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mardi 14 avril 2026

Panser les images : chapitre 5 : Cartographier les espaces vides

Les travaux sont terminés. Tout est plus clair.

l'espace est vide et résonne de la disparition des meubles

Les matelots sur le bateau du capitaine Cook qui vont découvrir la nouvelle Zélande imaginent chacun à quoi va ressembler cette terre. Vénus est censée veiller dessus. Ils sont également venus pour ça, pour observer le passage de Vénus au dessus du soleil, et c'est de ce point là qu'on peut la voir. Chacun imagine donc, Chacun y projette celle dont il est originaire. L'un d'eux pressent que les antipodes sont reliés avec l'hémisphère Nord par une sorte de correspondance qui ne se voit pas au premier abord.

Je passe mon partiel de littérature espagnol. Un texte m'a beaucoup marquée pendant l'année, un conte de Juan Ramon Ribeyro qui raconte l'histoire des doubles qui ne se rencontrent jamais car ils voyagent en même temps. Je tire au sort un papier. C'est ce texte-là. Je ne suis pas très chanceuse en général aux jeux de hasard, mais cela m'est arrivé deux fois, de tirer le sujet que je connais le mieux ou qui,me plaît le plus. Le papier doit irradier une lumière qui m'attire. Curieusement, je n'obtiens pas une note extraordinaire, je m'en sors juste avec les honneurs et avec une invitation du prof à venir passer la soirée chez lui. Il a glissé le petit papier de hasard dans ma main, avec son adresse et l'heure du rendez-vous. L'Anglais s'en va de Londres à Sydney; tombe amoureux, un papillon jaune se balade au long de la nouvelle. Il y a quelques espaces vides, des trous dans la raquette, mais lorsque l'Anglais qui s'est fâché de jalousie avec son amoureuse australienne revient chez lui, la sculpture qu'il avait commencée est terminée et a le visage de l'amoureuse en question. J'accepte l'invitation à dîner du prof, mais décline la visite de sa chambre à coucher de la rue des Martyrs, bien qu'il me liste ce que je perds tant son expérience est grandement reconnue.

Je repense à cette amie qui avait un appartement pas loin de chez Michel. Presque pas de meubles, un appartement d'étudiante exilée. Mais surtout, elle avait une pièce à puzzle. Des pièces éparses dans la pièce. Rien d'autre. j'avais été très admirative. Il aurait été fantastique que lors d'un de retour de voyage aux antipodes de St Genest-Malifaux, à savoir quelque part près de Waitangi (Chatam Islands), son puzzle ait été terminé. Mais non, lors de son déménagement pour une nouvelle vie, à Genève, dont les Antipodes sont toujours Waitangi, je me demande si elle a une pièce à puzzle. Mais non, il est resté dans sa boîte.

Moi je suis plantée là dans ma pièce vide, désorientée comme une poule ayant trouvé une pièce de puzzle. Que faire de cet espace vide ? Dans mon hippocampe, je spatialise à toute vitesse. Maintenant que le reset est fait, comment faire disparaître la terre ? 

Un papillon jaune entre par la fenêtre. Le dérèglement climatique les a réveillés tôt cette année.

Notes de bas de page :

"Todos tenemos un doble que vive en las antipodas. Pero encontrarlo es muy dificil porque los dobles tienden siempre a efectuar el movimiento contrario.

Ce prof, Hugo Neira, est ensuite devenu directeur de la bibliothèque nationale du Pérou, je lui dois aussi Alejo Carpentier

lundi 13 avril 2026

Panser les images 1 Histoire du numéro matricule 37851

Aujourd'hui je vais disparaître de la surface de la terre

je ne le sais pas encore, mais je le pressens

on jettera mon corps dans le fleuve et mon cadavre ira nourrir les poissons voraces et les requins

ou bien on le mettra dans le cimetière, comme ce vieux ... dans le marécage plein de vase, entre les longues jambes des palétuviers

Dans ma Haute-Loire natale, ce sont les corbeaux qui parfois se chargent de la besogne, mais tout de même, en général on vous enterre proprement, même si c'est dans le carré des indigents.

Je suis dans ce camp des Hattes, à l'extrême Ouest de la Guyane, à l'embouchure des fleuves Mana et Maroni.

Elle a finit par me retrouver

Elle est venue boucler quelque histoire, je n'ai pas tout compris

et du coup elle raconte la mienne, je ne sais pas pourquoi

Comme la Vierge Noire de mon cher Puy en Velay, elle a, elle aussi ses mystères

même si elle n'est pas vierge, la preuve, elle est là avec sa fille, unique, Unique.

là-bas, la terre lourde et marron ; mais parfois noire ou pourpre, légère du souvenir des colères des volcans. Toutes les pierres ne sont pas lourdes. Toutes les pierres ne fracassent pas les crânes.

Dans la cathédrale il y a la pierre des fièvres.

Ici, du sable et de la vase, rien qui ne permette de guérir, au contraire, tout est corrompu.

Pour les gardiens, ce n'est pas facile non plus. Alors ils se vengent sur nous des moustiques et des rats. D'être sans nouvelles de leurs familles pendant de longs mois

 Il y a quelques semaines, le Docteur Léon Collin est venu nous visiter

Les Hattes, ça veut dire bétail, et c'est ce qu'on fait : On élève du bétail, mais élever est un bien grand mot, tant il en meurt plus qu'il n'en naît. On ferait mieux d'y exploiter les moustiques, la science n'a pas encore trouvé qu'en faire.

