Affichage des articles dont le libellé est atelier 2012-2013. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est atelier 2012-2013. Afficher tous les articles

mercredi 12 juin 2013

MON ENVELOPPE

La blessure noire de l'encre
que l'on porte au bûcher à l'aube
une gangue
une chape de béton coulée sur le corps
des lettres d'impuissance
un cri
un souffle
une adresse à l'encre sympathique
pas de destinataire
et plus d'expéditeur
défeuillaison prématurée
franges écornées
enveloppement fatigué
fourreau de l'âme
écaillé
pochette de papier
mâché
déguisement des jours
dissimulation des nuits
qui ne communiquent plus avec le jour
elles y brûlent
plus rien ne m'appartient
quand le corps
se laisse aller
à ses fluides
à ses humeurs
à ses désirs...

S'envelopper
s'emmailloter
s'entortiller
se laisser envahir
tout gommer
puis disparaître
papier d'Arménie
brûlé.

dimanche 7 avril 2013

Premier achat mémorable


Je me souviens d'en avoir longtemps rêvé.

Et pour cela, je trouvais mon premier travail d'été : ramasser de fraises. Lever, quatre heures et demies, deux kilomètres à pied pour me rendre au bord de la N7. Attendre le bus de ramassage. Une demi-heure de trajet entre Vienne et Péage de Roussillon. Chacun/e au début d'un long rang. Payés au panier. Après quelques jours, les reins brisés, les oreilles brûlées par le soleil. J'avais compris : je me mettais à cheval sur le rang et j'avançais sur les fesses. A deux mains je remplissais le plus vite possible les paniers, mon salaire donc mes vacances en dépendaient. Tel Attila, il ne devait pas rester grand chose après mon passage, malgré le poids-plume de mes dix-sept ans. Mon ami travaillait lui comme pompiste dans une station-service, rémunéré aux pourboires.

Nous avions projeté de partir en Corse et nous sommes parvenus à nous le payer ce voyage.
Partis un soir de Marseille, nous avons navigué toute la nuit, direction Ajaccio. Une nuit sur le pont, c'est tout ce que nous permettaient nos gains.
Nuit de début août : les étoiles pleuvent sur nos têtes. 180° de ciel semé d'étoiles, de vent salé, de gauloises grillées, de baisers brûlés de sel et de tabac, d'idéal, d'utopie, de vie illimitée. La mer tout autour de nous, saoûls de tangages, de vents marins, de murmures. Sommes-nous seuls sur ce pont ? Dans mon souvenir, il n'y a que nous, l'eau, le ciel, l'air vif et salé.
L'arrivée se brouille. Il me semble m'être réveillée à Bonifaccio. Je me vois ramper hors de notre tente minuscule, émerger dans un soleil et une chaleur ardents et la stridulation des cigales, être inondée de lumière et de crissements et, face à moi, la mer, turquoise, aux trous d'eau plus foncés, marines, la crique, les falaises, transportée dans une page de « Noces à Tipasa » de Camus, Camus que je lisais et relisais cette année-là. Ce n'était pas un rêve, c'était au-delà du rêve, la réalité dans toute sa splendeur, saisissante.
Je me souviens de cette sensation puissante – fugitive - d'avoir les 2 pieds dans le courant et d'avancer en même temps que lui, de faire corps avec le flux de la vie. Immergée dans le flot, j'avançais, corps et tête faisant un avec ce fleuve. Ce n'est que plus tard, bien plus tard que l'évidence a volé en éclats. Quand j'aurai vieilli, quand j'aurai une plus grande conscience de mon être et la capacité à nommer, je compris que le fleuve s'était mis à avancer tout seul, moi sur la rive, déconnectée du flux.
Nos économies nous permirent de rester trois semaines en Corse : marche, stop, nuits à la belle étoile sur la plage, abrités derrière une barque renversée. La troisième semaine, nous nous nourrissions de pain et de cacao à l'eau pour prolonger le séjour et croire en l'éternité.
Il me semble que chaque travail rémunéré que j'ai fait durant mes études fut pour m'offrir des vacances que jamais mes parents ne m'auraient offertes. Je n'ai aucun souvenir d'achat, j'ignore même si je possède encore des livres, disques ou autres souvenirs que j'aurais moi-même achetés. Des cadeaux reçus, oui, j'en possède. Je les aime et les conserve pour l'amour de ces personnes et non pour les objets eux-mêmes.

mercredi 31 octobre 2012

Chaufferettes en blog

Il y a des gens qui aiment vraiment ça : voici un blog spécial chaufferettes

Chaufferettes

incroyable, non ?

mardi 2 octobre 2012

CE QUI ME FASCINAIT...

