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mercredi 12 avril 2017
consigne de Catherine : le tampon encreur
Pourrait-on avoir la liste des tampons, plus un ou deux, histoire que je puisse tamponner à mon tour, ainsi que Lin ?
dimanche 12 mars 2017
Je luis avais bien dit que...
Je lui avais bien dit que je n'aimais pas le rouge.
Sous prétexte qu'il aime les cerises, les steaks saignants et respecte le code de la route, il m'a offert cette robe écarlate. Il est égoïste et mesquin.
Quand je suis partie arpenter la rue de ce village, il y régnait une atmosphère de fournaise. Lui, il paradait sous son panama, moi j'essayais de me pavaner dans mon fourreau sanglant. Personne pour nous regarder passer. Mais peut-être nous épiait-on à travers les persiennes, derrière les vantaux, à la crête des éventails.
Au loin, on entendait parfois une clameur. Je lui disais rentrons, j'ai trop chaud, les talons me tordent les chevilles, ce qui entre nous est assez paradoxal, me répondait-il avec justesse.
Il jubilait, exhibant à son bras la plus belle des saucisses qu'il eût jamais conquise."La vie elle-même n'est-elle pas ce grand instrument que le Seigneur a négligé d'accorder ?" me dis-je en contrepoint.
La clameur s'amplifiait. Une grande vague de "olé" lancinants.
Je me tordais les chevilles, il me retenait par le coude. Nous avancions dans cette rue sans fin, sans âme qui vive, comme dans ces westerns où à l'horizon de la rue est peu à peu sculpté le mot FIN. Soudain la foule hurla. Puis plus rien, comme une transparence, un arrêt de mort.
Nous nous immobilisâmes. Surgi de nulle part, un immense taureau noir et baveux et luisant et sanguinolent, qui n'en avait pas fini de sa colère, me fit face, contemplant ma silhouette luisante écarlate suante, mais pas baveuse ni encore sanguinolente. Il racla le sol comme le lui avait appris ses ancêtres; me chargea et m'encorna.
Sur ma belle robe rouge, le jus sucré des cerises de mon sang factice repassa une deuxième couche de rouge. Le médecin remplit l'acte de décès puis il me ferma les yeux. Rideau.
Pour la prochaine prise, il faudrait me procurer une nouvelle paire de talons aiguilles.
la consigne de Linette, juste un peu en retard
y avait ce petit texte et puis aussi écrire un texte avec le début "Je lui avais bien dit que" et la fin Le médecin remplit l'acte de décès, puis il me ferma les yeux, rideau. imposés (avec délicatesse)
dimanche 5 mars 2017
La nouvelle à chute ,
Je lui avais bien dit que je n'appréciais pas la laine, en effet il n'en avait jamais été question.
Tout cela était prévu et il me connaissait depuis toujours, de sorte que toute nouvelle explication
m'avait semblé inutile. Ma mère laisser rouler ses larmes à leur gré en chuchotant : - Marcel s'il
vous plait laissez lui porter sa robe en coton, je sais que nous sommes en hiver, elle aussi le sait
bien. Mais c'est un jour particulier, alors quelle importance ?
Marcel restait sur son choix , inflexible mais doux , me caressant délicatement les cheveux. Sa main
glissait involontairement sur ma joue lorsque je tournais la tête sur la gauche pour regarder les
flocons tomber et adoucir ma déception. -Non , disait -il gentiment , elle aurait froid. Je saisissais
le coton de ma robe déposée avec soin près de moi et , entre le pouce et l'index, faisait glisser
l'étoffe d'avant en arrière jusqu'à ce que je décide de lâcher prise sur l'aimable sourire de Marcel.
Le médecin remplit l'acte de décès, puis il me ferma les yeux, rideau.
lundi 27 février 2017
Et vingt-trois
Et vingt-trois
Pour ta peau et ta prose tu effleures et bouscules, libères les mots qui te protègent, tu ne les choisis plus. Plus assez, pas toujours. Tu les jettes en manteaux qui encombrent le dossier et les entends parfois pour te mordre les doigts mais, trop tard.