Pourtant, les moustiques ont de l'avenir. Paludisme, là-bas, chikungunya ici, ce n'est pas ce qui manque.

Sinon, on devient fou et on meurt beaucoup aussi, on n'est pas plus résistant que les boeufs, ce n'est pas parce qu'on a la parole ; d'ailleurs nos paroles sont toutes croches, la douleur et la faim nous font perdre l'esprit.

 Maintenant, quand elle me retrouve, ça s'appelle Awala Yalimapo, c'est un village Amérindien.

en 1909, je ne sais pas où ils sont ni même s'ils existent

La place du vide (voir aussi Cartographie du vide)

Le 31 décembre 1988 est créée la commune d’Awala–Yalimapo1, située sur la pointe ouest de la Guyane française, à l’embouchure du fleuve Mana et du fleuve Maroni, frontière naturelle d’avec le Surinam. L’implantation des familles sur le site remonte cependant aux années 19502 : elles arrivent alors de Couachi, de Pointe Isère et du Surinam, trois zones d’implantation voisines. Il s’agit de familles kali’na, nation amérindienne autrefois nommée « galibi », occupant traditionnellement la partie littorale de l’Amazonie, dans une zone qui va de l’actuel Surinam à l’ouest du littoral brésilien. Marie Blanche Potte

 Je ne sais pas qui ils sont, des Sauvages, eux aussi ils sont assez nus, mais eux c'est par plaisir, ou par vice. Ils ont juste un bout de tissu accroché autour de la taille par une ficelle et qui pendouille devant leur pénis. Je suis trop malade, ils disent que je suis soigné dans le sanatorium, mais un sanatorium, en général ce doit être un endroit où l'air est bon. Ici, il est pestilentiel.

je ne me souviens de rien

on m'accuse d'avoir tué un homme chez qui j'avais travaillé la semaine avant son décès. j'ai vu son cadavre, il était tellement amoché que j'ai failli ne pas le reconnaître. on dit que je suis passé de bar en bar pour régler mes dettes et boire, on dit on dit

je me souviens de la mer entre la Rochelle l'île de Ré

on nous appelait les forçats, on était obligés de travailler en silence, la puanteur déjà, les humiliations

on était mélangés dans nos crimes, certains, de ce que j'ai entendu n'avait pas fait grand chose

moi je ne me souviens de rien de ce soir-là

 je me souviens juste de l'océan entre st Martin de Ré et la Guyane

c'est là qu'on envoyait les pires des pires

je savais qu'on en revenait pas

c'était long et on était enchaînés, sur le bateau La Loire on était dans des cages

on respirait la mer par des trous, mais on n'avait pas le droit d'approcher la tête

je ne pensais pas que la terre fut si grande qu'il fallut si longtemps rouler dans un bateau pour aller d'un point à un autre

J'étais employé pour battre à la machine en septembre chez ce Pierre Crespe car il manquait du monde, j'étais pas loin, j'étais né pas loin de là où il est mort.

 "Faure a demandé trois femmes et voulait payer pour nous trois

revenu du service militaire il a logé chez sa belle soeur qui l'a nourri et logé

par pitié"

Je n'ai rien fait de ma vie, à part cette chose qui vient me faire mourir en Guyane dans les pires conditions.

ma mémoire du temps avant que l'on m'enferme, que l'on me transporte, que l'on m'enchaîne, que l'on ne me donne rien à manger, est pleine de trous.

Panser les images : 1 bis Histoire du numéro matricule 37851

Fils de Barthélémy et Victoire Eymard

Né à Vals près le Puy, le 5 mars 1885

âgé de 23 ans en 1909

écroué le 9 juillet 1909 sur Le Loire

Cote du dossier :COL H 4160A

Condamné en :1908

Territoire de détention : Guyane française.

Numéro de matricule : 37851

Observations complémentaires :

 Décédé le 8 novembre 1909 aux Hattes (Maroni)

Juridiction de condamnation :  Juridiction non renseignée

Sexe :  Masculin

Identifiant ark :ark:/61561/4446185

Les renseignements fournis sur mon compte étaient déplorables : paresseux, vivant d'expédients et de rapines, visage long / teint pâle / menton bas

D'autres bagnards au même moment :

Peillud, Lucien Auguste /AliasNapoléon /Condamné en :1908 Décédé le 15 juin 1909 aux Hattes 

Massanell, Candido / Décédé le 21 août 1909 aux Hattes (Maroni)

Joseph Gasol Décédé le 2 octobre 1909, aux Hattes

Khellaf Saïd ben Ahmed Décédé le 18 octobre 1909 aux Hattes

Margaillan, Louis Antoine Condamné en :1908 / Décédé le 11 novembre 1909 aux Hattes

 

Ralaisoa Condamné en :1908 Décédé le 13 novembre 1909 aux Hattes (Maroni)

Marius Manière décédé le 23 Novembre aux Hattes

Robert, Pierre Alphonse Condamné en :1908 / Décédé le 26 novembre 1909 aux Hattes 

Maridor, Charles Louis Albert Condamné en :1908 / Décédé le 4 décembre 1909 aux Hattes 

Reynier, Albert Lucien Auguste Condamné en :1908 Décédé le 21 décembre 1909 aux Hattes 

Maresquet, Robert Eugène Condamné en :1908 Décédé le 29 décembre 1909 aux Hattes (Maroni)

Joseph Urbain Camille Demary Décédé le 31 décembre 1909 aux Hattes

Panser les images : l'histoire du matricule 37851 : 2 retour au bled

Hier elle est retournée là-bas. Dans le village de Saint-Christophe sur Dolaizon. Le village du type que j'ai soit-disant assassiné. On y enterrait sa petite-fille. Elle avait plus de 90 ans.

