jambes fait un écart tandis que le bambin roule-boule les fesses à droite, les skis à gauche, la progéniture et moi encombrons le passage, des touristes anglais nous décochent des mots d’oiseaux anglophones, un slalomeur dont la tête est coiffée de frittes multicolores nous insulte en belge, enfin quand je déchausse pour reprendre ma place dans la file d’attente il y a une panne électrique qui va paralyser le téléski pendant une heure. C’est sans compter que, lorsque le corps accepte de se laisser hisser le long du remonte-pente, interviennent des dizaines de haltes inopinées provoquées par les faux départs d’autres comparses, des heurts avec des skieurs qui traversent aveuglément pour passer de la piste bleu à la piste rouge, de la piste rouge à la piste verte, jouant au flipper avec les perchés que nous sommes puis, en bout de course, vient le moment le plus délicat de l’aventure : lâcher la perche et se laisser aller avec délice sur la piste, mais la rondelle d’appui reste immanquablement accrochée à mon pantalon, je m’élève dans les airs en direction de l’enrouleur des tiges métalliques croisant au passage le bambin  - abandonné par son père - coincé entre deux ressorts câblés, sous le choc, la rondelle faut et je tombe de 10 mètres de haut dans la poudreuse.

Résultat : à la première tentative pour prendre le tire-fesses j’ai engagé une guerre internationale russo-franco-allemande, à la seconde tentative un enfant a été abandonné à l’assistance publique (ou bien à la halte-garderie de la station), à la troisième j’ai grandement amélioré mon vocabulaire zoologique anglo-belge, à la quatrième j’hérite d’un traumatisme crânien dont personne ne parle dans les médias. En moyenne j’ai passé cinq heures à déchausser et rechausser avant d’entamer l’unique descente de la journée. Et quand, à la nuit tombante, je retrouve mes compagnons, ils se félicitent du bel après-midi qu’ils ont passé sur leurs planches et m’annoncent que, demain, ils m’emmènent faire une sortie en ski de randonnée.

La prochaine fois, je vous parlerai des descentes en skating.

« La conséquence des feux rouges », António Lobos Antunes


Voici la nouvelle à partir de laquelle l'atelier d'écriture du 8 janvier s'est proposé de travailler collectivement.
« La conséquence des feux rouges », António Lobos Antunes, Livre de Chroniques, éditeur Christian Bourgois, 2000, p. 7-9

