Déjà un service complet de vaisselle réduit au stade de tessons. En grande partie de l’Emmaüs dépareillé. X accompagne ses éclats de verre d’éclats de voix, eux-mêmes capables de briser des céramiques du XVème siècle espagnol. Entre 2 coups de tonnerre, je donne un coup de balai d’une main et remplis de grands sacs plastiques de l’autre, séparant les tessons que je recyclerai pour mon grand œuvre façon Facteur Cheval de style Mudejar, et de l’autre les gravas de notre amour défunt, désormais inutilisables, les embrouillaminis de points d’interrogation à jamais sans réponse. Il s’agira plus tard de ne pas confondre les sacs. « Depuis combien de temps ça dure, ton petit manège ? » me demande X ? « De quel manège parles-tu ? réponds-je, tu sais bien que j’ai toujours eu horreur des manèges, ça me donne envie de vomir ! » « Oh ça va ! Ne joue pas sur les mots, tu sais très bien de quoi je parle » En parlant de maux, (mais c’est bien la dernière fois)m'étant coupée avec un saloperie de bout de verre Duralex, je monte dans la salle de bains chercher un pansement dans la boîte à pharmacie intitulée « coups et blessures ». Evidemment le sparadrap a glissé dans la boîte contigüe intitulée « digestion, estomac, ventre », sûrement confondu avec un pansement gastrique. L’ennui d’avoir pour bonniche une bibliothécaire c’est que le classement prend souvent le dessus sur le rangement et ranger une maison en Dewey, même dans sa version 2009 augmentée, ce n’est pas de la tarte. Il y a toujours un moment où il faudrait couper les livres en 2 et/ou les cheveux en 4 pour être jusqu’auboutiste et totalement rigoureux (qualités primordiales dans les fiches de poste bibliothécaire) et disposer les choses à leur juste place. A partir de là et simultanément, les événements se précipitent 1) le téléphone sonne : je note l’effort du metteur en scène : penser à introduire un élément extérieur qui généralement met fin à l’hystérie du vase clos, ramenant les protagonistes à la réalité du monde nettement plus dramatique, état de la planète en train de fondre ou d’exploser, révolutions en marche, mort d’un proche. En l’occurrence tout le monde s’en fout, personne ne répond 2) je note une odeur de brûlé, jette un coup d’œil par la fenêtre. X s’est lancé dans la scène II du grand incendie de Rome, mais au lieu de jouer de la lyre, c’est ma lyre achetée en Italie justement, qu’il est en train de brûler, comme disait Oscar Wilde, l’amour c’est ne faire qu’un, mais lequel ? et cette lyre a toujours sonné faux. « T’as toujours eu le feu aux fesses ! » s’étouffe X à côté de son barbecue. Ne sachant pas s’il s’adresse à son brasier ou à moi, je jette un coup d’œil dans la glace : non, aucune fumée de mon bas-côté. Mais ça ne veut rien dire, parfois le feu couve, c’est connu. 3) malgré mes efforts de colmatage, je ne réussis toujours pas à stopper le flux de sang qui s’écoule depuis 10’ de ma blessure. Dans le lavabo, mes globules, les rouges que l’on voit, et les blancs que l’on devine, mon fer, mes plaquettes et tout mon bon cholestérol, rejoignent les égouts en fines rigoles. Moi je ne rigole pas trop et flageolante et autant que faire se peut, je dévale l’escalier, remontant le chemin de gouttes rouges que j’ai tracé à la montée. « Tu peux m’emmener aux urgences », demande-je « avant qu’on se sépare ? »
mardi 15 mars 2011
Tessons et mantilles
jeudi 10 mars 2011
miss(il)
mercredi 16 février 2011
messagerie
LA DERNIERE FOIS
17.H.10. peut-être. J'essaie un pied dans le salon. Dans ma tête, je compte les pas que je ferai, quatre ou cinq pas plus, peut-être une dizaine, surtout ne pas dépasser la dizaine au cas où la situation tournerait mal. Je devrais pouvoir faire volte-face facilement! Il s'appuie au chambranle de la porte pour me laisser passer. La laine de son chandail électrise le gilet que je porte. Il baisse la tête, regarde nos deux vêtements, tente une manoeuvre d'approche pour se serrer contre moi. Je glisse sur le côté, un pas, deux pas, il n'est plus en face de moi. Le champ libre, je pose sur le carrelage blancle sac de papier qui m'encombre.