Je la regardais faire, à s'ennuyer et à prendre tout notre mal en patience, elle n'arrêtait pas de lorgner de mon côté. Faut dire que cette voûte avec les pierres qui s'enroulent comme un chemin d'escargot, est particulièrement réussie. Puis elle essayait de comprendre la signification vestimentaire d'un Jésus drôlement attifé, gracieux, drapé avec un sous-quelque chose à fleurs de lys.

Moi je tenais quand même mon rôle de fantôme, je ne sais pas jusqu'à quel point j'y étais pour quelque chose, mais en tous cas rien ne fonctionnait. Ce n'est pas que quand on est mort on se tienne tellement au courant des nouveautés technologiques, on a bien assez à  faire à hanter et à faire des migraines épouvantables à qui en veut. Le curé avait pris un ton compassé et résigné pour expliquer qu'hier ça marchait mais aujourd'hui seulement à moitié. Il eut mieux valu que la moitié marchante passe également aux pertes et profits, on aurait alors pris des mesures, ne serait-ce que parler plus fort, devant, et ça aurait évité les larsens et les crachouillis insupportables. Pour les prières passe encore, quand on a été élevé et aplati dans la religion toute sa jeunesse, ça se récite tout seul longtemps après, on en a tellement mangé des mois de Marie, des messes de 10h30 ou du samedi soir pour pouvoir faire la grasse matinée. Par coeur et même à contre coeur. Pour les cantiques idem, et tout le monde chantait mal. Je planais là-haut dans la voûte en escargot, je projetais quelques lumières colorées à travers les vitraux quand une des filles de la décédée a dit un beau poème sur les saisons de la vie et les saisons de la morte ; une autre fille aussi, a parlé de riz au lait, ça faisait presque pleurer, parce que ça m'a rappelé celui de ma mère, même qu'elle ne m'en faisait pas souvent.

Elle avait prévu de chanter une petite chanson en italien, l'histoire d'un type disparu dans la montagne. Elle l'aurait chanté au féminin et aurait bien compris qu'il fallait transposer les montagnes en plateau. Mais elle n'a pas pu trouver un interstice où se glisser entre les litanies du prêtre qui enfilait espoir et espérance mais ne lui en laissa aucun des deux. Il disait comme on dit toujours dans ces cas-là, personne n'est vraiment parti, il ou elle est allée préparer une place. Pour ce qui est de mon enterrement, ça a dû être vite bâclé. Et pour ce qui était de préparer une place, je ne vois pas qui aurait aimé me rejoindre, pas même ma mère que j'ai dû désespérer. Je suis un mort sans domicile fixe. Je n'ai dû laisser que de mauvais souvenirs.

A la sortie de la cérémonie, la grosse cloche dans son clocher à peignes sonnait et valdinguait, c'était beau à voir. Je n'aimais pas trop aller à la messe, mais j'ai toujours trouvé que cette église était jolie, et pourtant, je n'étais pas très porté sur l'esthétique.

Après ils sont tous allés au cimetière, re - prières et pas de terre jetée sur le cercueil. On a enfourné l'Andrée dans le caveau ouvert, comme on aurait enfourné un gros pain.

Elle a demandé aux plus anciens, notamment une autre petite fille du type, si elle savait où son grand-père avait été enterré. Non, elle ne l'avait jamais su.

Après, longtemps, après, ils sont allés boire un coup, comme on fait, d'ailleurs c'est e qui motive tout le monde. Une des filles a dit : le patron est un peu débordé, c'est son premier enterrement. Elle, elle pense que c'est le bistrot de mon assassiné (je dis ça pour aller vite, moi j'ai toujours nié). à part la fille des saisons, personne n'a entendu parler de moi, tout au moins personne ne se souvient de mon nom. Ce serait facile à retenir, la morte et moi, on s'appelle pareil André(e), comme son père. Son mari s'appelait Pierre, c'est une manie dans le coin.

Les pierres dans cette région, c'est quelque chose ! Tantôt rouges et pleines de trous, rouge lie de vin. Tantôt compactes et noires, lourdes et elles se cassent net. Ce sont les pierres avec lesquelles ... On dirait les mêmes en Guyane. J'ai dû en emporter des graines avec moi.

Au retour, elle a demandé à son chauffeur de frère s'il voulait bien passer par Vals. Elle est si jolie cette petite route, le long du Dolaizon bleu brillant avec les chibottes. C'est ce qu'ils ont fait. Ils ne sont pas allés dans la rue de la scène de crime et quand la Madone est apparue sur son rocher, je les ai quittés.

