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dimanche 23 février 2014


tout commença le jour où
ça pisse à l'intérieur
elle lui fit comprendre
"je préfère être un peu chèvre même si.."
ses moyens de persuasion ? pas suffisamment développés
tu ne t’étonnera pas si je pouffe
si l’on me retrouve congelée
elle n’arriverait jamais
voudrait être belle
à être convaincue


tout commença le jour où
l’infini clapotait au bord de ses orteils
elle lui fit comprendre
"je ne me nourris pas d’yeux de patates"
ses moyens de persuasion ? pas 
une butte passagère en cours de réalisation
je t’aime 
suffisamment développée 
à tort et à travers
elle n’arriverait jamais à être convaincue
toute normalité est atroce


tout commença le jour où
elle n’a pas dit qu’il ne fallait pas parler
elle lui fit comprendre ses moyens de persuasion
"même avec mes chéris je ne dors pas» 
pas suffisamment
si passionnellement amoureuse qu’à tout instant 
sur le point de bondir 
développée 
comme un jaguar
la fureur de survivre 
le carrefour des transactions
elle n’arriverait jamais à être
avec sa haine du patronat
convaincue

mots de nelly kaplan
mots de la boite







samedi 8 février 2014

Toute normalité est atroce


Tout commença de façon allusive. En cet instant-là, il était encore à terre. Depuis un moment, il observait dubitatif, le ciel violent autour des raffineries, leur odeur lui était chaque jour plus insupportable.
Quand il vint me voir, excédé, je lui suggérais de lui prêter mon bateau pour quelques heures afin de changer d'air. Je lui dis que sur l'eau, il n'y avait pas de femmes, il n'y avait pas de rues, ni de raffineries seulement de l'eau, et lui seul sur toute cette eau. Il accepta aussitôt et je lui recommandais de ne pas trop s'éloigner car je ne pouvais l'accompagner, trop occupé par la campagne municipale.
Il naviguait depuis plusieurs heures déjà et ici il n'avait que ça à faire : observer, écouter ; s'observer et s'écouter. Je ne sais pas, se disait-il si l'eau, l'immensité et la solitude me rendent étranger à moi-même ou si tout cela a une réalité. Il croyait sentir son bulot grossir. Quand il était encore à terre, ses pieds avaient tout leur sens et toute leur utilité : ils mesuraient tout le reste. Nos pieds forment ce compas évaluant l'ampleur, pensait-il. Nos jambes arpentent, leur écartement constitue une bonne mesure utile à toute vie. Mais ici, sur ce pont, mes pieds ne me servent plus à rien. Quand il était à terre, ses yeux lui étaient indispensables, ils lui donnaient toutes les indications utiles sur les distances, la profondeur, les volumes, le renseignaient sur les couleurs mais ici toute distance était anéantie, toute couleur excepté le bleu du ciel et de la mer avaient disparu, il aurait pu être aveugle comme ce voisin qu'il avait eu, qui était aveugle et en plus avait perdu sa jambe lors d'un accident. Ses jambes, ses pieds, pas plus que ses yeux ne lui étaient ici d'aucune utilité.
« Je ne sais pas si je dois croire ce que je ressens mais plus le temps passe et plus je sens mon bulot se dilater comme si je n'étais plus que cet orifice ouvert au monde entier ».
Tout ce qui lui parvenait de l'extérieur atterrissait dans les larges orifices de ce bulot béant qui palpitait au moindre souffle. Le vent apportait des effluves d'algues, des exhalaisons de sel, de poissons qui le prenaient à la gorge, lui montaient à la tête. Ces odeurs capiteuses remplissaient l'air, l'envahissaient et il s'affolait comme une luciole dans une cage de verre.
Je lui avais bien pourtant dit de ne pas trop s'éloigner de la côte, de ne pas rester trop longtemps seul, mais il était si pressé de quitter les miasmes pestilentiels des raffineries qu'il avait pris la direction du large sans aucunement regarder derrière lui. Par comble de malheur, il avait une nature impulsive et avait mis les gaz à fond, si bien qu'il se retrouvait maintenant sans carburant, immobile dans une mer immense et silencieuse.
Dans ses oreilles résonnait une litanie  « Aimez-moi comme un petit crabe, on le mange jusqu'aux pattes ». L'odeur des crabes pourris se faisait de plus en plus émétique et après avoir vomi, il eut un malaise et s'évanouit. Quand plus tard, il se réveilla, le soleil était déjà très haut et il était cramoisi, la tête en feu, tout près de l'insolation. Une eau stagnante et croupie empestait l'air qu'il respirait. Il n'était décidément plus en odeur de sainteté. La ritournelle de l'imprévoyance égrénait maintenant ses notes infernales à ses oreilles « Quand tu as un trou rond et que tout le monde a une prise plate, c'est difficile ». Il comprenait que sa situation était critique et maintenant était tout à fait convaincu de son intuition première : oui, son bulot avait encore pris de l'ampleur pendant son évanouissement. Il s'étalait maintenant, grand ouvert, palpitant, à l'affût du moindre souffle, de la plus petite sollicitation pour vibrer. Il pouvait repérer sa situation à des kilomètres à la ronde, rien qu'en tournant la tête et en humant l'air. Son flair lui permettait de repérer la puanteur repoussante d'un navire de pétrole à plusieurs lieux et le bouquet musqué et capiteux d'une côte, là en face de lui, alors qu'elle était totalement invisible.
C'est alors qu'il se souvint de mes recommandations et se mit à hurler mon nom. Je l'avais pourtant bien averti connaissant sa nature angoissée. Naturellement je regrettais mon bateau mais je n'étais pas responsable de ses actes, ma conscience était en paix.
Le plus infime arôme dans un premier temps lui était suave jouissance puis prenait tellement de puissance qu'elle le rendait malade, nauséeux. L'odeur du sel, de douceâtre était devenue entêtante, puis dégoûtante enfin écoeurante. Les relents immondes des crabes putrides de la chanson empuantirent de plus en plus le bateau et ça ne suffisait pas à son tourment puisque la décomposition sous le soleil de la peinture du bateau qui s'écaillait prit elle aussi une odeur nauséabonde et infecte. Il se prenait à regretter les doux effluves saumâtres de ses raffineries. Peu à peu ses odeurs corporelles devinrent si prégnantes et son haleine si fétide qu'il sut qu'il était malade : toutes ces effluves n'étaient -elles pas tout simplement des émanations de son propre corps ?
Je ne récupérais jamais mon bateau et je le regrette encore, quant à mon ami, pour ma part je n'ai aucun reproche à me faire : je l'avais prévenu.

