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mardi 15 mars 2011

Tessons et mantilles

Déjà un service complet de vaisselle réduit au stade de tessons. En grande
partie de l’Emmaüs dépareillé. X accompagne ses éclats de verre d’éclats
de voix, eux-mêmes capables de briser des céramiques du XVème siècle
espagnol. Entre 2 coups de tonnerre, je donne un coup de balai d’une main
et remplis de grands sacs plastiques de l’autre, séparant les tessons que
je recyclerai pour mon grand œuvre façon Facteur Cheval de style Mudejar,
et de l’autre les gravas de notre amour défunt, désormais inutilisables,
les embrouillaminis de points d’interrogation à jamais sans réponse. Il
s’agira plus tard de ne pas confondre les sacs.
« Depuis combien de temps ça dure, ton petit manège ? » me demande X ? «
De quel manège parles-tu  ? réponds-je, tu sais bien que j’ai toujours eu
horreur des manèges, ça me donne envie de vomir ! » « Oh ça va ! Ne joue pas sur
les mots, tu sais très bien de quoi je parle » En parlant de maux, (mais
c’est bien la dernière fois)m'étant coupée avec un saloperie de bout
de verre Duralex, je monte dans la salle de bains chercher un pansement
dans la boîte à pharmacie intitulée « coups et blessures ». Evidemment le
sparadrap a glissé dans la boîte contigüe intitulée « digestion, estomac,
ventre », sûrement confondu avec un pansement gastrique. L’ennui d’avoir
pour bonniche une bibliothécaire c’est que le classement prend souvent le
dessus sur le rangement et ranger une maison en Dewey, même dans sa version 2009 augmentée, ce n’est pas de la tarte. Il y a toujours un moment où il faudrait couper les livres en 2 et/ou les cheveux en 4 pour être jusqu’auboutiste et totalement rigoureux (qualités primordiales dans les fiches de poste bibliothécaire) et disposer les choses à leur juste place.
A partir de là et simultanément, les événements se précipitent
1) le téléphone sonne : je note l’effort du metteur en scène : penser à
introduire un élément extérieur qui généralement met fin à l’hystérie du
vase clos, ramenant les protagonistes à la réalité du monde nettement plus
dramatique, état de la planète en train de fondre ou d’exploser,
révolutions en marche, mort d’un proche. En l’occurrence tout le monde
s’en fout, personne ne répond
2) je note une odeur de brûlé, jette un coup d’œil par la fenêtre. X s’est
lancé  dans la scène II du grand incendie de Rome, mais au lieu de jouer
de la lyre, c’est ma lyre achetée en Italie justement, qu’il est en train
de brûler, comme disait Oscar Wilde, l’amour c’est ne faire qu’un, mais
lequel ? et cette lyre a toujours sonné faux. « T’as toujours eu le feu
aux fesses ! » s’étouffe X à côté de son barbecue. Ne sachant pas s’il
s’adresse à son brasier ou à moi, je jette un coup d’œil dans la glace :
non, aucune fumée de mon bas-côté. Mais ça ne veut rien dire, parfois le
feu couve, c’est connu.
3) malgré mes efforts de colmatage, je ne réussis toujours pas à stopper
le flux de sang qui s’écoule depuis 10’ de ma blessure. Dans le lavabo,
mes globules, les rouges que l’on voit, et les blancs que l’on devine, mon
fer, mes plaquettes et tout mon bon cholestérol, rejoignent les égouts en
fines rigoles. Moi je ne rigole pas trop et flageolante et autant que
faire se peut, je dévale l’escalier, remontant le chemin de gouttes rouges
que j’ai tracé à la montée.
« Tu peux m’emmener aux urgences », demande-je « avant qu’on se sépare ? »

jeudi 10 mars 2011

miss(il)









quitter en rêve : vouloir quitter le psy, ne pas savoir quand ? comment ? l’annoncer, faire le rêve, devenir chat, «chat quittant», savoir traverser, décider de quitter l’homme, l’amour, écrire la lettre-rupture
sortie de rêve : à la poursuite du mini-chat échappé (porte entrouverte) de la maison du psy (forme nippone) poils en boule grise montée sur ressorts (shtttonk shtttttonk) rebondit le chat-trajectoire quand il croise un (peut-être deux voir plus) véhicules à moteur (scratttttttch) percuté ? écrabouillé ? projeté ? passé où ? active recherche sur le bas-côté (parmi brindilles débris et divers) aucune trace (disparition) juste un oiseau mort les quatre fers en l’air, «le chaton s’évapore»
tracer le rêve : sur la table du petit déjeuner écris chaque détail à la main sur un feuillet (défroissé) tire le fil remonte du réveil au sommeil (profond) mémore note remémore anote .. jusqu’au moment particulier où vient l’idée là dans un même mouvement (cheval-mouvement) l’idée de la lettre qui coupe mots qui découpent phrases qui tranchent dressent une liste puis deux (choses qui séparent --- choses qui relient) c’est fluide coule du stylo (plume) sans efforts ni douleur ça forme des questions (de style interrogatif) questions sans réponses aucune (n’en attendant pas non plus) la missive s’écrit toute seule (encre noire sur fond blanc) avant les doigts qui frappent ces lettres après (blanches) sur le clavier (noir) de l’ordinateur (transportable) enfin un silence (stttttttttop) «ô temps suspends ton vol» quelques secondes minutes heures éternité (image-temps) passent alors juste appuyer sur le petit avion-papier (fuittttttttttte) c’est fait envolé parti c’est fini
dire qu’après : plus jamais ne le toucherais regretterais tripoterais pleurerais peloterais jalouserais jamais plus ne le consolerais chatouillerais léchouillerais réveillerais baiserais susprendrais suçoterais enlacerais caresserais aimerais plus