17H.13. "J'ai rapporté les catalogues que tu m'avais prêtés pour les vacances de printemps." "Pour nos vacances?"De deux doigts posés sur sa bouche, je cloue un "je t'aime" au pilori. "Pour les vacances!" Je le vois se tasser, comprendre que quelque chose vient de se passer, ses yeux noirs dans lesquels je me suis si souvent perdue, s'enfonçer un peu plus dans leurs orbites. Il va crier, hurler peut-être, je le connais. Je vide mon sac, le plie et le replie consciencieusement, il me sert de prétexte à mon hésitation pour continuer. "Nous ne partirons pas ensemble, nous ne partirons plus ensemble. Toi et moi c'est fini! Notre voyage s'arrête ici!" Un silence glacial s'est installé en écho à la froidure du dehors. Il est devenu livide. Il ne faut pas que je vacille, que son regard perdu, que ses bras qui se tendent et que je repousse machinalement, que ce corps souple que je regretterai, me fassent revenir sur ma décision. Ces yeux lourds de reproches qu'il n'arrive pas à formuler, je ne les regarde plus. Je recule d'un pas peut-être de deux. Pourvu qu'il ne bloque pas la porte pour m' en interdire la sortie dans un de ses accès de violence que j'ai pu essuyer et que je ne veux surtout plus revivre!
17H.20. Le silence devient effrayant. Je le rompts d'une voix que je veux la plus rassurante possible par un banal au revoir. Il est complètement tétanisé. La voie est libre, libre je me sens, je n'arrive pas à être triste.
17H.25. Je crois. Quand j'arrive au bas de l'escalier, j'entends le premier objet en verre qui se fracasse violemment sur le sol.
lundi 14 février 2011
Rupture
Je sais que tu dois rentrer dans la journée. Il y a déjà plusieurs semaines que tu es de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps en déplacements. A dire vrai, tu ne rentres guère plus que le week-end, parce que quelque chose encore t'y oblige.
Tu arrives vers midi, je t'ai mitonné un repas léger comme tu les aimes, je me suis faite belle et je t'attends. Tu entres, déposes ton cartable, ta valise, ôte ton écharpe rouge et ton imperméable noir que tu accroches consciencieusement dans l'armoire. Tu ne me sautes pas au cou selon ton habitude, déposes un baiser sec sur mes lèvres et quand je te demande « Où étais-tu tous ces jours-ci ? », tu me dis « Hé bien, je vais te dire la vérité. J'étais chez une femme, elle s'appelle Irène, j'ai dormi chez elle. Je voudrai que nous nous séparions, mais je souhaite continuer à travailler avec toi. Je trouve qu'à nous deux, la boîte tourne bien, on se complète parfaitement, tu es bonne partout où je suis mauvais, et je réussis partout où tu te débrouilles moins bien. Nous faisons un bon tandem, les clients sont satisfaits et il n'y a aucune raison de ne pas continuer ».