Panser les images chapitre 4 : L'arbre de la Bodhi (sous lequel Bouddha a reçu l'illumination)

 En haut de la colline sur le chemin des bois aux champignons, il y avait un aber. Un roi arbre _ un hêtre* ou un chêne. On le voyait de loin donc. puis on le perdait de vue. On savait que lorsqu'on l'atteindrait on aurait fait le plus long et le plus dur. C'est à dire la côte raide et pierreuse, où on se tordait les pieds, en plein cagnard, ce chemin qui ressemblait à celui du catéchisme, ce chemin où on en bave, mais c'est le droit chemin (favorisant l'accès à l'illumination), contrairement à l'autre, la route plate et lisse, bordée d'arbres comme sur la boîte de bonbons pralinés granités de vert, et qui est le chemin du péché

On commençait donc à gravir les graviers sur ce droit chemin et quand on arrivait à l'Arbre, la vue nous récompensait de nos efforts. Les champignons, on imaginait déjà le plaisir d'en découvrir un nid, de sortir le petit couteau, de les décalotter délicatement de la mousse, de cacher leur pieds pour ne pas donner d'indications aux prochains cueilleurs (et peut-être croyait-on pour qu'ils repoussent), de sentir leur poids au bout du bras dans le sac plastique, de sentir l'odeur d'humus après l'odeur de poussière de chemin. Comme ce n'était pas encore pour tout de suite, et comme pour savourer un plaisir anticipé, on s'arrêtait sous l'arbre et on profitait de la vue  !!

à 360 degrés lorsque le regard plongeait du côté d'où l'on arrivait et du côté de l'avenir, aménageait une perspective douce sur les bois aux champignons convoités avec un avant de champs labourés, de prés encore verts

Une halte auprès de l'arbre, c'est à peine si nous échangions quelques mots, mon père et moi, nous n'avions même pas de gourde ni de goûter, nous écoutions le frémissement du vent dans les feuilles sèches ; je me rends compte que je n'ai connu cet arbre qu'à la saison des champignons, donc des feuilles sèches, qui ne disparaissent qu'au moment où les feuilles nouvelles sont prêtes à surgir. C'était un chemin d'automne, l'été nous allions à La Clare, nous tremper dans la Semène. L'hiver nous allions faire de la luge dans les prés du quartier, au printemps nous allions dans ces mêmes étendues cueillir les narcisses et les myosotis. Comme pour les champignons nous avions nos coins. (Avant que les lotissements ne détrônent le sauvage, le tout children's lands)

Après le chemin de catéchisme tout n'était que plaisir, convoitise, sens apaisés, reconnaissants ; j'aimais cet arbre, comme une étape sur le droit chemin, un petit périmètre de paradis bien mérité, après la suée et l'essoufflement. Avant de gagner la route blanche, le plat, le couvert du premier petit bois.

Puis un jour, il n'y eut qu'un trognon. L'arbre avait été victime d'un coup de foudre, mais le problème avec les arbres, c'est qu'il n'y a pas de réciproque avec le ciel ; le coup de foudre c'est la mort assurée pour l'arbre, à plus ou mois brève échéance.

Pendant quelques temps, les branches mortes ont pendouillé d'un côté, lamentables. Et je voyais venir son agonie je ne prenais plus le chemin, j'arrivais par la route blanche avec ma mobylette ou avec ma 2CV puis un jour je ne vis plus rien, l'arbre avait été complètement coupé et mon père était mort aussi, puis j'ai déménagé ne suis plus allée aux champignons, les tiques, la radiocativité, tout ça...

je pense à eux quelquefois, l'arbre et mon père, l'illumination, lorsque j'écris des livres à n'en plus finir, 

"Les traces laissées par ces expériences d'interactions minuscules mais intenses continuant leur chemin à travers le chaos quotidien, s'obstinent à créer des lignes de vie et de mouvements qui circulent et s'entrecroisent entre soi et le lien avec les autres, sans frontières. Un lien peut disparaître mais plus difficilement un affect, une mémoire sensible". 


Olga Tokarczuk : Pérégrine : titre de chapitre : L'arbre de la Bodhi

Vocabulaire photographique : Basse lumière

Citation extraite d'Un Abécédaire sensible des bibliothèques" p.231

Un roi sans divertissement (Jean Giono) : p.1 

Image : (à venir)

lundi 2 mars 2026

Panser les images : Les fiches : inventaire des disparitions

 "Et je n'avais que le néant"

Je vais voir ce documentaire de Guillaume Ribot un dimanche matin à 11 heures. réalisé à partir d'une partie des rushes non utilisés de Shoah par Claude Lanzman

Remettre des images sur des endroits effacés falsifiés - Disparus

 



dimanche 1 mars 2026

Panser les images : Chapitre 3 : je suis

Il ne se passe rien

tout va bien

Je suis sur du fruit

ce sont des noisettes, des cerises

mangées à même les arbres

dans mon paradis terrestre

ou presque

Il ne s'est pas passé grand chose

tout va mal

Je suis sur du lait chaud avant de m'endormir

du miel toutes fleurs

La peau du lait, on en faisait des gâteaux avec ma mère

Ma mère était parfois un gâteau

parfois une épouvante

Parfois un plat au four

Parfois j'en ai marre qu'elle soit morte

L'AGP, c'est à dire son GP, bien sûr elle ne l'a pas connu,

il avait depuis longtemps rencontré les pierres

Ma GM n'avait que 20 ans alors

Et le loup n'était pas encore sorti du bois

Fidélité des origines

(Ma mère m'a donné naissance lorsqu'elle avait 36 ans /Comme moi)

