Soleil froid et silence—fin de nuit—départ demain—herbe folle et vieux mur—premier bruit de voiture—un merle décidé court sur un vieux toit—cherche sa nourriture—nuage couleur plomb— la neige est pour bientôt—le merle s’est perché sur un frigo rouillé dans le jardin en face.
lundi 27 mars 2023
lundi 20 mars 2023
Scintillement avant le jour—ni silence ni mystère—les seuls chants d’oiseaux—mouvements invisibles du vent—lorsque l’herbe ondule—tremblent les arbres—mouvements imperceptibles—mouvements faits de rien—les vents agitent les arbres—les vents croisent et emportent des oiseaux—l’aube comme une vallée sombre entre le jour la nuit.
dimanche 4 septembre 2022
mardi 18 janvier 2022
Une pierre
C’était une grosse pierre - d’autres auraient dit rocher
- remarquable et discrète elle était toujours là
posée à l’extérieur d’une porte d’entrée
- quatre vingt dix de large soixante de hauteur -
sa surface presque plane nous servait de banc,
de siège pour s’asseoir et voir tomber le jour.
Voir descendre le jour et perdre la lumière
ou voir monter la nuit et gagner le silence.
Etrange comme une perle monstrueuse et baroque
dans la noirceur la pierre, sous la lueur nocturne,
prend la couleur laiteuse d’une lune voilée.
Humble pierre le jour qui ne sert qu’à s’asseoir,
la nuit ambassadrice de l’intersidéral,
d’un cosmos rêvé par un enfant songeur,
comme un point de repère dans l’univers immense,
comme une ancre flottante sur l’océan du temps.
Éperdu on cherchait un ryhtme à l’univers,
une musique unique une harmonie des sphères,
un chiffre qui règlerait la course des planètes
Mais la pierre météore, sur laquelle le soir
au coucher du soleil, parfois l’on s’asseyait
ne bougeait pas d’un pouce : ou peut-être la nuit.
Au cœur du silence sombre elle s’envolait souvent
et je pouvais la voir au milieu de mes rêves.
Protégeant la maison elle tournait en rond
en un cercle parfait dont nous étions le centre,
mais au lever du jour, à nouveau, elle est là :
discrète, comme endormie, mais froide sous la main,
dans la chaleur du jour elle rend la fraîcheur
qu’elle a capté la nuit dans son parcours cosmique.
Les souvenirs d’enfance lorsqu’on les réassemble
deviennent parfois des contes que l’on a inventés.
jeudi 6 janvier 2022
Une porte de grange
La porte de la grange qui donne sur la cour
montre sur sa surface des traces du passé,
souvenirs de couleurs des anciennes peintures ;
les fentes des panneaux nous parlent de saisons ;
des hivers algides et des été ardents
ont révélé des fentes comme des plaies ouvertes ;
la matière est si sèche qu’elle semble rainurée
par un peigne d’acier aux pointes acérés ;
la vieille porte bouge sous l’haleine du temps
et montre sur sa peau les stigmates de l’âge,
manifestations brunes de son vieillissement.
Comme la main qui tremble trace sur le papier,
tentatives de mots, des signes peu lisibles,
qui pourtant de l’oubli extraient des souvenirs
comme syllabes tombées d’on ne sait quel soleil
s’envolant dans le soir : leur lueurs nous éclairent.
De la porte de grange qui donne sur la cour,
un vantail a frémi sous la poussée d’un souffle
faisant grincer un gond tordu, humide et froid,
comme un disque vieilli, parmi les craquements
d’un matériau usé nous rend des voix contraintes,
d’où sourd la poésie plus forte que l’usure.
Écrire avec ces sons les petits bruits du temps ;
écrire le silence d’un passé accompli ;
écrire ce qui se tait sous l’écorce des mots
craquelés de saisons et rechercher en vain,
dans le lambeau des songes, un peu de vérité,
De la porte de grange que nous restera-t-il,
Un peu de ce qu’elle est, un peu de ce qu’elle fut,
Dans la lumière orange d’une fin de journée
Qu’y a-t-il à sauver de ce qui fut vécu ?
Peut-être d’avoir aimé et de l’avoir été.
dimanche 5 septembre 2021
Maison, ma belle maison
En guise de remerciements, d’au revoir, mais pas de parasol, les mots du cœur, une fois encore à la rescousse.
Elle est là, petite et timide, dans la nudité de ses dix ans, des couettes qui battent la mesure quand elle commence à grimper dans cette rue qu’elle découvre et trouve étrange, un peu austère, bourgeonnant de solitude, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Un chat traverse la rue devant ses pieds et la fait frissonner. Elle sait qu’il lui faut presque rejoindre le sommet de la rue (ses parents ont écrit le numéro sur un bout de papier) avant de trouver le portail métallique que désormais elle devra pousser pour entrer dans sa nouvelle maison qu’elle n’a pas encore visitée.