Je le regarde, sonnée, ne rougis ni ne blémis, aucun des muscles de mon visage ne se contracte , je respire profondément, calmement, abdominalement comme je l'ai appris, le regarde longuement n'en croyant pas mes oreilles ; en réalité , j'attends qu'à tout moment il éclate de rire et me dise « Mais non, ma chérie, c'est une plaisanterie stupide, ce n'est pas vrai »
Je me lève, nous étions jusque là, tous les deux assis au soleil, à la table de la cuisine, vais dans notre chambre, prend le petit père Noël en peluche accroché à notre lit – c'est le premier cadeau que tu m'as fait, lorsque nos yeux étaient encore rivés l'un à l'autre au restaurant, au point de ne pas savoir ce que nous mangions-, attrape la paire de ciseaux de cuisine et délibérement lui coupe la tête au-dessus de la poubelle et sans un mot, laisse tomber les deux morceaux. A ton regard, je comprends que mon geste te déboussole, sans doute as-tu prévu des cris, des pleurs, des arguments. Je me regarde agir mécaniquement, aller à pas tranquille vers les étagères de verre que tu m'as confectionnées, saisir le magnifique gros oeuf en pierre, composé de cinquante pièces parfaitement ajustées et qui tient debout sur son socle, offert un jour d'anniversaire de rencontre, disjoindre chaque pièce dans un bruit d'osselets et leur faire rejoindre la poubelle dans un joyeux tintamarre. « Mais qu'est-ce que tu fais …? ». Je suis déjà repartie pour revenir avec ce beau pommier en bois, puzzle en deux dimensions, avec ses branches vertes, couvertes de magnifiques pommes rouge-vif ; d'un geste sec, je le démantibule et lui aussi part rejoindre les morceaux précédents dans la poubelle. Je me rassieds et m'entends te dire qu'il est hors de question que je continue de travailler avec toi, que oui nous allons nous séparer, et que vu que tu es gérant de la Société, tu veuilles bien me convoquer pour un entretien de licenciement, et que tu as intérêt à bien réfléchir aux raisons que tu vas invoquer. Tu ne me crois pas. J'ouvre la porte et te demande de préparer quelques affaires, t'annonce que je ne reviendrai pas sur ma décision.
Au moment de sortir, tu m'embrasses, me serres dans tes bras et me dis « Tu sais, tu fais partie de moi maintenant... ». Je n'écoute plus, déjà la porte est refermée...
Tessons et mantilles
Déjà un service complet de vaisselle -en grande partie de l'Emmaüs dépareillé- réduit en tessons. X accompagne ses éclats de verre d'éclats de voix, eux-mêmes capables de briser des céramiques du XVème siècle espagnol. Entre 2 coups de tonnerre, je donne d'une main un coup de balai et remplis de l'autre de grands sacs plastiques, séparant les tessons que je recyclerai pour mon grand oeuvre façon Facteur Cheval de style Mudejar, des gravas de notre amour défunt, désormais inutilisables, emberlificotés dans les embrouillaminis de points d'interrogation, à jamais sans réponse. J’étiquette les sacs pour ne pas les confondre.
« Depuis combien de temps ça dure, ton petit manège ?» me demande X ? «De quel manège parles-tu ?» réponds-je, «tu sais bien que j'ai toujours eu horreur des manèges, ça me donne envie de vomir ! » « Oh ça va ! Ne joue pas sur les mots, tu sais très bien de quoi je parle » En parlant de maux, {mais c'est bien la dernière fois} je viens de me couper avec un saloperie de bout de verre Duralex, je monte dans la salle de bains chercher un pansement dans la boîte à pharmacie intitulée « coups et blessures ». Evidemment le sparadrap a glissé dans la boîte contigüe intitulée « digestion, estomac, ventre », mélangé avec les pansements gastriques. L'ennui d'avoir pour bonniche une bibliothécaire, c'est que le classement prend souvent le dessus sur le rangement et ranger une maison en Dewey, même avec la version augmentée, et mise à jour en 2009, c'est pas de la tarte. Il y a toujours un moment où pour disposer les choses à leur juste place, il faudrait couper les livres en 2 et/ou les cheveux en 4 afin d'être cohérent et totalement rigoureux (2 qualités requises dans la fiche de poste bibliothécaire).
A partir de là, les événements se précipitent
UN) Le téléphone sonne : je note l'effort du metteur en scène : penser à introduire un élément extérieur qui généralement met fin à l'hystérie du vase clos, ramenant les protagonistes à la réalité des autres mondes, faisant irruption pour annoncer qui la mort d'un proche, qui la pluie verglaçante sur le territoire, le blocage des régimes de bananes dans le port de Marseille, à moins que ce ne soit Chris le voyant, qui m'annonce encore qu'un grand changement va se produire dans ma vie.