"Je hais les feux rouges. En premier lieu parce qu’ils sont toujours rouges quand je suis pressé et verts quand j’ai tout mon temps, sans parler de l’orange qui provoque en moi une indécision horrible : dois-je freiner ou accélérer ? Dois-je freiner ou accélérer ? Dois-je freiner ou accélérer ? J’accélère, puis je freine, je réaccélère et à peine ai-je freiné de nouveau que déjà une fourgonnette emboutit ma portière, déjà une foule de gens se rassemble dans l’espoir de voir du sang, déjà un type armé d’une clé anglaise sort de la fourgonnette en me traitant de sombre crétin, déjà ma compagnie d’assurances me propose chaleureusement d’en changer pour un concurrent quelconque, déjà me voici privé de voiture pendant une semaine, me voilà déjà au bord du trottoir à faire des signes de naufragé aux taxis, me voilà déjà à payer une fortune pour chaque voyage où je dois par-dessus le marché supporter le ver luisant magique et la Sainte Vierge en aluminium sur le tableau de bord, le squelette en plastique pendu au rétroviseur, l’autocollant représentant une demoiselle à chapeau et cheveux longs près de la pancarte « Ne pas fumer je suis asthmatique », proximité qui m’amène à supposer que les problèmes respiratoires se sont accrus à la suite de quelque perfidie secrète de la demoiselle que je ne saurais démêler.
La deuxième et principale raison qui m’incite à haïr les feux rouges tient au fait qu’à chaque fois que je m’arrête surgissent derrière ma vitre des créatures invraisemblables : vendeurs de journaux, vendeurs de pansements adhésifs, des dames vertueuses avec des boîtes en métal pendues à leur poitrine qui vous collent autoritairement sur le cœur le crabe du Cancer, les gros balèzes de la Ligue pour les aveugles Joào de Deus dans le sillage d’un haut-parleur sur le toit d’un tas de ferraille flambant neuf, le citoyen digne à qui on a volé son porte-monnaie et qui a besoin d’acheter son billet de train pour Porto, le tuberculeux avec son certificat à l’appui, toute la caste des infirmes (microcéphales, macrocéphales, boiteux, bossus, strabiques divergents et convergents, goitres, bras étiques, mains avec six doigts, main sans un doigt, mongoliens, dirigeants de partis politiques, etc.), sans compter l’escouade des Pompiers volontaires qui ont besoin d’une ambulance, les lauréats de l’université de Coimbra, en cape et soutane, qui ont décidé de faire un voyage de fin d’études en Birmanie et les jeunes toxicos qui n’ont jamais réussi à voler un seul lecteur de cassettes ce jour-là.
Résultat : au premier feu rouge je n’ai déjà plus de monnaie. Au deuxième je me retrouve sans veste. Au troisième sans chaussures. Au cinquième tout nu. Au sixième, je donne ma Volkswagen. Au septième j’attends que le feu passe au rouge pour assaillir à mon tour, mêlé à la multitude de pompiers, étudiants, drogués et microcéphales, le premier véhicule qui s’arrête. En moyenne je change cinq fois de vêtements et de voiture avant d’atteindre ma destination, et quand j’arrive, au volant d’un camion TIR, flottant dans un pantalon gigantesque, mes amis se plaignent que je ne suis pas ponctuel".

lundi 16 décembre 2013

Pour fêter les 1 an de la fin du monde : Le dernier cadeau de Bugarach (Hommage à Gabriel Garcia-Marquez)

Remake de la nouvelle de Garcia Marquez : un hombre muy viejo con unas alas enormes

A minuit, les parents XY à moitié endormis au chevet de leur petit garçon malade, perclus de fatigue, furent rappelés à la réalité du monde par les cloches qui sonnaient l’heure, et qui apparemment n’était pas celle du jugement dernier. On était  le 22 décembre 2012, à Bugarach, Aude, France.  XX jeta un coup d’œil par la fenêtre, et vérifia que les choses étaient toujours là, à leur place, même s’il était difficile de les distinguer, informes et ensevelies sous une épaisse couche de neige.
L’idée lui traversa l’esprit que le monde avait peut être pris fin, et qu’ils faisaient partie des survivants, après tout, même s’il n’y avait pas complètement cru, et qu’ils avaient été choisis.
Mais il ne put y réfléchir bien longtemps car l’enfant demandait des soins et cette réalité-là était bien plus urgente, fragile et précieuse et quelle que fut la dimension dans laquelle ils habitaient à présent, la maladie n’en était apparemment toujours pas exclue et il fallait bien y faire face.
Pendant quelques jours, la vie de l’enfant vacilla, puis, le 25 décembre, alors que le village déballait ses cadeaux ou soignait sa gueule de bois phénoménale post Apocalyptique, la neige commença à fondre, la fièvre quitta le petit corps et le monde se remit cotonneusement en marche.
Dans le courant de l’après-midi, XX qui digérait mal sa dinde aux marrons et rongeait son frein dans ce monde où décidément il ne se passait jamais rien, -même « Plus belle la vie » avait fini par le décevoir-,  se laissa intriguer par un rayon de soleil particulièrement tenace sur une tôle verte au milieu des véhicules entassés dans la casse de son entreprise de véhicules d’occasion. Comme YY ne trouvait rien de spécial à ce rayon vert merveilleux, mais qu’il aimait bien avoir raison, il enfila ses bottes et chaussa son bonnet et disparut parmi les compressions à moitié rouillées.