mercredi 16 février 2011

messagerie

Mardi 15h53
Salut, c'est moi, je viens de voir Doudou, chez qui on devait se retrouver demain soir avec Charly et Jef. Est-ce que tu peux prévenir Jef, parce que Doudou n'a pas son téléphone, que finalement ce sera chez Charly, mais pas demain soir parce que Doudou n'est pas libre. Ça pourrait se faire après-demain, à condition que ce soit possible pour Jef. Si ça n'est pas possible, il faudrait voir une date pour la semaine prochaine, parce que Doudou et Jef sont pris ce week-end. Par ailleurs, si ça se fait la semaine prochaine, il faudra que nous nous retrouvions soit chez toi, soit chez moi. Tu vois avec Jef et tu me rappelles. Pendant que j'y pense, Charly m'a parlé d'un mec qui serait intéressé, c'est un copain à Tony, pas celui que tu connais, un autre qui travaille avec lui. Faudrait voir si on peut le faire venir. Allez, tchaotchao!
Jeudi 14h46
Salut, je viens de voir Charly, finalement le copain de son collègue Tony n'est pas intéressé, par contre Tony, pas son copain, celui qu'on connaît, lui, serait intéressé. Je lui ai dit qu'il t'appelle pour la date. Allez, tchaotchao!

LA DERNIERE FOIS

17.H. Je suis au pied de l'escalier extérieur, le sac lourd de tout ce que j'ai à lui rendre. J'essaie de camoufler le bruit de talons que font mes bottes sur le pavé des marches poussiéreuses. Je les compte une dernière fois, dix sept, dix huit, la dixneuvième est glissante, je fais attention pour ne pas tomber, que je sois présentable! A la vingtième, j'atteins la sonnette que je n'ai pas besoin d'actionner car la porte s'ouvre immédiatement sur son visage tanné par la vie au grand air. Je le regarde, mes yeux traversent son corps pour se glisser dans le vaste appartement plongé dans la pénombre. La lumière du jour l'agresse constamment et je hais cette obscurité latente qui dès le matin donne déjà du corps à la nuit. "On ne s'embrasse pas?" Je tourne la tête à droite, encore à droite pour éviter ses lèvres chaudes sur les miennes, je les accepte seulement sur mes joues refroidies par le vent des derniers jours d'avril.
17.H.10. peut-être. J'essaie un pied dans le salon. Dans ma tête, je compte les pas que je ferai, quatre ou cinq pas plus, peut-être une dizaine, surtout ne pas dépasser la dizaine au cas où la situation tournerait mal. Je devrais pouvoir faire volte-face facilement! Il s'appuie au chambranle de la porte pour me laisser passer. La laine de son chandail électrise le gilet que je porte. Il baisse la tête, regarde nos deux vêtements, tente une manoeuvre d'approche pour se serrer contre moi. Je glisse sur le côté, un pas, deux pas, il n'est plus en face de moi. Le champ libre, je pose sur le carrelage blancle sac de papier qui m'encombre.
17H.13. "J'ai rapporté les catalogues que tu m'avais prêtés pour les vacances de printemps." "Pour nos vacances?"De deux doigts posés sur sa bouche, je cloue un "je t'aime" au pilori. "Pour les vacances!" Je le vois se tasser, comprendre que quelque chose vient de se passer, ses yeux noirs dans lesquels je me suis si souvent perdue, s'enfonçer un peu plus dans leurs orbites. Il va crier, hurler peut-être, je le connais. Je vide mon sac, le plie et le replie consciencieusement, il me sert de prétexte à mon hésitation pour continuer. "Nous ne partirons pas ensemble, nous ne partirons plus ensemble. Toi et moi c'est fini! Notre voyage s'arrête ici!" Un silence glacial s'est installé en écho à la froidure du dehors. Il est devenu livide. Il ne faut pas que je vacille, que son regard perdu, que ses bras qui se tendent et que je repousse machinalement, que ce corps souple que je regretterai, me fassent revenir sur ma décision. Ces yeux lourds de reproches qu'il n'arrive pas à formuler, je ne les regarde plus. Je recule d'un pas peut-être de deux. Pourvu qu'il ne bloque pas la porte pour m' en interdire la sortie dans un de ses accès de violence que j'ai pu essuyer et que je ne veux surtout plus revivre!
17H.20. Le silence devient effrayant. Je le rompts d'une voix que je veux la plus rassurante possible par un banal au revoir. Il est complètement tétanisé. La voie est libre, libre je me sens, je n'arrive pas à être triste.
17H.25. Je crois. Quand j'arrive au bas de l'escalier, j'entends le premier objet en verre qui se fracasse violemment sur le sol.

lundi 14 février 2011

Rupture

Je sais que tu dois rentrer dans la journée. Il y a déjà plusieurs semaines que tu es de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps en déplacements. A dire vrai, tu ne rentres guère plus que le week-end, parce que quelque chose encore t'y oblige.

Tu arrives vers midi, je t'ai mitonné un repas léger comme tu les aimes, je me suis faite belle et je t'attends. Tu entres, déposes ton cartable, ta valise, ôte ton écharpe rouge et ton imperméable noir que tu accroches consciencieusement dans l'armoire. Tu ne me sautes pas au cou selon ton habitude, déposes un baiser sec sur mes lèvres et quand je te demande « Où étais-tu tous ces jours-ci ? », tu me dis « Hé bien, je vais te dire la vérité. J'étais chez une femme, elle s'appelle Irène, j'ai dormi chez elle. Je voudrai que nous nous séparions, mais je souhaite continuer à travailler avec toi. Je trouve qu'à nous deux, la boîte tourne bien, on se complète parfaitement, tu es bonne partout où je suis mauvais, et je réussis partout où tu te débrouilles moins bien. Nous faisons un bon tandem, les clients sont satisfaits et il n'y a aucune raison de ne pas continuer ».