Elle s’appelle Chloé, ses parents ont décidé qu’ils devront désormais vivre ici, lui ont expliqué qu’elle aurait un grand jardin, fini le balcon exigu, les voisin du dessus qui vous arrosent en fin de journée, en ouvrant le portail elle est déçue, des escaliers, du béton, mais son petit menton pointant vers la première marche, des roses blanches la saluent, à droite les mêmes mais rouges l’attrapent par la manche et lui font esquisser un sourire puis les asters mauves et jaunes, et la glycine immense avec son gros tronc noueux, et une vigne, un jasmin lui picote les narines tandis que les clochettes de la bignone s’agitent à toute vitesse pour la saluer, son sourire gagne tout le visage, un chat se roule au bas d’une butte odorante, exceptée le persil qu’elle connaît, toutes sortes d'autres herbes se faufilent jusqu’à atteindre toutes les neurones de son cerveau et toutes les fibres de ses nerfs, mais ce n’en est pas fini, à droite un gros arbre, mais oui, ce sont des cerises, ses fruits préférés et puis… et puis d’autres escaliers que borde un camélia rouge et une spirée odorante, elle se baisse, sollicitée de toute part et porte quelques petits fruits rouge à ses lèvres : des fraises des bois, plus loin, en haut un banc lui tend les bras, elle n’ira pas encore, pas tout de suite, pas si vite, il y a encore tant à voir, à respirer, à humer, à se régaler.
Chloé ne sait pas où donner des yeux, des oreilles, tant et tant de choses, de petits êtres câlins et doux qui la frôlent et l’ont déjà adoptée.
Elle va rentrer dans la cuisine inondée de soleil, ses parents lui ont montré des plans, des photos, mais ils ont omis de lui parler d’une pièce qui se niche derrière une cloison. Mais peut-être eux-mêmes ne savaient-ils pas.
Et pourtant cette pièce est importante, peut-être même est-ce l’élément central de la maison.
Chloé ne sait pas encore quels trésors cette pièce toute mansardée va distiller peu à peu pour elle.
Un cadeau qu’elle va déguster jour après jour, les murs vont lui chuchoter des mots du cœur, qui viendront encore et toujours à la rescousse, qui lui permettront d’adopter son nouveau lieu de vie, qui lui permettront d’oublier le balcon exigu et les voisins du dessus, et de garder dans son cœur la petite voisine aux secrets partagés.
Chloé frôle la cloison, redescend les marches quand elle voit juchée sur une étagère qu’elle n’avait pas remarqué jusque là, un drôle d’animal. Elle s’approche. Mais oui, c’est bien d’une poule qu’il s’agit ! Et tricotée ! Elle n’en croit pas ses yeux ! La poule est habillée de violet et d’orange, froufroutante à souhait comme pour aller au bal. Elle attend qu’on l’invite, tire sur sa jupe à volants, esquisse un pas de deux et regarde dédaigneusement cette petite chose qui tend les bras pour l’atteindre.
Chloé attrape la poule tricotée, mais celle-ci se métamorphose en dizaine dizaine de poulettes, verdoyantes, feuillues, en chocolat et en faïence, en sucre et en lampions multicolores. Chloé n’en revient pas et ouvre son large sourire sur une certitude. Oui. Maintenant elle sait. Elle sera bien dans cette nouvelle maison aux allées sans fin, au jardin sans fond ni barrière. Elle sait et n’a plus peur.
L’histoire de Chloé est révélatrice du lien qui unis la poésie et l’enfance, aux aguets, saisie par un grand vide, elle s’accroche, elle se laisse pénétrer par les émanations du lieu, elle s’agrippe aux choses qui l’interpellent, le chat, les fleurs, la poule, les poules ; c’est ce que m’a raconté la maison que nous allons laisser, à d’autres (appelons les… Chloé).
lundi 24 février 2020
des couleurs
Vert épicéen, vert du sapin de Douglas, du sapin pectiné
Vert des pâtures au début du printemps
Vert des prairies tachée de fleurs sauvages
Là où les eaux abondes,
Des populages au jaune plus chaleureux que le jaune frais des jonquilles,
Jaune métallique précieux des boutons d’or âcre.