Sur le coup, il ne comprit rien à ce culbuto géant, plus large que haut ; avec sur le côté de ce qui aurait été sa tête verte, une antenne qui pendouillait lamentablement ; géant pour un culbuto, mais à bien y regarder, assez mal fichu pour autre chose. Insidieusement, imperceptiblement, la chose bougeait, glissait sur son socle comme si elle avait été montée sur roulettes, et n’était pas sans rappeler à XX … Non, non, c’était impossible, il était encore sous le choc post-fin du monde imminente, il ne fallait pas s’emballer, il y avait sûrement une explication rationnelle. C’était sans doute un de ces journalistes fumeux qui avait abandonné un gadget hors d’usage, ou les Ultras, ceux des grottes du Pic qui avaient oublié un de ces machins qu’ils trimbalaient toujours avec eux.


jeudi 14 novembre 2013

Malentendus

Voici le travail que j'ai réalisé  lors des ateliers animés par Bertrand Leclair au mois d'octobre. J'ai légèrement détourné la consigne de départ, qui était de faire un remake d'une nouvelle existante, puisque je suis partie de la pièce d'Albert Camus "Le malentendu" . J'ai gardé l'intrigue et l'ai insérée dans une nouvelle tout en l'actualisant.

 Mercredi 2/10
En regardant le ciel , aussi empli de taches sombres que le tampon buvard qui trônait sur le bureau de mon grand-père , je me dis que mon séjour ici est sur le point de prendre fin. Mon travail de recherche est pratiquement achevé, je peux partir et poursuivre mon voyage mais voilà, on remet au lendemain ce qui pourrait être fait à l'instant et on se trouve entrainé dans une affaire que l'on n'espérait pas.Hier soir, prenant mon repas au restaurant de l'hôtel , je me suis mis à parler avec une jeune femme qui, tout en mangeant, lisait à une table près de la mienne. Elle a fait tomber son signet – j'adore les signets – je l'ai ramassé et en ai profité pour regarder le titre du livre qui l'absorbait : Antigone de Henry Bauchau, que j'avais lu quelque années auparavant. La conversation s'est alors engagée et nous avons échangé quelques mots sur cet auteur que nous aimions tous deux. Je lui ai parlé de ses Journaux d'écrivain qui accompagnaient ses romans , donnant un éclairage sur l'écriture du livre et les strates qu'ils en révélaient. La fin du repas s'est écoulée sur quelques généralités puis elle me confia que son mari devait la rejoindre le lendemain matin. J'aie perçu une certaine inquiétude dans son propos mais n'ai su y lire que l'angoisse afférente à une attente intense. Je n'ai pas posé de questions – je pose rarement des questions – et lui ai souhaité une bonne nuit avant de rejoindre ma chambre et poursuivre la mise au clair de notes préparatoires à l'écriture d'un prochain livre.
.........

On peut lire  la suite de cette nouvelle sur le site:
https://docs.google.com/document/d/1vKiU-AqD1cW2n-glVwB9Kft2IV_uLv1HHURjOQEWZ4k/edit?usp=sharing

mercredi 30 octobre 2013

Troublante Afrique

Remake d'après "Contes de la bécasse" de G de Maupassant, "Un coq chanta"

"Mademoiselle Adeline Bayle l'avait remarqué à l'un des séminaires où son laboratoire pharmaceutique invitait les prescripteurs, chefs de clinique privée, chirurgiens promis à une brillante carrière ... Ils avaient échangé leurs mails et numéros de téléphone et, discrètement au début, elle s'arrangeait pour lui faire envoyer les invitations à tous les séminaires qu'organisait le laboratoire qu'elle dirigeait. "