Je le regarde, sonnée, ne rougis ni ne blémis, aucun des muscles de mon visage ne se contracte , je respire profondément, calmement, abdominalement comme je l'ai appris, le regarde longuement n'en croyant pas mes oreilles ; en réalité , j'attends qu'à tout moment il éclate de rire et me dise « Mais non, ma chérie, c'est une plaisanterie stupide, ce n'est pas vrai »

Je me lève, nous étions jusque là, tous les deux assis au soleil, à la table de la cuisine, vais dans notre chambre, prend le petit père Noël en peluche accroché à notre lit – c'est le premier cadeau que tu m'as fait, lorsque nos yeux étaient encore rivés l'un à l'autre au restaurant, au point de ne pas savoir ce que nous mangions-, attrape la paire de ciseaux de cuisine et délibérement lui coupe la tête au-dessus de la poubelle et sans un mot, laisse tomber les deux morceaux. A ton regard, je comprends que mon geste te déboussole, sans doute as-tu prévu des cris, des pleurs, des arguments. Je me regarde agir mécaniquement, aller à pas tranquille vers les étagères de verre que tu m'as confectionnées, saisir le magnifique gros oeuf en pierre, composé de cinquante pièces parfaitement ajustées et qui tient debout sur son socle, offert un jour d'anniversaire de rencontre, disjoindre chaque pièce dans un bruit d'osselets et leur faire rejoindre la poubelle dans un joyeux tintamarre. « Mais qu'est-ce que tu fais …? ». Je suis déjà repartie pour revenir avec ce beau pommier en bois, puzzle en deux dimensions, avec ses branches vertes, couvertes de magnifiques pommes rouge-vif ; d'un geste sec, je le démantibule et lui aussi part rejoindre les morceaux précédents dans la poubelle. Je me rassieds et m'entends te dire qu'il est hors de question que je continue de travailler avec toi, que oui nous allons nous séparer, et que vu que tu es gérant de la Société, tu veuilles bien me convoquer pour un entretien de licenciement, et que tu as intérêt à bien réfléchir aux raisons que tu vas invoquer. Tu ne me crois pas. J'ouvre la porte et te demande de préparer quelques affaires, t'annonce que je ne reviendrai pas sur ma décision.

Au moment de sortir, tu m'embrasses, me serres dans tes bras et me dis « Tu sais, tu fais partie de moi maintenant... ». Je n'écoute plus, déjà la porte est refermée...

Tessons et mantilles

Déjà un service complet de vaisselle -en grande partie de l'Emmaüs dépareillé- réduit en tessons. X accompagne ses éclats de verre d'éclats de voix, eux-mêmes capables de briser des céramiques du XVème siècle espagnol. Entre 2 coups de tonnerre, je donne d'une main un coup de balai  et remplis  de l'autre de grands sacs plastiques, séparant les tessons que je recyclerai pour mon grand oeuvre façon Facteur Cheval de style Mudejar, des gravas de notre amour défunt, désormais inutilisables, emberlificotés dans les embrouillaminis de points d'interrogation, à jamais sans réponse. J’étiquette les sacs pour ne pas les confondre.
« Depuis combien de temps ça dure, ton petit manège ?» me demande X ? «De quel manège parles-tu ?» réponds-je, «tu sais bien que j'ai toujours eu horreur des manèges, ça me donne envie de vomir ! » « Oh ça va ! Ne joue pas sur les mots, tu sais très bien de quoi je parle » En parlant de maux, {mais c'est bien la dernière fois} je viens de me couper avec un saloperie de bout de verre Duralex, je monte dans la salle de bains chercher un pansement dans la boîte à pharmacie intitulée « coups et blessures ». Evidemment le sparadrap a glissé dans la boîte contigüe intitulée « digestion, estomac, ventre », mélangé avec les pansements gastriques. L'ennui d'avoir pour bonniche une bibliothécaire, c'est que  le classement prend souvent le dessus sur le rangement et ranger une maison en Dewey, même avec la version augmentée, et mise à jour en 2009, c'est pas de la tarte. Il y a toujours un moment où pour  disposer les choses à leur juste place, il faudrait couper les livres en 2 et/ou les cheveux en 4 afin d'être  cohérent et totalement rigoureux (2 qualités requises dans la fiche de poste bibliothécaire).

A partir de là, les événements se précipitent

UN) Le téléphone sonne : je note l'effort du metteur en scène : penser à introduire un élément extérieur qui généralement met fin à l'hystérie du vase clos, ramenant les protagonistes à la réalité des autres mondes, faisant irruption pour annoncer qui la mort d'un proche, qui la  pluie verglaçante sur le territoire, le blocage des régimes de bananes dans le port de Marseille, à moins que ce ne soit Chris le voyant, qui m'annonce encore qu'un grand changement va se produire dans ma vie.

DEUX) Je note une odeur de brûlé, je regarde par la fenêtre. X s'est lancé  dans la scène II du Grand Incendie de Rome, mais au lieu de jouer de la lyre, il est en train de brûler notre piano synthétique sur lequel nous avons joué ensemble de belles musiques dissonantes, car, comme le disait Oscar Wilde, "l'amour c'est ne faire qu'un, mais lequel ?"
«  T'as toujours eu le feu aux fesses ! » s'étouffe X dans la fumée de son barbecue. Machinalement je jette un coup d'oeil dans la glace : Non, aucune fumée ne sort de mon bas-côté. Mais ça ne veut rien dire, parfois il y a du feu sans fumée, ça ne se sait pas assez.

TROIS) Malgré mes efforts de colmatage, je ne réussis toujours pas à stopper le flux de sang qui s'écoule depuis 10' de ma blessure. Dans le lavabo, mes globules, les rouges que l'on voit, et les blancs que l'on devine, mon fer, mes plaquettes et tout mon bon cholestérol, rejoignent les égouts en fines rigoles. Moi je ne rigole pas trop et flageolante et autant que faire se peut, je dévale l'escalier, remontant le chemin de gouttes rouges que j'ai tracé à la montée.