vendredi 7 février 2014

autorité

Tout commença le jour où ses coéquipiers lui firent comprendre que son autorité n’étant pas assez développée, ils n’arriveraient jamais à se faire diriger par lui.
Quand il vint me voir, il pataugeait dans sa sueur, s’emmêlant avec les mots, et je constatai effectivement sa flottante motivation dirigeante, non qu’il n’ait pas de motivation du tout, mais celle-ci tendait plutôt à se faire prendre en main qu’à prendre celle des autres.
Je suis un coach sérieux, psychanalyse non psychanalysé et néanmoins hypnotiseur, docteur en méditation et en diététique, je passe mes soirées à écrire des ouvrages de coaching sur l’auto hypnose et le développement du moi sans sur-moi.
Quand il revint me voir, je lui vendais mes quatre derniers livres lui précisant de commencer par le plus ancien et de faire les exercices seulement un jour sur deux pendant deux semaines, puis d’attendre un mois avant de lire le second manuel, et ainsi de suite. La méthodologie du développement du moi sans sur-moi est très rigoureuse.
Mais il était pressé. A peine m’avait-il fait son chèque de deux mille euros, qu’il se mit à enchaîner les exercices jour et nuit, sans sortir de chez lui durant tous les mois en « re ».
Ce fut alors que le malheur commença.
Il ne s’en rendit pas compte tout de suite. Les premiers jours son autorité toute enhardie fit la joie de ses coéquipiers étonnés au début d’être aussi bien dirigés, délicieusement ravis ensuite, plus particulièrement lors des soirées d’après-match.
Deux semaines après, il fallait faire appel à plusieurs personnes du staff pour canaliser son énergie débordante. Plusieurs médiateurs furent embauchés mais tous renoncèrent à leur mission au bout de quelques jours. Ce ne fut pas inutile : les troisièmes mi-temps virent passer des têtes nouvelles, notamment féminines, ce qui permit de renouveler l’entrain des coéquipiers. Mais quand même c’était gênant, la réputation de l’équipe se faisant de moins en moins sur leurs résultats sportifs.
Son moi sans sur-moi gonflait chaque jour davantage. Chaque verrou avait sauté les uns après les autres : pudeur, sens de l’intimité, politesse, maîtrise de l’impulsivité, respect des limites physiques et mentales des autres, contrôle de soi et de ses orifices. Par malheur, il avait un moi sans sur-moi particulièrement expressif, ses coéquipiers avaient su l’apprécier mais là ça devenait incommodant. Un jour, ils le chassèrent de l’équipe. Allez comprendre les sportifs !
Il revint me voir après avoir divorcé, perdu son équipe et son travail, s’être mis à dos l’ensemble de ses voisins, s’être bagarré avec des centaines d’automobilistes, avoir cassé la figure à son banquier, s’être fait viré de tous les restaurants, et avoir été mis en procès une dizaine de fois en deux ans suite à des plaintes pour impudeur, agressivité, viols, transgressions du code de la route, expressions malodorantes et maladroites de sa nature profonde.
Ce fut un cas d’école éclairant pour moi. Imaginez un homme qui suit une égo-thérapie américaine (la psychanalyse américaine étant plutôt égo-centrifugeuse) à qui on inculque l’idée qu’il a une vie intérieure fort riche mais entravée par les autres, qu’il est puissant et d’ailleurs qu’il appartient à une nation puissante, qui se souvient peu à peu de son état d’enfant roi terrorisant ses parents et ses professeurs ?
Bon, depuis je passe mes soirées à écrire de nouveaux manuels sur le développement du sur-moi sans moi et sans reproche.