Alors tu changes le ton, penses être lu avec justesse. Dans le texte précisément. Mais saisissant la méprise tu t'agites doucement. Et tandis que tes gestes font rebondir l'erreur, la grossissent et t'éloignent de ton pauvre auditoire, tes manteaux compriment mes dorsales et me gardent en veille.
Tu expires et renonces, enfin, quand tu me vois sourire.
C'est l'heure.
Pas l'heure pile non, plutôt vingt-trois. Cette heure qui n'intéresse personne. Celle que l'on ne relève pas et qui glisse à vingt-quatre. Celle où mes vertèbres pourront se dérouler. L'instant où bienveillante je pourrai te revoir.
L'entre-minutes où fourbu tu renonceras au verbe.
L'heure où bien malgré toi tu seras un poème.
vendredi 3 février 2017
A quelle heure l'homme sera t-il un poème ?
Est-ce vraiment une
question d'heure ? Faire de sa vie un poème ne serait-ce pas plutôt
une question d'écoute, d'affût ?
Ecoute du vent, celui qui
souffle au dehors et rugit au dedans. Affût de la moindre pousse
verte qui va se déployer comme la crosse de la fougère au jardin ou
pousser en grinçant les portes de l'imaginaire. On peut être un
poème sans avoir jamais écrit un seul mot de poésie. Je connais
plusieurs personnes dont le rire fuse comme une source, dont le
sourire illumine notre journée quand nous les croisons et qui n'ont
pas écrit un seul vers. Leur vie est telle qu'elle est un instant de
grâce et de légèreté dans tout ce qu'ils disent, dans tout ce
qu'ils font.
Si un poème est une
bulle légère qui éclate sous les yeux d'un enfant émerveillé,
s'il est ce qui redonne à mon pas grâce et jeunesse et à mon coeur
encore un peu l'envie de vivre, alors point n'est besoin de mots avec
ou sans pattes, avec ou sans toute leur cohorte de sens.
Ces personnes bénies qui
ont cette grâce et cette légèreté jamais ne médisent, ne se
plaignent ou ne blessent. On dirait qu'elles ont oublié de dire
« je », vous écoutent pleinement, l'oeil plein
d'étincelles et d'émerveillement devant ce qu'elles croisent, et le
pardon tout près quand elles rencontrent le malheur ou le laid.
jeudi 2 février 2017
A quelle heure l'homme sera-t-il un poème ?
L'heure est déjà passée, l'heure n'est plus à jouer des mots, l'heure est au chaos. Tant de mots à notre disposition et si peu de sens en commun. Tant de mots qui ne veulent dire que des tiroirs grouillants de vers. Il serait urgent que l'heure sonne, que l'heure de l'homme-poème s'apocalypse un bon coup. Le poème ne se relève qu'à grand peine, et il chancelle.
Je compte jusqu'à 10 - 3...4...
Le boxeur sue son poème de sang à grands gargouillis qui lui sortent par le nez et par la bouche.
Depuis moi je ne vois qu'un grand corps malade, agonisant.
L'homme poème mange ses enfants. Il recrache à flux tendus les petits os des phalanges et ronge les autres.
Toutes les alarmes hurlent en même temps. L'heure de l'homme poème arrive à grand renfort de feu. Il se tient encore droit 5...6...7... mais il n'y croit plus. Il tombe.
Je compte jusqu'à 10. Je me tiens au-dessus de lui, assénant le compte, sachant que s'il ne se relève pas à temps, je sombrerai aussi, englouti par tous les mots qui n'ont servi à rien, tous les chiffres qui ne comptent plus que pour du sable.
L'homme devient poème et s'en est fini de lui, de nous, des heures où l'on mangeait des cerises, où l'on caressait des textures douces. L'heure de l'homme devenu poème est un glas, une aube ultime, un dernier souffle. 9...10... KO.
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