DEUX) Je note une odeur de brûlé, je regarde par la fenêtre. X s'est lancé dans la scène II du Grand Incendie de Rome, mais au lieu de jouer de la lyre, il est en train de brûler notre piano synthétique sur lequel nous avons joué ensemble de belles musiques dissonantes, car, comme le disait Oscar Wilde, "l'amour c'est ne faire qu'un, mais lequel ?"« T'as toujours eu le feu aux fesses ! » s'étouffe X dans la fumée de son barbecue. Machinalement je jette un coup d'oeil dans la glace : Non, aucune fumée ne sort de mon bas-côté. Mais ça ne veut rien dire, parfois il y a du feu sans fumée, ça ne se sait pas assez.
TROIS) Malgré mes efforts de colmatage, je ne réussis toujours pas à stopper le flux de sang qui s'écoule depuis 10' de ma blessure. Dans le lavabo, mes globules, les rouges que l'on voit, et les blancs que l'on devine, mon fer, mes plaquettes et tout mon bon cholestérol, rejoignent les égouts en fines rigoles. Moi je ne rigole pas trop et flageolante et autant que faire se peut, je dévale l'escalier, remontant le chemin de gouttes rouges que j'ai tracé à la montée.
« Tu peux m'emmener aux urgences ? Avant qu'on se sépare ? », demande-je.
vendredi 11 février 2011
Lecture atelier 18 février 2011 au Remue Méninges
*dont quelques uns sont publiés sur ce blog sous le libellé "atelier Noëlle Revaz"
** extraits de textes de Joël Bastard sur le blog Jardin d'ombres (voir lien dans liste de blogs)
mercredi 9 février 2011
ASTHENIE D'UN SOIR, D'UNE NUIT...
jeudi 18 novembre 2010
le conteur
dimanche 14 novembre 2010
La femme de l’opéré de la cataracte
lundi 8 novembre 2010
un couple avec jumeaux
dimanche 7 novembre 2010
Le boucher
samedi 16 octobre 2010
en attendant le facteur
l’écrivain venue du valais suisse -j’entends des accents de mon enfance- nous propose à nous dix assis en grand cercle dans la pièce pleine de couleurs, rouge rose orange peluche violette, sous le regard bienveillant du daim blanc, d’écrire une histoire -aucune imagination pour la fiction j’aime écrire le réel- un récit d’une phrase sans point ni coupe une seule traite -ma passion pour la ponctuation ne connaît pas le point final- qui démarrerait sur le nom d’un personnage-métier donné par notre voisin de droite -j’hérite du facteur- se terminerait en une chute à prévoir au départ histoire de trajectoire de savoir où aller -pas capable d’envisager la chute- avec l’idée de se laisser entraîner dans un vif courant d’écriture avancer vite courir sauter enchaîner les actions gommer les sensations -«écriture automatique» dit-elle- j’essaie de lancer ma plume comme un javelot -l’écrivain semble surprise que nous n’utilisions pas nos ordinateurs en atelier- je gratte le papier d’un carnet rouge -son plus sensuel que celui des doigts heurtant les touches d’un clavier mais moins rapide quoique- mon stylo-plume trace des courbes de lettres mots phrases -comment raconter une histoire quand le réel me paraît plus intéressant surprenant émouvant drôle que nos projections imaginaires- toujours pas de chute à l’horizon, juste un facteur qui, triste de ne plus distribuer de lettres rien que des factures, compose des missives amoureuses qu’il sème à tous vents dans des boites croisées sur sa route, les boites ornées de prénoms de femmes avec beaucoup de i, il aime les i -amorce prometteuse, facteur à la tati, de la poésie, dit-on- pourtant, coup de frein, ralentissement, point d’interrogation, questions, le flux de l’intrigue à peine esquissée s’arrête : qu’arrivera-t-il à ce petit facteur épris de mots d’amour, quelle suite suffisamment belle, pas de fin ? et la sonnerie retentit deux fois.
vendredi 15 octobre 2010
La lavandière
COUCOU ! (mon commentaire du diable dans les plis. MPB)
L’ARCHITECTE
jeudi 14 octobre 2010
la danseuse
Réclame :
Imaginaire
Noëlle Revaz est actuellement en résidence d'écrivain à Saint-Etienne et nous la remercions vivement pour ce temps qu'elle nous a accordé. Elle sera présente à diverses manifestations durant la fête du livre.
*(rajouté par MPB)