Si vous voulez connaître la suite, cliquez sur le lien ci-dessous :

lundi 28 octobre 2013

Lettre à un jeune ami

 (Remake issu de la lecture de Rainer Maria Rilke, « lettres à un jeune poète », Nrf, Gallimard, 1993. La lettre  est celle du 23 décembre 1903, p. 73-83 de cette édition). je viens de découvrir et de lire sur le blog à l'instant (30oct 17h) vos travaux de 2010 sur les lettres en lien avec Rilke et même (!!!) avec cette lettre du 23 déc; merci à Ange-Gabrielle de me l'avoir signifié ce matin; j'ai 3 ans de retard...)
29 juillet 2003
Mon cher monsieur Nellic,
Il ne faut pas que vous restiez sans un mot de moi alors que le mois d’août approche et que la solitude, au milieu de la ville désertée, vous pèsera davantage qu’à l’ordinaire. Mais si vous remarquez qu’elle est plus vaste que d’habitude, réjouissez-vous, car que serait la solitude sans grandeur ? Il n’y a qu’une solitude, elle est lourde, et il n’est pas facile de la supporter, il arrive à tout le monde de vivre des heures et des jours qu’on voudrait échanger contre une présence même banale, anodine, fût-elle avec le premier venu, avec la personne la plus indigne. Mais dans ces jours, la solitude ne fait que croître, elle est douloureuse, elle endolorit le corps et l’âme même de la personne la plus volontaire. Que cela ne vous abuse pas. Ce qui est nécessaire, c’est seulement ceci : la grande solitude intérieure. Pénétrer en elle, voilà à quoi il faut parvenir. Rester seul, lorsque les autres autour de vous vont et viennent dans des affaires sans importance, paraissent très occupés, très entourés. Mais quand on s’aperçoit que leurs agitations sont vaines, et qu’ils n’ont que peu de lien avec la vie, pourquoi continuer à les envier ? Observez-les à partir d’un œil neuf, sans les mépriser.
Pensez, cher Monsieur, au monde que vous portez en vous, à vos souvenirs, à vos conceptions de votre avenir, aux scènes que vous vous inventez, là, étendu sur votre lit, face à votre bureau, ou en marchant. Ces pensées et les sensations qu’elles suscitent doivent attirer toute votre attention et avoir le soutien de tout votre amour. Ne perdez pas votre temps et votre énergie à expliquer aux autres votre vie intérieure, elle les effraierait, ils la confondraient avec leur anxiété et vous couperaient la parole. 
La condition dans laquelle il vous faut vivre maintenant est débarrassée de tous les préjugés.
Et puis, ce que vous éprouvez,  cher Monsieur Nellic, vous l’eussiez éprouvé un jour ou l’autre, quand l’aube de la vie ébauche ses ombres.
Vous voudriez croire en Dieu, mais n’y parvenez pas. S’il n’était pas déjà là dans votre enfance, ni plus tard, dans vos visites des temples, c’est que vous ne le possédez pas, tout simplement. Il a toujours été absent, alors à quoi bon le quêter ? Ne le déplorez pas. Qu’est-ce qui vous empêche de l’inventer, de le voir dans cet arbre dont vous êtes la feuille, dans ce lac dont vous êtes une ridule ? Construisez-le, il n’attend que votre présence, pour exister enfin.
Vous soulevez dans votre lettre une "épreuve" qui vous "engloutit au fond de l’abîme", écrivez-vous. La rupture avec votre ami. Elle vous a pris au dépourvu tant votre amour – dites-vous - était transgressif, inexplicable, un coup de foudre qui vous a donné la force de rompre avec votre famille, qui vous a aussi éloigné de votre sœur tant aimée qui ne veut plus vous voir. Que de sensations et de mots convenus mon jeune ami ! La transgression, l’inexplicable rapprochement des corps, ne se pensent et ne se vivent que parce qu’ils sont bornés, normalisés, tout un chacun est amené à ressentir ce que vous ressentez,il n'y a rien d'intime, en cela, d’autres que vous, avant vous (des amis, la littérature,  le cinéma…) vous ont appris à désirer ce désir-là.  
 Ne rejetez toutefois pas le désir. Il est l’espace de votre solitude. Ce qui lui  donne une issue, un futur, sa sensualité.
J’ai 75 ans. Je n’associe plus d’objet au désir, il est en moi, et son espace demeure intact, vierge. Je ne puis plus compter sur les apparences, voyez-vous, je ne suis plus quelqu’un dont on dirait qu’il est séduisant. Mon corps faillit souvent, il a ses propres maux. Mais qu’est-ce merveilleux de vieillir ! Les dés sont jetés. On ne peut plus tricher.
Les années passées ont été pour moi un combat pour admettre la solitude, vivre avec elle, l’apprivoiser. M’en faire une amie. J’ai longtemps lutter, chercher l’âme sœur, la complice, l’Amie.
Là. Dehors.
Chez les êtres qui me rassuraient, chez des femmes conformées aux désirs des hommes. Maintenant, je conçois que j’étais conventionnel, irrésolublement.
Et je restais passionné par la présence vacante, par la lueur vacillante du désir de mon désir. Je ne l’aimais pas cette femme sans condition, je ne la comprenais pas,  je ne voulais pas entendre sa voix qui me ramenait à ma solitude. A mon désir sans objet, sans elle.`
Vous êtes jeune mon ami, vous avez cette chance de pouvoir gagner du temps, d’apprendre vite. Votre solitude est votre maître. Exigent. Mais bienveillant.
Réjouissez-vous de vivre ce mois d’août. Abandonnez-vous.