"Ce qui me fascinait le plus quand nous arrivions,..., c'était la surdité de mon grand- père. Il répondait distraitement ou plutôt froidement à mon bonjour de petite fille. D'ailleurs, il ne répondait pas, il continuait ce qu'il avait entrepris et ma curiosité pénétrait par effraction dans son cerveau. Qu'il bêchât le jardin ou lût la gazette du village, ses yeux restaient étrangement perdus dans le vague et se teignaient souvent de tristesse.
Je m'asseyai sur le bord de ses cils et je voyais alors défiler des légions de soldats. Les obus sifflaient à mes oreilles peu entraînées aux bruits des batailles et je voyais ses amis tomber les uns après les autres dans des fossés profonds aux humeurs putrides. Il m'en apprit le nom: les tranchées. Et mon grand- pére avait dressé des barrières tout autour de ce mot. Aux quatre coins, en sentinelles diligentes, son fusil et trois autres volés il ne savait plus où ni à qui, veillaient sur un paysage de mort. Et il se retranchait du matin jusqu'au soir, même la nuit rajoutait ma grand- mère, au fond de ce sillon d'où rien jamais ne germerait. Et moi, toute petite, recroquevillée contre les ailes de son nez qui me protégeaient des mauvais vents, j'assistai impuissante à la débâcle de ses souvenirs.
Prisonnière entre le rire et les larmes qu'il croyait retenir, je me laissai glisser au creux de son oreille pour lui mumurer que même s'il était vieux, même s'il était grand et maigre, même s'il avait perdu ses cheveux dans le chaos angoissant des mitrailles, même si ses yeux d'où ne filtrait aucune tendresse me faisaient peur quelquefois, je ne demandais qu'à l'aimer.
Mais le silence, un silence insondable s'est installé de lui à moi. Il s'est couché sous cette terre qu'il avait mordue les jours de bise et de froid.
Alors moi, dans les nuits où se lèvent mes morts, je le vois se lever Et s'il veut me prendre dans ses bras une fois, rien qu'une fois, j'acquiescerai, et durant un instant nous serons ensemble, et durant un instant je t'assure je pourrai écrire au nom de tous deux, en supprimant le presque, que nous serons heureux..."


mardi 4 septembre 2012

Le désert des Tartares, toujours recommencé


 Mais la nuit était arrivée comme  le personnage qui entre juste pour annoncer « trop tard »

Toute la journée on avait attendu  tant attendu
Toute la journée on s’était demandé sans arrêt demandé
Toute la journée on avait redouté
Toute la journée on avait pressenti
M s’était disputé avec g mais ça n’avait rien changé ; le paysage était resté le même, un peu plus pesant au fur et à mesure que la chaleur et le feu se propageaient, mais sans plus ; ils avaient fini par tomber dans les bras l’un de l’autre non pas par amour mais par épuisement
B était tombé dans l’eau et après avoir feint la noyade un bon quart d’heure, on avait fini par lui dire de se souvenir qu’il savait nager et qu’il pouvait à présent revenir sur la berge sans mettre davantage à l’épreuve nos nerfs fatigués
J avait préparé un plat de spaghettis à la croate, où surnageaient des reliefs non identifiés, mais elle voulait par là même nous signifier que le cadeau d’anniversaire que nous lui avions fait, à savoir un stage chez le plus grand chef étoilé de tous les temps, une vraie  voie lactée, n’avait pas été un investissement vain
K chantait mollement s’accompagnant à la guitare, à moins que ce ne fût elle qui l’accompagnât, il faisait en quelque sorte le bruit de fond, une espèce de zonzonement monotone apparenté à un essaim d’abeilles en rut
D’autres tirbouchonnaient nerveusement comme il se doit
D’autres zappaient sur tout le réseau hertzien et numérique sans pouvoir fixer leur attention sur quoi que ce soit ; c’était très désagréable car mélangé au bruit de fond de l’essaim d’abeilles en rut, la dispute de a et g sans parler de l’odeur de spaghettis à la croate, il fallait avoir des nerfs d’acier pour continuer à y croire et à espérer que finalement oui.
Les heures passaient comme à l’heure (leur) habitude, ni plus ni moins. Les minutes et les secondes aussi, fidèles à elles-mêmes, laissant dans leur sillage un petit bruit de sablier et d’inexorable, un petit bruit de frustration, comme lorsqu’on sent bien qu’on a oublié de faire quelque chose de crucial mais que l’on ne sait plus trop de quoi il s’agit. A tout hasard, j’allais fermer le gaz et faire la vaisselle.