« Tu peux m'emmener aux urgences ? Avant qu'on se sépare ? », demande-je.

vendredi 11 février 2011

Lecture atelier 18 février 2011 au Remue Méninges

Comme pas annoncé dans le flyer du Remue-Méninges :

Nous ferons une lecture de certains de nos textes* écrits pendant les 2 ateliers animés par Noëlle Revaz au cours de ses 2 périodes de résidence à Saint-Etienne (Octobre et février).

date : 18 février 2011 -19 heures
lieu : le Remue Méninges, 59 rue Désiré Claude St Etienne. tel 04 77 37 87 50 (voir lien dans notre liste de blogs)

Cette soirée est une carte blanche à Noëlle Revaz qui invite Joël Bastard**

Merci à Daniela Diblasi et à Philippe Georjon de la Médiathèque de Saint-Etienne pour tout le travail qu'ils effectuent en direction des auteurs contemporains et des auteurs contemporains inconnus aussi.

*dont quelques uns sont publiés sur ce blog sous le libellé "atelier Noëlle Revaz"
** extraits de textes de Joël Bastard sur le blog Jardin d'ombres (voir lien dans liste de blogs)

mercredi 9 février 2011

ASTHENIE D'UN SOIR, D'UNE NUIT...

Elle est assise, peut-être pelotonnée, peut-être les jambes croisées, frôlant le canapé, les bras en fuite, pour ne pas toucher leur aigreur, leurs courbures momifiées qui refusent de se lancer, leur décadence annoncée, son inquiétude de tous ses jours quand elle est là à attendre, incapable de se détacher, de laisser se diluer les incertitudes sournoises, la perfidie de la souffrance, d'autopsier ses avenirs qu'elle sait fragiles, égarés, peut-être déjà perdus, dans la démission de ses espoirs, preuve à l'appui de sa tristesse qu'elle scarifie en larmes lentes et sinusoïdales qui se perdent dans une mèche de cheveux, échappée belle sur le velours, douceur momentanée, lambeau de plénitude en décomposition, trêve édulcorée dans le processus de sa douleur, de son corps qui se rétracte, un étau, une ceinture d'aiguilles, une acupuncture d'échar-des nauséabondes, recroquevillée, ses sens anesthésiés qu'elle agite comme un fanal éteint dans le bleu de sa nuit, le souffle court de sa respiration qu'elle retient, mise en suspension d'un instant indolore sous ses paupières closes, sur ses lèvres entrouvertes où s'éveille l'impudence de ses désirs, car libre elle est jusqu'au fond de ses "tripes", son ventre se soulève, sa tête se renverse, son sexe s'offre, détonation de son plaisir, fulgurance fractale, son corps hoquète, élixir de solitude... "à l'avenir
laisse venir
laisse le vent du soir
décider"...
poursuit Bashung en sourdine, comme un frisson, comme un murmure qui coule dans ses veines blessées, comme un soupir qui tangue avant que de sombrer à côté du sommeil qu'elle attend, encore, encore, dans sa nuit longue-vue à la dérive.

jeudi 18 novembre 2010

le conteur

Un conteur qui vivait seul au bord d'une autoroute,dans une vieille caravane rouillée,se réveilla un matin ,transi,la barbe gelée par les premiers frimas de novembre,se leva d'un bond,serrant contre son coeur la lettre qu'il avait reçue la veille,relut avec avidité ces quelques lignes jetées sur le papier taché de sueur nocturne,ferma les yeux avec violence,vit apparaître derrière ses paupières meurtries,l'image tremblante de son fils disparu depuis des années se figeant dans une étrange pâleur,se leva lentement pour atteindre le réchaud ,fit chauffer un reste de café de la veille,le but sans hâte, laissant couler en lui cette brûlure glacée, décrocha son vieux manteau parcheminé, sortit affronter la zone embrumée qui cernait la caravane abandonnée ,s'en alla chancelant le long de la voie ferrée,laissant de douloureux souvenirs l'envahir où se mêlaient des sourires et des larmes dans les yeux de son enfant quand il racontait des histoires sous les préaux des écoles,sentit contre sa joue rêche l'effleurement oublié d'une caresse enfantine, avança dans l'épais brouillard ,luttant contre cette glu acide qui rendait sa respiration douloureuse,aborda enfin la barrière agressive des premiers immeubles surgis des champs figés dans l'aube terne de novembre ,chercha dans sa poche le précieux message, relut encore une fois ces quelques mots griffonnés ,essaya de déchiffrer l'adresse effacée,ne comprit pas le nom de la rue ,demanda l'aide d'un passant qui lui indiqua l'hôpital de la ville ,ce mot fit poindre
des perles de sueur glacées sur ses tempes grises et ses yeux se brouillèrent,gravit l'escalier, se dirigea vers une chambre d'où filtrait une froide lueur,poussa la porte entrouverte, découvrit le visage de son fils d'une pâleur quasi irréelle,les yeux agrandis par la fièvre,étendu dans la moiteur du drap chiffonné ,approcha son oreille jusqu'au bord de ses lèvres sèches et entendit dans un souffle tiède :
« j'aimerais que tu me racontes une histoire........ »