Je suis sur une pente raide

J'ai 3 ou 4 ans

Je hurle d'impuissance contre une porte fermée

qui vient d'avaler ma mère

Ma mère a disparu derrière cette porte verrouillée

Elle n'a pas lu Françoise Dolto qui recommande aux mères

de bien expliquer à leurs enfants qu'elles vont revenir

qu'elles sont seulement parties travailler, 

faire la lessive des soutanes

des Frères des Ecoles chrétiennes qui les emploient parfois

étendre le linge ("écarter" disait ma mère)

Je jouais dans l'immense cuisine (du pensionnat de Bernadette/ Linette)

(qui pendant ce temps courrait le jaune près de sa roche druidique)

je jouais avec les petits pois de la balance

dont le minuscule gramme avait disparu

je pesais le pour et le contre, je n'ai rien vu venir

Tout à coup m'a mère avait victime d'une éclipse

Tout à coup elle n'est plus là

Un seul être vous manque

et vous en avez pour des années de psychanalyse

à tenter d'ouvrir cette fichue porte

Puis je suis sur du câlin

Dans les bras de Mme Motto

(oui, là je pourrais faire un jeu de mots, mais non, y a pas la place, à ce moment-là de ma vie / je manque d'humour)

Je suis sur mon premier souvenir d'abandon disparition

Après, quand ce ne sera plus l'hiver, ma mère qui n'aura toujours pas eu le temps de lire Françoise Dolto,

m'emmènera avec elle, là où elle travaille, 

dans cette ancienne écurie transformée en lavoir, en buanderie,

avec l'immense machine à laver à tambour, 

on est sur de la mousse de lessive, que je prends dans ma main,

ou que je regarde stagner dans la rigole

j'ai l'odeur dans le nez, je la retrouve parfois, soude et chaud

Plus tard encore, je suis entre la petite et la jeune fille

je suis coincée là, avec un frère des écoles chrétiennes en soutane

il s'appelle Pierre T. il me frotte contre son sexe

Je regrette mes 3 ans et la porte de la cuisine

je regrette madame Motto, qui aurait dû m'enlever sur son fier coursier

dans un grand rire à l'accent du midi

Je suis sur de la rage, dans mon jeune âge

dans cette immobilité épaisse et humide

lui appuyé contre le lavoir, tenant serré

mon dos contre sa répugnante personne

je suis sur du malaise du diable

je n'ai pas de pierre à portée de main pour lui fracasser le crâne

ni de corbeau blanc pour lui crever les yeux

Parfois on n'est pas en capacité d'être capable

Parfois il ne se passe rien

On se noie juste de l'intérieur

******************************

titre du chapitre : je suis

Vocabulaire photo : Arrière-plan

Constellation familiale : ma mère /AGP /GM

Image/photo : sténopé moi

Ma vie pendant les livres :

Inventaire des disparitions : lieux : pensionnat

Panser les images chapitre 1 : la matière noire

 La matière noire où habiter sans que personne ne le sache

Comme dans un miroir

Se mettre à jour un jour

avec les autres réfléchis

depuis le peintre qui se peint

en inclinant son corps pour mieux voir ses sujets

la décoration de l'ordre rouge

peinte peut-être sur le tard, après coup par le Roi lui-même

J'avais acheté cette décoration, format réduit

longtemps restée accrochée sur ma veste boléro fétiche

à présent disparues

(ou je feins de le croire)

tant mieux

je ne suis ni dans les ordres

ni très portée sur l'uniforme

liens en miroir

lumière concave

pour la trame sans le drame

 

Picasso peindra 58 Ménines

jusqu'à faire disparaître poco a poco

le peintre

 

C'est l'histoire dans la nuit, au petit matin froid d'octobre

il tombe, il sombre et me lègue la moitié de mon prénom

 

Réécrire toujours et toujours la même toile

celles des pierres où je suis née

jusqu'à celles par lesquelles l'AGP est mort

celles, noires et luisantes sur l'autre continent

un point de vue à chaque fois

un personnage des Ménines

le chien ? la Naine ? l'Infante ?

être dans le livre et dans le tableau

par petites touches rouges , comme des échos lumineux

et pour moi comme des cailloux ensanglanté sur le chemin

Dans la lumière rouge, révéler l'image disparue

zoomer sur ce lien qui existe

entre les interstices

 

Que signifie "Mise en abyme" me demande le photographe anglais ?


Prendre l'escalier au fond de la toile

se retourner pour dire au revoir

avant la poudre d'escampette

 

S'en aller comme une silhouette poétique

abandonner au miroir son reflet

jusqu'à disparaître

*****

titre du chapitre : la matière noire

Vocabulaire photo : Fondu au noir

Constellation familiale : AGP / Vélazquez (!)