Blanc vif et discret du faux fraisier, vraie potentille fausse stérile
Différents roses vifs, pâles, soutenues
Bruns roux des landes sur le haut du Chaussitre,
Bruns plus ternes des prés après la neige
Sols spongieux marqués de joncs vert sombre
Là où les eaux s’emmêlent pour former des rivières
Haut plateau mouillé d’eaux vives, courantes, qui serpentent dans le paillasson vert des prairies,
Eaux des neiges infiltrées doucement tout l’hiver jusqu’au début du printemps, eaux fraîches au mains du marcheur l’été, eaux froides, eaux vivantes qui courent…
Des perceptions infimes,
Quand le ciel s’ouvre enfin au levé du soleil
Des lichens colorés sur la roche affleurante
Du vert tilleul, du jaune sur le gris du granit
Vert profond des forêts de conifères marquées
Des taches claires de feuillus
Hêtre, fayard, fagus : érable plane, frêne
Sorbier, sorbus, alisier près des maisons avec
Parfois la silhouette incongrue d’un séquoia séculaire
Le noir a des valeurs diverses aux ciels d’orages : la nuit
Paysage projection d’un inconscient
Silhouettant les arbres
La douleur butte sur le mur invisible de l’ignorance aveugle
Impossible de voir
Par dessus, par dessous, à travers
Limbes
Se retrouver soi-même face à un paysage
De roc de terre et d’eau
De végétaux
D’animaux parfois
Composantes essentielles, du corps, de l’être avec la foudre
Un éclair orangé a fendu l’arbre en deux
Alors ainsi soit-il, enfances éclatées
Le paysage n’est pas nostalgie d’un temps autre
Le paysage-instant, je le vois le regarde
Ciel blanc, bleu, gris
Vert, roux, blanc, les prés aux saisons
Plus sombres les forêts
Et l’éclat métallique de la lumière dans l’eau
Au loin luisent les toits des villages
Tuiles rouges, ardoises grises des clochers
Traces de vies,
Fumées
Voitures qui, en silence, traversent le paysage
Sensation d’être au bord de quelque entrouverture
Sensation diffuse, un rien
Qui résonne longtemps
Sous la réalité topographique des couleurs
Pressentiment d’autre chose
Mécanisme biologique de réalité cachée
Mystère qui disparaît aussitôt qu’aperçu
Aperçu, même pas, senti, pressenti
Aussitôt disparu avant que d’être vu.
Pourtant
le lieu est nu, rien n’est caché
Néanmoins
Une corde intime vibre
Perceptiblement
L’esprit, ouvert, s’apaise
Instants étranges où l’attention flottante perçoit et seulement dans ces instants-là, cette inquiétude transsudante et cet apaisement coloré, vert tendre, vert cru, vert foncé, rose, rouge, bleu, blanc et toutes les nuances de gris et de noirs.
mercredi 17 avril 2019
Cartogaphie 22
dimanche 10 mars 2019
Cartographie 21 — Méditation 4
vendredi 8 mars 2019
Cartographie 21 — Méditation 3
mardi 5 mars 2019
Cartographie 21 — Méditation 2
lundi 4 mars 2019
Cartographie 21 — Méditation 1
dimanche 3 juin 2018
Cartographie 10
L’idée d’un texte simple m’apparaissait facile, les mots glissaient comme une eau claire, trop claire, trop simple, trop facile. Le premier texte publié que j'ai lu, “statues tombales” ce fut comme un appel de la réalité : quand ça touche de près, j'ai essayé de fuir, mais dans le fond c’est ce refus-là qui m’importe, refus de prendre la route si commode de la description poétique, sans dire la vérité ; et pourquoi pas des vers de mirliton ? pour chanter les cimetières et les monuments à la gloire de morts qui s’en seraient volontiers passé, de la gloire, pour vivre plus longtemps. J’ai lu les autres textes —“Il y a si longtemps que je n'ai pas pris…” — “Soliloque” — et j’ai jeté ce que j’avais écrit.
mercredi 28 mars 2018
mardi 27 février 2018
Cartographie 8
Cartographie 5.2
samedi 10 février 2018
Cartographie 7
mercredi 24 janvier 2018
Cartographie 6
mercredi 17 janvier 2018
Cartographie 5.1
C’est une source ancienne, les pierres qui la marquent semble l’indiquer; modernisée, le bassin circulaire en témoigne; captée, le tuyau de plastique où l’eau s’engouffre à la sortie du bâchat le prouve. Le captage n’est que momentané, le tuyau jaune, la prairie traversée, libère le ruisseau qui file sous la route et poursuit sa course. Difficile d’imaginer (s’il s’agit bien du Valchérie) que ce ruisseau se transformait en force motrice propre à faire fonctionner de petites industries métallurgiques à son arrivée dans la vallée de l’Ondaine, avant la confluence avec celle-ci. Encore plus difficile d’imaginer que ce petit glouglou s’en ira, emporté par le courant de la Loire jusqu’à l’Atlantique; imaginons encore ces quelques gouttes d’eau, mêlées au Gulf Stream et montant vers le nord; là, deux routes, droit au nord vers l’Arctique ou plutôt cap sur l’Amérique et rencontre avec le courant du Labrador aux Grands Bancs; plein sud, frôlant le Brésil, nos molécules poursuivront peut-être jusqu’à l’Antarctique qui détourne ce courant froid vers l’est; outrepassant l’Australie, bien au sud, il va remonter, s’enrouler, se réchauffer, au cœur du Pacifique et revenir, courant chaud, au travers de l’océan Indien, contournant l’Afrique, remontant l’Atlantique Sud jusqu’à l’Amérique Centrale, entre Floride et Bahamas point de départ du Gulf Stream; à moins que, d’ici là, nos molécules d’eau ne nous fussent revenues sous forme de flocons de neige, pour nourrir notre petite source, qui glougloute à nos oreilles sous le charme une musique bucolique.