dimanche 14 novembre 2010

La femme de l’opéré de la cataracte


Une femme dont le mari devait se faire opérer de la cataracte se leva ce mardi 4 janvier,
se rendit compte qu’il avait neigé 50 cm pendant la nuit,
réveilla son mari en 4ème vitesse pour qu’ils partent sur les chapeaux de roue, mais les roues patinaient,
l’emmena …
–car c’était elle ce jour-là qui portait la culotte-
…on ne sait comment à la gare de Pont de Claix pour prendre le train pour Grenoble,
monta avec son mari dans un wagon frigorifié et non pas frigorifique et le train roula 10 minutes puis s’immobilisa pendant presque 2 heures car les choses techniques avaient gelé et le train ne pouvait plus rouler,
répondit aux questions de France 3 qui réalisait un micro trottoir de voie de chemin de fer sur la galère des usagers pris en otage par les intempéries,
lui expliqua qu’elle accompagnait son mari qui allait se faire opérer à 9 heures de la cataracte, mais il était déjà 9heures et demi et le train qui était bloqué,
planta poliment mais fermement le journaliste après que celui-ci lui eut annoncé car parfois les journalistes délivrent de bonnes informations que le train ne repartirait pas et qu’un car allait prendre le relai,
téléphona à la clinique pour dire qu’ils avaient du retard, mais on la rassura, au lieu de passer dans la tranche du début son mari passerait dans la tranche de la fin, et son mari qui ne s’énervait même pas, alors que tout de même il aurait pu, c’était son jour à lui, décidé de longue date en fonction d’un certain nombre de facteurs, une décision qui n’avait pas été prise à la légère, mais on n’avait pas pensé aux impondérables, à la neige, ah ça non, pourtant on a l’habitude de l’hiver,
le car les rapprocha autant que possible de la clinique mais comme il était dit que, …. eh bien au bout d’un moment le car ne put aller plus loin, les rues étaient trop encombrées de véhicules en travers,
convainquit son mari qu’il fallait faire ni une ni deux et finir à pied,
 « on a fini A PIED » disait-elle en se tapant sur la cuisse pour bien marquer les points d’exclamation,
décida de ne pas repartir au travail,
déjeuna à la cantine de l’hôpital qui s’avéra potable,
et rentra avec lui le soir même pour se regarder à la télévision répondre aux questions du journaliste de France 3 : la voiture le train le car, les pieds, et ses amis de lui dire le lendemain on t’a vue à la télé hier soir, ah ben dis-donc vous vous en souviendrez de l’opération de la cataracte de Lucien, et celles qui ne l’avait pas vue pouvait se racheter avec internet, de nos jours les trains sont arrêtés par la neige, mais la télévision non.
A vous les studios, à vous Cognac Jay.

Une femme dont le mari devait se faire opérer de la cataracte se leva ce mardi 4 janvier, se rendit compte qu’il avait neigé 50 cm pendant la nuit, réveilla son mari en 4ème vitesse pour qu’ils partent sur les chapeaux de roue, mais les roues patinaient, l’emmena –car c’était elle ce jour-là qui portait la culotte- on ne sait comment à la gare de Pont de Claix pour prendre le train pour Grenoble, monta avec son mari dans un wagon frigorifié et non pas frigorifique et le train roula 10 minutes puis s’immobilisa pendant presque 2 heures car les choses techniques avaient gelé et le train ne pouvait plus rouler, répondit aux questions de France 3 qui réalisait un micro trottoir de voie de chemin de fer, la galère des usagers pris en otage par les intempéries, lui expliqua qu’elle accompagnait son mari qui allait se faire opérer à 9 heures de la cataracte, mais il était déjà 9heures et demi et le train qui était bloqué, planta poliment mais fermement le journaliste après que celui-ci lui eut annoncé car parfois les journalistes délivrent de bonnes informations que le train ne repartirait pas et qu’un car allait prendre le relai, téléphona à la clinique pour dire qu’ils avaient du retard, mais on la rassura, au lieu de passer dans la tranche du début son mari passerait dans la tranche de la fin, et son mari qui ne s’énervait même pas, alors que tout de même il aurait pu, c’était son jour à lui, décidé de longue date en fonction d’un certain nombre de facteurs, une décision qui n’avait pas été prise à la légère, mais on n’avait pas pensé aux impondérables, à la neige, ah ça non, pourtant on a l’habitude de l’hiver, le car les rapprocha autant que possible de la clinique mais comme il était dit que, eh bien au bout d’un moment le car ne put aller plus loin, les rues étaient trop encombrées de véhicules en travers, convainquit son mari qu’il fallait faire ni une ni deux et finir à pied, « on a fini A PIED » disait-elle en se tapant sur la cuisse pour bien marquer les points d’exclamation, décida de ne pas repartir au travail, déjeuna à la cantine de l’hôpital qui s’avéra potable, et rentra avec lui le soir même pour se regarder à la télévision, répondre aux questions du journaliste de France 3, la voiture le train le car, les pieds, et ses amis de lui dire le lendemain on t’a vue à la télé hier soir, ah ben dis-donc vous vous en souviendrez de l’opération de la cataracte de Lucien, et celles qui ne l’avait pas vue pouvait se racheter avec internet, de nos jours les trains sont arrêtés par la neige, mais la télévision non.
A vous les studios, à vous Cognac Jay.

lundi 8 novembre 2010

un couple avec jumeaux


Un couple avec jumeaux de 9 ans d’écart,
mais si, ça se voit très bien sur les VHS, même si  J. a les cheveux foncés et V. pas de cheveux du tout du coup on peut même pas dire,

arrive au bout d’une heure de route parce que St Clément, de Grailleux c’est pas la porte à côté,
pour déjeuner chez un couple d’amis,
qui ne seront bientôt qu’un ex couple d’amis, même si le choix duquel des 2 ils continueront de voir séparément est déjà fait, et même si le mot de divorce n’a jamais été prononcé par aucun des 2, elle qui joue les détachées et lui qui fait semblant de ne rien voir parce qu’il est encore fou amoureux d’elle,
sonne à la porte,
l’ouvre car personne ne dit « entrez » et pour cause, le futur ex mari est en train de crier au téléphone « mais qu’est ce que tu as ? » à sa future ex femme et il raccroche tout affolé parce que ce qu’elle a c’est un accident de voiture et avec leur petite fille en plus
puis après un débriefing rapide de la situation, les deux parties masculines des couples s’en vont sur les lieux du drame,
l’un pour engueuler sa future ex mais c'est surtout parce qu'il a eu peur, quand on a peur on crie, on frappe même parfois,
l’autre pour consoler sa toujours moitié d’amis communs, même si on ne sait pas si c’est pour elle qu’ils ont secrètement voté,
et l’ami la console,
et le mari fait la circulation parce que l’endroit de l’accident est particulièrement accidentogène,
quant à la petite fille, tout le monde s’en fout je suppose, en tous cas il n’en est pas question,
et quand tous reviennent à l’appartement du futur ex –couple, la moitié féminine du couple en visite est en plein biberon, avec l’autre jumeau, de 9 ans l’aîné du jumeau nourrisson,
bien ennuyée de voir la petite fille accidentée si choquée
et l’adulte mère avec la robe en vrac, les collants déchirés, la main en sang mais bon globalement elles n’ont rien et on peut dire que c’est un miracle quand tu vois l’état de la voiture,
et plus tard la petite fille choquée dans sa chambre fait tomber sa lampe de chevet et l’abat jour en carton se casse et elle dit je crois que j’ai cassé ma lampe et sa mère répond eh bien moi j’ai cassé une voiture,
et le couple en visite rentre chez lui, et déjà que de St Clément à Grailleux c’est pas la porte à côté oui je sais je l’ai déjà dit mais c’était pour l’aller, là c’est pour le retour c’est encore pire parce qu’il fait nuit, encore plus long, après cette journée éprouvante,
et la moitié féminine du couple se demande si c’est le ratafia ou bien quoi mais qu’est ce qu’elle a mal à l’estomac,
et plus tard, une fois les 2 jumeaux de 3 mois et 9 ans baignés/ essorés/ biberonnées/ empâtés au gruyère râpé/ et couchés,
les 2 moitiés toujours ensemble mais pour combien de temps l’avenir le dira, si on les connaît encore, et si tant en est qu’on sera aussi dans cet avenir-la pour le dire,
sont installés sur le canapé, fourbus, et la moitié gauche dit à la moitié droite « quel dimanche de merde ? » et l’autre moitié répond « quel dimanche de merde » (fucking sunday, autrement dit) ; et en plus on n’a même pas mangé.