Photo : moi assise au Musée du Prado 

Hyperlien : voir ce texte dans à la Brise

Recyclage : Silhouette poétique (chanson Empire des sons)

Ma vie pendant les livres : Ménines (pastiche Heiner Muller/ M. Marin)

Le piège Vélazquez France culture

+ Foucault Velasquez Picasso Ménines Alain Jaubert Le subtil oiseleur

Panser les images Chapitre 2 : le monde dans la tête

Laquelle de mes sœurs en avait eu l'idée ? l'avait-elle chinée ?

de temps à autres on m'emmenait rendre visite à la vieille femme édentée et moustachue qui habitait Place Foch et sentait le renfermé

Mais !... avait une poupée à trois visages

Son appartement au rez-de chaussée dans lequel elle donnait ses cours de piano sentait aussi le sombre, peuplé de curiosités et semblait sans fond

Cette poupée aux 3 visages 1 qui rit 1 qui pleure  1 qui dort

monstre de porcelaine

réapparition d'un souvenir /clin d’œil de mes sœurs à la petite fille que j'étais

Était-ce un cadeau (Gift = cadeau et poison en anglais) pour mes 30 ans ?

Elle devait être plutôt gentille, cette Mademoiselle Montcoudiol

mais sa solitude et son aspect me tenaient sur mes gardes

Quant à la poupée issue de ses trésors

il fallait y toucher avec mille précautions, tourner autour de l'axe du cou avec délicatesse et appréhension,

pour passer du visage endormi à celui souriant et du sourire aux larmes.

Il aurait pu se faire (tant la chose était stupéfiante et magique)

qu'elle éclatât en sanglots pour de bon

La toute première fois, j'en restai bouche bée, apeurée aussi

Mouvement de recul, comme pour faire le point, comprendre cet objet


La mienne : qu'en faire ? J'avais passé l'âge de jouer à la poupée

et bientôt celui de devenir mère

Elle a trôné un temps, toujours face sourire

puis je lui ai fait un nid au milieu des pull-over

Ma petite fille, (oui, in extremis) l'a dénichée 

il y eut un accident de personne

son front est à présent comme trépané

et une jambe est cassée

Moi aussi /mais à gauche

Poupée vaudou plus que doudou

 

Tout a-t-il toujours une genèse ?

De quels sombres abîmes surgissent les Demoiselles Montcoudiol 

depuis longtemps disparues ?

De ces logements / des plis sombres de la mémoire / peuplés de fantômes ?

D'une photo jamais prise mais imprimée dans mon cerveau

dans l'enfer du couloir

De quel trou à la tête l'AGP est-il mort ? Quelle pierre fut la criminelle ?

Coupez ! !

PANSER LES IMAGES article 1 / LA TRAME D'UN DRAME

 Carte mentale trame générale






mercredi 5 novembre 2025

11/V1 et V2 Tenter de s'annuler soi-même et ne pas y parvenir

           

Version1

Bien sûr je connaissais la pipe qui n'en était pas une, la pomme que personne ne pouvait croquer même pas Ève en rêve

Lors d'une exposition à paris, ça avait été une révélation : les titres des œuvres de Magritte font la moitié du travail ils interprètent au-delà de l'image, révèlent le mystère. Mon tableau préféré c'était Le Thérapeute. La silhouette d'un homme vêtu d'une cape-voile avec à la place de la tête et du tronc une cage dont la porte est ouverte, avec l'une des colombes déjà dehors, comme quand on fait une photo, le petit oiseau peut sortir. Figer l'instant de la révélation comme la photo de Harold (voir texte 3)

La parole plus que l'idée veut surgir, l'image révèle.

L'autre colombe est encore dans la cage, l'autre parole, hésite encore. Peut-être qu'elle n'est pas prête à se libérer.

Dans le film le Peuple Migrateur, vu récemment au cinéma, la liberté conquise fait hésiter aussi le bel ara, qui avec sa patte, a tourné la tourniquette et ouvert la porte de sa cage, où avec d'autres animaux, ils sont prisonniers, entassés dans une pirogue. Au moment de retourner dans sa forêt, il n'en croit pas ses yeux, il hésite un court instant puis s'envole.

Je suis dans le bleus de ces images, comme les oiseaux, à quelques milliers de mille ou de pieds ou d'ailes, nous survolons les Alpes, dans ce gros volatile vrombissant. OIseaux migrateurs, nous allons voir la Baltique, goûter la lumière de la Neva. Il y a 18 ans exactement. à Saint-Petersbourg, à cette époque de l'année, ce sont les NUITS BLANCHES.

Pendant 13 ans dans sa cellule obscure, Carlos Liscano écrit dans sa tête, les nuits blanches et les jours noirs, rien ne s'oppose à la nuit, rien ne la distingue du jour non plus. Il écrit l'histoire du corbeau blanc, une histoire qui a pour point de départ une nouvelle de Tolstoï. Un corbeau noir se peint en blanc pour ressembler à un pigeon, qui est une espèce selon lui qui a plus de facilité pour se nourrir, qui est mieux accueillie.

« Nous sommes comme dans une cave et il n’y a même pas de soupirail » (Magritte)

Sa tête est un nuage qui s'agrège de mots et les fait plus tard retomber en pluie

Le nuage traverse la porte de la prison

Le nuage se cogne aux montagnes

Le nuage traverse la mer.

Le corbeau blanc revenu chez les corbeaux noirs n'y a plus sa place.