Par la fenêtre de la cuisine, je vis soudain un type sur le trottoir, accroupi, avec une mallette débordante de fils et de câbles et qui avait ouvert son cahier électronique et écrivait dessus. Essayait-il de rentrer en contact avec nous ? je me précipitais sur mon engin mais il était muet, pire, il n’avait plus de batterie et j’avais oublié mon chargeur qq part entre là-bas et ici ;  Je lui fis des gestes par la fenêtre, mais il était trop absorbé par ses procédures et ne captait rien. La fenêtre ne voulait pas s’ouvrir, Je laissais tomber la dernière bouée de sauvetage.
Dans ce no man’s land de temps, chacun était à son poste, aussi impuissant que son voisin ; Le jour déclina, les secondes et les minutes firent de leur mieux pour passer encore plus lentement, mais il fallut soudain se rendre à l’évidence, nous étions enfermés dans le désert des Tartares, où rien surtout ne doit advenir ;  rien n’était donc advenu ; ça avait été une journée pour rien, une journée de plus à mettre à l’inventaire des journées nulles, où on n’a pas ri, pas mangé de bonnes choses, pas écouté de musique transcendante, où on n’a pas fait la révolution, pas caressé d’animal à poil doux, pas appris de bonne nouvelles. Une journée avec de la lumière qui ne sert à rien.

Il n’y avait rien de moins mais quelque chose en trop.

samedi 1 septembre 2012

Atelier du 30 août 2012

Consigne :
Pour ce premier atelier de retrouvailles, nous avons opté pour l'écriture d'un texte avec phrase de début et phrase de fin imposées. Michelangelo a pioché dans la bibliothèque de Natô, un livre de Marc Cholodenko.
"Mais la nuit était arrivée comme le personnage qui entre juste pour annoncer (trop tard) ....."
A terminer par "Il n'y avait rien de moins mais quelque chose en trop."


Quelque chose en trop


Mais la nuit était arrivée comme le personnage qui entre juste pour annoncer (trop tard) que le spectacle était commencé.
Ils étaient tous assis en cercle, certains discutant, d'autres jouant aux cartes ; de toutes jeunes filles chuchotaient derrière leur paume en conque tendue vers l'oreille de leur voisine, des femmes caressaient leur bébé tout en lissant leur robe, au loin des chèvres bêlaient et on entendait vaguement une poulie grincer. Le vent qui secouait les branches quelques heures plutôt, s'était tu. Plus rien ne bougeait. Très certainement de loin la scène devait sembler figée en un tableau muet et sombre.
Lui, dans son coin s'était approché de moi et cherchait à me parler sans se faire entendre des autres. Il commença à me parler de sa journée, puis me prit le bras qu'il caressait doucement. Lorsque les peaux furent polies, lissées et chaudes comme du cuir, il me demanda si je voulais bien l'emmener avec nous, qu'il rêvait de ce voyage depuis toujours, qu'il se ferait tout petit et que s'il ne partait pas maintenant, il ne le pourrait plus jamais. Sans supplier, juste une demande, sur un ton neutre, prêt à entendre un refus, à vivre une Xème frustration, à l'accepter et à continuer à vivre avec.
Il me semblait qu'autour de nous les voix s'étaient tues, que la bulle dans laquelle il nous avait cachés, avait éclaté.
Un simple geste de ma tête, un murmure « impossible » furent la seule réponse. Rien n'avait existé. Nous avions juste un peu rêvé. Il n'en resterait aucune trace apparente. Un souffle d'air se leva, les deux hirondelles rejoignirent leur poutre.
Maintenant quelques femmes se levaient. Le signal du coucher était imperceptiblement donné. Quelques froissements de tissu, des frottements sur le sol et nous nous retrouvions un peu moins nombreux. Sans mouvement de masse, la véranda peu à peu se vidait, les ombres disparaissaient.
Le silence était maintenant total, la nuit noire, je ne me décidais pas à me lever. L'oppression de ma cage thoracique me figeait dans ma position, les genoux recroquevillés dans les bras.
Il n'y avait rien de moins mais quelque chose en trop.