dimanche 7 novembre 2010

Le boucher

Un boucher prénommé Roger a pignon sur une place où ne se bousculent que quelques vieilles et encore, pas tous les jours, seulement les dimanches quand, un fichu sur la tête, après avoir fait leurs dévotions, elles se réunissent pour deviser de la pluie et du beau temps, du curé qui radote plutôt que de prêcher; avant de s'avancer d'un pas aussi peu gracieux que les déhanchements de leurs poules dans la cour, vers la vitrine de son magasin éclairé par un néon blâfard, pour regarder avec convoitise à travers le carreau qu'elles n'hésitent pas à essuyer avec leurs doigts déformés par des années de lessive à la main, pour l'une le boudin, pour l'autre les saucisses, la jambonnette et pour la plus riche d'entre elles les ris de veau, tout en lorgnant la porte que le boucher aussi replet que le cochon qui clignote au-dessus de sa caisse enregistreuse, ne tarde pas à ouvrir pour faire entrer le trio commandé depuis longtemps par la Berthe, qu'il liquiderait volontiers tant elle est exaspérante avec ses sempiternelles questions qui reviennent comme le refrain des poésies qu'il a apprises à l'école il y a bien longtemps et même que ce dimanche, il ajoute dans son for intérieur qu'elle s'est habillée à la diable, ce qu'il ne manquera pas de lui faire remarquer si elle devient trop assommante mais elle lui lance une oeillade en biais et lui un clin d'oeil goguenard, il se pousse pour laisser passer les trois femmes jacassantes, tente de s'effacer derrière son comptoir, n'y parvient qu'à moitié pour laisser dépasser un derrière proéminent boudiné dans un pantalon bleu et blanc, comprimé par la ceinture rouge du tablier rouge, c'est moins salissant, et commencent alors les jérémiades, les "mais qu'est-ce que vous avez mis dans votre jambon de régime, vous avez vu, il est tout rouge?", il faut dire que la Berthe, elle a la langue bien pendue et on dit même que chez elle, c'est elle qui porte la culotte, ce que ne renie pas son mari le croque-mort en baissant la tête, comme un chien triste, mais quand elle affirme avec la plus grande assurance que la jambonnette sent la javelle, il n'y tient plus, il quitte son tablier sans réfléchir, il lui saute au cou et il serre, il serre si fort avec la ceinture rouge qu'il chamboule tout dans sa boutique, le boudin, les ris de veau, jusqu'aux saucisses qui dégringolent lamentablement en un long rideau qui graisse haineusement la vitrine.

samedi 16 octobre 2010

en attendant le facteur









l’écrivain venue du valais suisse -j’entends des accents de mon enfance- nous propose à nous dix assis en grand cercle dans la pièce pleine de couleurs, rouge rose orange peluche violette, sous le regard bienveillant du daim blanc, d’écrire une histoire -aucune imagination pour la fiction j’aime écrire le réel- un récit d’une phrase sans point ni coupe une seule traite -ma passion pour la ponctuation ne connaît pas le point final- qui démarrerait sur le nom d’un personnage-métier donné par notre voisin de droite -j’hérite du facteur- se terminerait en une chute à prévoir au départ histoire de trajectoire de savoir où aller -pas capable d’envisager la chute- avec l’idée de se laisser entraîner dans un vif courant d’écriture avancer vite courir sauter enchaîner les actions gommer les sensations -«écriture automatique» dit-elle- j’essaie de lancer ma plume comme un javelot -l’écrivain semble surprise que nous n’utilisions pas nos ordinateurs en atelier- je gratte le papier d’un carnet rouge -son plus sensuel que celui des doigts heurtant les touches d’un clavier mais moins rapide quoique- mon stylo-plume trace des courbes de lettres mots phrases -comment raconter une histoire quand le réel me paraît plus intéressant surprenant émouvant drôle que nos projections imaginaires- toujours pas de chute à l’horizon, juste un facteur qui, triste de ne plus distribuer de lettres rien que des factures, compose des missives amoureuses qu’il sème à tous vents dans des boites croisées sur sa route, les boites ornées de prénoms de femmes avec beaucoup de i, il aime les i -amorce prometteuse, facteur à la tati, de la poésie, dit-on- pourtant, coup de frein, ralentissement, point d’interrogation, questions, le flux de l’intrigue à peine esquissée s’arrête : qu’arrivera-t-il à ce petit facteur épris de mots d’amour, quelle suite suffisamment belle, pas de fin ? et la sonnerie retentit deux fois.