"On ne percevait plus que la rumeur de la fuite"

Les corbeaux, comme les nuages aiment cette vie errante et parfois, pour se reposer inventent des histoires ou se transforment en buée.

( 4 juin 2025)

Version 2 *********************************

V2

Si j'étais corbeau blanc parmi les corbeaux noirs ? parfois je pense à ça ?

Dans un pays où ma couleur de peau ne serait pas majoritaire ?

Si je devenais aveugle, parfois je pense à ça : ET si je devenais aveugle ?

Ou bien si par quelque circonstance exténuante, j'étais enfermée moi aussi dans un cachot ? Si je devais ne compter que sur mon for intérieur ?

Si je devenais pure pensée, nuage au-dessus des Alpes dans le jour polaire

où la lumière  

aveugle et fait sentir des grains de sable dans les yeux.

Si ma mémoire se dissolvait dans la sénilité ?

je regarderais à l'intérieur de moi, je deviendrais quelqu'un d'autre aussi

 

Est-ce que penser les images serait comme rêver et se souvenir de son rêve à peine éveillée ?

Est-ce que dans ma mémoire fragmentée,

penser les images serait comme construire des histoires 

avec les quelques mots qui me resteraient ?

 "j'ai eu des images belles et terribles de la parole, des images que je n'ai jamais réussi à piéger sur le papier"

 Tourner les pages de mes albums photos, classées suivant différents critères : famille, amis, vacances, heures de gloire, la joliesse de mes 30 ans, la certitude de mes 40 ans, les moues de mon enfance... quand j'étais corbeau blanc parmi les pigeons noirs.

De tous ces souvenirs quelles images voudraient bien traverser les membranes de mes méninges si souvent endolories ?

Les images seraient-elle sages ? silencieuses ? quelles histoires raconteraient-elles ? des fictions ? des inventions ? ré écrirais-je l'histoire à mon avantage ?

 "la vérité dépend de la façon dont on la raconte"

 Et au moment d'atterrir, comme dans ce rêve que je fais souvent ? quel paysage quelle image choisirais-je de laisser de moi ?

Comme le nuage de Magritte, ma pensée d'image traverserait-elle la porte, ou comme celui de Tchernobyl s'arrêterait-il à la frontière de mon inconscient ?

 Tout à l'heure à la pharmacie je demande un produit dont j'ai oublié le nom commercial et que je décris comme étant conditionné dans une boîte bleue et blanche ;  quand je retrouve enfin son nom et qu'on me soumet la chose, la boîte est orange et blanche ; et l'a toujours été.

Comment faire confiance aux images dans ma tête ? je pense que l'image est bleue parce que le produit vient de la mer et que la mer est bleue, et s'il venait du ciel ?

 Parfois j'aime regarder les films (qui ne marchent pas sur la plage) avec les sous-titres pour sourds et malentendants ; les sous-titres de couleur rose qui décrivent les bruits (porte qui grince, chien qui aboie) me plaisent particulièrement. Pour les atmosphères, tout une gamme d'adjectifs subjectifs qui ne correspondent guère à la musique que j'entends et bien sûr au moindre crépuscule, le cri de la chouette ou du hibou, un son qui colle à l'image et me fait le guetter à chaque fois

Faire parler les images, faire aussi parler les images silencieuses, comme dans un sténopé de Diane Lentin interviewant des femmes sur le silence qui les contraint

"la vérité dépend de la façon dont on la raconte"

"j'ai eu des images belles et terribles de la parole, des images que je n'ai jamais réussi à piéger sur le papier"

 (les phrases entre guillemets et en italique sont tirées du livre de Carlos Liscano)


jeudi 23 octobre 2025

S'y noyer même, mais ne pas se dissoudre V2 pour les images voir la V1

 V2 du 9

Lobo Antunes azulejos

bain de cotons bleus

pilotis Venise Solange

 

Le bleu indispensable

Transpercé par les lances de l'enfance

dont il faut à jamais soigner les bleus

charrier des déchets de souvenirs

dans les circulations de sang

 

Du bleu

Plein les yeux

le son cristallin du Qânun

se mêle aux gravillons de sable

la mer, son va et vient

installe le calme

tandis qu'en silhouette le rocher à tête de Befana

défie la rage de vent

ce soir j'intègre les massacres et les bains de sang

dans la paix du moment crépuscule flamboyant

impuissante

je baigne enveloppée dans la foule attentive

comme dans du coton

les regards convergent vers le blanc de la robe et le bleu de la mer

inoubliable

je prends ce qui m'est offert

mon dos calé contre une pierre

plus debout qu'assise

prête à jaillir

prêt à avaler la musique

le feu du ciel conquistador de bleus

la langueur des vagues léchant le sable

plus tard la robe blanche s'avance dans la mer

la femme musicienne se retourne et sourit

étonnée de son acte joyeux, irrépressible,

elle marche et ne se dissout pas

 

l'instant reprend sa place

dans le puzzle du temps

l'enfance au magasin des nostalgies

sur pilotis

 

le bateau est à quai

il faut rejoindre l'autre rive

dans le brouhaha de diesel et de langues toutes étrangères

disparaître dans les reflets de la lumière du phare qui dansent sur le bleu devenu noir.