mercredi 23 octobre 2013

hors de soi

"Hors de soi" s'inspire de "Sommeil" de Haruki Murakami, nouvelle dans le livre L'éléphant s'évapore,  éditions 10/18, 2008.


Début :
"VOILA 117 JOURS QUE JE SUIS HORS DE MOI.
Je ne parle pas de surmenage, d'énervement, de fureur. Je suis tout simplement hors de mon corps. Je peux à volonté me détacher de mon enveloppe physique.
Etre hors de soi, je l'ai vécu durant des années. J'enchainais les activités du matin au soir, ou plus exactement d'un matin au suivant."

La suite en appuyant sur le lien suivant :
https://drive.google.com/file/d/0B9RgCz7F4uZtdWEwbF95WjRBMGM/view?usp=sharing

vendredi 4 octobre 2013

Ateliers de la rentrée

Nous terminons notre 3° séance de travail avec l'écrivain Bertrand Leclair (« Malentendus », « Dans les rouleaux du temps », « Une guerre sans fin » …) actuellement en résidence à Saint-Etienne.
Lors d'une rencontre préparatoire en début d'été, Bertrand Leclair nous a proposé un atelier de lecture « en profondeur » d'une oeuvre courte, ou d'une nouvelle que nous aurions choisie et dont nous ferions le « remake *»(à ne pas confondre avec le pastiche*), l'écriture se faisant alors « hors atelier ».

Les consignes sont les suivantes :

    • Chacun(e) choisit une nouvelle qui le (la) touche
    • En fait une lecture à l'ensemble du groupe
    • Explique CE qui le touche dans cette nouvelle
    • Met en évidence les différentes « lignes » de force, les structures, les points de bascule, les moments importants, à l'oeuvre dans la nouvelle
    • Transpose ces lignes de force dans un contexte contemporain (met en branle ce qui a touché et les lignes de force dans l'aujourd'hui)
    • Ecrit pour la rencontre suivante un remake de la nouvelle choisie
    • Lit ce qu'il a écrit au groupe

Bertrand Leclair – et l'ensemble du groupe – interviennent dans les quatre dernières phases pour apporter une aide et/ou des critiques constructives. Chacun retravaille son remake pour la séance suivante.
Il nous reste une dernière séance avec Bertrand Leclair :  jeudi 10 octobre à 19 h chez Natô
Nous n'aurons pas fini le travail à la fin de la résidence de Bertrand Leclair, donc nous continuerons nos travaux au cours des séances suivantes.


*Remake : reprise (utilisé souvent pour les films) dont le contenu peut-être plus ou moins fidèle à l'original mais qui reprend toujours le scénario original

*Pastiche : imitation minutieuse du style d'un auteur qui reproduit les formes et les contours des phrases (ne visant ni le plagiat, ni la parodie, ni la caricature)