vendredi 15 octobre 2010

La lavandière

Une lavandière agenouillée sur les pierres plates de la rivière lave jour après jour le linge qui lui est confié chaque matin par la blanchisseuse dont certaines pièces sont parfois si usées qu'elle ose à peine les frotter, son esprit vagabondant et imaginant pour chacune le propriétaire si bien qu'après des années de lavage elle parvient sans peine avec chaque vêtement à se remémorer la personne telle qu'elle se l'est représentée et qu'elle voit les gens vieillir et mourir quand disparaît leur linge dans le ballot, ou alors grossir ou maigrir d'après les coutures que l'on a reprises, resserrées ou élargies avec des bandes de couleurs parfois différentes ou bien encore connaître le chômage par les vêtements de plus en plus élimés, leur propriétaire n'ayant plus les moyens de s'en acheter de nouveaux et d'autres rayonner de richesse et d'opulence par la finesse, l'élégance, la coupe parfaite et le parfum qui s'en dégage à tel point qu'il lui semble voir virevolter une belle jeune femme ou parader un frais jeune homme que naturellement elle rêve de rencontrer, et inévitablement à maintes reprises elle croise dans la rue cette belle chemise fine qu'elle a lavée et cette robe reprisée dont les dessous de manches sont toujours auréolées de grandes taches de transpiration portée sous un gilet tricoté main par une grosse femme, et ce pantalon si bien coupé moulant les cuisses, les fesses et les jambes qu'il a si galbées de ce beau jeune homme brun, à la fine moustache et à la taille aussi cintrée que sa chemisette, dont aussitôt elle pense qu'il a la beauté du diable, et bien sûr elle les salue ayant d'eux une connaissance si intime qu'elle se sentirait impolie de ne pas le faire, la plupart lui rendant son salut tant et si bien que le jeune homme aux fesses si dures et rebondies la prend un jour par la taille, puis par le menton et finit par arriver dans sa chambrette d'où elle s'enfuit en hurlant lorsqu'au moment de se déshabiller, elle aperçoit les deux sabots fourchus qu'il tente vainement de cacher sous la couette avant qu'elle ne les voit.
 COUCOU ! (mon commentaire du diable dans les plis. MPB)
L’astronaute
L’astronaute sonna à la grille d’entrée de la base surveillée par plusieurs vigiles, puis franchit les sas des divers services grâce à son badge électronique ce qui lui permit d’atteindre le bureau de son supérieur hiérarchique en 5 minutes et, bien qu’il détestait être dirigé par un militaire du sexe opposé, il lui su grée de la nouvelle incroyable qu’elle lui annonçait : rejoindre immédiatement son équipage et le singe Toto - qui l’irritait également bien que le primate ne soit pas une guenon -, pour ce voyage sur la lune tant désiré, qui se réalisait enfin, accepter donc ce tournant de l’existence se disant en lui-même, tout en se dirigeant vers le tarmac, qu’il devait dominer son excitation en se rappelant calmement la mécanique bien rodée des gestes longuement appris et répétés durant ces 5 dernières années d’entraînement, à savoir s’installer dans le cockpit, vérifier l’altimètre et le variomètre, mettre les gaz, contrôler l’évanouissement et les fourmillements dans le ventre, retenir la salive de tout débordement buccale, observer le comportement des co-équipiers et leur donner des directives, admirer la terre bleue s’éloigner jusqu’à être enfouie par l’obscurité, s’interroger soudainement sur les raisons des gestes agités et des cris de Toto, découvrir, à sa suite, le globe laiteux et majestueux, demander au co-pilote de faire les manoeuvres d’atterrissage, ajuster la combinaison, aider Toto à enfiler la sienne, descendre tous ensemble tranquillement les marches de la fusée, poser un pied puis l’autre sur le sol poussiéreux, écouter le silence recouvert par le souffle respiratoire amplifié par le scaphandre, avancer devant soi, toujours plus loin vers le sud sans boussole, avancer jusqu’à ne faire plus qu’un avec son corps, être conscient de n’être ni lourd ni frêle, n’avoir ni chaud ni froid, être sans leste et sans odeur, avancer jusqu’à se rendre compte que l’on a perdu de vue l’équipage, chercher des yeux le vaisseau, ne pas le trouver, appeler dans le talkie-walkie inséré dans le casque sans obtenir de réponse, appeler encore, chercher des yeux encore, sentir les larmes affleurer, la gorge se nouer, se répéter qu’un astronaute ne pleure pas, sangloter malgré soi comme le petit enfant qu’on a été, perdu dans l’immense supermarché, se rappeler que l’on avait été retrouvé par une caissière, à même le sol entre deux rayons, recroquevillé dans le sommeil, et là sur le sol lunaire renoncer à l’espoir, accepter la perte des autres, de Toto, essayer de se coucher malgré la pesanteur, serrer les genoux contre la poitrine, se bercer de l’inspire et de l’expire, entendre les battements d’un coeur lointain, accepter cette fin... / Réveille-toi ! Réveille-toi ! Le commandant se retourna machinalement sur le dos, cligna des yeux gêné par l’éclat du soleil, aperçut une ombre floue qui prenait peu à peu forme... / Lève-toi c’est bientôt l’heure des mamans ! Toto ? Il est là, je l’ai trouvé près de la balançoire. L’astronaute s’agrippa au singe en peluche que lui tendait sa maîtresse.