 

octobre 2025

Des images à y regarder à deux fois

V2 du 10 (pour les images voir la V1)

(Des images à y regarder à deux fois)

 

Nicolas Bouvier

arbre espalier

Bibliothèque de bouffe amazon

 

Comment choisir sa route parmi tous ces méandres ?

Tous ces chemins qui ne mènent qu'à Rome

surtout si on ne veut pas y aller

Tous ces fleuves qui mènent à la mer

quand on préfère la montagne

Toutes ces données codées dans les entrepôts amazoniques

dans la boue dans la fange de la jungle googlelienne

dont un oeil émerge parfois au-dessus de la vase

un troisième oeil ? un big brother ?

Une voix sourd d'entre les pages

du manuel de survie

mais le monde est muet

liquéfié dans sa glaise

les récits de voyage immobiles ou lointains

l'oeil se perd, se méprend, voit double

dans la mangrove où se tissent

les racines aériennes qui remontent à la source

les branches arrivent au tronc plutôt que le contraire

Et dans des bibliothèques calibrées

chaque produit mort dans son étagère

de la nourriture en briques

on nous prend pour des poires dans nos espaliers

codebarrés indicés qrcodés

et jamais ne pouvoir cocher la bonne case

 

Comment se repérer parmi tous ces mensonges

l'oeil crie, le nez sature de pourriture glacée

"suis devenu bizarrement allergique aux choses qui se décomposent trop vite"

Comme (un) Bouvier traçant son sillon parmi des routes affreuses

On n'est plus sûr que le dehors guérit

"On se sent inférieur au voyage"

 

on est parfois las d'aller voir là-bas si on y est

 

 

"Chaque jour

Je reçois de moi-même

Ce que l'usage est d'appeler de mauvaises nouvelles...

Chaque aube

Dans la forêt que j'avais plantée

Je m'égare...

Chaque matin

Je me porte en terre

Mais je suis le seul à marcher derrière moi" (Nicolas Bouvier)

lundi 2 juin 2025

10 V1 Des images à y regarder à deux fois (V2 en dessous)

 

 

 

 

 

 


 

 D'un monde à l'autre

à lire l'écrivain voyageur comme si on y était

"Je suis follement visuel"

embarqués sous sa plume et son œil d'oiseau migrateur

De ces voyages immobiles

à tourner les pages comme on battrait des ailes

De ces livres-cadeaux tant aimés

qui font de nous des "récits""piendaires"*

qui à notre tour les offrons

et nous rassemblent dans une sorte de confraternité du plaisir


De ce qui est caché

De ce qui reste dans la marge

de ce qui semble être mais est bien plus que ça

Des images à y regarder à deux fois

 

Et l'arbre déploie ses ramures à perte de vue

l'œil se perd dans les bibliothèques

s'habitue aux tranches sur les rayonnages

ne comprend plus

à perte de sens dans un pays inconnu un paysage 

sage à première vue

l'œil se sent usurpé

ce ne sont pas des livres

ce ne sont pas des manuels de survie

ni des atlas ni des cartes

ce sont des données plus ou moins alimentaires

pas forcément nourrissantes


Quel en est le classement ?

pourquoi tant de hauteur perdue sous plafond ?

 

Sous les branches domptées à chaque nœud de l'arbre

une promesse de fruit

un ancêtre

un paquet de café

le gros lot

 

l'œil regarde accommode éprouve l'inconnu

Puis s'accommode du rouge érodé des briques

de la géométrie inhumaine de l'entrepôt

du menu proposé

"Faites rêver vos invités dès la première bouchée"


*récits-piendaires : merci au lapsus d'oreilles de Solange

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V2 du 10

(Des images à y regarder à deux fois)

 Comment choisir sa route parmi tous ces méandres ?

Tous ces chemins qui ne mènent qu'à Rome

surtout si on ne veut pas y aller

Tous ces fleuves qui mènent à la mer

quand on préfère la montagne

Toutes ces données codées dans les entrepôts amazoniques

dans la boue dans la fange de la jungle googlelienne

dont un oeil émerge parfois au-dessus de la vase

un troisième oeil ? un big brother ?

Une voix sourd d'entre les pages

du manuel de survie

mais le monde est muet

liquéfié dans sa glaise

les récits de voyage immobiles ou lointains

l'oeil se perd, se méprend, voit double

dans la mangrove où se tissent

les racines aériennes qui remontent à la source

les branches arrivent au tronc plutôt que le contraire

Et dans des bibliothèques calibrées

chaque produit mort dans son étagère

de la nourriture en briques

on nous prend pour des poires dans nos espaliers

codebarrés indicés qrcodés

et jamais ne pouvoir cocher la bonne case

 

Comment se repérer parmi tous ces mensonges

l'oeil crie, le nez sature de pourriture glacée

"suis devenu bizarrement allergique aux choses qui se décomposent trop vite"

Comme (un) Bouvier traçant son sillon parmi des routes affreuses

On n'est plus sûr que le dehors guérit

"On se sent inférieur au voyage"

 

on est parfois las d'aller voir là-bas si on y est

 

 

"Chaque jour

Je reçois de moi-même

Ce que l'usage est d'appeler de mauvaises nouvelles...

Chaque aube

Dans la forêt que j'avais plantée

Je m'égare...

Chaque matin

Je me porte en terre

Mais je suis le seul à marcher derrière moi" (Nicolas Bouvier)