L’ARCHITECTE

Benoît de Sales, architecte de chair, mais peut-être moins de coeur, affectionnait particulièrement les réduits, les cachettes, les trappes ou autres recoins dissimulés à la vue ordinaire, et néanmoins bien réels, dont il truffait les maisons qu’il avait la chance de faire construire et dont on pouvait découvrir, ou non, l’emplacement: ici sous une dalle du carrelage, là dans une cloison, une autre derrière une plinthe, sous le seuil de la porte d’entrée ou même au fond de l’âtre, et il se réjouissait de la surprise - dont il ne saurait jamais rien - de celui qui dévoilerait cette cachette, qui  en extrairait le trésor dissimulé, enfin trésor est un mot un peu pompeux, car il s’agissait d’un simple bout de papier où étaient griffonnées quelques phrases à l’encre rouge, qui, si l’on était un tant soit peu attentif ou perspicace, étaient cohérentes, dotées d’ une certaine fluidité , dignes de ce roman que Benoît de Sales avait entrepris d’écrire et dont il déposait ainsi au fil des jours, des mois, et il faut bien l’avouer des années,  des centaines de feuillets dans ces centaines de maisons qu’il construisit tout au long de sa carrière, et, lorsqu’il ressentit une certaine lassitude à bâtir ces édifices tous reliés par ce fil labyrinthique du roman de sa vie , il sentit  aussitôt poindre la conclusion de ce livre qui n’avait  de réelle existence et que nul ne pourrait lire, car c’est ainsi qu’il envisageait les choses, ne s’étant pas aperçu que son associé, intrigué depuis toujours par la composition et création  de ces cachettes, avait dérobé tous ces bouts de papier, les avait numérotés consciencieusement et hormis quelques disparitions  infimes qu’il ne pût maitriser ( mais maitrisons-nous tout dans l’écriture ou la lecture d’un roman) réussit à “ tenir” quelques centaines de pages qui furent dévoilées en public lors de la dernière réalisation de l’architecte qui n’était , ni plus ni moins, que le tombeau où on l’enterrait.

jeudi 14 octobre 2010

la danseuse

Une danseuse fort médiocre et pourtant au chômage qui avait eu son heure de gloire à l'époque où les chorégraphies balourdes étaient en vogue et ne qui parvenait jamais à retomber sur ses pieds même au temps de sa splendeur au fond des bouges -ce qui lui avait valu le surnom de "La Grosse Dondon"- car elle avait un problème de gravité, de balance, d'équilibre, de mesure et à chaque entrechat se vautrait allègrement, tombait sur ses fesses rembourrées rendant les spectateurs hilares, et plus il riaient plus ils avaient soif plus ils avaient soif plus ils commandaient de tournées et plus ils etc. et plus le patron du bouge était content et puis un jour plus personne ne le fut, ni le patron ni les spectateurs ni ses fesses rembourrées pleines d'hématomes, se reconvertit dans le théâtre brechtien, le registre dramatique lui convenant sûrement mieux avait-elle pensé et ce genre de spectacle avait toujours besoin d'une grosse danseuse réaliste et boudinée, mais là non plus ça n'avait pas très bien marché parce qu'elle avait l'habitude de trop en faire et le kitsch, même chez Brecht ne faisait plus tellement recette, envoya un CV à Pina Bausch, celle-là au moins, elle était humaine, pas du tout dans le jugement, ça se voyait dans son regard, oui mais chez Pina, il ne fallait pas peser plus de 35 kg tout habillée, c'était rédhibitoire, tata ensuite de la TVréalité, en femme tronc, tenta l'Inde, fit Katmandou dans la foulée, tous ces endroits où la danse a du goût, où bien sûr les canons de la beauté sont un peu pinabauschiens, mais quand même où on sait aussi apprécier à sa juste valeur des formes un peu plus rupestres, un peu plus à la Fragonard ou à la Boucher, pour ce qui étaient des formes, ça oui elle en avait, mais la forme, moins, la machine ça s'entretient et déjà avec ce problème de pesanteur, ce n'était pas de la tarte, le manque d'entrechats et de travail à la barre quotidiens lui avaient rogné sa souplesse et ça s'était vu, constaté, ouvrit finalement une baraque à frites.

Réclame :
Une danseuse qui a eu son heure de gloire à l'époque où les chorégraphies balourdes étaient en vogue et qui n'est jamais parvenue  à retomber sur ses pieds même au temps de sa splendeur au fond des bouges -ce qui lui a valu le surnom de "La Grosse Dondon"-  un problème d'oreille interne, de gravité, de balance, d'équilibre, de mesure - et à chaque entrechat de se vautrer allègrement, de tomber sur ses fesses rembourrées rendant les spectateurs hilares, assoiffés, alcooliques... et le patron du bouge, richissime, reconvertie dans les années 70 dans le théâtre brechtien, toujours friand de grosses danseuses réalistes et boudinées, puis après un passage éclair chez Pina Bausch, en tant qu'ouvreuse, a refait so coming out  dans les shows de TVréalité, s'est exilée en Inde, a refait surface à Katmandou, tous ces endroits où la danse a du goût, où bien sûr les canons de la beauté sont un peu pinabauschiens, mais quand même où l'on sait aussi apprécier à sa juste valeur des formes un peu plus rupestres, un peu plus à la Fragonard ou à la Boucher, a finalement jeté l'éponge pour ouvrir une baraque à frites (voir du côté de la fête du livre)

Imaginaire

Que dire de la séance d'hier animée par Noëlle Revaz? Que ce fut une belle séance, certes, mais ce serait être un peu faible! Ce fut un réel temps d'écriture , riche d'une consigne bien calibrée, de travail sans temps mort, de retour sur les textes produits intéressants et d'une véritable écoute...
La consigne s'articulait ainsi: écrire une histoire qui va très vite avec beaucoup d'éléments et d'actions, un début , une fin,  susceptible de couvrir toute une vie, et ce en une seule phrase! Le personnage principal nous était soufflé par notre voisin de droite qui, avec malice ou sérénité, ouvrait ainsi les portes de notre imaginaire.
Les "héros" ainsi donnés furent: un astronaute, un conteur, une lavandière, un alpiniste, un boucher, un aviateur, un orphelin, une danseuse, un architecte, un romancier... (je sais il en manque un... : le facteur* )

Noëlle Revaz est actuellement en résidence d'écrivain à Saint-Etienne et nous la remercions vivement pour ce temps qu'elle nous a accordé. Elle sera présente à diverses manifestations durant la fête du livre.

*(rajouté par MPB)

lundi 4 octobre 2010